Il est recommandé que les élèves lisent 90 minutes par jour en classe (Scoggin & Brassard, 2017, p.29-51). Ce chiffre, qui parait élevé, peut bien entendu se répartir à différents moments de la journée, entre toutes les activités qui incluent la lecture. Le "quart d'heure lecture" est un rituel aisé à mettre en place afin d'augmenter le temps de lecture quotidien des élèves.
Le quart d'heure lecture est né à l'initiative de l'association "Silence on lit !" Le projet initial est très simple : un quart d'heure de lecture individuelle quotidien. L'élève peut lire le livre de son choix et sa lecture ne fait pas l'objet d'une évaluation quelconque. S'il décide de ne pas lire, l'élève ne peut pas faire une autre activité et le silence est exigépour permettre la concentration des autres. Pendant ce temps, l'enseignant est un modèle de lecture (Dourte, 2023, dia 8).
Ces moments de lecture autonome et gratuite sont très importants dans le développement du plaisir de lire et de l'intérêt pour la lecture de l'enfant. En effet, il⋅elle lit ce qu'il⋅elle veut simplement parce qu'il⋅elle en a envie, on s'appuie alors sur la motivation intrinsèque (la motivation à effectuer une tâche simplement pour le plaisir qu'elle provoque (Egg & Gomez, 2021)).
C'est aussi une activité qui a du sens parce que l'élève est invité⋅e à lire dans une situation réelle : la lecture "loisir" est une activité à laquelle un grand nombre d'adultes se prêtent quotidiennement.
Lors de la mise en place de cette activité, il est important de mettre l'accent en tant qu'enseignant⋅e sur le plaisir de passer du temps à lire et de transmettre son enthousiasme aux élèves. Pour conserver leur motivation, il faut aussi veiller à ne pas mettre en avant le nombre de pages lues par les élèves (ce qui aura un impact négatif pour les élèves qui rencontrent des difficultés en lecture), mais plutôt sur le temps passé à lire, en valorisant les élèves qui ont mis a profit l'ensemble des 15 minutes (Anderson & Chénard-Guay, 2011, p.17-38).
Tout en laissant le choix aux élèves de ce qu'ils⋅elles souhaitent lire, il est intéressant, par exemple via les livres mis en avant à la bibliothèque, de les inviter à varier les livres lus, leur genre, leur thème,... pour s'ouvrir à la culture littéraire et développer leur identité de lecteur⋅rice.
Plusieurs enjeux peuvent apparaître comme des obstacles à la mise en place du quart d'heure lecture en première primaire.
Tout d'abord, il peut paraitre difficile d'imaginer en début de première primaire que les élèves soient capables de réaliser n'importe quelle activité de manière autonome, en silence pendant 15 minutes. Il est bien sûr nécessaire de s'ajuster à leur capacité de concentration, quitte à réduire le temps de lecture au début de l'année. On peut commencer par lire trois fois 5 minutes, après chaque récréation par exemple, et puis augmenter petit à petit le temps pour arriver à la fin de l'année à un quart d'heure entier réservé à la lecture.
La question des textes lus par les élèves se pose également, puisque les capacités de décodage des élèves sont évidemment limitées. Il est nécessaire de proposer des livres aux élèves qui leur sont accessibles, et donc de faire évoluer la composition de la bibliothèque au cours de l'année. En début d'année, il est intéressant de proposer aux élèves : des albums sans texte ou avec peu de texte par page, des livres courts, des albums dans lesquels les illustrations servent d'appui pour percevoir le sens du texte, des abécédaires ou encore des albums à structure répétitive (qui vont alléger la charge cognitive des élèves),... (Giasson, 2011, p.170)
On peut également proposer de lire des textes qui ont été conçus spécifiquement pour les apprenti⋅e⋅s lecteur⋅rice⋅s. Ces textes, parce que les élèves ont plus de facilité à les décoder, renforcent leur sentiment de compétence et allègent la charge cognitive engendrée par le déchiffrage pour qu'ils puissent se concentrer sur la compréhension du sens. Ces textes sont cependant souvent assez pauvres sur le plan de l'acculturation et il faut donc veiller à ce que les élèves ne se limitent pas à ces derniers (Giasson, 2011, p.170).
Pour les élèves qui ont besoin de s'appuyer sur la lecture à voix haute, l'utilisation de chuchoteurs peut se révéler utile pour ne pas déranger les autres lecteur⋅rice⋅s.