Comme toutes les localités, Sablonnières a eu ses notables et des habitants qui se sont distingués à divers titres ou qui ont eu un destin particulier. Certains y sont nés et y ont vécu, d'autres ont quitté les lieux pour d'autres horizons, d'autres encore, venus d'ailleurs, s'y sont installés après une vie remarquable. C'est à ces Sablonniérois de naissance ou d'adoption que nous consacrons ce chapitre.
(les personnages marqués d'un * sont abordés plus amplement dans ce chapitre)
Couesnon, Jacques (Sablonnières v. 1637-Rebais 4 janv. 1714) notaire, procureur, lieutenant
Troche, Joseph (né à Sablonnières le 17 avr. 1650), substitut du tabellion de Coulommiers pour Sablonnières
Des Essarts, Claude (Sablonnières 15 déc. 1725-La Chapelle-Véronge 5 mai 1799) notaire et Greffier au bailliage de Véronge
Lamy, Augustin (Crouy v. 1686-Sablonnières 23 août 1736), substitut du tabellion de Coulommiers et notaire à Sablonnières de 1713 à 1736
Perrin, Joseph Toussaint * (Sablonnières 9 nov. 1821-Provins 24 nov. 1892), greffier au tribunal de commerce de Provins
Rayer, Nicolas (Sablonnières 9 févr. 1593-Sablonnières 23 janv. 1657), procureur fiscal du Jariel
Dechambly, Énoch (Sablonnières le 31 oct. 1606), procureur fiscal
Véron, Dominique (Sablonnières 13 janv. 1646-Perreux 4 nov. 1705), huissier de la justice de Perreux (Yonne)
Couesnon, Jacques (Sablonnières v. 1637-Rebais 4 janv. 1744), procureur, notaire, lieutenant à Rebais
Dechambly, Robert (†Sablonnières 24 juil. 1640), procureur fiscal de Sablonnières
Regnault, Samson (Sablonnières 3 déc. 1614-Sablonnières 2 févr. 1691), praticien, procureur fiscal
Troche, Jean (Sablonnières 21 mai 1616-Sablonnières 11 mai 1679), sergent royal, procureur fiscal et greffier de Sablonnières
Camus, Pierre (v. 1624-Sablonnières 29 déc. 1679), procureur fiscal, huissier royal
Rayer, Antoine (Sablonnières 3 janv. 1671-Sablonnières 6 août 1717), procureur fiscal
Coesme, Claude (Sablonnières 13 févr. 1701-Sablonnières 29 juil. 1754), huissier, sergent de la justice de Sablonnières
Le Guery, Jean Pierre Louis (v. 1754-Bussières 20 janv. 1830), procureur fiscal de Sablonnières
Desgatines, Jean-François (né à Sablonnières le 8 avr. 1758), procureur fiscal
Grancher, Pierre (né à Sablonnières le 15 nov. 1588), lieutenant du prévôt
Rayer, Denis (Sablonnières 20 juill. 1641-Sablonnières 15 mars 1710), prévôt de Sablonnières et de Villeneuve-sur-Bellot ; bailli de Vieux-Maisons
Tranchard, Claude (v.1670-La Ferté-Gaucher 12 juill. 1729), receveur de Sablonnières (1702-1710), prévôt de Sablonnières (1711-1712), receveur de La Ferté-Gaucher
Troche, Joseph (né à Sablonnières le 17 avr. 1650), lieutenant du prévôt de Sablonnières, greffier d'Hondevilliers, prévôt de Bellot, bailli de Rozay
Boutillier de Holdenstadt, François-Théodore (Sablonnières 19 mai 1821-Saint-Amand-Montrond 22 mai 1892)
Corbilly, Robert (Sablonnières 24 août 1596-Choisy-en-Brie 20 mars 1636), chirurgien à La Ferté-Gaucher
Corbilly, Charles (né à Sablonnières le 16 janv. 1606), maître chirurgien
Grandpierre, Antoine (†Sablonnières 30 avr. 1680), chirurgien à Boitron
Régnier, Jacques (Sablonnières 15 févr. 1682-Sablonnières 21 mai 1741), chirurgien
Davesne, François Alexandre (Sablonnières 26 févr. 1811-Le Gault 21 juil. 1893), chirurgien, médecin (à Le Gault-la Forêt selon le Dictionnaire biographique du département de la Marne, Paris, Jouve, 1893)
de Salnove, Robert * (baptisé à Sablonnières le 11 déc. 1597), auteur de la Vénerie Royale
Fournier, Jean-Oscar-Charles-Léon * (né à Paris 14 juillet 1849), chansonnier et maire de Sablonnières
Schelstraete, Jean * (Tourcoing 8 avr. 1922-Coulommiers 30 mai 2005), historien
Marcoin, Dominique, maître d’école et clerc paroissial de Sablonnières (v. 1650)
Lourdin, Louis (né à Sablonnières le 27 janv. 1647 et marié à Sablonnières le 28 mai 1668), maître d’école à La Trétoire
Masson, François (Rouvres 12 août 1662-Sablonnières entre 1716 et 1733, marié à Lizy le 22 nov. 1683), maître d’école
Delambre, Barthélémy (La Ferté-Gaucher 15 mai 1701-Sablonnières 16 mars 1774, marié à Sablonnières le 19 févr. 1732), maître d’école de Sablonnières à partir de 1742 et clerc paroissial
Mugar, Toussaint, recteur de Sablonnières (1735)
Des Essarts, Claude (Sablonnières 15 déc. 1725-La Chapelle-Véronge 5 mai 1799), maître d’école à Véronge
Feuillet ép. Barthélémy Delambre, Marie Françoise (Domptin 14 sept. 1730-Sablonnières 6 déc. 1803), institutrice
Taté, Pierre (Villers-Hélon 21 janv. 1735-Sablonnières 17 juin 1758), maître d’école et clerc paroissial de Sablonnières
Lagrange, Pierre (Sablonnières 4 nov. 1736-Signy-Signets 2 janv. 1809, marié à Sablonnières le 21 nov. 1758 puis à Signy le 21 juin 1773, puis le 28 juin 1797), instituteur
Fauvet, Antoine (Sablonnières 17 juin 1746-v. 1805), instituteur-clerc d’Hondevilliers
Demarle, Eustache (Sablonnières 11 janv. 1750-Viels-Maisons 11 avr. 1816), instituteur et clerc paroissial à Sablonnières
Gadenne, Victoire Joseph * (Lille 13 déc. 1752-Sablonnières 2 août 1805), professeur de mathématiques au collège militaire de Rebais
Delambre, Jean-Barthélémy (Sablonnières 25 avril 1768-Sablonnières 17 octobre 1832), instituteur (1790-1825) et clerc paroissial de Sablonnières
Jullien, Armand, instituteur à Sablonnières (1825-1830)
Guillard, André * (Sablonnières 30 nov. 1768-La Ferté-sous-Jouarre 24 mai 1840), instituteur à Saint-Cyr-sur-Morin
Moutenot, Marie-Françoise (ép. de Jean-Baptiste Delambre) (Verdelot 17 janv. 1772-Sablonnières 18 avr. 1802), institutrice
Baron, Étienne François * (Sablonnières 6 sept. 1776-Paris 9 mai 1854), instituteur à Saint-Brieuc, maître d'écriture à Paris
Baron, Jean Louis Honoré (Sablonnières 8 sept. 1780-Sablonnières 18 janv. 1857), instituteur à Rebais
Baron, ancien instituteur à Sablonnières, membre du Comité cantonal de Rebais et un des 18 délégués élus en 1848 au Comité d'arrondissement en 1848 (L'Éclaireur de l'Arrondissement de Coulommiers, 30 mars 1848, p. 1)
Adrien, Paul (Sablonnières 17 juill. 1806-Sablonnières 22 déc. 1885), instituteur à Sablonnières (1830-1873), pensionné le 1er janvier 1873 après 38 ans et 2 mois de services (Bull. des Lois 1874, n° 658, p. 439)
Devivier ép. Aubert, Éléonore (né v. 1816), institutrice à Sablonnières (1871-1874)
Biberon, Marie-Thérèse-Virginie (Sablonnières 3 janv. 1824-Sablonnières 22 déc. 1856), institutrice à Sablonnières (1854-1856)
Jacquot, Rosa Adeline (Cerneux 22 sept. 1832-Rebais 22 déc. 1913), institutrice à Sablonnières (1853-1854 et 1857-1871)
Adrien, Achille Louis (né à Sablonnières le 2 mars 1833), instituteur à Jaignes
Desgranges, Noël Clément * (Sablonnières 7 sept. 1834-Poitiers 6 janv. 1872), professeur de théologie au grand séminaire de Meaux, professeur de philosophie au collège de Poitiers
Adrien, Pierre Gabriel Alcide (né à Sablonnières le 29 juin 1835), instituteur à Villeneuve-sur-Bellot et à Bassevelle
Jacquelle, Héloïse (née v. 1844), institutrice à Sablonnières (1889-1892)
Billard, Eugène, instituteur à Sablonnières (1873-1875)
Henry, Julie, institutrice à Sablonnières (1892-1893)
Maury, institutrice à Sablonnières (1897...)
Lefèvre, Pierre Théodore (né à Mortcerf le 31 oct. 1850), instituteur à Bois-Baudry (Doue) et à Sablonnières (1875-1882)
Mayeur ép. Rousselet, Paméla Camille Alphonsine Marie (Hondevilliers 1er déc. 1854-Rebais 30 juin 1936), institutrice à Sablonnières (1874-1883)
Chemin, Noël-Joseph (Saint-Denis-lès-Rebais 26 févr. 1856-après 1909), instituteur à Sablonnières (1890...)
Fontaine, Angéline-Marie (né à La Trétoire le 6 sept. 1861), institutrice adjointe à Sablonnières (1881)
Lecamus, Joseph Henri (né v. 1863), instituteur à Sablonnières (1882-1890)
Henry, Léontine (née v. 1863), institutrice à Sablonnières (1883-1889)
Lavallée, Émilie-Rose (née v. 1864), institutrice à Sablonnières (1901)
Rayé, Adolphe Constant (né à Bernay-en-Brie 28 janv. 1867-Mortcerf 4 déc. 1950), instituteur à Sablonnières (1906...)
Picquard, Juliette Clotilde (Voulx 6 juil. 1868-Meaux 2 mai 1908), institutrice à Sablonnières (1893)
Oudelin, Célestine (née à Aubervilliers le 31 juill. 1868), institutrice à Sablonnières (1893-1897)
Rousselet, Achille Victor (Sablonnières 2 déc. 1868-Voisey-52 30 mars 1918), instituteur primaire
Cherier, Philéas Oscar (Sablonnières 11 avril 1872-Vendrest 23 mai 1911, inhumé à Sablonnières) instituteur à Anet-sur-Marne puis à Vendrest
Mohr ép. Antoine Savin, Léontine Marguerite (Jouy-sur-Morin 11 oct. 1881-Juilly 11 févr. 1959), institutrice à Sablonnières (...1906-1911...)
Savin, Antoine (La Chapelle-sous-Brancion 20 mai 1882-Mitry-Mory 10 juin 1959), instituteur à Sablonnières (1811)
Lavigne ép. Prudent Bougréau, Julia Émélie * (Voulangis 19 juin 1885-Sourdun 16 févr. 1929), institutrice à Sablonnières
Bougréau, Prudent Aristide * (Aufferville 20 sept. 1885-Sourdun 26 juin 1964), instituteur et secrétaire de mairie à Sablonnières
Lecamus, Camille Marie (Sablonnières 22 août 1886-Provins 3 juin 1977), instituteur à Dagny, Sablonnières (1882), Saint-Siméon (1890)
Bougréau, Michel Prudent (Sablonnières 22 déc. 1912-Cugand 9 mai 1998), instituteur à Coulommiers et directeur d'école
Barès, Fernand * (Aspet 18 févr. 1924-6 nov. 2012), instituteur et maire de Sablonnières
Regnault, Denis (bapt. Sablonnières 30 mai 1609-Vaudoy-en-Brie 4 avr. 1675), curé de Vaudoy-en-Brie
Gautier, Christophe * (bapt. Sablonnières 27 août 1634-Sedan 11 oct. 1671), lazariste
Duparcq, Charles-François (v. 1712-Sablonnières 17 déc. 1783), curé de Sablonnières
Blanchard, Honoré Rémy (Dormans 14 janv. 1750 ?-Sablonnières 22 juill. 1791), curé de Sablonnières
Gadenne, Victoire Joseph * (Lille 13 déc. 1752-Sablonnières 2 août 1805), religieux mauriste, curé de Sablonnières
Biberon, Joseph Napoléon * (Sablonnières 18 août 1809-Sablonnières 3 mars 1866), curé de Voinsles et de Jaignes
Desgranges, Noël Clément * (Sablonnières 7 sept. 1834-Poitiers 6 janv. 1872), curé à Fontainebleau, jésuite
Delacour, Louis Désiré (né à Sablonnières le 27 août 1875), vicaire
Le père Victorius * (1899-1962)
de Vaux, Philippe (Saint-Prix v. 1647-Sablonnières 22 janv. 1714), x Sablonnières 20 juin 1699, officier de l'Hôtel royal des Invalides
de Ravenel, Jérôme Gaston * (bapt. Sablonnières 8 oct. 1661-Marseille 9 déc. 1729), capitaine
Regnard, Pierre dit « La Brie » * (bapt. Sablonnières 11 oct. 1667-Blaye 9 nov. 1739), caporal au Royal Infanterie
Delétain, Claude Etienne dit « La Bonté » * (Sablonnières 13 mai 1746 ?-Cap Français 1764), soldat au Régiment de Quercy
Simonnet, Nicolas dit « La Tulipe », soldat au Bigorre Infanterie (compagnie Bigodet) pendant un an après onze ans sur mer, deux ans au régiment de Toulouse et six mois au régiment de Normandie, passa le 17 février 1724 à l'hôtel des Invalides (SHD/GR/2Xy23, Acte n° 038825). Son acte d'entrée le dit âgé de 37 ans, né à Sablonnières en Brie et indique qu'il est mort le 30 septembre 1763. Un registre de matricules du régiment de Bigorre (GR 1 Yc 144) précise qu'il y entra le 11 janvier 1723 mais donne Paris comme lieu de naissance. Il existait bien une famille Simonnet à Sablonnières mais l'acte de baptême n'a pas été trouvé.
Guillard, André * (Sablonnières 30 nov. 1768-La Ferté-sous-Jouarre 24 mai 1840), sergent-major au 16e Régiment de chasseurs Infanterie
Boutillier, Théodore * (Sablonnières 8 janv. 1776-Sablonnières 5 avr. 1822), chef de bataillon au 16e de ligne, baron d'Empire
Delalot, Louis-Gabriel (Sablonnières 12 janv. 1778-Saint-Cyr-sur-Morin 30 nov. 1857), lieutenant de gendarmerie à la compagnie des Bouches-du-Rhône, commandant de la gendarmerie d'Arles, pensionné après 34 ans, 8 mois et 22 jours de services effectifs et 13 ans de campagnes (Bull. des Lois 1834, t. V, n° 87, p. 22).
Brocherez, Victor * (Bains 9 déc. 1827-Sablonnières 28 mars 1898), capitaine d'infanterie
Juvinel, Achille * (Sablonnières 24 nov. 1862-23 mai 1930), sous-lieutenant de gendarmerie
Lepâtre, Albert Edmond * (Cerneux 31 mai 1873-Sablonnières 8 nov. 1952)
Desgranges, Victor Albert * (Sablonnières 4 mai 1886-Meaux 12 févr. 1949)
Fauvet, Octave * (Sablonnières 5 sept. 1892-Héry 28 déc. 1976), capitaine d'infanterie
Mouton, Henri-Auguste dit « Roger » (Sablonnières 19 mars 1879-Outreau 20 juil. 1951), FFC (réseau Action D - CDP3, région Aisne)
Bidault, Gustave Octave * (Hondeviliers 5 mai 1898-Meaux 29 juil. 1963), commerçant, conseiller municipal, créateur du « maquis de Sablonnières », FFI (1944)
Bonnot, Maurice (Sablonnières 30 mai 1905-Coulommiers 16 mars 1958)
Thiéchard, Robert Lucien (Sablonnières 25 août 1922-Mont-Dore 27 août 1944), FFI d'Auvergne (1944)
de Salnove, Robert * (baptisé à Sablonnières le 11 déc. 1597), lieutenant de la grande louvèterie de France
Bénard, Denis * (Vulaines 21 oct. 1784-Montmirail 3 mai 1870), meunier, inventeur et maire
Les Mireaux *, industriels et musiciens
Delétain, Louis Isidore (Sablonnières 14 sept. 1808-Coulommiers 8 févr. 1885), cultivateur, maire de Doue (1847-v.1868)
Davesne, François Alexandre (Sablonnières 26 févr. 1811-Le Gault 21 juil. 1893), maire de Le Gault (1871-1893)
Louis, Auguste * (Sablonnières 14 nov. 1891-Boitron 8 nov. 1949), administrateur de sociétés et maire de Boitron
(les maires de Sablonnières se trouvent dans le chapitre Histoire municipale).
Moutenot, Jean-Pierre * (Blumeray 24 avr. 1744-Sablonnières 8 août 1815), ancien intendant du comte de Verdelot devenu maire de Sablonnières
Leroy, Germain * (Sablonnières 31 juil. 1759-Courgivaux 8 mars 1837) et Antoine * (né à Sablonnières le 8 avr. 1789), bagnards
Lebon, Théodore * (Sablonnières 6 fructidor an IX-Îles du Salut 13 mai 1877), bagnard et relégué
Troton, Joseph * (Sablonnières le 26 octobre 1836-après 1898), garde national incarcéré pendant la Commune de Paris
Giroux, Rose-Alexandre * (né à Sablonnières le 26 déc. 1847-après 1879), communard déporté
Le 11 décembre 1597, le sacrement du baptême fut donné en l'église de Sablonnières à Robert, fils d'honorable Louis de Salnove et de Marie (du) Blanchet, un couple issu de la noblesse champenoise établi à Bassevelle, aux Mousseaux. (1)
Son père étant mort quelques années plus tard, le jeune garçon entra comme page à la cour de France en 1611 et devint huit ans plus tard gentilhomme servant de Christine de France, qu'il suivit à la cour de Savoie. C'est ainsi qu'il se retrouva à Turin, où il épousa en 1621 la gouvernante des demoiselles d'honneur de la duchesse, selon contrat du 22 novembre insinué au Châtelet de Paris. (2)
Le 14 février 1624, il acheta à proximité des Mousseaux une demeure ceinte de fossés qui allait être érigée en fief dix ans plus tard (il existe toujours une ferme dite de Salnove). Nommé écuyer de la duchesse de Savoie en 1626, il ne rejoignit la cour de France qu'une dizaine d'années après. Passionné de chasse, il acheta en 1640 la charge de lieutenant de la vénerie pour le loup, dont il se démit le 1er juillet 1646 en faveur de son futur gendre Salomon du Bellay. Il conserva toutefois les titres de conseiller et de maître d'hôtel ordinaire de la maison du roi. En 1653, à la suite du décès de son épouse et d'une de ses filles, il quitta Salnove pour Saint-Germain-des-Prés. Il publia en 1655 la Vénerie Royale qui fit sa réputation et se remaria vers 1660. Il habitait alors une maison située à l'angle des rues des Rosiers et de Grenelle. (3)
Son ouvrage, véritable code des chasses au XVIIe siècle qui traite non seulement de la chasse du cerf, du lièvre, du chevreuil, du loup, du sanglier et du renard, mais aussi de la gestion des forêts et des soins à donner aux chiens, remporta un franc succès dès sa parution et devint la référence en la matière. Une réimpression augmentée d'un Dictionnaire des chasseurs fut publiée en 1665 et plusieurs rééditions ont paru jusqu'au XXe siècle.
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(1) Gaston DE MAROLLES le fait naître chez les parents de sa mère (Société d'histoire et d'archéologie de Senlis, Comptes rendus et mémoires, 6e série, t. 5, 1934-1939, p. clxii) qu'il qualifie à tort de dame de Sablonnières (La Vénerie Royale, Paris, Nourry, 1929, p. x). Sa famille avait toutefois un lien avec Sablonnières, puisque ses parents y apparaissent comme parrain et marraine dans les registres paroissiaux à la fin du XVIe siècle : Le père est dénommé « honorable Louis de Salnove » en avril 1590. La mère, qualifiée de noble, est désignée le 4 septembre 1584 et le 25 octobre 1590 comme Marie Blanchet, puis le 17 mars 1591 sous le nom de Marie du Blanchet. Cette dernière, décédée à Bassevelle en 1618 a d'ailleurs été inhumée le 1er novembre de la même année dans l'église de Sablonnières (Registre paroissial de Bassevelle) où l'on relève aussi l'existence d'une Sébastienne Blanchet, fille de Jehan et Marguerite, deux fois marraine en 1571 dans la même paroisse. Une relation avec les Ravenel, seigneurs des lieux, est également établie par des liens spirituels : Robert de Salnove avait pour parrain Robert de Ravenel et pour marraine Charlotte de Ravenel ; en 1646, la marquise de Ravenel fut présente au mariage de sa fille aînée, célébré à Bassevelle.(2) Archives nationales, Châtelet de Paris. Insinuations – Y//164, fol. 164 v°.(3) Eléments biographiques : CLOUZOT (Henri), Un émule de Jacques du Fouilloux : Robert de Salnove, in Revue du Seizième siècle, t. 9, fasc. 1 (1922), p. 73 ; Notice biographique de G. de Marolles, en-tête de l'édition de la Vénerie Royale de 1929.Cet enfant de Sablonnières, né en 1634 - et non en 1635 comme l'indiquait Bazin - entra le 16 avril 1655 dans la Congrégation de la Mission et prononça ses vœux le 29 juin 1657.
Quelques années plus tard, celui que ses pairs appelaient communément Frère Christophe ou Frère Gautier avait le grade de frère coadjuteur. Il est mentionné dans deux lettres publiées dans l'ouvrage du père Pierre Coste (1) : La première, datée du 22 août 1660, le mentionne seulement. La deuxième, en date du 26 août 1660 et adressée à Saint Vincent de Paul par un voyageur marseillais soigné au prieuré de Saint-Lazare à Paris, fait état des bons soins qui lui furent prodigués par « frère Christophe ». Elle nous apprend qu'à cette époque, notre Sablonniérois était établi à Paris, à la maison mère de la congrégation.
Une note biographique du même auteur ajoute que ce religieux, considéré comme très vertueux, mourut à Sedan le 11 octobre 1671. On sait que les Lazaristes y avaient acquis en 1666 un hôtel particulier pour en faire un monastère et probablement faisait-il partie des missionnaires envoyés dans cette ville pour y rétablir le culte catholique.
Le supérieur général de la congrégation en fit un bel éloge dans une circulaire du 23 octobre 1671 annonçant sa mort : « Il a plu à Dieu d'appeler à lui notre frère Christophe Gautier, le 11 de ce mois, en notre maison de Sedan, d'où on me mande que toute la ville pleure sa perte. Il avait le soin des malades qu'il soulageait et consolait avec une charité admirable, une douceur cordiale, une simplicité et une prudence toutes chrétiennes. Il a édifié ceux de la maison et ceux du dehors. Il aimait la pauvreté, s'habillait pauvrement et portait les restes des autres, veillait que rien ne fût perdu et gâté ; il vivait fort sobrement. Il a été très exact observateur de la règle, il éveillait très soigneusement le matin, priait beaucoup, n'était jamais oisif et avait une grande aptitude à toutes choses. Il aimait la paix et la procurait, et s'accommodait à tous. Il a souffert avec une grande patience les douleurs de sa maladie, il a été toujours résigné au bon plaisir de Dieu, et sa vraie joie était de mourir dans sa vocation. Il a expiré doucement sans aucun effort. Il était tombé malade la veille qu'il devait faire sa retraite ; son âme l'a faite au ciel, où nous avons sujet de croire qu'elle est maintenant ». (2)
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(1) Saint Vincent de Paul. Correspondance, Entretiens, Documents. I Correspondance, tome 8, Paris, Lecoffre, 1923, lettre n° 3216 du 22 août 1660, p. 385 ; lettre n° 3230 du 26 août 1660 et la note, p. 400.(2) Notices sur les prêtres, clercs et frères de la Congrégation de la Mission, Paris, Pillet et Dumoulin, 1881-1911, tome 3, p. 349.Baptisé dans l'église Saint-Martin le 8 octobre 1661, Jérôme Gaston était le deuxième fils du seigneur de Sablonnières, Jean-Baptiste Gaston de Ravenel. Comme son père, il choisit le métier des armes. D'abord cadet au Régiment d’Anjou durant deux ans, il servit ensuite pendant une année au Régiment de Bretagne dragons, puis comme cornette au Régiment de Livry, fut lieutenant puis capitaine au Régiment de Berry, ensuite lieutenant dans le Régiment de la Marine pendant 7 ans, lieutenant réformé dans le Régiment de Piémont pendant 3 ans, puis lieutenant de la compagnie du Sieur de Marsan au Régiment de Bassigny durant 3 ans. Reçu à l'Hôtel Royal des Invalides le 28 mars 1704 pour une descente (hernie) qui l'avait mis hors d'état de servir en campagne. Il fut toutefois mis à la tête d'une compagnie d'invalides capables d'un service sédentaire qui fut détaché au château d'If, au large de Marseille. C'est en ce lieu et en cette qualité qu'il mourut le 9 décembre 1729. (1)
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(1) SHD, GR/2Xy14, acte , n° 014727. Créés en 1690 et placées sous l'autorité du gouverneur de l'Hôtel Royal des Invalides, les compagnies d'invalides en étaient détachées pour être affectées à la garde de places de guerre, de citadelles et de châteaux. Au milieu du XVIIIe siècle, la garnison du château d'If en comptait trois.
Né à Sablonnières-en-Brie où il fut baptisé le 11 octobre 1667, Pierre Regnard (ou Renard) prit, lorsqu'il s'engagea dans l'armée, un nom de guerre qui rappelait sa région natale. Les matricules du Régiment royal d'infanterie (compagnie de Maray) donnent son signalement : « haut de 5 pieds 2 pouces, cheveux châtain et plats, borgne de l'œil gauche, les sourcils peu fournis, le visage long et maigre marqué de petite vérole, 2 signes à la joue gauche ». Il y était entré le 12 décembre 1698 comme anspessade (aide-caporal), avant de devenir caporal. Auparavant, il avait servi durant 43 années dans le Régiment de Chérigny qui avait été réformé (1). Son acte de réception à l'Hôtel Royal des Invalides, où il entra le 2 décembre 1728 pour une descente (hernie) du côté droit qui, jointe à d'autres blessure, le rendait inapte au service, rappelle ces éléments et indique qu'étant en détachement au Fort Médoc, il décéda à l'hôpital de Blaye le 9 novembre 1739 (2). On sait par ailleurs qu'il se maria et eut un fils, Hubert, né au sein même du régiment et qui y fut à son tour sergent.
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(1) SHD, GR 1 Yc 830 et 831.(2) SHD, GR/2Xy/86 ; GR/2Xy24, Acte n° 043125 ; GR/2Xy/133 ; GR 1Yc 829 ; Archives départementales de Gironde, H dépôt Vrac F2.
Né le 23 avril 1744 à Blumeray (Haute-Marne), Jean-Pierre Moutenot était le fils d'un garde des bois du seigneur de Fuligny, le comte Armand d'Allonville.
Il entra comme son père au service du comte et le suivit sur les terres qu'il possédait à Verdelot. Il y devint son intendant général et le greffier de sa juridiction. Le 4 mars 1771, en présence notamment de René Théophile et d'Auguste René de Maupeou, il épousa à Sablonnières Marie-Louise Charpentier.
Ayant quitté ses fonctions à Verdelot, Jean-Pierre Moutenot s'établit à Coupigny comme marchand de bois et était qualifié de bourgeois (1). Veuf en 1783, il se remaria la même année à Villeneuve-sur-Bellot avec Marie-Anne Debourges, fille du notaire de Villeneuve alors âgée de seize ans. Une de leurs deux filles épousera l'instituteur de Sablonnières, Jean Barthélémy Delambre.
La prospérité de ses affaires et la notoriété qu'il avait acquise depuis son arrivée dans la vallée permirent à Moutenot d'intégrer le corps municipal de Sablonnières au lendemain de la Révolution. D'abord agent municipal, il fut ensuite maire de 1800 jusqu'au 8 août 1815, date de sa mort :
Peu de temps avant de mourir, il participa, avec son adjoint Alexis Moreau, à la souscription nationale lancée en 1814 par la municipalité de Paris pour le rétablissement, sur le Pont-Neuf, de la statue équestre d'Henri IV abattue en 1792.
Ce personnage a été immortalisé par l'écrivain Médéric Charot dans La Chanson du Berger : « M. Jacob avait invité plusieurs notables du village, à savoir : deux frères MOUTENOT, dont l'un était maire de la commune ». (3)
Nous remercions très sincèrement Monsieur Denis Sarazin-Charpentier, descendant de Jean-Pierre Moutenot, pour les précieux renseignements qu'il a eu la gentillesse de nous communiquer.
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(1) Acte de naissance de son fils Louis Pierre Théodore, à Sablonnières, le 8 février 1773.(2) Liste générale par département, et par ordre alphabétique, de MM. Les souscripteurs pour le rétablissement de la statue équestre de Henri IV, (s. l.), 1817 ou 1818. (3) Romans paysans, Editions des Presses du Village, 1984.Un étrange extrait mortuaire intégré au registre paroissial indique le décès en 1764, à l'hôpital royal du Cap « dit Sant domingue ille du Levant de Lamerique », d'un natif de Sablonnières, soldat de la compagnie de Boucherolles au Régiment de Quercy, nommé Claude Etienne Delétain et portant le joli joli nom de guerre « La Bonté ». Les quelques lignes ne précisent ni sa date de naissance ni son âge, pas plus que les causes de la mort.
On sait que le Régiment d'infanterie de Quercy fit partie, à partir de 1760, des troupes envoyées pour défendre les colonies françaises contre l'Angleterre. Mis en garnison à Saint-Domingue (actuelle République d'Haïti), il y resta jusqu'en 1766 et fut décimé par les maladies (1). Le registre des matricules de ce régiment (2) mentionne bien, dans les rangs de la compagnie de Boucherolles, le jeune homme incorporé le 16 juin 1764, âgé de 18 ans et répondant au signalement suivant : « Cheveux et sourcils blonds, les yeux bleus, le nez gros, la bouche grande. 5 pieds 2 pouces 6 lignes » (soit une taille d'environ 1 m 69). Toutefois, il donne des informations bien différentes sur son destin, non moins tragique. On apprend en effet qu'il passa le 1er mars 1765 dans la compagnie La Colonelle avec le grade de caporal, puis le 1er juin suivant dans celle de Dupin comme sergent et sous le surnom de « Lestaing » avant de périr sur La Bayonnaise le 3 août. Cette frégate, partie des Cayes pour le Cap, fut assaillie par un coup de vent sous le Cap-à-Foux et se brisa sur la pointe des Nègres qui forme la partie Sud de la pointe Maisi de l'île de Cuba. L'état-major tout entier, la moitié de l'équipage et plusieurs soldats des régiments de Quercy et du Vivarais qui étaient à bord perdirent la vie lors de ce naufrage. (3)
Engagé volontaire ou embrigadé par un recruteur peu scrupuleux qui lui avait promis un bel uniforme blanc-gris à parements rouges et on ne sait quelles merveilles en échange d'une signature - ou d'une simple croix - qui l'engageait pour six ans au service du roi, il avait effectué une longue traversée de l'océan Atlantique pour disparaître finalement bien loin des siens et de sa verte vallée (4). Contrairement à ce qu'affirmait la transcription de décès qui concernait peut-être un autre malheureux, il ne mourut pas muni des sacrements.
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(1) Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, tome 41, Brive, Roche, 1919, p. 313 ; MOREAU DE SAINT-MERY (Médéric Louis Elie), La description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de Saint-Domingue, tome 1, Philadelphie, 1797, pp. 123, 173.(2) SHD, GR 1 Yc 761.(3) MOREAU DE SAINT REMY (Médéric Louis Elie), Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'isle Saint-Domingue, 1798, p. 45.(4) Il était né le 13 mai 1746, fils de Louis de Lestain, laboureur au Jariel, et de Marie Mornival.Né à Lille d'un marchand épicier et d'une pâtissière, Victor Joseph Gadenne fut baptisé en l'église Saint-Etienne le 13 décembre 1752. Profès à Saint-Denis le 20 décembre 1773, il entra dans la congrégation de Saint-Maur et rejoignit l’abbaye de Rebais où il enseigna les mathématiques au collège militaire en 1790. Au mois de septembre 1791, il prit la cure de Sablonnières qui était vacante par la mort du curé Blanchard décédé le 13 juillet. Il ne desservit la paroisse que durant quelques mois et devint membre du conseil général de la commune, élu le 1er janvier 1792 pour constater l'état civil.
Il exerça cette fonction jusqu'à la fin du mois d'octobre 1793. Trois ans plus tard, il était adjoint municipal et officier de l'état civil. En 1803, il fut nommé desservant de Sablonnières et Hondevilliers : ayant reçu ses commissions de l'évêque de Meaux le 16 germinal (6 avril 1803), il prêta serment à Coulommiers le 15 floréal de l’an XI (5 mai 1803), conformément à la loi du 18 germinal de l'an X (8 avril 1802), et le procès-verbal de sa nomination est lu par le maire Jean-Pierre Moutenot le dimanche 18, à l’issue de la messe, devant les habitants rassemblés au banc d’œuvre. Celui qu'une enquête de l'an X désigne comme « homme très instruit et de bonnes mœurs » (1) mourut le 14 thermidor an XIII (2 août 1805).
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(1) Archives nationales, F18 866, cité in Revue Mabillon, n° 226 oct.-nov. 1966, t. 56, p. 154.André Guillard (ou Guiard) naquit le 30 novembre 1768 à Sablonnières où il fut baptisé des prénoms de Pierre André. Il était le fils aîné d’un manouvrier habitant Bois-Frémy.
Il fut incorporé dans l'armée le 5 août 1792, devint sergent major au 16e Régiment de Chasseurs Infanterie (compagnie d’Olive) et servit dans l’armée du Rhin jusqu’au 11 mars 1794. Son signalement était le suivant : taille de 5 pieds 6 pouces (1 mètre 78 environ), cheveux et sourcils châtains, front bas, yeux bleus, nez un peu épaté, bouche grande, menton rond et allongé, visage ovale.
Estropié de la main droite, il obtint un congé absolu des autorités militaires de Strasbourg et put regagner son foyer. Une solde de 90 sols par jour lui fut accordée jusqu’à obtention d’une pension et le 13 prairial (1er juin), le district de Rozay-en-Brie lui versa la somme de 112 livres pour deux mois et quatorze jours de subsistance depuis le 16 germinal (5 avril) jusqu'au 1er messidor (19 juin).
Son frère Antoine, qui servait comme grenadier au 1er bataillon de la 49e demi-brigade, eut moins de chance : il fut tué au combat devant Limbourg (Belgique) en 1797 selon la transcription du décès en date du 24 pluviôse an VII (12 février 1799).
André Guillard s’établit à Saint-Cyr-sur-Morin. On le retrouve instituteur en 1797 (1) ; il devint ensuite maître de pension (2). En 1802, il épousa à La Ferté-sous-Jouarre la fille d’un ancien juge de paix et sœur d’un huissier, qui allait lui donner cinq enfants. Entre 1805 et 1807, le couple s’installa à La Ferté et André changea de profession. En 1812, il était devenu percepteur des contributions (3). Cinq ans plus tard, il était percepteur à vie des contributions directes et receveur municipal (4). Il exerça plus tard le métier de géomètre (5) et vécut finalement de ses rentes (6) avant de mourir le 24 mai 1840.
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(1) D’après la transcription de l’acte de décès d’Antoine Guillard, à Sablonnières le 24 pluviôse de l'an VII. Probablement était-il l'un de ces maîtres d’école improvisés, quelquefois anciens soldats blessés sachant seulement lire et écrire sans orthographe, qu’évoquait Théophile LHUILLIER (Histoire de l’enseignement primaire dans la Brie, Etrépilly, Presses du Village, 1982, p. 298). Il est toutefois inconnu de RETHORE dont la liste des instituteurs débute en 1802 (Histoire de Saint Cyr-sur-Morin et des hameaux environnants, Paris, Picard et Meaux, Le Blondel, 1896) et n’est pas davantage cité dans la monographie communale rédigée en 1888 par LEGRAND qui recense les instituteurs de Saint-Cyr depuis le XVIIe siècle.(2) Acte de mariage de 1802 et actes de naissance de ses deux premiers enfants en 1804 et 1805. Un maître de pension était le créateur ou le directeur d’un établissement d’enseignement privé. LHUILLIER (op. cit., p. 315 et Recherches historiques sur l'enseignement primaire dans la Brie, Meaux, Destouches, 1884, p. 125) indiquait que de petits pensionnats s’était établis dans les bourgs et de simples villages au début du XIXe siècle, tout en précisant que la plupart eurent une existence éphémère.(3) Acte de naissance de sa fille Valérie.(4) Acte de naissance de sa fille Cécile.(5) Acte de décès.(6) Recensement de 1836.Parmi les Sablonniérois qui ont laissé, même discrètement, leur nom dans l'Histoire locale, une place particulière doit être réservée à celui que l'on considère comme le personnage historique de la commune : le baron Boutillier.
Claude Théodore Boutillier, naquit à Sablonnières le 8 janvier 1776, de parents fort modestes. Son père, un manouvrier du nom de Claude Boutillier, né à Reuil-en-Brie, travaillait dans les champs et dans les vignes. Sa mère, Marie Rufine Dupuis, née à Sablonnières en 1751, était fille de Nicolas Dupuis, concierge et garde des chasses du marquis de Maupeou, originaire de Villeneuve-sur-Bellot.
Le jeune homme, dont on imagine l'enfance partagée entre les travaux des champs et l'école, s'engagea le 12 septembre 1793 comme volontaire au 2e bataillon de réquisition de Rozoy (Rozay-en-Brie). Il répondait au signalement suivant : 1 mètre 71, visage ovale, front ordinaire, yeux bleus, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, cheveux et sourcils châtains.
Incorporé le 12 septembre 1793 comme simple soldat, il devint grenadier au 2e Bataillon de volontaires du Finistère le 30 ventôse an II (20 mars 1794), puis le 1er nivôse an III (21 décembre 1794) à la 9e Demi-Brigade d'Infanterie de Ligne qui fut incorporée en 1796 dans la 105e Demi-Brigade d'Infanterie de Ligne (1). Il participa aux principales campagnes de la Révolution et de l'Empire : Ardennes en 1793, Sambre-et-Meuse les ans II, III et IV, Allemagne (Mayence) les ans V et VI, Italie les ans VII et VIII, Gironde et Espagne les ans IX et X, Camp de Bayonne l'an XI, Camp de Saintes l'an XII, Camp de Brest l'an XIII, Grande armée d'Allemagne les ans XIV, 1806 et 1807, Pologne en 1808, à nouveau Allemagne en 1809, 1810 et 1811, Espagne en 1811 et 1812. Il fut blessé par balle à trois reprises : une première fois au bras droit à Coni, le 21 prairial an VII (9 juin 1799) ; ensuite à la cuisse gauche à l'affaire de Golymin, le 26 décembre 1806 ; enfin au bras gauche à la bataille d'Essling, le 22 mai 1807.
Il est vrai que son courage est mentionné dans plusieurs propositions à un grade supérieur : une proposition pour un emploi de lieutenant, datée du 1er juillet 1808, énonce : « Cet officier a fait toutes les campagnes avec distinction, est brave par excellence, instruit, sert avec zèle ». Aux termes d'une autre recommandation pour le même grade, « brave, actif et bon instructeur, il a dû à sa conduite distinguée la place honorable de porte-aigle ». Enfin, selon une proposition au grade de chef de bataillon « Cet officier a toutes les connaissances de son état, beaucoup de fermeté et de rigueur. Il est très brave et s'est fait remarquer par son courage dans plusieurs batailles... »
Sa bravoure lui permit de gravir rapidement les échelons : il fut nommé caporal le 22 frimaire an VII (12 décembre 1798), caporal-fourrier le 1er frimaire an VIII (22 novembre 1799), sergent de fusiliers le 11 brumaire an X (2 novembre 1801), sergent-major le 11 floréal an X (1er mai 1802), sous-lieutenant à la 2e compagnie de grenadiers le 19 octobre 1806, premier porte-aigle le 16 juin 1808, lieutenant le 21 novembre de la même année et capitaine le 23 avril 1809. Mais surtout, ce même 23 avril 1809, à Eckmuhl ou à Ratisbonne, Napoléon Ier le fit baron d'empire en plein champ de bataille. Cet anoblissement fut consacré par décret du 15 août 1809 (2) et le nouveau baron reçut en donation Holdenstadt, dans la région de Hanovre. (3)
Le baron Boutillier de Holdenstadt fut enfin élevé au grade de chef de bataillon au 16e Régiment d'Infanterie de Ligne, le 1er septembre 1813, et servit à ce titre en Espagne jusqu'en 1814. En demi-solde du 27 juillet 1814 à avril 1815, il servit quelques mois au grand Quartier général avant de revenir en demi-solde du 5 août 1815 au 1er juillet 1818. Admis à porter la décoration du Lys par décision du duc d'Orléans du 9 juin 1814, il fut fait chevalier de la Légion d'Honneur le 17 mars 1815.
Cependant, le régime politique avait changé et les mérites du baron d'Empire ne semblaient plus bénéficier de la même reconnaissance qu'autrefois. Un Extrait de Revue de 1815 lui reconnaissait en effet, hormis une bonne moralité, une instruction médiocre, peu de tournure et peu de moyens pour son grade.
A la chute de l'Empire, Boutillier avait regagné son village natal et envisagea d'y épouser Élisabeth Garnier, veuve et mère de deux enfants. Toujours soumis aux obligations militaires, il dut pour cela obtenir l'autorisation du ministre de la Guerre, le duc de Feltre, à qui il adressa une supplique écrite depuis Sablonnières, le 10 juillet 1817 : « La circonstance, Monseigneur, qui se présente de contracter une alliance sortable avant d'être dans un âge plus avancé et avant d'être atteint par quelques infirmités, suites ordinaires des longues campagnes, m'engage à m'adresser à Votre Excellence pour obtenir la permission de contracter mariage ».
A l'appui de la requête, le maire de Sablonnières (Denis Bénard, infra) certifia que la promise « est d'une famille probe et honnête, quel c'est toujours comporté d'une maniere digne de louanges et que sa fortune seleve a quinze mille francs et que le revenu net est de neuf cent cinquante francs ». Le mariage fut autorisé et fut célébré le 14 septembre 1817.
Un Extrait de Revue de 1819 mentionnait toujours la bonne moralité ainsi que le caractère doux du baron. L'année suivante, il était fait état d'un homme de 44 ans, bien constitué mais fatigué, vivant de son traitement de non activité et d'une rente d'environ 200 francs procurée par un petit bien qu'il faisait valoir. Il était qualifié « d'homme d'honneur, ayant d'assez bonnes opinions mais un peu léger de caractère ».
Le baron Boutillier mourut le 5 avril 1822, après avoir vécu modestement dans l'ancien presbytère. Peu de temps après, sa veuve s'en sépara (4). En 1878, elle était propriétaire de celle qui se situe actuellement au n° 36 de la route de la Vallée, à l'angle de la route de la Noue. (5)
Le destin de ce villageois issu d'une famille modeste est remarquable. Pourtant, s'il ne fait aucun doute qu'il ait servi bravement dans les armées napoléoniennes, nul ne sait quelle action d'éclat ou quel service rendu a justifié son anoblissement. Les recherches effectuées en ce sens après sa mort à la demande de sa veuve et de son fils dans le but de motiver une demande de pension sont demeurées vaines, faute d'archives. Néanmoins, ses états de service, l'appréciation de ses supérieurs, sa carrière sont là pour témoigner de sa valeur.
Il a fallu attendre le 21 août 2005 pour que, à l'occasion du spectacle historique qui lui fut consacré lors du Festival du Terroir, une plaque commémorative soit apposée à l'entrée du bourg sur un petit édicule situé à proximité du terrain de jeux ainsi baptisé Espace Boutillier.
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(1) Voir le registre des matricules (SHD/GR 21 YC 763, p. 56, n° 336) : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/e0052aab1809bc04/52aab181bd22f(2) BNF, BB 29/968, p. 86.(3) CHAIX D'EST-ANGE (Gustave), Dictionnaire des familles anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle (t. 6, Evreux, Herissey, 1907, p. 267).(4) Cette maison, qui portait le n° 67, était située à l'emplacement de la salle municipale Raymond Claret et fut démolie en 1886.(5) La maison en question était nommée « maison Boutillier » sur le Plan d'alignement de la traverse de Sablonnières dressé par l'ingénieur Thanneur le 29 novembre 1878.Cet autre enfant du pays, né au hameau de Hautefeuille le 6 septembre 1776, était fils de François Baron, un maçon né lui aussi à Sablonnières d'une famille provenant de Pavant.
Après des études certainement commencées à l'école du village, il devint instituteur. Un acte de 1804, auquel il fut témoin, nous apprend qu'il enseignait à cette époque à Saint-Brieuc. Etabli plus tard à Paris, il se consacra à l'enseignement de l'écriture et fut l'un de ces « maîtres à écrire » qui florirent dans la capitale une fois que la forme des lettres françaises eut été réglementée : « L'art d'écrire reprit faveur. Chaque ville un peu importante posséda, à côté des maîtres d'école, un ou plusieurs maîtres d'écriture, élèves d'une corporation dans laquelle ont brillé de véritables artistes, comme les Jarry, les Sénault, les Rossignol, et plus tard les Bédigis, les Roland, les Saintomer, les Bernard (de Paris), Bernard (de Melun), et Baron (de Sablonnières-en-Brie). La concurrence entre les maîtres à écrire et les maîtres d'école faisait naître des compétitions continuelles dans lesquelles la justice eut souvent à intervenir. Les premiers ouvraient de véritables écoles libres, au préjudice des seconds qui s'y opposaient » (1). Celui dont Lhuillier et Bazin soulignaient une grande réputation dans la capitale (2), mourut le 9 mai 1854 dans le 11e arrondissement et fut inhumé au cimetière de Montparnasse. Son épitaphe le qualifiait d'« artiste calligraphe ». (3)
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(1) LHUILLIER (Théophile), Recherches historiques sur l'enseignement primaire dans la Brie, Meaux, Destouches, 1884, p. 112.(2) Op. cit., p. 283 ; Notice historique, p. 76.(3) PINARD, Le cimetière du sud (Montparnasse), Paris, Retaux frères, 1866, p. 12.Certains ont tenté de faire fortune autrement et ont été remarqués pour des raisons moins glorieuses.
Ce fut le cas de Germain Grégoire Leroy et de son fils Antoine Joseph. Le premier était né à Sablonnières le 31 juillet 1759 de Étienne Leroy, berger originaire d'Étrépilly et de son épouse Marie Brûlé. Il épousa, le 8 mai 1785, Marie-Louise Le Maire, une fille de Verdelot qui lui donna cinq enfants dont quatre moururent à la naissance ou jeunes. Un fils prénommé Antoine Joseph naquit lui aussi à Sablonnières, le 8 avril 1789.
Comme leurs aïeux, tous deux devinrent bergers. On note que Germain savait signer, contrairement à son fils.
Germain quitta Sablonnières peu après la Révolution. Veuf en 1794, il s'était remarié la même année à Saint-Barthélémy avec Marie Rosalie Lourdin qui lui donna six autres enfants nés certains à Saint-Siméon, d'autres à Montdauphin où il résidait en 1809. Lors du mariage d'une nièce, en l'an XI de la République, il était pourtant signalé comme berger à Saint-Siméon. Il s'installa définitivement dans la Marne, à Courgivaux, où son épouse mourut en 1814. Il s'y remaria la même année avec Marie Angélique Pichot. Ils y eurent un fils et y résidaient encore en 1818.
Antoine, qui fut d'abord manouvrier et que l'on trouve sur le tableau des conscrits de Sablonnières en 1809, servit dans la garde nationale puis au 7e Régiment de voltigeurs de 1810 à 1814. Ayant fait les campagnes de Brabant et d'Espagne, il fut à l'arrière en 1814, à Fère-Champenoise (1). Le 14 février 1816, il épousa Rose Véronique Jamin à Nesle-la-Reposte (Marne) et habitait toujours cette localité en 1818.
Cette année-là, le père et le fils furent tous deux arrêtés pour cambriolages et condamnés par la cour d’assises du département de la Marne. L'arrêt rendu le 7 février 1818 (2) condamna Joseph à une peine de douze années de travaux forcés pour vol commis avec escalade, effraction et fausses clefs dans des maisons habitées. Germain fut quant à lui condamné pour complicité de vol à une peine de cinq années de travaux forcés (un autre complice, Simon Bausseron, alors âgé de dix-sept ans, écopa de dix années).
D'abord incarcérés dans les prisons de Reims, ils ont dû subir une visite médicale sommaire destinée à vérifier leur aptitude aux travaux forcés. Leurs habits personnels leur furent rendus mais après avoir été lacérés pour éviter toute évasion.
Comme tout condamné au bagne, ils furent exposés en place publique, le premier le 4 mars et le second le 25 avril 1818. Ils demeurèrent ainsi pendant une heure avec, au-dessus de leur tête, un écriteau indiquant leur nom, leur profession, leur domicile, leur peine et le motif de leur condamnation.
Le 21 juillet, ils furent enchaînés à d'autres condamnés et partirent de Reims pour le bagne de Brest, dans la chaîne des forçats. Ce convoi, formé des « cordons » de prisonniers qui arrivaient des différents sièges de cours d’assises, avançait par étapes sous escorte militaire, à pied ou en charrette.
Parvenus à Brest, ils durent rester quelques jours dans l'ancien hôpital de Pontanezen transformé en dépôt annexe, à environ 4 kilomètres du bagne. Ce séjour était à la fois une mise en quarantaine des nouveaux bagnards évitant l'introduction de maladies et un temps de récupération après un voyage pénible.
Lorsqu'ils entrèrent au bagne, on ôta les entraves qui liaient leurs pieds. Ils passèrent devant une commission qui contrôla leur identité et les inscrivit sur le Grand registre des chiourmes. C'est ce précieux document qui fournit des informations sur les motifs de leur condamnation et leur peine. On y trouve aussi la description des deux individus. Joseph Leroy (matricule n° 13122) répondait au signalement suivant : « 1 mètre 70 centimètres, cheveux châtains, sourcils idem, barbe idem mêlée de roux, visage ovale marqué de petite vérole, yeux bleus, nez long pointu, bouche moyenne, menton rond, front très haut découvert, une forte cicatrice au-dessus du sourcil gauche, une autre cicatrice sur la tempe gauche, une à la joue gauche, une autre sur le pouce de la main droite ce qui le rend difforme, tatoué en rouge et bleu sur les bras ». Pour son père (matricule n° 13123), on peut lire : « 1 mètre 68 centimètres, cheveux gris, sourcils châtains, barbe grise, visage ovale, yeux gris bleu, nez aquilin bombé, bouche moyenne, menton long, front haut découvert et ridé, ayant quelques grains de petite vérole, une cicatrice au fond à gauche, deux autres au milieu, une dans le sourcil droit, la peau des mains ridée, tatoué sur les deux bras ». (3)
Les deux bagnards furent alors débarrassés de leurs vêtements (qui furent brûlés pour des raisons sanitaires), lavés, rasés et tondus. Il reçurent ensuite leur numéro de matricule et leur paquetage qui comprenait une tenue de forçat, une couverture, une gamelle en bois, une cuillère aussi en bois et une chaîne pesant 2,250 kilogrammes. La tenue était composée d'une casaque de laine à col rouge, de deux chemises, de deux caleçons de toile, d'une vareuse de toile, d'une paire de bas, d'une paire de souliers, d'une ceinture de gros cuir et d'un bonnet rouge. La ceinture était munie d'un crochet métallique permettant de suspendre la chaîne fixée au pied.
Après les trois jours de repos réglementaires, chacun fut enchaîné à un bagnard plus ancien avec qui il dut rester ainsi lié pendant trois ans.
Comme les autres forçats de Brest de l'époque, les deux hommes travaillèrent vraisemblablement à l'arsenal (4). Avant d'avoir purgé la moitié de leur peine, il furent affecté aux travaux les plus pénibles, que l'on appelait la « grande fatigue ». Par la suite et à la condition d'avoir fait preuve de bonne conduite, il eurent peut-être accès à la « petite fatigue », c'est-à-dire à des tâches moins rudes (travail en atelier, en cuisine voire en bureau ou à l'hôpital, service des officiers...) et rémunérées. C'est ainsi que, grâce à leur travail et parfois même à la vente d'une petite production artisanale dans les boutiques du bagne, les forçats pouvaient se constituer un pécule en vue de leur libération.
Après avoir purgé sa peine, chacun recouvra la liberté, reçut la feuille de route lui permettant de rejoindre la commune dans laquelle il avait choisi de se retirer (tout forçat libéré étant assigné à résidence) et perçut peut-être son pécule. Germain Leroy fut libéré le 25 avril 1823 et rejoignit les siens à Courgivaux, où il exerça à nouveau le métier de berger avant de mourir le 8 mars 1837.
Antoine Joseph recouvra la liberté le 4 avril 1830 et alla résider à Melun. Il quitta toutefois cette ville sans permission et, signalé par le ministère de l'Intérieur pour avoir rompu son ban, il fut arrêté par la brigade de gendarmerie royale de Rebais le 27 juin 1830. Conduit à la maison d’arrêt de Coulommiers, il y fut écroué le lendemain et fut transféré le 29 à Melun, devant le préfet (5). Tenu de rester à la disposition du gouvernement pendant un mois, il fut déposé le 1er juillet à la maison d’arrêt de Melun d’où il fut libéré le 27 (6). On perd ensuite sa trace.
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(1) SHD/GR 20 YC 82, p. 140.(2) Cette date figure sur le Grand registre de la chiourme du bagne de Brest. L'arrêt lui-même est malheureusement impossible à retrouver, suite à la destruction des archives de la cour de Reims pendant les guerres.(3) SHD (Brest)/2 O 25.(4) La journée était strictement rythmée. L'heure du lever était fixée à 5 heures l'été et à 6 heures l'hiver. Le départ au travail avait lieu entre 7 et 8 heures. L'été, une partie de la chiourme rentrait au bagne entre 11 heures 30 et 13 heures, le reste à 18 heures. L'hiver, le retour se faisait à 16 heures. Tous les jours étaient travaillés mais la journée finissait à 14 heures le dimanche. Le coucher était à 20 heures. Le bagnard passait la nuit sur un sac d'herbes posé sur un banc de bois auquel il était enchaîné. Un banc pouvait accueillir 24 forçats et chaque dortoir comptait 28 bancs, soit plus de 600 hommes. Les repas étaient faits de pain noir, de légumes secs et de vin. L'hygiène, quoique souvent meilleure que chez les particuliers (le bagne était équipé de latrines) demeurait sommaire : il fallut attendre un règlement de 1837 pour que les prisonniers soient obligés de se laver le visage et les mains chaque matin et les pieds tous les mois. (5) Archives départementales de Seine-et-Marne, Registre d’écrou YP534, n° 148.(6) Archives départementales de Seine-et-Marne, Registre d’écrou YP719.Si nul ne sait s'il a véritablement fait fortune, il convient néanmoins de citer cet ingénieux propriétaire-meunier de Sablonnières. Né à Vulaines (Vulaines-lès-Provins) le 21 octobre 1784, Denis Victor Bénard était fils d'un cultivateur qui avait lui-même été initié à la meunerie comme garçon meunier, ainsi qu'en atteste son acte de mariage.
Établi à Cerneux, il épousa le 16 novembre 1812, à Sablonnières, Victoire Julie Julien, fille de Pierre Julien, le meunier de la commune qui avait auparavant officié à La Forge puis à Hondevilliers.
Il s'installa alors au moulin de Sablonnières, y exerça à son tour le métier de meunier et fut maire de 1815 à 1821 (c'est lui qui célébra le mariage du baron Boutillier en 1817).
La presse se fit l'écho des difficultés que sa famille éprouva en 1818. Déjà père de deux enfants et alors que sa femme était sur le point d'accoucher, cet « homme respectable » se trouva ruiné par deux incendies, au point que les habitants et les autorités de l'arrondissement de Coulommiers lui procurèrent des secours et qu'un appel aux dons géré par un notaire parisien fut lancé. (1)
En 1828, la Société Royale et Centrale d'Agriculture lui accorda une mention spéciale pour son invention, une « machine à égrener le trèfle et la luzerne puis à en nettoyer les graines » (2). Le principe de cette machine n'est pas décrit, la société d'agriculture s'étant contentée de réserver les droits de son inventeur pour le concours qu'elle avait ouvert.
La même année, le moulin fut mis en vente par adjudication. (3)
Entre 1831 et 1836, le meunier quitta la commune avec sa famille, pour s'installer à Montmirail. En 1846, lors du mariage de son fils Victor Charles, il y exerçait la profession de marchand. Quelques années plus tard, ils était mentionné comme plâtrier dans l'acte de mariage de sa fille (1850) et lors du décès de cette dernière (1851). Veuf en 1855, il finit ses jours rue de Montléan, où il mourut à son tour le 3 mai 1870. Il vivait de ses rentes mais on ignore si son invention a été exploitée.
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(1) Journal général de France, 30 avr. 1818, p. 2.(2) Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique, année 1829, Paris, Huzard, 1829, p. xxv.(3) Le Constitutionnel, 26 sept. 1828, p. 4.Auguste René de Maupeou, fils d'Auguste René I de Maupeou et d'Antoinette de Trye, était le petit-fils de René Théophile II de Maupeou, dernier seigneur de Sablonnières.
Bazin indique à tort qu'il fut trésorier-payeur général du Jura (1), par confusion avec son parent Charles de Maupéou (1814-1882). Les actes de l'état civil concernant ses enfants et son remariage en 1843 lui donnent la qualité propriétaire à Berthecourt. Il décéda le 25 novembre 1875 chez son gendre Louis de Ferrière Le Vayer, au château de la Ménaudière (Chissay-en-Touraine), dans le Loir-et-Cher.
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(1) Notice historique sur Sablonnières-en-Brie, p. 47. Il résulte bien des recherches effectuées qu'un Maupeou fit carrière dans les finances comme percepteur (à Saint-Paër), receveur particulier (à Rocroi en 1844, à Mortagne, à Saint-Étienne en 1853), receveur général (de la Creuse en 1855, du Jura en 1861) et trésorier-payeur général (du Jura en 1866 et des Côtes-du-Nord en 1867). Toutefois, les documents retrouvés n'indiquent pas de prénom et ce trésorier-payeur a été mis à la retraite par décret du 25 janvier 1879, soit après la mort d'Auguste René de Maupeou.Edme Théodore Casimir Lebon naquit à Sablonnières le 6 fructidor de l’an IX de la République (24 août 1801), d’un couple de manouvriers originaires de la commune et des environs. Il se maria avec une native de Saint-Cyr-sur-Morin qui lui donna au moins huit enfants dont plusieurs moururent jeunes. Entre 1834 et 1837, ils quittèrent la région pour d’installer à Bar-le-Duc, où le père de famille travailla comme ouvrier sabotier. Son épouse étant décédée en 1842 après avoir mis au monde des jumeaux, Lebon envisagea de se remarier l’année suivante. Malgré les publications des promesses de mariage dans les communes de Bar-le-Duc et de Grimaucourt-près-Sampigny les 16 et 23 avril, le projet ne put aboutir. La cause en fut sans doute les faits et les poursuites qui conduisirent Lebon devant la cour d’assises de la Meuse et qui lui valurent, le 16 novembre 1843, d’être condamné aux travaux forcés à perpétuité pour attentats à la pudeur et viol sur sa fille âgée de moins de quinze ans (probablement Joséphine Clémentine). Il n’en était pas à sa première condamnation puisqu’il avait purgé, vingt ans auparavant, une peine d’un mois de prison pour vol prononcée par le tribunal correctionnel de Coulommiers le 9 août 1822. Cette fois, cependant, la gravité de ses actes lui valut de ne jamais revenir chez lui et, vraisemblablement, de ne jamais revoir les siens.
Après avoir été exposé le 8 décembre 1843, il fut envoyé au bagne de Brest où il arriva le 10 février 1844. Il y fut immatriculé sous le numéro 1204 et reçut son habit de bagnard constitué notamment de la fameuse casaque en mouï rouge garance des forçats et du bonnet de laine vert des condamnés à perpétuité.
Le registre des chiourmes donne son signalement : « taille d’un mètre 710 millimètres, cheveux bruns grisonnants, sourcils dégarnis, front ordinaire, yeux gris, nez gros, bouche moyenne, menton rond, barbe brune grisonnante, visage ovale, teint coloré. Signes particuliers : Le sommet de la tête presque dégarni, une petite cicatrice au-dessus de l’œil droit, un signe velu à la pommette de la joue droite ». Son dossier révèle qu’il était illettré.
Peu de temps après, le 20 août 1844, il s’évada alors qu’il se trouvait sur le port mais fut repris le jour même. Par la suite, il eut une « assez bonne conduite » et reçut « quatre punitions seulement ». Il mena alors la rude vie des forçats pendant une dizaine d’années avant d’être transporté en Guyane. Le 5 juin 1856, il embarqua sur la frégate L’Africaine qui appareilla le 8 pour Cayenne. Après six semaines de traversée dans une cage collective, il fut conduit sur son nouveau lieu de détention. Il était désormais désigné par le numéro de matricule 4822.
Les conditions de vie en Guyane étaient différentes de celles qu’il avait connues à Brest : Ici, plus de chaîne ni d’accouplement avec un codétenu (sauf à titre de sanction disciplinaire) et plus de costume rouge. Il restait toutefois assujetti à une discipline stricte sous le contrôle de l’autorité militaire et au service de la colonie. Il donna vraisemblablement satisfaction puisque, après plusieurs propositions, il bénéficia d’une commutation de peine en dix années de travaux forcés à dater du 15 août 1863 puis, deux ans plus tard, d’une remise de trois années et, enfin, d’une remise du reste de sa peine le 4 septembre 1867. Le 5 octobre 1867, il passa ainsi à la 4e catégorie 1re section (celle des libérés tenus de rester dans la colonie) avec le nouveau matricule 2236. En contrepartie du « doublage » qui l’obligeait à une résidence perpétuelle en Guyane, il se vit certainement attribuer un lopin de terre, comme cela était prévu dans ce cas.
C’est aux Îles du Salut qu’il mourut le 13 mai 1877, âgé de 76 ans, après plus de vingt-trois ans de travaux forcés et près de dix ans d’exil supplémentaire. (1)
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(1) SHD/ Marine Brest/2 O 34 ; FR ANOM COL H 383 ; Registre matricules H2121.Né à Sablonnières le 18 août 1809, Joseph Napoléon Biberon était fils d'un sabotier. Après des études probablement commencées à l'école du village, il entra au séminaire et fut ordonné prêtre à Meaux le 24 juin 1835. Il devint curé de Voinsles la même année, puis de Jaignes en 1841. Il se retira à Sablonnières en juillet 1865 et y mourut le 3 mars 1866.
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Voir la généalogie de l'abbé Biberon ici.Né le 9 novembre 1821 d'une famille de cultivateurs des Mirats, ce Sablonniérois fut clerc de notaire à Rebais. Le passeport qui lui fut délivré le 17 octobre 1848 pour se rendre en Bavière, où il devait recueillir une succession pour un client, donne son signalement : 1 mètre 61 centimètres, cheveux, sourcils et barbe châtain, yeux bleus, nez bien fait, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et teint ordinaire. (1)
Le 22 mars 1850, il acheta la charge de greffier de la justice de paix de Ferrières-en-Gâtinais, dans le département du Loiret (2) et fut nommé dans ses nouvelles fonctions par décret du 23 juillet 1850 (3). Il s'installa donc à Ferrières où il habita la maison que son prédécesseur lui avait louée. Il exerçait toujours dans ce canton en 1855 (4) mais devint à la suite greffier du tribunal de commerce de Provins, charge recherchée qui lui donnait une position sociale fort enviable. En 1861, il se maria à Donnemarie-en-Montois avec une native de Lizinnes-Sognolles et le couple s'installa à Provins où il habita d'abord rue de Changis. Au décès de son épouse, en 1880, Joseph Perrin était toujours en activité (5). Lorsqu'il cessa ses fonctions dix ans plus tard, il se retira dans sa maison du 9 rue Maximilien Michelin où il mourut le 24 novembre 1892.
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(1) Archives départementales de Seine-et-Marne, J 276.(2) Acte passé chez Maître Pognot à Rebais.(3) Archives départementales de Seine-et-Marne, J 276.(4) Le 18 juillet 1854, il prenait part au bornage d'un terrain effectué par le juge de paix dudit canton « assisté de Mr Joseph Toussaint Perrin Greffier » (http://gatinais.histoire.pagesperso-orange.fr/Ferrieres_StEloy.htm) et les Archives de Seine-et-Marne conservent un autre procès-verbal de bornage des 2 juillet et 6 août 1855 (J 276-1).(5) Son nom est mentionné dans plusieurs annuaires et almanachs des années 1860 aux années 1880 : Almanach historique, topographique et statistique du département de Seine-et-Marne et du diocèse de Meaux, 1861 et s. ; BLOCK (Maurice), Annuaire de l'administration française, Paris, Berger-Levrault, 1867 ; Le Briard, almanach républicain contenant tous les renseignements administratifs, politiques et commerciaux les plus nouveaux concernant le Département de Seine-et-Marne, mentionne pour l'année 1884 : « TRIBUNAL DE COMMERCE. — Provins. — Audience le mardi à midi. MM. Berquier, président ; Bellanger, Collot, Noël, juges ; Renaudin, Laudier, juges suppléants ; Perrin, greffier... »Noël Clément Alexandre Desgranges naquit à Sablonnières le 27 septembre 1834, d'une famille de paysans. Enfant, il fut remarqué par le père Caucheteur, curé de la paroisse, qui lui enseigna les premiers éléments de la grammaire et le présenta en 1849 au supérieur du petit séminaire de Meaux. Il quitta ainsi sa commune natale pour suivre des études.
A partir de son admission au séminaire, ses progrès en langues vivantes et anciennes, en arts, en mathématiques ou encore en dessin furent si rapides qu'il obtint chaque année, lors de la remise des prix, une mention dans chaque faculté. L'évêque de Meaux le proposa alors pour une bourse fondée au séminaire de Paris en faveur des diocésains, qui lui fut accordée. Il fit ainsi sa théologie à Saint-Sulpice et fut ordonné prêtre à Paris et promu au sacerdoce le 29 mai 1858. Chargé du cours de philosophie au mois d'octobre de la même année, il assura ensuite celui de théologie dogmatique au grand séminaire de Meaux, au bout de trois ans. Il fut ensuite vicaire, d'abord à Lagny le 1er août 1862, puis à Fontainebleau à compter du 11 janvier 1863. L'évêque de Meaux le recommanda au curé de cette paroisse le 27 décembre 1862 : « Je vous envoie M. Desgranges, il a piété, zèle et talent, il sera un ouvrier utile » (1). Sur place, Desgranges se fit rapidement remarquer par ses talents d'orateur : « Ses discours, fortement pensés, écrits avec art et débités avec feu, … s'attaquaient de préférence à l'incrédulité et aux vices qui ruinent les fondements mêmes de la société. On aimait à les entendre, malgré leur dimension qui dépassait souvent les limites ordinaires » (2). Il était également apprécié de tous pour l'écoute dont il faisait preuve. Toutefois, son « caractère énergique, d'une nature trop vive pour accepter de prime abord les idées qui n'étaient pas les siennes » (3) le détourna du ministère paroissial pour lequel il n'était pas fait. Il entra alors chez les Jésuites le 15 décembre 1867 et partit à Laval. En 1870, il donna le carême à Paris, à Notre-Dame de Passy. Chargé d'enseigner la philosophie au collège de Poitiers, c'est dans cette ville (4) qu'il mourut prématurément le 6 janvier 1872 de la fièvre typhoïde.
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(1) Nécrologie publiée dans La Semaine Religieuse du diocèse de Meaux, 1872, p. 18.(2) Ibid.(3) Ibid. (4) Dans une maison de la rue des Filles Saint-François située à proximité du collège Saint-Joseph, et non à Angers comme l'indique à tort le Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de l'arrondissement de Provins, 1912, n° 4, p. 120.Enfant naturel d'une domestique native de La Trétoire et habitant au Vautron, Joseph Troton vint au monde à Bois-Frémy le 26 octobre 1836. Lors de l'insurrection parisienne de 1871, alors qu'il était employé comme garçon pharmacien, marié et père de deux enfants, il servit dans la garde nationale de la capitale comme garde au 219e bataillon (11e subdivision, secteur de Belleville).
Cette armée populaire et profondément républicaine, après avoir défendu Paris contre les Prussiens durant six mois de siège, devait affronter les troupes du maréchal Mac Mahon à la solde du gouvernement monarchiste de Versailles . Après l'attaque menée par les Versaillais le 2 avril 1871, les fédérés lancèrent une contre-offensive dès le lendemain. Les bataillons de Belleville faisaient partie d'une des colonnes marchant sur Versailles et le 219e fut l'un des bataillons les plus éprouvés par les combats. On sait que le 4 avril, trois-cents de ses hommes, qui défendaient la redoute de Châtillon, furent forcés de se rendre et furent faits prisonniers (1). C'est précisément ce jour que Troton fut arrêté. Il fut alors incarcéré par décision ministérielle pour avoir été « pris les armes à la main en état de rébellion dans les combats livrés dans Paris » (selon une formule standard). C'est ainsi qu'il fut envoyé à la maison de détention de Belle-Île-en-Mer et probablement fit-il partie d'un des deux convois qui conduisirent, le 7 avril, mille-six-cents prisonniers à Lorient, d'où six-cent-douze d'entre eux furent dirigés sur Auray pour être transbordés par bateau à Belle-Île (2). Il n'y resta cependant pas bien longtemps puisque, à l'instar d'un grand nombre de fédérés sans grade devant laisser leur place aux survivants de la Semaine sanglante qui avait marqué la fin de la Commune, il fut libéré après un non-lieu prononcé le 3 août. (3) Contrairement à certains de ses compagnons d'infortune, il ne fut pas interdit de séjour dans la capitale puisqu'il y retrouva son foyer. On le retrouve apprêteur de bijouterie en 1873, puis serrurier en 1876, en 1883 et en 1895, et enfin ouvrier en instruments de musique lors de son remariage en 1898 et lors du décès de son épouse en 1912 (il habitait toujours dans le 11e arrondissement). C'est à cette époque que l'on perd sa trace.
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(1) VESINIER (Pierre), Histoire de la Commune de Paris, Londres, Chapman et Hall, 1871, p. 226 et s.(2) MOLLIER (Jean-Yves), Belle-Île-en-Mer, prison politique après la Commune (1871-1880), in Société d’Histoire de la Révolution de 1848 et des Révolutions du XIXe siècle, Répression et prison politiques au XIXe siècle, Paris, Créaphis, 1990, p. 237. (3) https://communards-1871.frNé à Sablonnières le 26 décembre 1847 d'un manouvrier du Rousset, ce jeune homme avait gagné la capitale où il exerçait le métier de bijoutier. Lorsque l'insurrection parisienne éclata en 1871 contre le gouvernement de Thiers, il habitait 32 rue de Bretagne et était garde au 86e bataillon de la garde nationale. Cette unité, on le sait, prit une part active à la Commune puisqu'elle s'empara de l'imprimerie nationale le 18 mars 1871, avant d'opposer une résistance farouche à l'avancée des troupes gouvernementales sur une barricade à l'entrée de la rue de Bretagne, le 25 mai. S'il échappa aux nombreuses exécutions sommaires qui eurent lieu après la victoire des troupes régulières, Giroux ne put se soustraire à la sévère répression qui frappa les Communards : arrêté et traduit devant le 14e conseil de guerre permanent du gouvernement militaire de Paris, il fut condamné le 14 décembre à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Conduit au dépôt de l'île de Saint-Martin-de-Ré, il y fut détenu en attendant le départ pour l'exil. C'est le 1er mai 1872 qu'il embarqua, avec 109 autres condamnés reconnus aptes au voyage, sur la Danaé qui mouillait face à l'île d'Aix, dans la rade des Trousses. Ce navire, déjà utilisé pour l'acheminement des forçats vers la Guyane et la Nouvelle-Calédonie et équipé de quatre cages de 20 à 30 mètres de long sur 3 mètres et demi de large, avait été affecté au transport du premier convoi de déportés. Il appareilla le 5 mai, après l'embarquement de 140 autres déportés en provenance de l'île d'Oléron. Après un voyage de 147 jours et deux escales, Rose Giroux débarqua à Nouméa le 29 septembre. De là, il fut conduit à l'île des Pins, où les condamnés à la déportation simple pouvaient vivre sans autre entrave que celle de l'insularité. Amnistié en 1879, il fut rapatrié sur le Navarin qui quitta Nouméa le 3 juin (1). Avant le départ, comme chaque amnistié, il avait reçu un paletot, un pantalon, deux paires de bas de laine et un béret. Le retour, qui se faisait par le cap Horn, fut particulièrement difficile en raison d'avaries, de gros temps, de vents contraires, du décès de plusieurs marins et passagers et de huit jours de rationnement en conséquence de l'important retard pris en route. Le navire entra en rade de Brest au matin du 28 septembre. Après quelques formalités et séparés des rapatriés dont la peine avait été commuée en réclusion, les amnistiés furent débarqués au port marchand dans le dessein de les acheminer directement par le rail vers Paris. Toutefois, ils furent accueillis chaleureusement par la population qui les entraîna en ville et offrit à chacun le gîte et le couvert (2). On perd alors la trace de Giroux, celui-ci n'ayant fourni aucune adresse pour son retour en métropole.
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(1) Centre des Archives d'Outre-Mer (Aix-en-Provence), H 83 Colonies, matricule 1 ; 78 MIOM (registre matriculaire) ; SHD Vincennes, 8 J 347 dossier 95 (dossier de jugement) ; Archives Préfecture de Police, BA 470, dossier Navarin et liste d'amnistiés ; MAITRON (Jean), Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français, tome 6, Les Editions Ouvrières, 1969 ; PERENNES (Roger), Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, Ouest Editions, 1991, p. 187 ; GUINARD (Bernard), Les convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie : http://www.bernard-guinard.com/arcticles%20divers/Convois%20de%20deportes/Convois_de_deportes.html(2) BARRET (Narcisse), Nouméa aller et retour, Paris, Périnet, 1880.Sablonniérois d'adoption, Léon Fournier, ou plus exactement Jean Oscar Charles Léon Fournier, n'était pas originaire de la vallée. Son père, issu de trois générations de soyeux lyonnais descendant d'un maître boulanger du Dauphiné, s'était établi dans la capitale et s'y était marié. Né à Paris le 14 juillet 1849, le jeune homme étudia au collège impérial de Compiègne puis au lycée Saint-Vincent de Senlis. Il y reçut une solide instruction et envisagea un temps de devenir ecclésiastique – ce qui lui vaudra d'être appelé Mon Révérend par ses proches – avant de se tourner finalement vers le droit. Il regagna alors Paris pour y suivre ses études. Lorsque la guerre de 1870 éclata, il servit comme sous-officier au 16e bataillon des mobiles de la Seine et fut profondément marqué par cet épisode tragique de notre histoire. Ayant commencé à écrire quelques chansons, il devint membre de la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique en 1874 et fit ensuite partie de plusieurs sociétés artistiques (il deviendra plus tard vice-président de l'Union des Chansonniers de France). Les besoins matériels de l'existence se faisant ressentir, il chercha un emploi et ses connaissances juridiques lui permirent de se faire engager en 1877 par la Compagnie des Chemins de Fer de l’Est, au service du contentieux. Il se maria la même année.
Pendant son temps libre, il continua à écrire et ses chansons furent jouées dans les théâtres et music-halls parisiens tels que l'Alcazar, l'Eldorado (aujourd'hui le Comédia), le Café des Ambassadeurs, la Scala, ainsi que dans divers cafés-concerts de la capitale et de province.
Ses œuvres furent créées sur scène par de jeunes interprètes mais aussi par des chanteurs de mérite comme la pétillante Rosette Dattigny ou le ténor Jean-Alexandre Talazac (certaines de ces créations firent l'objet d'articles dans la presse parisienne, comme le journal de musique populaire La chanson du 26 juin 1880). Parolier, il mettait aussi lui-même certains de ses textes en musique, les autres l'étant par des compositeurs du temps : Jules Jacob, François Perpignan, Johanny Perronnet, Charles Pourny, Louis Raynal, Marius Rouvier, Auguste Taccoen... Ses chansons connurent un vif succès : « il n'est certainement point besoin de présenter au public parisien le poète Léon Fournier. Le public le connaît. Il le connaît même très bien ; il a fredonné avec lui ses Echos et Fredons » (Henriette Riquet de Caraman, préface des Poésies de l'Amour).
Outre ses chansons, Fournier écrivit plusieurs poèmes et textes en vers. Ses principales œuvres ont été publiées entre 1878 et 1906 : Le Retour au Village, poème en alexandrins (1) ; une satire en vers intitulée Coups d'épingle à Némésis (2) ; Echos et Fredons, recueil de chansons (3) ; Les Poésies de l’Amour, recueil de confidences amoureuses (4). Certains textes furent co-écrits avec le parolier A. Lallement : La Bonne Vinasse, chanson mastroquétique, avec accompagnement de piano (5), Le Régiment de Turenne, historique, en vers du 37e Régiment de ligne (6) et, surtout, Les Echos Lorrains, monologues patriotiques et anti-germaniques (7). Son talent remarquable s'est ainsi exprimé dans des registres très différents. Ses chansons elles-mêmes couvrent plusieurs genres. On y trouve quelques chants bachiques tels que A pleins verres ou L'Amour et l'Ivresse :
« Un beau matin Dieu nous a mis sur terreEn nous disant : Aimez votre prochain.Comme l'amour presque toujours altère, Dans sa largesse il nous donna le vin. Et, depuis lors, grâce au jus de la treille, Joyeux viveurs nous pouvons à loisir Nous façonner un riant avenirEn cultivant Vénus et la bouteille. »Dans d'autres textes humoristiques dont les titres annoncent déjà le ton (J'suis anarchisse!!!, Je n'mattendais pas à ça, J'aime mieux être un imbécile, Y a d'quoi rigoler...), Fournier ironise finement. Plus nombreuses sont ses chansons amoureuses (serénades, aubades, romances) et ses poèmes galants avec, parfois, des textes plus égrillards comme dans Le bouton de rose :
« Ma mère m'a dit en mourantNe cherche pas de numéraire, Pour fortune tu n'as, ma chère, Qu'un bouton de rose charmant… »Cependant, la légèreté n'était pas toujours de mise, car ses écrits prirent parfois le ton plus solennel et non moins passionné d'un patriotisme exacerbé au lendemain de la guerre de 1870 :
« Français, sachons honorer la mémoireDe nos héros tombés au champ d'honneur ! »proclamait-il dans La Tour d'Auvergne. Son Salut à la République est aussi très caractéristique du sentiment patriotique :
« Je crois en toi, France républicaine,Car ton grand cœur a battu bien souvent,Flambeau d'honneur, illustre souveraine,Va, ton beau nom scintille au firmament...C'est le réveil, ô ma France chérie, Lance aux échos tes plus mâles accents, Nous t'aimons tous, noble et fière patrie, France, debout, et bénis tes enfants ! ».Le même patriotisme domine Les Echos Lorrains à propos desquels on peut lire que tous ceux qui sentent battre leur cœur avec le cœur de la Patrie, tous ceux qui s'honorent du titre de français, les ont lu et y ont applaudi (préface des Poésies de l'Amour). Ce recueil contient des textes aux titres très parlants, comme Vive la France ou Oraison funèbre du prince de Bismarck.
La publication de certains de ces recueils fut saluée dans la presse, par exemple, le journal littéraire L'Echo des Jeunes du 1er novembre 1896 à propos des Echos et Fredons et Le Radical du 31 juillet 1900 après la parution des Echos Lorrains.
Concernant l'homme et sa physionomie, son ami le chansonnier Charles Préau, dans sa préface des Echos et Fredons, le présentait en 1892 comme un solide quadragénaire, vigoureux, portant une barbe noire parsemée de poils argentés, souriant, le regard plein de bonté, le front haut et le sommet du crâne un peu dégarni.
Divorcé en 1897, Fournier se remaria à Paris en 1900. Ayant pris sa retraite en 1905, il s’installa avec sa seconde épouse à Sablonnières, à La Noue. En 1906, il signait comme témoin un acte de l'état civil de notre commune, dans lequel il était qualifié d'homme de lettres. Elu conseiller municipal en mai 1908, il devint maire en 1912. C'est en cette qualité qu'il dut faire face à la déclaration de guerre, à la mobilisation générale, à l'exode, à l'invasion prussienne du 4 septembre 1914 et à la libération de la commune par les Britanniques le 8. Il se distingua par sa conduite durant ces événements éprouvants et notamment par sa contribution, avec les instituteurs de la commune, à la dissimulation et à la fuite de quatre militaires français pendant l'occupation du bourg (8). A ce titre, il fut cité par le gouvernement à l'ordre du jour du courage civil pour avoir « assumé, avec le plus grand sang-froid, la responsabilité de l'administration communale pendant toute l'occupation allemande » (9) ; il ne fallait pas en attendre moins de l'ancien Moblot ! Des pillages et autres exactions perpétrés par les occupants, il témoigna sous serment, le 14 octobre 1914, devant les membres de la commission instituée en vue de constater les crimes commis par l'ennemi. (10)
Après la guerre, Fournier ne fit plus partie de la municipalité mais exerça encore quelques fonctions locales : c'est en tant que délégué cantonal - désigné par le conseil départemental de l'Instruction primaire pour veiller au bon état des locaux et du matériel scolaires ainsi qu'à l'hygiène et à la tenue des élèves - qu'il fut fait officier d'académie en 1924 (11). On ignore s'il continua à écrire après son départ de Paris mais, chose sûre, son passé d'auteur le poursuivit à Sablonnières où il dédicaça plusieurs exemplaires de ses œuvres. En 1931, ultime consécration de son talent, il fut nommé officier de l'Instruction publique pour services rendus aux Lettres. (12)
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(1) Paris, Dupont, 1878.(2) Paris, Dupont, 1880.(3) Paris, Vanier, 1893.(4) Paris, Arnaud et Cie, 1906.(5) Paris, Société anonyme, 1896.(6) Cet ouvrage, était sous presse lors de la parution des Echos Lorains.(7) Paris, Arnaud et Cie, 1900.(8) Ces faits ont été rapportés notamment dans Le Matin du 10 février 1915.(9) JO 28 mars 1915, p. 1670. La citation fut largement relayée par la presse du 26 mars 1915 (Le Figaro ; Le Matin ; L'Ouest-Eclair ; L'Echo d'Alger ; Le Temps ; Journal des débats politiques et littéraires) et des jours suivants (Le Rappel du 28 mars 1915 ; La Croix du 30 mars 1915 ; Histoire de la guerre, par le Bulletin des armées, n° 8, 28 février-31 mars 1915, p. 811).(10) Rapports et procès-verbaux d'enquête de la commission..., Paris, Imprimerie Nationale, 1915, n° 46, p. 64.(11) JO 13 août 1924, p. 7576.(12) JO 1er févr. 1931, p. 1160.Né le 24 novembre 1862 et mort le 23 mai 1930, Achille Alexandre Juvinel était fils d'un scieur de long du Jariel. Lorsqu'il fut appelé au service militaire avec la classe 1882 (matricule n° 116), il était agriculteur. Incorporé au 1er régiment de cuirassiers, il prit vraisemblablement goût à la chose militaire puisqu'il monta rapidement en grade (brigadier le 3 décembre 1883, maréchal des logis le 18 septembre 1885) avant de se réengager pour cinq ans à compter du 1er juillet 1888. A cette occasion, il prêta serment le 5 devant le tribunal de première instance de Melun et intégra comme gendarme à cheval la compagnie de gendarmerie de Seine-et-Marne. Le 6 octobre 1889, étant en service commandé pour recueillir le résultat des élections législatives, il fit une chute de cheval et se démit l'épaule. Rétabli, il poursuivit sa carrière. Un an plus tard, le 20 octobre 1890, alors qu'il résidait à Nemours, il se maria à Paris (8e). En 1892, il passa dans la compagnie de la Seine où il fut promu brigadier à cheval en 1896. Arrivé en 1900 dans la compagnie de Seine-et-Oise comme maréchal des logis, il y fut nommé maréchal des logis chef en 1902. Selon deux actes de l'état civil auxquels il fut témoin, il demeurait à Rambouillet en 1902 puis à Saint-Germain-en-Laye en 1907. Ayant intégré la légion de gendarmerie de Paris, il fut adjudant de 1908 jusqu'à son admission à la retraite en 1911, après un peu plus de 27 années de bons et loyaux services. Rappelé à l'activité lors de la mobilisation générale de 1914, il fut promu sous-lieutenant en 1915, passa à la 17e légion en 1917 et enfin à la 4e en 1918. Décoré de la médaille militaire en 1909, il reçut la croix de chevalier de la Légion d'Honneur le 11 janvier 1919.
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Voir la généalogie Juvinel ici.Né à Aufferville le 20 septembre 1885 d'un père instituteur, Prudent Aristide Bougréau était lui-même devenu enseignant après des études à l'école normale de Melun de 1901 à 1904 (1). Il obtient sa première affectation à Saint-Cyr-sur-Morin, comme adjoint. C'est là vraisemblablement qu'il fit la connaissance de sa future épouse, Julia Emélie Lavigne.
Cette dernière était née à Voulangis le 19 juin 1885, d'une famille de cultivateurs. Nommée institutrice le 1er mai 1905, après un premier passage à Saint-Cyr, probablement comme stagiaire, elle fut un temps suppléante à Melun avant de revenir en poste à Saint-Cyr, à l'école de Monthomé.
Les deux enseignants se marièrent en 1907 et eurent une fille née quatre mois plus tard. En 1912, ils arrivèrent à Sablonnières. Prudent prit ses fonctions à l'école des garçons, assurant aussi le secrétariat de la mairie à compter du 21 avril. Son épouse, enceinte, mit au monde un garçon en février et eut ensuite en charge l'école des filles (2). Le couple logeait dans l'appartement de fonctions situé dans le bâtiment de la mairie-écoles, lorsque la guerre éclata.
Le 3 septembre 1914, alors que Sablonnières voyait défiler depuis plusieurs jour des civils ayant fui leur demeure - Julia Bougréau fit une description poignante de cet exode - puis des troupes françaises reculant devant l'avancée ennemie, les clairons et les fifres prussiens retentirent le soir sur les hauteurs du Jariel. Vers 2 heures du matin, ayant entendu du bruit à l'extérieur, Julia sortit et aperçut au milieu de la place trois militaires français accompagnés d'un cheval à bout de forces, chargé de plusieurs harnachements. L'un d'eux était du 20e Régiment de Dragons, les deux autres du 18e Régiment de Chasseurs. Les trois cavaliers, épuisés, s'étaient égarés en patrouillant et cherchaient à rejoindre les troupes françaises. L'institutrice les fit entrer chez elle, leur servit à manger et les laissa dormir dans l'étude des garçons. Au petit matin, un maréchal des logis du 27e Régiment de Dragons, qui s'était lui aussi égaré en se rendant à la Ferté-sous-Jouarre, arriva à cheval dans la cour de l'école et rejoignit ses camarades. Par chance, les quatre hommes se trouvaient ainsi à l'abri lorsque, vers les 7 heures du matin, quelques uhlans entrèrent en éclaireurs dans le bourg où ils furent accueillis par des villageois qui les prirent pour des Anglais (une méprise semblable aura lieu le lendemain à Orly-sur-Morin où les Allemands seront pris pour des Belges). Plusieurs habitants accoururent pour leur offrir du vin, du cidre et des fruits. Une femme s'écria innocemment : « Buvez, mangez, mes enfants : c'est autant que les Prussiens n'auront pas ! » Et les Allemands d'opiner : « Yes ! Yes ! English ! English ! ». Dans la liesse générale, des gamins hurlaient : « Des Anglais, voici des Anglais ! »
Alertés par le tumulte, les militaires français jetèrent un œil à l'extérieur et, ayant reconnu l'ennemi, voulurent faire feu. Bougréau les persuada toutefois de ne rien tenter qui puisse mettre le village en danger et de rester cachés dans une cave de l'école. L'instituteur, aidé du maire Fournier (voir infra) et du conseiller municipal Eugène Lourdin, parvint à dissimuler les harnachements tandis que les chevaux furent parqués dans la cour.
Dehors, la foule déchanta vite lorsque des bicyclistes coiffés de casques à pointe arrivèrent et se mirent à échanger en Allemand avec les cavaliers prussiens. Le soir, le village était envahi ; des sentinelles furent placées tout autour de la mairie.
Après une nuit sans incident, le maréchal des logis décida de partir pour avertir les troupes françaises de la présence de l'ennemi à Sablonnières. L'instituteur lui fournit des vêtements civils, un faux sauf-conduit de garçon-boulanger et une bicyclette. Il l'accompagna à l'extérieur et les deux hommes firent un bout de chemin ensemble. Mais un coup de sifflet retentit et ils furent pris en chasse par des bicyclistes allemands qu'ils parvinrent à semer en se cachant dans une cour, après un tournant. Une fois hors de danger, Bougréau indiqua au dragon la route de Coulommiers et ils se séparèrent.
Vers 7 heures, alors qu'il passait près du cimetière des Chaillots pour rentrer au bourg, l'instituteur fut arrêté par une colonne de cavaliers allemands du 18e Régiment de Hussards qui le forcèrent à les accompagner à bicyclette. Ils suivirent la D22 pendant environ une heure puis coupèrent à travers champs pour rejoindre le chemin de Bellot. Arrivés aux Brodards, ils furent accueillis par les balles des chasseurs Français qui tenaient Bellot et furent contraints de faire demi-tour. Bougréau tenta de ralentir la marche mais fut rappelé à l'ordre par un coup de revolver tiré dans sa direction et par un coup de lance qui le fit tomber à terre. Selon certaines sources, une balle de revolver tirée à bout portant brisa deux rayons de sa bicyclette. La troupe arriva au bois du Plessier où l'instituteur, suspecté en raison de son âge d'être un soldat français en civil - il avait en réalité été réformé pour raison médicale (3) - fut obligé de se mettre torse nu, interrogé et fouillé. Ne trouvant sur lui qu'un titre de rente, le commandant des Hussards déchira le document et cracha au visage de son prisonnier. Mais bientôt, les Prussiens furent pris à nouveau sous les balles françaises et durent s'abriter pour riposter, tout en forçant leur otage à rester debout, toujours torse nu, sous les balles qui le frôlèrent. Les Français, inférieurs en nombre, se replièrent finalement et un officier allemand confia à Bougréau : « Voyez-vous comme ils se sauvent ? Dans quatre jours nous serons à Paris ». La colonne prussienne se remit en marche en direction de la ferme de Château-Renard et s'arrêta à Doucy pour manger, Bougréau souffrant semble-t-il d'une blessure à la cheville. Le commandant, réalisant que son prisonnier ne lui apporterait rien, l'interrogea une dernière fois avant de lui rendre ses habits et de le relâcher vers 17 heures, en le poussant à coups de crosse et en lui répétant sur un air arrogant : « Dites à vos amis que dans quatre jours nous serons à Paris ! »
Pour regagner son foyer, Prudent Bougréau dut parcourir plusieurs kilomètres à pied au milieu des lignes ennemies. Arrêté à plusieurs reprises, il parvint à poursuivre son chemin en affirmant qu'il venait de guider des officiers prussiens de l'autre côté de Bellot. A Sablonnières, la cour et le jardin de l'école étaient en proie au pillage. Bougréau y retrouva son épouse qui redoutait la découverte de leurs protégés. Les bâtiments avaient été eux aussi occupés et pillés mais, pendant toute la journée, l'institutrice avait fait tout son possible pour éviter une perquisition de la cave, donnant aux Prussiens tous ce qu'ils demandaient. Ces derniers, d'ailleurs, lui en avaient été reconnaissants en lui rendant 800 francs et les bijoux qu'ils lui avaient d'abord pris.
Le danger était toutefois bien présent et il fallait absolument évacuer les trois militaires français rapidement : l'instituteur leur apporta les habits qu'il put trouver et décida de les faire sortir la nuit venue. Ainsi, vers 1 heure du matin, après le passage d'un convoi d'artillerie, le maire et l'institutrice faisant le guet, Bougréau conduisit les Français dans une oseraie proche où ils seraient en lieu sûr. Au matin, l'un d'eux revint pour annoncer qu'ils partiraient dans la journée. Aussi, lorsque Julia Bougréau leur apporta à manger le soir, elle ne fut qu'à demi étonnée de ne trouver personne. Cependant, l'inquiétude remplissait sans doute l'esprit des instituteurs et du maire : avaient-ils réussi à passer ou s'étaient-ils fait prendre ? La réponse ne tarda pas à arriver : deux lettres reçues dans les semaines qui suivirent leur apprirent que les quatre militaires avaient réussi à rejoindre leurs corps respectifs. (4)
La première, qui relate la fuite des trois autres militaires, fut envoyée par un des chasseurs :
La seconde lettre fut adressée par le maréchal des logis, parti le premier :
Ces deux missives publiées en 1915 dans le Démocrate de Seine-et-Marne nous apprennent le nom de deux des cavaliers français. L'historique du 18è Régiment de Chasseurs à cheval, qui mentionne l'épisode sablonniérois, donne le nom d'un autre des militaires : « Les chasseurs CORRÈZE, du 1er escadron, et PAGÈS, du 2e escadron, dont les chevaux étaient fourbus le 4 septembre, avaient été rattrapés par les Allemands à Sablonnières, mais s'étaient cachés dans une cave ; ils purent, grâce à l'instituteur, se procurer des vêtements civils ; après avoir erré cinq jours dans les lignes allemandes, ils s'échappèrent chez les Anglais et purent rejoindre leur escadron » (5). On ne trouve en revanche aucune information dans les journaux de marche des unités concernées, ni dans les historiques des 20e et 27e régiments de dragons.
Pour leur héroïsme, les Bougréau furent cités à l'ordre du jour par le gouvernement pour avoir « au péril de leur vie, aidé quatre cavaliers français d'arrière-garde, surpris par l'arrivée de l'ennemi, à se cacher dans leur maison, puis à s'enfuir pour rejoindre leur régiment ». (6)
Cette citation fut amplement relayée par la presse nationale et locale en 1915 : Le Figaro et Le Temps du 26 mars, Le Rappel du 28 mars, l'Action Féministe de mars-avril, l'Echo d'Alger du 6 avril, etc. Le Matin du 10 février et le Petit Parisien du 5 avril donnent des récits plus détaillés de l'action du couple d'instituteurs. Longtemps resté dans l'oubli, l'épisode héroïque des 4 et 5 septembre 1914 a fait l'objet d'un spectacle vivant joué devant la mairie-école le 12 septembre 2014, à l'occasion du centenaire du commencement de la Grande Guerre. Le 11 novembre suivant, le film de ce spectacle a été projeté en présence des trois arrière-petites-filles de Prudent et Julia Bougréau et d'une de leurs arrière-arrière-petites filles.
La guerre terminée, les Bougréau connurent des difficultés avec la municipalité, à propos des fonctions de secrétaire de mairie. En 1918, Prudent réclama un complément de traitement par suite de l'accroissement constant des tâches administratives qui lui étaient imposées. Le 31 janvier, le conseil municipal accepta et un salaire annuel de 792 francs lui fut accordé.
Cependant, pour une raison que nous ignorons, l'instituteur cessa ses fonctions de secrétaire et la municipalité accepta le 15 avril 1919 la candidature d'un remplaçant qui fut nommé le 26 avril. Le 4 juin, le supplément de traitement de 400 francs qui était alloué au couple fut supprimé par un vote du conseil municipal à l'exception d'un de ses membres et sans le consentement du maire Fournier qui protesta « tout au moins en ce qui touche Mme Bougréau pour laquelle aucun grief n'est invoqué ». Prudent demanda bien à reprendre ses fonctions de secrétaire, mais le conseil s'y opposa le 3 septembre en envisageant son remplacement par un autre instituteur susceptible de remplir de telles fonctions. Alors que le couple réclamait le supplément de traitement supprimé en juin, le conseil refusa le 13 septembre en invoquant le caractère facultatif de cette dépense et la nécessite de faire face à d'autres charges financières obligatoires, « tout en rendant hommage aux qualités professionnelles de Mme Bougréau ». C'est dire que son époux était dans le collimateur de la municipalité ! D'ailleurs, deux mois plus tard, sur constat de la commission des bâtiments communaux, il fut mis en demeure de faire reboucher une ouverture qu'il avait pratiquée sans autorisation dans le mur de séparation de la cour de l'école des filles et du jardin de l'instituteur, de remettre en place la porte pleine du grenier du bâtiment de la pompe qu'il avait remplacée par une porte ajourée pour permettre le passage des pigeons dont il faisait un élevage intensif et d'enlever le guano amoncelé dans le grenier de l'école des garçons également utilisé comme pigeonnier. Il lui fut au demeurant interdit de procéder à toute nouvelle modification sans l'accord du conseil et d'utiliser les salles de classe comme magasin à fourrage ou comme atelier de réparation de motocyclettes ! Pendant ce temps, le secrétariat de la mairie était assuré tant bien que mal, le nouveau secrétaire n'ayant jamais pris possession de son poste.
Le 2 janvier 1920, à la suite des élections municipales, le nouveau maire proposa Prudent Bougréau comme secrétaire et passa outre l'opposition du conseil en le nommant d'office.
L'instituteur accepta les fonctions et le conseil lui accorda le 16 mars une indemnité quotidienne de 3 francs, tout en refusant, le 13 avril et à nouveau le 16 juin 1921, de rétablir le supplément de traitement.
Toujours est-il que Prudent Bougréau ne donnait plus satisfaction en tant qu'instituteur. Une pétition fut adressée au préfet par les parents et la municipalité ; les parents alertèrent aussi l'inspecteur primaire et décidèrent une grève qui dura les mois de mai et de juin, au cours desquels 22 garçons sur 41 furent absents. Aussi, le 18 mai 1922, le maire exposa « la situation déplorable concernant les élèves de l'école des garçons » devant le conseil municipal, qui demanda au préfet d'intervenir auprès de l'inspection académique pour que Bougréau soit remplacé dans le plus bref délai possible. Le 29 mai, il fut suspendu de ses fonctions de secrétaire de mairie pour avoir refusé de rédiger les procès-verbaux de la session du 18 mai en prétextant ne pas être secrétaire des conseillers.
Malgré sa demande d'annulation de la délibération du 18 mai, la décision fut confirmée le 3 juillet et la municipalité en profita pour supprimer le supplément de traitement versé à l'institutrice. Bougréau fut déplacé et le couple dut quitter la commune.
Il s'installa à Sourdun où chacun continua d'enseigner. Julia, atteinte d'un cancer, y mourut le 16 février 1929 alors qu'elle était directrice de l'école des filles. Toujours instituteur dans cette commune, Prudent fut nommé officier d'académie en 1933 puis officier de l'Instruction publique en 1938 (7) : Belle revanche pour un enseignant qui avait subi une mutation d'office ! Après avoir pris sa retraite, il resta à Sourdun où ses petits-enfants lui rendaient visite. Une de ses arrière-petites-filles, Madame Liliane Phan qui l'a connu dans son enfance, se rappelle un vieil homme portant la barbe « comme Victor Hugo », passionné par le progrès des sciences, qui élevait des abeilles dans son jardin pour en récolter le miel et qui lui offrait des petits-beurres et du sirop d'érable. Lui aussi malade d'un cancer, Prudent Bougréau s'éteignit le 26 juin 1964 et fut inhumé à Voulangis avec son épouse.
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(1) Il reçut en 1902, en qualité de maître-élève, une subvention pour trousseau de 100 francs (Conseil Général de Seine-et-Marne, Rapports du Préfet et de la commission départementale et procès-verbaux des délibérations, Année 1902, Session ordinaire d'avril, Melun, Legrand, 1902, p. 200).(2) Dès 1913, elle fut distinguée par la mention honorable dans une campagne de la lutte contre l'alcoolisme diligentée par les autorités du Département (Conseil Général de Seine-et-Marne, Rapports du Préfet et de la commission départementale et procès-verbaux des délibérations, Année 1913, Session ordinaire de septembre, Melun, Legrand, 1913, p. 802).(3) Sa fiche matricule indique qu'il fut ajourné en 1906 et classé l'année suivante dans le service auxiliaire pour faiblesse. C'est ainsi qu'il fut incorporé à la 9e compagnie d'ouvriers d'artillerie le 8 octobre 1907 avant d'être réformé pour tuberculose pulmonaire huit jours plus tard.(4) Ces faits ont été rapportés, avec des détails plus ou moins nombreux et quelques divergences minimes, par de nombreuses sources de l'époque (Documents relatifs à la guerre 1914-1915. Rapports et procès-verbaux d'enquête de la commission instituée en vue de constater les actes commis par l'ennemi en violation du droit des gens, Paris, Imprimerie nationale, 1915, p. 65, n° 48 ; Manuel général de l'instruction primaire, n° 40, 17 juill. 1915, p. 637 ; ABENSOUR (Léon), Les vaillantes, héroïnes, martyres, remplaçantes, Paris, Chaplot, 1917, p. 198 ; BINOT (Jean-Marc), Les Héroïnes de la Grande Guerre, Fayard, 2008, chap. 3 ; OSGOOD (Frederick Hay), La France héroïque : épisodes de la Grande Guerre, D. C. Heath and Company, 1919), p. 45 ; Le Démocrate de Seine-et-Marne, 9 et 12 déc. 1914 ; Journal des débats politiques et littéraires, Paris, 1915 ; Revue des deux mondes, LXXXVIe année, 6e période, t. 34, Paris, 1916, p. 312 ; Le Matin, 10 févr. 1915, p. 2 ; Le Petit Parisien, 5 avr. 1915, p. 3...). (5) 18e Régiment de Chasseurs, Campagne contre l'Allemagne, Historique sommaire, Abbeville, Imprimerie F. Paillart (s. d.), p. 13. Les chasseurs Pagès et Corrèze furent décorés de la Croix de guerre avec étoile de bronze (Ibid., p. 65 et 67).(6) JO 28 mars 1915, p. 1670. (7) JORF 16 juil. 1933, 7442 ; 14 juil. 1938, 8412.Georges Théodore Mireaux naquit à Pavant le 11 janvier 1887. Après avoir travaillé dans l'épicerie de ses parents, il partit accomplir son service militaire avec la classe 1907 et fut incorporé au 25e Régiment d'Artillerie le 6 octobre 1908 comme 2e canonnier conducteur. Son talent pour la musique, qu'il avait hérité de ses parents, lui permit de rejoindre cette branche du régiment le 25 février suivant et de terminer son service comme soldat musicien. En 1911, il épousa Augusta Louise Roux, née à Paris le 3 mai 1892 et le couple s'installa à Charly-sur-Marne l'année suivante. Il était père d'un fils, Étienne, lorsqu'il fut rappelé sous les drapeaux lors de la mobilisation générale de 1914. Il rejoignit alors le 46e Régiment d'Artillerie de Campagne le 4 août et, comme c'était le cas pour les musiciens militaires, fut employé comme brancardier durant les combats. C'est à ce titre qu'il s'illustra par une bravoure qui lui valut deux citations, l'une en 1916 : « Au front depuis le début de la campagne. Le 7 octobre 1915, enseveli dans un abri par l'explosion d'obus de gros calibre, s'est empressé de donner des soins à ses camarades blessés dès qu'il put se dégager. Les 21 et 22 mars 1916 sous un feu d'obusiers lourds, n'a pas hésité à se porter au secours des canonniers blessés », l'autre en 1917 : « Infirmier d'un dévouement à toute épreuve accourant auprès des blessés à maintes reprises, a donné le plus bel exemple de courage et de sang-froid sous les bombardements les plus violents ». Le 27 avril 1917, alors qu'il se trouvait aux environs de Cormicy dans la Marne, il fut lui-même grièvement blessé par un éclat d'obus qui lui brisa la mâchoire. Il fut alors déclaré définitivement inapte au service armé et passa en service auxiliaire (1). Démobilisé en 1919, il arriva à Sablonnières l'année suivante et y installa une fabrique de gomme recouverte dans l'ancien moulin.
C'est son épouse Augusta, une maîtresse-femme, qui s'occupa véritablement de l'usine, à la fois à l'atelier et au niveau de la direction qu'elle assura avec l'aide de leur fils Etienne qui s'occupait de la comptabilité. Augusta Mireaux s'était aussi investie dans la vie de la collectivité, d'abord pendant la guerre comme membre du Comité d'entraide aux prisonniers, puis en tant que conseillère municipale de 1945 à 1947.
Davantage passionné de musique, Georges Mireaux jouait de plusieurs instruments : saxophone, violon, violoncelle, accordéon, contrebasse et, plus tard, batterie. Il fut membre de plusieurs formations qui se produisaient dans les environs, lors des fêtes locales.
Étienne Mireaux mourut au moulin en 1963. Son père le suivit un peu plus de trois ans après. Augusta, qui prenait de l'âge, décida de vendre la propriété en 1968. Elle s'éteignit en 1980 à l'hôpital de Coulommiers, après avoir résidé à l'hospice de Rebais.
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(1) Fiche matricule (bureau de Soissons, 1907, vol. 1, n° 202).Né à Sablonnières le 14 novembre 1891 d'un couple de commerçants (mercerie Louis-Arnould) originaire de l'Isère et de la Loire-Atlantique, Auguste Marie Laurent Louis s'installa à Paris et devint administrateur de sociétés. Nommé administrateur de deux compagnies du groupe L'Énergie Industrielle en 1928, il s'imposa rapidement en son sein et fut régulièrement choisi pour faire partie des conseils d'administration formés par un cercle restreint de proches du président Durand. Ainsi, il fut l'un des six premiers administrateurs de la Société d'Études du Sud-Ouest constituée en 1933 (1) et un des six premiers administrateurs de la société L'Immobilière de l'Énergie Industrielle créée en 1939 (2). La même année, il fut chargé de liquider la Société des Forces Motrices de l'Aigoual (3). Ses fonctions en firent véritablement un pilier du groupe, au moins jusqu'à la loi du 16 novembre 1940 relative aux sociétés anonymes. A cette époque, il détenait 10 postes d'administrateur (4). A la suite de cette loi, il dut se défaire de sept de ces postes. En 1943, il se trouve encore parmi les premiers administrateurs de la nouvelle société La Participation de l'Énergie Industrielle (5). Secrétaire général de L'Énergie Industrielle, il devint aussi maire de Boitron en 1932 et le resta jusqu'en 1947. C'est dans cette commune qu'il se retira et qu'il finit ses jours le 8 novembre 1949.
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(1) L'Express du Midi, 23 juillet 1933. Il résidait alors à Paris, 124 rue Damrémont.(2) Journal des débats politiques et littéraires, 31 juillet 1939.(3) Le Journal de Privas, 23 décembre 1939. Son adresse était au 18 rue de l'Abreuvoir.(4) Le capitalisme familial : logiques et trajectoires, Actes de la journée d'étude de Besançon du 17 janvier 2002, PU de Franche-Comté, 2003, p. 115 ; VARASCHIN (Denis), Les entreprises du secteur de l'énergie sous l'Occupation, Artois presses université, 2006, p. 158 ; BARJOT (Dominique) et MORSEL (Henri), La nationalisation de l'électricité en France : nécessité technique ou logique politique ? 1946-1996, Actes du 11e colloque de l'AHEF, 3‑5 avril 1996, PUF, 1996, p. 270 ; VUILLERMOT (Catherine), Pierre-Marie Durand et l'énergie industrielle : l'histoire d'un groupe électrique, 1906-1945, CNRS, 2001, p. 174.(5) Paris municipal, n° 2227 du 5 septembre 1943.Albert Edmond Lepâtre, né à Cerneux le 31 mai 1873, était surtout connu à Sablonnières pour ses fonctions de garde-champêtre dans lesquelles il fut initialement nommé juste après son arrivée dans la commune, durant l'été 1910, à la suite à son mariage avec une Sablonniéroise. Il avait derrière lui une carrière militaire récompensée par la Médaille coloniale et la Médaille commémorative de l’expédition de Chine. Ce conscrit de la classe de 1893 habitant alors à La Ferté-Gaucher s’était engagé l’année suivante au 4e Régiment d’Infanterie de Marine. Il avait fait la campagne d’Annam (1895-1896), avait été promu soldat de 1re classe, puis était partit en Crète en 1897 puis à Madagascar en 1899. En 1901 et 1902, il avait servi en Extrême-Orient au sein du 17e Régiment d’Infanterie Coloniale. Après être passé en 1902 au 4e Régiment d'Infanterie Coloniale, il s'était rengagé en 1903 et avait servi en Chine avec le 18e Régiment d'Infanterie Coloniale durant les années 1903 et 1904. Il était passé à la suite au 2e Régiment d'Infanterie Coloniale, avait rempilé en 1905 et servi jusqu'en 1907 en Cochinchine avec le 5e Régiment d'Infanterie Coloniale. Rengagé une nouvelle fois en 1906, il avait été au 22e Régiment d'Infanterie Coloniale et, à partir de 1909, à l’armée territoriale (36e Régiment d'Infanterie Territorial et 31e Régiment d'Infanterie). Rappelé à l’activité lors de la mobilisation générale de 1914, il rejoignit le 4e Régiment d'Infanterie Coloniale à Toulon dans sa composante de réserve, le 34e Régiment d'Infanterie Coloniale. Il fut toutefois réformé pour sénilité le 3 mars 1915 par la commission de réforme toulonnaise et classé au service auxiliaire au mois de septembre par celle de Coulommiers. Rattaché à la 5e Section de commis et ouvriers militaires d’administration, il fut affecté aux travaux agricoles en juin 1917 puis au 31e Régiment d'Infanterie à la fin de la même année. Mis en congé illimité de démobilisation au début de l’année 1919, il se retira à Sablonnières. (1)
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(1) Registre matricules du bureau du recrutement de Coulommiers (classe 1893) : Archives départementales de Seine-et-Marne - 1R1181, n° 973.Né au Vautron le 4 mai 1886, le jeune homme était peut-être destiné au clergé puis qu'il avait, pour le bureau du recrutement de Coulommiers, la qualité d'élève-ecclésiastique qui le dispensait du service militaire. Il s'engagea toutefois le 3 octobre 1905 à Coulommiers, pour le 76e Régiment d’Infanterie mais n'y resta qu'un an puisqu'il fut, le 18 septembre 1916 classé dans la disponibilité de l’armée active comme l'étaient alors les dispensés. Il renonça toutefois au bénéfice de son exemption le 4 janvier 1907 et fut incorporé le 7 comme soldat de 2e classe. La même année, il fut promu successivement soldat de 1re classe puis caporal. Plusieurs fois réengagé entre 1908 et 1913, il obtint les grades de sergent le 15 novembre 1908, de sergent-fourrier le 5 octobre 1909, de sergent-major le 19 octobre 1913, de sous-lieutenant à titre temporaire en 1917 puis à titre définitif en 1918, et de lieutenant à titre définitif au 76e RI le 14 juin de l’année suivante. Au cours de la campagne contre l'Allemagne, il fut blessé par balle à l’avant-bras gauche, le 16 juin 1916 à Vaux (Meuse). En 1918, il reçut pas moins de quatre citations : « Les 23 et 25 mars 1918, protégeant le repli du bataillon, a maintenu sa section sous un feu violent en donnant l’exemple d’un courage et d’un sang-froid remarquables » ; « Excellent officier qui s’est déjà fait remarquer par sa brillante conduite au cours des combats de mars 1918, s’est à nouveau distingué le 12 juin en maintenant à son poste de combat sa section violemment bombardée » ; « Au cours de l’attaque ennemie du 15 juillet 1918 a par son courage et son énergie su contenir l’ennemi à la lisière d’un bois en lui interdisant de bouger 3 heures durant et l’obligeant finalement à se replier » ; « Officier d’une bravoure exemplaire s’est particulièrement distingué pendant le séjour du régiment dans le secteur dirigeant plusieurs reconnaissances avec son entrain habituel. Le septembre a notamment pénétré profondément dans les lignes ennemies malgré un feu violent de mitrailleuses rapportant des renseignements précieux ». Ces faits d'armes se rapportent aux engagements en première ligne du 76e, dans l’Aisne à la fin du mois de mars, dans l'Oise au mois de juin et sur la Marne, entre Épernay et Château-Thierry, à la mi-juillet lors de la dernière grande offensive ennemie. A la dissolution du régiment le 21 février 1920, il passa au 31 Régiment d’Infanterie puis, l'année suivante, au 62e Régiment de tirailleurs marocains à Marrakech. Rapatrié en France en 1923, il fut maintenu en activité au 31e Régiment d’Infanterie et proposé par la commission de réforme, en raison de son état de santé, pour une pension temporaire puis permanente (1927). Il fut alors classé, à compter du 1er décembre 1928, à l'état-Major particulier de l’Infanterie. (1)
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(1) Registre matricules du bureau du recrutement de Coulommiers (classe 1906) : Archives départementales de Seine-et-Marne - 1R1318, n° 104.Né à Sablonnières le 5 septembre 1892, Octave Frédéric Fauvet était un enfant assisté de Seine-et-Marne. Il travaillait comme domestique agricole à Héry (Yonne) lorsqu'il fut appelé sous les drapeaux avec la classe 1912 de la subdivision d'Auxerre. Incorporé au 69e Régiment d'Infanterie (Nancy) comme soldat de 2e classe le 10 octobre 1913, il fit campagne contre l'Allemagne. Blessé à la jambe droite le 6 septembre 1914 (en service commandé à Limoncourt selon sa fiche matricule, ou par éclat d'obus à Haraucourt d'après les états de service produits à la chancellerie de la Légion d'Honneur), il fut promu caporal le 1er novembre. Devenu sergent le 14 mai 1915, il passa dans la réserve de l'armée active le 1er octobre de la même année. Il devint ensuite adjudant le 18 avril 1916 et fut cité à l'ordre de la 21e brigade le 20 juillet 1916 : « Très bon chef de section de mitrailleuses, très bonne attitude au feu, a pris une large part aux affaires de mars et avril 1916. Gradé très méritant, a toujours donné satisfaction à ses chefs et est toujours prêt à les seconder » (1). Sous-lieutenant à titre temporaire au titre de la réserve à compter du 14 août 1916 (2), il passa au 9e bataillon du 172e Régiment d'Infanterie le 29 décembre 1917. Lieutenant à titre temporaire le 14 août 1918, il fut ensuite promu au grade de sous-lieutenant de réserve le 1er juin 1919 avec rang au 15 juin 1917, puis de lieutenant de réserve le 16 août 1920 (3), avec rang au 15 juin 1920. Passé au 31e Régiment d'Infanterie le 28 décembre 1920 (4), il se rengagea le 6 septembre 1921, comme adjudant, à la sous-intendance militaire d'Auxerre au titre du 4e Régiment d'Infanterie d'abord pour deux ans, puis en 1923 pour deux nouvelles années et enfin en 1925 pour une autre année. L'année suivante, il passa au 134e RI (Mâcon) et fut réintégré dans le cadre latéral avec le grade de lieutenant par décision du 10 avril 1926 (5) avec rang au 5 janvier. Mis à la disposition du général commandant supérieur des troupes du Maroc, il embarqua à Marseille le 2 juin 1926 pour Casablanca où il rejoignit le lendemain la 6e compagnie du 1er Régiment de Zouaves auquel il avait été affecté le 23 juin (6). Ses services lui valurent une lettre de félicitations du général commandant la 128e Division d'Infanterie, le 27 septembre 1926. Rapatrié en France, il fut affecté le 6 juin 1928 (7) au 4e Régiment d'Infanterie qu'il rejoignit le 30 octobre. Rayé des cadres de l'activité le 8 octobre 1930, il fut nommé dans la réserve et affecté au Centre de Mobilisation d'Infanterie 83, à Auxerre, le 15 novembre 1930 (8). Promu au grade de capitaine de réserve le 19 juin 1936 (9), il fut rappelé à l'activité au 204e Régiment d'Infanterie le 27 septembre 1938 et renvoyé dans ses foyers le 1er octobre (11). Décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze, de la Médaille interalliée de la Victoire et de la Médaille commémorative de la Grande Guerre, il fut nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 23 avril 1931 (10) et reçut cette distinction le 27 juin des mains du commandant d'armes de la place d'Auxerre, devant le 4e RI (12). Il s'était retiré à Héry, rue du Tartre, où il finit ses jours le 28 décembre 1976.
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(1) Registre matricules du bureau du recrutement d'Auxerre (classe 1912) : Archives départementales de l'Yonne - 1R731, n° 219.(2) JO du 25 août 1916, p. 7725.(3) JO 3 sept. 1920, p. 12903.(4) JO 15 janv. 1921, p. 819.(5) JO 19 avr. 1926, p. 4654.(6) JO 27 juin 1926, p. 7121.(7) JO 10 juin 1928, p. 6419.(8) JO 22 nov. 1930, p. 12977.(9) JO 25 juin 1936, p. 6634 ; 28 mai 1936, p. 5570 (inscription sur le tableau d'avancement de l'année 1936). (10) JO 24 avr. 1931, p. 4501.(11) Registre matricules du bureau du recrutement d'Auxerre (classe 1912) : Archives départementales de l'Yonne - 1R731, n° 219.(12) Dossier n° 19800035/1384/59868.Gustave Octave Bidault était natif d'Hondevilliers où il avait vu le jour le 5 mai 1898. Incorporé le 3 mai 1917 au 168e Régiment d'Infanterie, il passa ensuite au 31e puis au 151e où il fut nommé caporal le 21 août 1918. Cité à l'ordre du jour du corps d'armée le 1er septembre pour avoir, comme chef de patrouille, franchi un canal, sauté dans une tranchée ennemie fortement occupée, réduit une mitrailleuse au silence et ramené un prisonnier, il le fut à nouveau le 19 pour s'être approché à moins de trente mètres de l'ennemi malgré un important bombardement et lui avoir infligé des pertes sévères. Son héroïsme lui valut aussi d'être décoré de la Croix de Guerre.
Nommé sergent, il termina son service militaire en pays rhénan. En 1929, il s'installa à Sablonnières et entra au conseil municipal. Réélu en 1935, il fut mobilisé en 1939, servit comme sergent au 29e Dragons et reçut la médaille militaire (1). De retour dans ses foyer, il fut démissionné d'office en 1940, probablement en raison de ses prises de position contre l'occupant qui en firent une figure importante de la résistance locale. Membre actif du réseau Turma Vengeance - un des tout premiers mouvements en Seine-et-Marne et qui joua un rôle prépondérant dans le commandement des FFI du secteur - il en dirigea un commando en 1944 avec le grade de sous-lieutenant que lui conféra le commandant Paul Cheutin qui contribua activement à la Libération avec les membres des Forces Unies de la Jeunesse durant l'été 1944 (2). Durant la Libération, Cheutin installa chez Bidault, dans le bourg, son poste de commandement. De son côté, Bidault dirigea plusieurs patrouilles de nettoyage dans les environs.
Ses faits de Résistance lui valurent la Croix de Guerre en 1944. Le 6 octobre de la même année, il fut réintégré à la municipalité, fit devant le conseil municipal une allocution à la gloire des FFI et présenta le Comité communal de Libération.
Il devint vice-président de l'Amicale des Résistants de l'arrondissement de Coulommiers en 1946.
Il mourut à Meaux le 29 juillet 1963 et fut inhumé à La Chenée.
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(1) Il fut décoré à Bellot, lors de l'assemblée générale de l'Union des Anciens Combattants de la vallée (Le Matin, 16 mars 1939, p. 7).(2) Conseil Général de Seine-et-Marne, 39-45 en Seine-et-Marne : des lieux, des hommes…, 2005 ; http://archives.seine-et-marne.fr/library/Memoires-documents_Deslieuxetdeshommes-pdfLe 30 mars 1898 eurent lieu à Sablonnières, au milieu d’une assistance considérable, les obsèques civiles de Victor Brocherez décédé deux jours plus tôt. Né à Bains-les-Bains (Vosges), le 9 décembre 1827, ce Sablonniérois d'adoption avait été capitaine au 99e Régiment d’infanterie ligne. Ayant commencé sa carrière militaire en 1848 comme soldat au 24e Régiment d’infanterie légère (devenu 99e de ligne en 1855) et servi pendant de longues années en Afrique, il avait gravi les échelons jusqu’au grade de capitaine auquel il fut promu en 1866.
Alors qu’il était sous-lieutenant, il prit part à la campagne d’Italie en 1859 et reçut la Médaille d’Italie. Il s’illustra notamment le 6 août 1870 lors de la fameuse bataille de Reichshoffen où, placé en avant-garde, il fut sérieusement blessé par une balle ennemie qui traversa sa poitrine de part en part. Capturé par les Allemands, il ne rentra en France que le 7 avril 1871, conservant précieusement avec lui le projectile qui l’avait atteint. Sa blessure lui valut d’être décoré le 20 novembre de la Légion d’honneur devant son régiment en armes mais le rendit infirme et l’obligea à quitter l’armée. Il résida à Corbeil, à Ris-Orangis et à Paris, puis se retira un temps dans les Vosges et enfin à Sablonnières avec son épouse Claudine Jeanne Migniot.
Affable et d’une bonne humeur constante, il s’attira la sympathie de tous dans dernière retraite. L’imposante cérémonie d’adieu réunit la subdivision des sapeurs-pompiers, des membres de la municipalité et des représentants de la brigade de gendarmerie de Rebais. François Farny, maire de Rebais et conseiller général, fit un discours empreint de patriotisme. (1)
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(1) L’Éclaireur de Seine-et-Marne, 3 avr. 1898 ; Archives de la Légion d’honneur, LH/370/26.Né aux Pays-Bas le 17 août 1899 de parents belges, François-Albert Verbist entra dans l'ordre des Augustins de l'Assomption en 1919 sous le nom de Frère Victorius. Ordonné prêtre à Louvain le 25 juillet 1926 après son noviciat et des études de philosophie, il fut professeur à Bure, vicaire à Bruxelles puis économe au noviciat de Saint-Gérard. En 1939, il fut transféré à la Province de Paris pour exercer son ministère au diocèse de Châlons-en-Champagne, dans le doyenné de Montmirail, puis à Bellot. En 1948, il fut affilié définitivement à la Province de Paris. Il desservit la paroisse de Bellot et son annexe de Sablonnières durant quinze ans avant de s'éteindre le 6 janvier 1962 après quatre années de maladie. Il fut inhumé le 10 à Bellot, où il résidait.
Il a laissé le souvenir d'un pasteur affable et attentionné, proche de la jeunesse (il mit en place deux équipes de Cœurs Vaillants et Âmes Vaillantes, organisait des séances de cinéma au presbytère et des goûters) mais aussi des personnes âgées et des malades.
Bien qu'il n'ait jamais vécu à Sablonnières, il convenait de lui consacrer quelques lignes puisqu'on lui doit le rétablissement du pèlerinage de la saint Hubert, en 1957. Il fit le choix d'en perpétuer la tradition folklorique avec le défilé de cavaliers, les sonneries de cors de chasse et les salves de fusil, tout en marquant l'aspect religieux de l'événement par une messe et une procession.
Né à Tourcoing le 8 avril 1922 et décédé à Coulommiers le 30 mai 2005, cet ancien ingénieur agronome devenu historien et protecteur du patrimoine s'était installé en 1982 au Vautron, dans la maison qu'il avait achetée en 1975 au n° 41 de la rue du Lavoir. Président de l'association des Amis des monuments et sites de Seine-et-Marne et de celle des Amis du musée du Papier, il est connu à Coulommiers pour son opposition à la démolition de l'église Saint-Denis et pour son investissement dans la sauvegarde de la commanderie des Templiers par des chantiers de bénévoles. Son action en faveur du patrimoine local et les nombreuses publications qu'il a laissées (1) lui ont valu d'être médaillé des Arts et Lettres, des Palmes Académiques, de la médaille du Tourisme (remise à Sablonnières le 20 octobre 2002) et du Mérite Agricole. Un hommage lui a été rendu par la municipalité de Coulommiers qui a donné son nom à la place de la commanderie, le 20 septembre 2014.
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Voir la généalogie de Jean Schelstraete ici.Né à Aspet le 18 février 1924 d'une famille d'agriculteurs, Fernand Barès débarqua d'un wagon en bois à la gare de Sablonnières, un soir d'octobre 1943. Nommé en remplacement de l'instituteur du village qui était prisonnier en Allemagne, il arrivait de sa Haute-Garonne natale en terre inconnue, trois semaines après la rentrée des classes. Après un voyage en train qui l'avait conduit de Saint-Gaudens à sa destination via Toulouse, Paris et La Ferté-sous-Jouarre, il passa sa première nuit sur place chez un couple rencontré en chemin et se présenta à l'école le lendemain, avec une brouette chargée d'une lourde valise pleine de livres.
Ainsi débuta une carrière d’enseignant à laquelle il n'était pas spécialement prédestiné et à laquelle il aurait préféré celle des armes. A la fin de l'année scolaire 1944, il avait intégré le groupe local de la Résistance qui fut rattaché aux FFI (bataillon 9/22) et devint ensuite engagé volontaire. Il quitta toutefois l'armée en 1945 et son mariage avec une Sablonniéroise, Suzanne Baudoin, renforça ses liens avec sa commune d'adoption. Par la suite, il enseigna à Boitron, à Verdelot et dans plusieurs autres villages des environs avant de devenir professeur d’enseignement général au collège de La Ferté-Gaucher et enfin au collège des Creusottes à Villeneuve-sur-Bellot dont il fut aussi le principal pendant quelques années, avant de prendre sa retraite.
Entré au conseil municipal en 1977, il fut élu maire le 18 mars 1983 et à nouveau en 1989, puis en 1995. Ses mandats furent marqués par d'importants travaux de sauvegarde de l'église et par la réhabilitation de l'école. Ses dix-huit ans de services lui valurent la médaille d’honneur départementale et communale en 1996 et le titre de maire honoraire en 2002.
Très attaché au patrimoine local tant architectural que naturel, il fut membre de l'Association des amis de la vallée du Petit Morin. Féru d'histoire, il préfaça en 1992 la réédition de l'Histoire de Sablonnières d'Alexandre Bazin et y ajouta des notices complémentaires (1). Peintre paysagiste de talent, il a laissé plusieurs croquis de l'église et des toiles représentant des paysages de la vallée qu'il aimait tant.
Après avoir cessé ses fonctions de maire, il vécut une dizaine d'années dans sa maison au n° 50 route de la Vallée. Il s'éteignit le 6 novembre 2012 et fut inhumé au cimetière des Avosnes.
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(1) Il est aussi l'auteur de quelques articles sur l'histoire de l'église (notamment dans Monuments et sites de Seine-et-Marne, n° 25, 1994, p. 13-19).