Mardi 9 Septembre,
Bungalow numéro 3, hamac de gauche
Île de Bunaken, 10km au nord de Sulawesi (Célèbes), Indonésie.
Aujourd'hui il a plu alors il fait moins chaud. Mais il fait chaud tout de même, très chaud même et humide aussi; humide car il a plu. Il a plu cette nuit, assez fort, la première pluie de la mousson qui arrive sur l'île le mois prochain. Le toit du bungalow est en tôle ondulée, et sous la pluie lourde, la tôle c'est très sonore, surtout la nuit. Enfin on ferme les yeux pour moins entendre. Ça ne marche pas trop.
Nous avons quitté Paris voici un mois et demi déjà et déjà un quart du voyage est mangé, croqué, vite avalé. Alors on digère sous cette tôle dans ce bungalow sonore, la digestion prendra 6 jours, 6 jours à ne rien faire ou très peu, dans une guesthouse de Bunaken où nous sommes en pension complète. Au bord de la mangrove. Derrière la mangrove, les coraux, entre les coraux les poissons, beaucoup beaucoup de poissons, inimaginable tous les poissons qu'il existe, et les coraux aussi et les tortues et les poissons encore, tous les bidules bizarres qui flottent, les méduses, les nudibranches, les crabes... Un deuxième monde sous l'eau. Il faut voir ça. Même un requin aperçu en plongée, une murène franchement pas commode et quelques petites raies.
Ici on mange bien, on dort bien, on plonge bien. On copine aussi avec les touristes et voyageurs de passage, tous à la même table on échange nos bons plans, Eh tu viens d'où toi, et tu vas où toi, et c'était bien et y en avait des moustiques aussi?
Ici on se repose car depuis la première lettre on en a fait des choses. En fait on a fait une grande chose, traverser l'ile de Sulawesi du sud au nord. C'est assez grand cette île, 3 semaines de long à peu près.
Pour faire simple, concis et pas trop ennuyant c'est pas facile. On ne voudrait pas être pénible à lire. On essaie de penser au lecteur sur internet au travail, sur la tablette dans le métro, l'iPhone sur ses WC (yo julien b.) ou l'ordi le soir à la maison, à taaaable, oui j'arrive, deux minutes.
Alors pour tenter de faire clair, la traversée de Sulawesi c'est 5 temps.
1 - Makassar la ville moche bruyante et moche
2 - Les collines du pays Toraja
3 - Les iles Togian, le bout du monde en barre
4 - Un petit volcan pas facile à trouver à Tomohon
5 - Bunaken, son hamac la tôle et les poissons.
--- 1 --- Makassar
Alors voilà c'est une ville comme les villes d'ici, immense, moche sale et bruyante. Des scooters partout, des trottoirs nulle part, les déchets dans la rue les chiens dans la rue les enfants dans la rue. Bon pas trop les enfants, les enfants vont bien , les gens aussi, ils sont gentils ils nous disent tous bonjour Hello Mister Hello Mister Hello Mister. Toute la journée Hello Mister. On ne passe pas inaperçu ici, on nous prend en photo, on se fait selfieser sur des smartphones chinois. La gloire. Ça s'explique.
La ville est tellement dépourvue d'intérêts touristiques que les touristes n'y vont pas. Mais nous si. Car il faut renouveler le visa. Un procédure qui dure 5 jours : trois pour un coup de tampon et deux de plus pour une signature. Normal. Mais avec un billet de 50$ dans le passeport tout est réglé en deux heures à peine. La magie de la corruption.
Donc on reprend la route le lendemain, un bus de 10h, surprenant car confortable, en fait c'est le meilleur bus de l'univers, tout en pilou-pilou, des fauteuils de première classe, pour l'étape 2.
--- 2 --- le pays Toraja
C'est une région de moyenne montagne au centre de Sulawesi qui a gardé des rites funéraires pré-monothéistes (l'Indonésie est un pays musulman).
Il y fait frais et c'est aussi bien pour faire des petites randonnées dans les rizières (400m de dénivelé négatif nous ont suffit).
Un autre jour nous avons loué une moto pour visiter tout ça, des grottes avec des squelettes dedans et des falaises avec des cercueils suspendus. Un peu comme les catacombes de Paris.
Surtout il ne faut pas manquer d'assister à une cérémonie funéraire, très impressionnante, des constructions temporaires pour recevoir plusieurs milliers d'invités, 5 jours de cérémonies, des combats de buffles, des sacrifices bien tradi, en fait littéralement un bain de sang le dernier jour, 60 buffles égorgés et plus encore de cochons.
En effet la mort d'animaux coûteux permet au défunt d’accéder plus rapidement au paradis. Un peu comme le visa a Makassar. Les défunts sont pressés car ça fait un bout de temps qu'ils peuvent être décédés, le temps en fait que la famille réunisse l'argent pour la cérémonie.
Nous c'était un couple, le mari attendait depuis 8 mois et la femme depuis 4 ans. Dans la maison. Et oui c'est un peu bizarre pour nous. En attendant la cérémonie ils ne sont pas considérés comme morts, mais comme "malades". Alors il faut leur dire bonjour en entrant dans la pièce et ils ont aussi droit à leur part de riz.
Bon donc voilà on est allé à la cérémonie avec nos 5 kilos de sucre comme cadeau et ils nous ont offert le déjeuner; c'était très sympa dirait Cédric.
--- 3 --- Les îles Togian
Ce sont des îles magnifiques restées sauvages car difficile d'accès.
Depuis l'étape précédente, 16 heures de voitures puis 5h de ferry. Et pour en repartir 12 heures de bateau puis 10 de voiture.
Mais ça vaut vraiment le coup, c'est un peu le bout du monde et il y fait bon vivre, on est en pension complète dans des petits bungalows sur des plages désertes, les cocotiers, les crabes géants, la jungle, les transport en canots, la douche au baquet, peu d'électricité, pas d'internet ni telephone. Genial.
Nous y passerons une grosse semaine, principalement la tête dans l'eau à regarder des coraux à s'en faire des otites. Nous avons visité Kadidiri et Malenge pour ceux qui connaissent.
--- 4 --- Le volcan Lokon de Tomohon
Après une nuit sur le ferry (dans la cabine du capitaine svp le grand luxe au black) et un peu de caisse nous quittons la côte pour aller voir le cratère d'un volcan actif.
L'ascension est courte une fois le chemin trouvé, mais trouver le chemin c'est long car rien n'est indiqué et on n'a pas de guide bien sur. Pour info il faut remonter la rivière (ancienne coulée de lave) depuis le fond de la carrière. Après une grosse heure de marche nous découvrons essoufflés et ensouffrés, surtout Julie, un lac en ébullition au fond du cratère. La classe.
Retour à la ville de Tomohon assez typique dans le genre moche mais comme peu de gens y parlent anglais et qu'il y a très peu de touristes on est content d'avoir appris quelques mots d'indonésien et d'avoir un dictionnaire pour survivre. Heureusement il s'y trouve un refuge béni des dieux avec le wifi: le tout nouveau KFC! Alléluia!
--- 5 --- Bunaken
C'est une île de l'extrême nord de sulawesi ou il faut venir plonger sur les tombants et ronquer sur les hamacs au sea garden guesthouse. Et écouter la pluie sous la tôle aussi. Mais j'en ai déjà parlé, de ça. On y reste une semaine à faire tout ce qui est possible pour ne rien faire avant notre départ pour Bornéo.
Voilà pour nos 3 semaines à Sulawesi. Trois semaines c'est bien pour visiter cette île. Ça peut même être un très beau voyage en soi pour les motivés.