Auteurs : Anne Demeester, Patrice Laisney et Éric Tortochot
Source : Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur
Lien : doi-org.ezproxy.u-bordeaux-montaigne.fr/10.4000/ripes.5104
Synthèse:
Cet article présente les résultats d'une recherche participative orientée par la conception (design-based research) menée à l'Inspé d'Aix-Marseille pour répondre à une commande institutionnelle : opérationnaliser les cinq niveaux de maîtrise prescrits par le nouveau référentiel national de formation des enseignants (Master MEEF), effectif depuis 2021 .
L'étude s'appuie sur le modèle de l'enseignant-concepteur, vu comme un acteur central dans un système complexe d'interactions avec lui-même, la tâche, les ressources internes/externes, les autres acteurs (élèves, pairs, hiérarchie) et les outils de communication . Ce modèle théorique a permis de créer une matrice transférable croisant les attendus de formation et les composantes d'une situation professionnelle, déclinée en trois grilles d'évaluation spécifiques pour les professeurs des écoles (PE), les professeurs de collège/lycée (PCL) et les conseillers principaux d'éducation (CPE) .
La méthodologie collaborative a réuni pendant 18 mois un groupe mixte (enseignants-chercheurs, formateurs, étudiants, inspecteurs) pour co-construire des descripteurs qualitatifs par niveau de maîtrise, visant une évaluation formative et certificative alignée sur l'approche par compétences (APC). L'outil produit permet d'harmoniser les pratiques d'évaluation tout en laissant aux équipes pédagogiques la liberté de définir leurs indicateurs spécifiques .
Avis personnel :
Cet article est exceptionnellement rigoureux et ambitieux par sa démarche : il ne se contente pas de critiquer les limites de l'APC (comme son risque utilitariste ou sa complexité opérationnelle), mais propose une solution concrète et théoriquement fondée pour les dépasser. Le choix du modèle de l'enseignant-concepteur est particulièrement pertinent car il capture la complexité du métier bien au-delà de la simple exécution de tâches, en intégrant les dimensions réflexives, collaboratives et contextuelles .
La force majeure de ce travail réside dans sa démarche participative : en associant tous les acteurs (de l'étudiant à l'inspecteur), les auteurs garantissent une adhésion et une applicabilité forte sur le terrain, évitant l'écueil d'un outil imposé "d'en haut". La production de trois grilles distinctes (PE, PCL, CPE) témoigne d'une fine compréhension des spécificités de chaque métier .
Une limite potentielle – que les auteurs reconnaissent – est la représentativité limitée des étudiants dans le groupe de travail. Par ailleurs, la suppression des notes chiffrées à l'Inspé d'Aix-Marseille pourrait rendre la transposition de l'outil plus délicate dans des contextes encore accrochés à l'évaluation traditionnelle .
En conclusion, cette recherche offre une contribution majeure pour tous les formateurs d'enseignants confrontés au défi de l'évaluation des compétences. Elle démontre qu'un cadre national peut être à la fois contraignant et libérateur s'il est co-construit et s'appuie sur un modèle théorique robuste. La prochaine étape cruciale sera d'étudier son appropriation réelle par les équipes pédagogiques