FEVRIER 1942 - ARRESTATION DE RENÉ LE PAPE
L'activité clandestine de René LE PAPE le conduit à rechercher et à dérober du matériel pour alimenter les réseaux de la Résistance. Selon La Voix du Peuple(9) du 10 mars 1945 une boite de carbure qu'il avait dissimulée aurait été découverte par un contremaître de la C.I.M.T. qui la porte à l'ingénieur. Pour éviter les sanctions qui allaient être prises à l'encontre de ses camarades de travail, René LE PAPE reconnaît les faits et demande son compte. Les autorités de police ont-elles été alertées ?
Deux jours après, le 18 février 1942 il est arrêté à son domicile au 76 de la rue Bernard Palissy à Tours(10) . Cette arrestation s'effectue plus certainement dans le cadre de l'affaire PICAN - CADRAS - POLIZER(11) ainsi que l'atteste sa fiche de police.
Fiche de police des services français (Document 0548 PU1-1 et 0548 PU1-2)
Les inspecteurs français sous la direction du Commissaire Fernand DAVID, de la première Brigade spéciale des Renseignements généraux, BS1, dont la mention au crayon figure au verso de la Fiche anthropométrique, ont filé pendant plusieurs semaines André PICAN(12). Le 15 février 1942, ils suivent Danièle Casanova qui apporte des documents au domicile du philosophe Georges Politzer, 170 bis rue de Grenelle. Cette première arrestation à Paris le 15 février 1942 marque le début d'une vague d'arrestations de communistes à Paris et en province.
Dans un document consacré à l'arrestation de Danièle CASANOVA(13) on peut lire que CADRAS alias André PICAN avait été suivi jusqu'à Tours dès le 22 janvier.
Fiche anthropométrique N° 816394
Photographie prise le 17/03/1942(14)
Le verso de cette photo anthropométrique porte un cachet avec la date du 21 février 1942 et la note manuscrite BS1
La première brigade spéciale (BS1), mise en place en mars 1940, a pour vocation la répression anticommuniste. Les premières semaines de l’'occupation entraînent un relâchement de la pression sur le Parti communiste, mais celle-ci retrouve toute son intensité à l'automne 1940. En effet, le régime de Vichy a fait de la lutte anticommuniste une de ses priorités. Les arrestations, les internements et les condamnations se multiplient contre les auteurs ou les porteurs de tracts ou de journaux communistes, accusés de menées antinationales. La tâche est facilitée par le recours au fichier des militants politiques et syndicalistes du Front populaire établi sous la Troisième République, réactivé en février 1941 dans le cadre de la répression du mouvement social. A l’été 1941, avec l’entrée dans la lutte armée de la résistance communiste, la BS1 travaille avec la police allemande pour repérer et interpeller les auteurs des attentats et leurs supposés complices. La Préfecture de police augmente d’abord les effectifs de la BS1 et la confie au commissaire DAVID puis elle ajoute à la BS1 anticommuniste, une BS2 antiterroristes, sous les ordre du commissaire HENOQUE dont la coopération avec la police allemande devient quotidienne. Les BS1 et BS2 comptent chacune à leur apogée près d’une centaine de membres, tous rompus aux techniques policières les plus sophistiquées (filatures, infiltrations, fichages, , etc.), faisant preuve de patience et de prudence mais n’hésitant pas à recourir à la dénonciation et à la violence la plus extrême pour obtenir des renseignements. Les brigades spéciales peuvent aussi s’appuyer sur la Police municipale et ses nombreux gardiens de la paix qui quadrillent Paris et sa banlieue sous l’autorité de commissaires plus ou moins coopératifs. Le bilan de l’action des brigades spéciales est terrible pour les résistants. Entre août 1941 et août 1944, les BS1 et BS2 arrêtent près de 3 200 personnes, pour la plupart remises aux Allemands.(Sources : Musée de la résistance)
Huit jours après son arrestation, René LE PAPE est emprisonné le 26 février 1942 à la prison du Cherche-midi à Paris(15), en même temps que René FROISSART, Chef du PC clandestin à Tours depuis décembre 1941, et Gaston BRETON, militants du PC clandestin en Indre et Loire, qui connaîtront le même sort que lui(16).
Le cinquième, Albert POIRIER qui n'a pas été retenu pour être fusillé en septembre 1942, certainement parce que son nom commençait par la lettre P, réussira à s'évader du fort de Romainville en juin 1943.
Marie, l'épouse de René LE PAPE est arrêtée et internée au camp des Tourelles à la Porte des Lilas à Paris(17), mais elle est finalement libérée car elle a pu persuader ses interrogateurs qu'elle ignorait tout des activités de son mari...
Fernande LE PAPE, sa sœur s'est déplacée, en vain, pour tenter d'avoir des informations sur le sort de René LE PAPE.
(9) Hebdomadaire de la Section d'Indre-et-Loire du P.C.F dans son édition du 10 mars 1945
(10) Document 0548 PU4 - Archives du Haut-commandement militaire (Oberkommando der Wehrmacht) - VIII, VIIIa, XLIII, XLV, XLVa : Sabotages, représailles, question des otages - XLV-43 - Sorte de procès verbal du 11 septembre 1942, soit quelques jours avant l'exécution, rappelant les charges qui justifient la désignation de René LE PAPE comme otage. Après un rappel de son passé de permanent syndical et politique communiste, il lui est reproché d'avoir recruté des adhérents pour un syndicat clandestin et sa participation active, comme permanent du parti communiste clandestin.
(11) Documents 0548 PU1-1 et 0548 PU1-2
(12) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU1_1 et 0548_PU1_2
(12) André PICAN a été fusillé au mont Valérien le 23 mai 1942.
(13) http://www.curagiu.com/arrestation.htm
(14) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf.0548_PU2_1 et 0548_PU2_2
(15) La prison du Cherche-midi est une prison militaire parisienne, aujourd'hui disparue, qui se situait 54, Boulevard Raspail, à l'angle avec la rue du Cherche-Midi. Elle fonctionna de 1847 à 1950 (Sources Wikipedia)
(16) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU12_1
(17) http://www.apra.asso.fr/Camps/Fr/Camp-CaserneTourelles.html