Les compétences psychosociales, quelle définition ?
La première définition, proposée par Weisen et al. en 1997 dans un document fondateur publié par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), met l’accent sur la capacité individuelle des personnes à faire face aux exigences de la vie quotidienne et à maintenir un bien-être mental dans leurs relations et leur environnement :
« Les compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement. » (Weisen, R. B. et al. 1997)
Par la suite, cette vision est enrichie par la définition proposée par Lamboy et al. dans le référentiel sur le développement des CPS, publié en 2022 par Santé publique France :
« Les compétences psychosociales constituent un ensemble cohérent et interrelié de capacités psychologiques (cognitives, émotionnelles et sociales), impliquant des connaissances, des processus intrapsychiques et des comportements spécifiques, qui permettent d’augmenter l’autonomisation et le pouvoir d’agir (empowerment), de maintenir un état de bien-être psychique, de favoriser un fonctionnement individuel optimal et de développer des interactions constructives.» (Lamboy et al. 2022)
Cette nouvelle définition met en avant une approche plus systémique et intégrée des compétences psychosociales, en les définissant comme un ensemble cohérent de capacités cognitives, émotionnelles et sociales, mobilisant à la fois des savoirs, des processus internes et des comportements observables.
Cette définition récente insiste particulièrement sur leur rôle dans l’autonomisation des individus, le développement de leur pouvoir d’agir (empowerment), et la construction d’interactions sociales positives, tout en soulignant leur contribution à un fonctionnement optimal et durable du bien-être psychique. Ainsi, elle reflète les évolutions des connaissances scientifiques et des approches en santé mentale et en promotion de la santé.
De plus, il est important de souligner que les compétences psychosociales sont influencées par :
des facteurs individuels comme les fonctions exécutives ou les compétences langagières,
des facteurs sociaux comme les interactions avec la famille, les amis et les adultes en position d’éducation, les environnements économiques et culturels.
Ces compétences peuvent aussi être acquises par des apprentissages formels et informels et évoluer au fil de ces différentes acquisitions.
Les dates clés du développement des CPS en France en un coup d’oeil
Le développement des compétences psychosociales (CPS) s’impose actuellement comme un enjeu majeur de santé publique. Depuis les années 1990, de nombreuses publications scientifiques, recommandations d’organismes internationaux, ainsi que des textes réglementaires et législatifs en France et à l’étranger ont contribué à structurer ce champ. La frise suivante retrace les grandes étapes de cette reconnaissance progressive, en mettant en lumière les jalons clés ayant soutenu l’intégration des CPS dans les politiques éducatives, sociales et de santé.
Une histoire du développement des compétences psychosociales en France
En France, le concept de compétences psychosociales (CPS) a mis un certain temps à s’imposer, avec parfois des questionnements voire des contestations dues, entre autres, à une approche jugée trop comportementaliste et non adaptée au contexte français. Il en a résulté certaines difficultés au moment d’adapter pour la France des programmes issus de la recherche internationale, et de les rendre accessibles aux acteurs de terrain. Afin de répondre à toutes ces problématiques, de fortes mobilisations institutionnelles et professionnelles ont eu lieu pour explorer, diffuser et formaliser les savoirs à la fois scientifiques et expérientiels.
Aujourd’hui, l’enjeu autour des compétences psychosociales repose sur la nécessité d’un déploiement national de programmes et d’actions reposant sur des données probantes. Pour cela de véritables collaborations entre tous les acteurs, se reconnaissant mutuellement dans leurs champs de compétences et dans leur interdépendance sont indispensables.
Les années 1990 : premiers échos, premières initiatives
Dans les années 1980 et 1990, le concept des compétences psychosociales émerge progressivement en France, bien qu’il ait été développé dans les pays anglo-saxons dès les années 1970 avec des programmes comme le Life Skills Training conçu par Gilbert J. Botvin, grand spécialiste américain de la prévention de la toxicomanie et du comportement de santé.
En France, c’est le professeur Jacques Fortin qui est considéré comme un des pionniers du développement des CPS. En effet, dès les années 1990 il élabore et met en place avec des enseignants le programme Mieux vivre ensemble dès l’école maternelle, une adaptation d’un programme nord américain de prévention des violences.
En 1993, le concept de compétences psychosociales ("Life skills" en anglais) est introduit par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle définit dix aptitudes à développer au cours de l'éducation et tout au long de la vie pour permettre l'adoption de comportements favorables à la santé et au bien-être. Ces dix aptitudes sont alors classées en cinq paires.
C’est également à cette époque qu’interviennent les premières inscriptions des CPS dans les pratiques éducatives en santé. On peut citer l’exemple du programme à destination des enfants Papillagou et les enfants de Croque Lune, créé en 1998 par l’ANPAA du Doubs et l’Institut Suisse de Prévention des Addictions (ISPA). À destination des 7-11 ans et portant sur les compétences psychosociales, il est par ailleurs toujours développé aujourd’hui.
Les années 2000 : recommandations et expérimentations
Le tournant des années 2000 marque une étape décisive avec la reconnaissance institutionnelle de l'importance des CPS dans les politiques de prévention et de promotion de la santé.
Au niveau international, en 2001, l’OMS propose une classification des CPS en trois grandes catégories : les compétences sociales, les compétences cognitives et les compétences émotionnelles.
En France, les expertises collectives de l'Inserm, les recommandations de la Conférence nationale de santé et les orientations de l'Éducation nationale convergent pour promouvoir l'intégration des CPS dans les programmes scolaires et les structures éducatives. Ainsi en 2006, l'Éducation nationale définit le premier socle de connaissances et de compétences avec les piliers 6 et 7 « compétences sociales et civiques », « autonomie et initiative » qui favorisent l'intégration des approches CPS à l'École.
Dans un même temps, les professionnels s'emparent des recommandations et cherchent à développer des méthodes pour renforcer les compétences sociales, émotionnelles et cognitives des enfants. Cependant, ils manquent d'outils d'intervention, les programmes validés étant souvent d'origine étrangère. De plus, les actions de prévention, bien que rares, se concentrent principalement en milieu scolaire. En réponse à ces obstacles, des initiatives locales et régionales émergent notamment le programme "Cartable des compétences psychosociales" de l'Ireps Pays de la Loire. Ce programme, débuté en 2001, est implanté dans 20 à 60 classes par an jusqu’en 2014.
Cependant, des tensions et des difficultés continuent à restreindre le développement des CPS en France. En effet, en prévention et promotion de la santé deux approches s'opposent. La première, axée sur les modèles scientifiques et les pratiques internationales, peine à s’implanter en France. La seconde, ancrée dans les sciences humaines dites « molles » et notamment la psychanalyse, reste influente dans des domaines comme la santé mentale et la parentalité. Ces visions divergentes génèrent des tensions et freinent le déploiement de programmes novateurs (Brindami, SFP), entravés par des obstacles institutionnels, financiers et méthodologiques.
Les années 2010 : quelles stratégies pour quelles pratiques ?
Dans les années 2010, les CPS s'installent durablement dans le paysage de la prévention et de la promotion de la santé. L'Inpes, devenue par la suite, Santé publique France s'engage à transférer les connaissances sur les interventions validées et à mettre à disposition des ressources pour les professionnels.
Des programmes validés tels que Unplugged, SFP ( PSFP pour l’adaptation française), ou Good Behavior Game sont testés et adaptés via des associations locales, soutenues par l’Inpes (puis Santé publique France). Parallèlement, des projets régionaux viennent renforcer les liens entre écoles, rectorats et professionnels de santé. La formation des enseignants en éducation pour la santé progresse, avec une intégration des CPS depuis 2015 par l’Éducation nationale dans le Socle commun de connaissances, de compétences et de culture, puis par le ministère de la santé depuis 2016 dans le Parcours éducatif de santé.
L’enthousiasme croissant pour les CPS favorise la diffusion d’outils, de formations et de supports documentaires. Le site web Cartable des compétences psychosociales mis en ligne en 2011 ou encore les dossiers de connaissances réalisés par la Fnes et les Ireps en sont des exemples et traduisent l’expertise professionnelle qui se développe partout en France.
En 2018, s’inscrivant dans les préconisations de la Stratégie nationale de santé, Santé publique France lance son registre des interventions probantes parmi lesquelles de nombreux programmes s’appuient sur les CPS. L’objectif de ce registre vise à articuler innovations scientifiques et actions locales. Toutefois, le transfert de connaissances reste limité par une approche trop descendante, malgré les appels des acteurs de terrain pour des collaborations plus étroites.
Les années 2020 : un cadre national et des repères pour les professionnels
Au cours de ces 25 dernières années, les avancées scientifiques et méthodologiques ont enrichi le développement des compétences psychosociales. Elles ont permis de structurer les concepts, d’identifier les facteurs de réussite et de définir des critères de qualité basés sur des données probantes. En parallèle, les pratiques sur le terrain ont généré une expertise pratique et opérationnelle, notamment dans la formation, l’accompagnement et la mise en œuvre de projets. Cette dynamique a été soutenue par des institutions et financeurs qui ont favorisé l’innovation et jeté les bases d’un déploiement à plus grande échelle. Un exemple marquant est la création du site internet national Sirena dédié aux CPS, financé par la Caisse nationale d’assurance maladie et mis en ligne en 2023, illustrant l’intérêt croissant des institutions pour ce domaine.
Cette période est également marquée par la publication de deux textes d’importance. En février 2022 est publié le Référentiel pour un déploiement auprès des enfants et des jeunes. Synthèse de l'état des connaissances scientifiques et théoriques réalisé en 2021. Conçu pour être un document de référence, il est destiné aux décideurs et acteurs de terrain. Il présente le bilan des connaissances scientifiques sur les CPS, et fournit des premiers repères pour l'action et la décision.
Il est accompagné, la même année, par l’Instruction interministérielle publiée le 19 août 2022 relative à la stratégie nationale multisectorielle de développement des compétences psychosociales chez les enfants et les jeunes. Cette stratégie nationale multisectorielle se donne pour objectif de définir pour le développement des CPS un cadre commun à tous les secteurs, afin que le génération 2037 soit la première à grandir dans un environnement continu de soutien au développement des compétences psychosociales.
Enfin, en 2025, Santé publique France publie Les compétences psychosociales. Un référentiel opérationnel à destination des professionnels experts et formateurs CPS. Tome I. Ce document repose sur une approche fondée à la fois sur les connaissances scientifiques les plus récentes et sur l’expertise de terrain. Il vise à structurer, formaliser et diffuser les savoirs et savoir-faire essentiels pour renforcer les CPS à travers des interventions de qualité. Destiné aux professionnels (formateurs, responsables de programmes CPS, experts), il sera décliné en fiches et livrets pour être appropriable par un public plus large. Après un premier chapitre établissant un cadre d'intervention pour garantir la qualité des actions CPS, chacun des chapitres suivants de ce document est consacré à une compétence spécifique et est scindé en deux parties :
Une partie théorique : elle définit la CPS travaillée et détaille les savoirs et savoir-faire associés. Y sont également présentés les effets directs de cette compétence et les facteurs influençant son développement. Une synthèse des points clés à retenir est proposée en conclusion.
Une partie pratique : elle propose des exemples d'activités, formelles et informelles, adaptées aux adultes, aux jeunes et aux enfants pour favoriser l’apprentissage et l’application de la CPS.
Promotion Santé Nouvelle-Aquitaine et le développement des CPS
Depuis 2014, Promotion Santé Nouvelle-Aquitaine s'engage activement dans le développement et la diffusion des compétences psychosociales (CPS) à l’échelle régionale. En s’appuyant sur une démarche fondée à la fois sur des programmes validés scientifiquement et sur les réalités de terrain, l’association a contribué à structurer des actions innovantes, à favoriser leur ancrage territorial, et à encourager leur évaluation.
Cette frise retrace les grandes étapes de cet engagement et illustre ainsi la dynamique portée par Promotion Santé Nouvelle-Aquitaine pour renforcer les CPS comme levier de promotion de la santé.