Le fait que je signe les textes publiés dans Variations dialogiques signifie plusieurs choses. Tout d'abord que j'assume la responsabilité de ce qui est publié, que j'explicite le processus de production comme une cobotique rédactionnelle, que jamais les orientations prises par les LLM ne sont avalisées telles quelles mais au contraire discutées, réaxées, modifiées, que les processus et leurs inévitables biais sont traités à plusieurs niveaux : prompt, outils et regard critique et métacognitif. Au final, cela définit le statut d'IAuteur. J'ai créé ce néologisme en 2025 lors de mes expériences avec les LLM pour produire des fictions à but pédagogique (cf. site IAuteur).
Un IAuteur pratique la cobotique rédactionnelle. J'entends par cette expression un mode de production textuelle où l'humain et un ou plusieurs modèles de langage travaillent conjointement, dans un partage effectif de la tâche d'écriture. La machine n'y est ni un simple outil exécutant ni un auteur autonome : elle propose, génère, ouvre des possibles, que j'oriente, discute, sélectionne, réécris et valide. L'écriture procède ainsi d'une boucle d'échanges, faite de prompt, de génération, d'évaluation critique et de réajustement, qui se distingue à la fois de l'automatisation, où la machine produirait seule, et de la simple instrumentation, où elle ne serait qu'un outil neutre : ici, l'agentivité est partagée et négociée, mais la responsabilité finale et la voix restent humaines.
Signer les textes de Variations dialogiques, c'est d'abord affirmer une subjectivité qui ordonne le matériau : au-delà de la simple responsabilité, la signature revendique un point de vue et une manière de trancher, de hiérarchiser, de donner une voix cohérente à ce qui, sans elle, ne serait qu'une agrégation de possibles générés. C'est ensuite instituer un pacte de lecture, car elle fonctionne comme un engagement envers le lecteur, une garantie de transparence sur la genèse composite du texte plutôt qu'une dissimulation de la machine ou, à l'inverse, un effacement de l'humain. C'est aussi inscrire le texte dans une trajectoire : il ne vaut pas isolément mais s'articule à un corpus, à un projet, à une cohérence de pensée qui le précède et le déborde, de sorte que la signature relie ce texte-ci à tous les autres. C'est encore assumer une traçabilité, c'est-à-dire accepter d'avoir à répondre, à s'expliquer, à défendre ou à corriger, ce qui présuppose une identité stable derrière l'énoncé.
C'est enfin poser un acte d'appropriation : faire sien un texte à la naissance partagée, non par déni de cette origine mais par le travail de sélection, de réécriture et de validation qui transforme une production en œuvre. Dans un flux où la génération automatique et anonyme de contenus prolifère, une telle signature agit à contre-courant. Elle ralentit : contre le débit et le volume propres à la machine, elle suppose en amont un travail qui prend le temps de reprendre, de discuter et de réécrire, et elle appelle en aval une lecture attentive, qui s'arrête sur le texte au lieu de le faire défiler. Elle réintroduit surtout une présence responsable : là où un texte purement généré n'a personne derrière lui, elle fait exister un
« qui », une parole risquée, une réputation exposée au jugement comme à la confiance. Elle résiste à l'indistinct : ce régime du contenu interchangeable, sans provenance ni auteur assignables, qui pourrait avoir été produit par n'importe qui ou par personne, et qui gagne aujourd'hui du terrain. Contre cette homogénéisation, elle tient une marque de singularité : non pour nier la part machinique de la production, mais pour refuser qu'elle se dissolve dans l'anonymat.