Bouger pendant le travail : préparer au pouvoir d’agir… sans fabriquer une « naissance idéale »
La mobilité et les positions choisies pendant le travail sont recommandées et peuvent favoriser le confort, la participation de la femme et certains résultats obstétricaux. Mais une série récente de travaux pose une question plus intéressante encore : comment préparer réellement les femmes à exercer leur autonomie lorsque le travail commence ?
Les résultats convergent vers plusieurs enseignements :
Informer ne suffit probablement pas. Les approches interactives, expérientielles et constructives semblent plus pertinentes qu'un enseignement essentiellement transmissif. Manipuler, essayer des positions, résoudre des situations, discuter et argumenter améliorent connaissances, attitudes et parfois sentiment d’efficacité personnelle.
Il faut préparer à décider, pas seulement à bouger. Une intervention développée au Portugal associe expérimentation corporelle, scénarios cliniques, communication avec les professionnels et outil BRAIN : bénéfices, risques, alternatives, intuition et possibilité d’attendre/ne rien faire. L’objectif devient alors l’adaptation plutôt que l’apprentissage d’une « bonne position ».
Le pouvoir d’agir ne se mesure peut-être pleinement… qu’au moment d’agir. Dans l’étude de faisabilité publiée en 2026, la satisfaction concernant la décision s’améliore et les représentations de l’accouchement évoluent, mais ni l’auto-efficacité ni la décision dite « émancipée » ne changent significativement pendant la grossesse. Pourtant, après l’accouchement, les femmes décrivent davantage de stratégies, de négociation et d’adaptation.
La mobilité semble être un moyen, pas une finalité. Les femmes restées mobiles rapportaient une meilleure expérience globale, davantage de participation et un meilleur sentiment de performance personnelle. Mais il s’agit d’une petite étude de faisabilité : 56 femmes initialement, 38 après intervention et 30 au suivi. Ces associations ne démontrent donc pas un effet causal de la mobilité.
On ne peut pas “autonomiser” une femme contre son environnement. Plus de la moitié des participantes rapportaient une diminution de leur mobilité après l’entrée en salle de naissance. Protocoles, monitorage, espace disponible, pratiques professionnelles et organisation restent déterminants. La préparation prénatale ne peut pas, à elle seule, compenser un environnement peu favorable au choix.
Et il existe un risque inverse : transformer l’accouchement physiologique en nouvelle norme de réussite. Une étude qualitative britannique de 2026 montre comment l’idéalisation d’un accouchement vaginal, « naturel », contrôlé et obtenu grâce à une bonne préparation peut contribuer, lorsqu’il ne se réalise pas, à des sentiments d’échec, de culpabilité et de honte.
C’est probablement ici que se situe l’enjeu pour les cours de préparation à la naissance.
👉 Préparer à l’accouchement actif ne devrait pas signifier apprendre comment réussir un accouchement physiologique.
Cela devrait plutôt signifier apprendre à :
comprendre, expérimenter, choisir, communiquer, s’adapter… et pouvoir changer de projet sans avoir le sentiment d’avoir échoué.
Autrement dit, passer d’une préparation centrée sur « ce que devrait être la naissance » à une préparation centrée sur « comment conserver du pouvoir d’agir face à ce qui arrivera réellement ».
Et cela implique aussi une responsabilité collective : préparer les femmes à exercer leur autonomie n’a de sens que si nos organisations de soins leur permettent ensuite réellement de l’exercer.
Borer H, Dubovi I. (2023) — Fostering childbirth education on upright positions and mobility during labor in nulliparous women
DOI : 10.1186/s12884-023-06166-4Lopes MI, Vieira M, Cardoso A. (2024) — Women’s empowerment for active labor: A qualitative study with nurse-midwives in antenatal education for childbirth
DOI : 10.18332/ejm/188117Lopes MI, Vieira M, Cardoso A. (2025) — Empowering women in decision-making about mobility during labor: Insights from experts
DOI : 10.18332/ejm/205673Lopes MI, Vieira M, Cardoso A. (2026) — Pregnant women’s knowledge and needs on labor mobility: implications for childbirth preparation – a qualitative study
DOI : 10.1186/s12884-026-09316-6Lopes MI, Vieira M, Cardoso A. (2026) — A complex intervention to empower decision-making on mobility among pregnant women during labor: a multi-method study using the MRC framework
DOI : 10.1186/s12884-026-09128-8Lopes MI, Cardoso A. (2026) — From antenatal preparedness to enacted agency during labor: Integrated findings from a woman-centered intervention on mobility
DOI : 10.18332/ejm/223963Matthews R, Harman V, Finlay K. (2026) — “Gold standard” Birth: Unmet birth expectations and the ought-maternal-self
DOI : 10.1016/j.socscimed.2026.119448