Luc Massou
Cet article propose une analyse critique et prospective sur l’hybridation dans l’enseignement supérieur, après la crise pandémique de 2020.
Il s’inscrit dans le cadre du débat scientifique autour du texte de Bernadette Charlier et Claire Peltier (2024) intitulé « Comprendre la dynamique de co-construction des environnements d’apprentissage hybrides ».
L’objectif est de mieux comprendre ce que signifie aujourd’hui “hybrider une formation” et de réfléchir aux conséquences de la pandémie sur les pratiques d’enseignement et d’apprentissage dans les universités.
1. Contexte : de la pandémie à la réflexion post-crise
Durant la crise du Covid-19, de nombreuses universités ont adopté un enseignement à distance d’urgence (ERT), c’est-à-dire une adaptation rapide et contrainte.
Luc Massou rappelle que cette forme d’enseignement ne doit pas être confondue avec une vraie hybridation, qui repose sur une planification réfléchie, une intention pédagogique et un accompagnement des étudiants.
La crise a certes accéléré la numérisation, mais aussi freiné certains enseignants, qui ont vécu cette période comme difficile et peu satisfaisante.
2. Redéfinir l’hybridation aujourd’hui
L’auteur souligne que la notion d’hybridation reste polysémique (c’est-à-dire à sens multiples).
Elle peut désigner :
une organisation des cours (présentiel + distance),
un choix techno-pédagogique,
un processus d’apprentissage articulant plusieurs modalités,
ou encore un paradigme éducatif transformant la relation enseignant-apprenant.
Plusieurs chercheurs (Peltier, Martinet, Céci…) proposent leurs propres typologies, montrant la richesse et la complexité du concept.
3. L’approche de Charlier et Peltier : la co-construction
Ces deux chercheuses proposent de voir l’hybridation comme une co-construction entre enseignants et étudiants.
Elle repose sur quatre ensembles de variables :
Caractéristiques de l’étudiant (motivation, autonomie, expériences antérieures).
Environnement d’apprentissage conçu par l’enseignant (présence/distance, médiation, accompagnement, évaluation).
Comportements et représentations de l’étudiant (stratégies d’apprentissage, régulation, engagement).
Résultats d’apprentissage issus de ces interactions.
Ce modèle sert de cadre d’analyse théorique pour comprendre comment se construit l’expérience d’apprentissage hybride.
4. Nouveaux enjeux et projets en cours
Luc Massou relie ce cadre à plusieurs initiatives de recherche et politiques éducatives récentes :
Le projet ANR HyPES (2024–2027), qui vise à actualiser les typologies de dispositifs hybrides, en intégrant la perspective des étudiants et l’évaluation.
Les projets d’hybridation nationaux en France (2020–2023) financés par le ministère pour transformer les formations universitaires.
Les Campus Connectés (créés dès 2019), qui permettent à des étudiants éloignés de suivre des cours universitaires à distance avec un accompagnement local.
Les Alliances européennes d’universités et les programmes Erasmus+ hybrides (BIP – Blended Intensive Programs), favorisant de nouvelles formes de mobilités hybrides.
5. L’émergence des “interfaces hybrides” et de la téléprésence
L’article évoque les nouvelles technologies immersives : réalité virtuelle, hologrammes, robots de téléprésence, jumeaux numériques…
Ces outils créent des formes inédites de présence et d’interaction entre le réel et le virtuel.
L’auteur appelle à interroger leur pertinence pédagogique, leur qualité d’usage et leur impact sur la relation humaine et sensorielle dans l’apprentissage.
6. Vers une hybridation élargie
L’hybridation ne concerne plus seulement la salle de classe, mais l’ensemble de l’écosystème universitaire :
les espaces physiques et numériques,
la mobilité internationale,
les réseaux d’universités,
et même les politiques publiques.
L’auteur plaide pour une vision globale et inclusive de l’hybridation, qui tienne compte des étudiants, des enseignants, et du contexte institutionnel.
Cet article est très riche et structurant.
J’ai trouvé qu’il apporte une réflexion profonde sur l’évolution de l’enseignement supérieur après la pandémie.
L’auteur ne se contente pas de décrire les innovations, il interroge leur sens et leur impact sur les pratiques pédagogiques et les identités professionnelles.
J’apprécie particulièrement la manière dont il relie recherche, terrain et politique éducative, montrant que l’hybridation est un mouvement de transformation durable et non une simple mode.
Enfin, il met en avant la nécessité d’une hybridation humaine et réfléchie, où la technologie reste au service de la pédagogie et de la relation éducative.