L'EXECUTION DE 116 OTAGES
Le 18 septembre, le Chef Supérieur des SS et de la Police décrète(27) :
Décret du 18 septembre 1942
Les derniers jours, malgré l'avertissement pressant, des crimes ont été commis par les communistes sur des soldats de la Wehrmacht et des civils allemands.
Par conséquent, j'ordonne, qu'à titre de représailles on fusille des prisonniers, 70 à Bordeaux et 46 à Paris, qui se sont rendus coupables d'activités germanophobes ou communistes.
Le Chef Supérieur de SS de la police
Le Chef de Brigade des SS et Major de la police
Le même jour, l'ordre est relayé par le Chef de brigade SS et Major général de la police.(28)
XLV-81S
18 Septembre 1942
B.Nr S Pol II/3
Ordre
Depuis le 11.8.1942, date des dernières exécutions, 58 Allemands appartenant à la Wehrmacht et d'autres Allemands du Reich ont été de nouveau blessés ou tués au cours de sabotages et d'actes terroristes.
Pour cette raison, j'ordonne, que 116 Français, 70 à Bordeaux, 46 à Paris, soient fusillés à titre d'expiation. Sont chargés de la mise en œuvre de ces exécutions, le chef du BdS(29) à Paris et le chef du SP-(SD)(30) à Bordeaux.
Les 46 personnes à fusiller à Paris appartiennent évidemment à la liste ci-jointe(31) .Le Chef de la sûreté est chargé d'établir la liste des personnes à fusiller à Bordeaux.
Le BdO(32) est chargé de la mise en œuvre des exécutions à Paris. Le BdO met en place le détachement nécessaire à l'exécution, y compris le détachement chargé du transport des personnes à fusiller du fort de Romainville au fort du mont Valérien, les détachements chargés d'attacher les personnes à fusiller aux pieux, de détacher les fusillés des pieux, de les placer dans les cercueils et de transporter les cercueils.
Simultanément à l'exécution et à l'inhumation, le BdO doit assurer les mesures de protection et de garde nécessaires.
Les détails sont à régler entre le BdS, le Service II et le BdO.
Chef de Brigade SS et Major général de la Police
Ce document justifie le nombre de personnes à fusiller : 116, en réponse aux 58 victimes allemandes. Il précise la répartition des tâches entre les services de police allemands en France, le BdS, police de sûreté et le BdO, police chargée de l'ordre public.
Le Chef de la police de sûreté de Bordeaux doit établir la liste des otages qui seront fusillés dans cette ville, ceux de Paris appartiennent à la liste figurant ci-dessus.
Cette liste, annoncée en pièce jointe, est sans doute le document Liste des personnes expiatoires qui peuvent être prises en compte pour une éventuelle exécution(32). Elle comporte une série de 57 noms :
- les 48 premiers, classés par ordre alphabétiques, sont avec certitude au Fort de Romainville.
- les 9 suivants constituent une liste complémentaire dont quatre personnes sont peut-être au Fort de Romainville (49 à 52).
- les trois suivants, 53 à 55, sont à Fresnes, (Emmanuel THEPAULT est passé en conseil de guerre).
- deux noms, 56 et 57 ajoutés sont au Fort de Romainville.
Le choix : 39 noms sont choisis parmi les 40 premiers noms par ordre alphabétique, Le chinois LAI (qui sera déporté ultérieurement) échappe à cette sélection et sept noms (N° 49 à 55) sont choisis en fin de liste.
Le nom de René LE PAPE, 37ème dans la liste alphabétique, a été coché.
Ce document a été signé par celui qui a choisi les personnes à exécuter le 21 septembre. Il s'agit d'un officier SS.
Les modalités pratiques concernant l'acheminement des otages au mont Valérien et leur exécution sont données dans un document également daté du 18 septembre(33). La liste définitive, Liste des 46 personnes expiatoires à fusiller au mont Valérien(34), non datée, mais antérieure au 21 septembre reprend cette liste. La page 27 du registre du camp(35) nous apprend que René LE PAPE est sorti du camp pour être exécuté. Pour atteindre le but recherché, il faut informer la population par voie de presse. Deux exemples du même avis, en allemand dans le Parizer Zeitung(36) du 19 septembre 1942 et, en français dans Le Matin(37) du samedi 19 et dimanche 20 septembre.
A noter que cet avis fait état de victimes françaises des attentats, ce qui n'apparaît pas dans les documents allemands et que cette exécution s'accompagne d'une sorte de couvre-feu.
Le 26 septembre 1942, le Chef de la Sûreté et du Service de Sécurité auprès du Commandant Militaire en France écrit au Préfet de Police de Paris(38), pour donner des instructions concernant les cendres des 46 otages leur transfert discret dans divers cimetières parisiens et l'information des familles.
Cette lettre illustre la politique allemande des otages caractérisée par la publicité autour des exécutions et la discrétion autour de la restitution des cendres aux familles.
Le préfet répond le 10 octobre 1942(39) : les urnes ont été réparties entre les cimetières parisiens de Pantin, Saint-Ouen, Bagneux, Thiais. Les maires informent les familles auxquelles des certificats de décès seront délivrés.
Une lettre du Secrétariat Général des Anciens combattants(40), Direction de la liquidation des pensions, est adressée à l'Ambassadeur de France(41), représentant le gouvernement auprès des autorités allemandes. Il peut s'agir d'un courrier de routine destiné à la mise à jour des fiches. La réponse manuscrite complète, qui a été en partie barrée est la suivante :
Terroriste fusillé comme otage en représailles des attentats commis en septembre à Paris contre l'armée allemande - Signé Illisible
Il faudra attendre le 2 mars 1950(42) pour que le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre invite le Maire de Suresnes à inscrire la mention MORT POUR LA FRANCE dans l'acte de décès de René LE PAPE.
Par arrêté du 24 octobre 1950(43) le Secrétaire d'Etat aux Forces Armées (Guerre) prononce son homologation au grade de Sergent au titre de la Résistance Intérieure Française à effet du 17 février 1942.
(27) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU10_1
(28) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU13_1 et 0548_PU13_2 (non reproduits)
(29) BdS Befehlshaber der Sicherheitspolizei Commandement en chef de la police de sûreté
(30) SP ou Sipo/ SD : Sicherheitspolizei/Sicherheitsdienst Police de Sureté
(31) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU6_1
(32) BdO Befehlshaber der Ordnungspolizei : Commandement en chef de la police de l'ordre public
(33) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU11_1 et 0548_PU14_1
(34) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU9_1
(35) Voir Annexe 1 - Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU3_2
(36) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU14_3
(37) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf. 0548_PU14_2
(38) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf.0548_PU8_1
(39) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf.0548_PU8_2
(40) Document communiqué par le Bureau des lieux de mémoire et des nécropoles Réf.0548_PU5_1
(41) François de BRINON - Incarcéré, jugé et condamné à mort le 6 mars 1947 à l'issue d'un procès où il lui sera notamment reproché, au-delà du qualificatif de traître à la Nation, d'avoir été un espion au service de l'Occupant, il est exécuté le 15 avril 1947 au fort de Montrouge (Sources Wikipedia)
(42) (43) Documents figurant dans le dossier de René LE PAPE au Service historique de la Défense (S.H.D.) à Vincennes - Secrétariat général pour l'administration (S.G.A.) du ministère de la Défense.