La bibliothèque de classe est, pour certain⋅e⋅s élèves, le seul endroit dans lequel ils⋅elles cotoient des livres chaque jour. Il est donc important que ce soit un lieu qui est accessible à chacun⋅e et que tous les élèves puissent s'en servir fréquemment pour différents usages.
La bibliothèque peut jouer un rôle dans le développement de l'autonomie et l'enthousiasme en lecture des élèves, mais c'est aussi le lieu qui reflète les gouts de l'enseignant⋅e et des élèves et qui leur permet de développer petit à petit leur identité de lecteur⋅rice.
Il est important qu'une grande partie des livres (voire tous les livres) de la bibliothèque puissent être lus par les élèves de manière autonome et que la collection de la bibliothèque évolue donc au fur et à mesure de l'année, suivant la progression des élèves (Scoggin & Brassard, 2017, p. 29-51). Pour qu'un texte soit considéré comme accessible pour les élèves, il doit contenir au moins 90% de formes déchiffrables (Giasson, 2011, p.176).
C'est évidemment compliqué à mettre en place au début de la première primaire mais il est tout de même intéressant de donner alors une place aux livres sans textes ou aux albums à structure répétitive, qui facilitent l'entrée des élèves dans l'écrit. On privilégie évidemment, en première primaire, les livres illustrés. L'utilisation de livres audio peut aussi être un outil intéressant pour donner une autre porte d'entrée vers la lecture aux élèves. Au début de l'année, la lecture à voix haute par l'enseignant joue donc un rôle d'autant plus important.
Il est primordial aussi que les élèves puissent faire leur choix parmi une grande diversité de livres (les bibliothèques de classe devraient contenir au minimum deux livres par élève) qui varient par leur genre, leur support, leur thème,... (Dourte, 2023, dia 11) Etant donné que la lecture est une ouverture sur le monde, il est important que les livres proposés aux élèves présentent également une diversité de cultures, de lieux et de valeurs. La lecture contribue alors à leur formation de citoyen⋅ne ! (Scoggin & Brassard, 2017, p. 29-51)
Pour développer le plaisir de lire des élèves, il est important qu'ils⋅elles soient confrontés à des textes intéressants et attrayants, soit qui correspondent à leurs habitudes de lecture dans lesquels ils trouveront le plaisir de la répétition et du "confort" de lecture ou en revanche des ouvrages plus stimulants ou exigeants auxquels ils⋅elles pourront être confronté⋅e⋅s dans leur futur de lecteur⋅rice (Scoggin & Brassard, 2017, p.29-51). Les livres ou textes créés spécialement pour les apprenti⋅e⋅s lecteur⋅rice⋅s sont intéressants pour renforcer le sentiment de compétence des élèves et leur proposer des livres accessibles (Giasson, 2011, p.170) mais se révèlent souvent être assez pauvres sur le plan de l'acculturation, il est donc nécessaire d'exposer les élèves à d'autres types de textes pour développer leur plaisir de lire en les ouvrant à la diversité.
Pour que la bibliothèque de classe représente un réel gain pour les élèves, il est important qu'ils⋅elles se familiarisent avec celle-ci depuis le début de l'année, et qu'ils⋅elles l'utilisent fréquemment.
Pour développer les habitudes de lecture des élèves, les rituels sont des outils intéressants. Ces rituels peuvent être de différents ordres et avoir différents usages.
L'organisation de la bibliothèque joue un rôle important dans l'utilisation que les élèves vont avoir de celle-ci. Organiser les livres selon un ou plusieurs critères, c'est aiguiller les élèves dans leurs choix. Il est donc important de ritualiser l'organisation de la bibliothèque avec eux⋅elles pour que celle-ci reste efficace.
Plusieurs critères peuvent être utilisés pour classer les livres de la bibliothèque (Scoggin & Brassard, 2017, p.29-51) :
Les livres peuvent être classés par niveau de difficulté. Ce classement est intéressant pour développer l'autonomie des élèves dans le choix de leurs livres, pour qu'ils⋅elles puissent sélectionner des livres adaptés à leurs capacités en lecture. Cependant, ce classement influence plutôt négativement le plaisir de lire des élèves car ceux⋅celles qui s'estiment peu compétent⋅e⋅s en lecture vont avoir tendance à considérer certains livres comme inaccessibles et donc se limiter aux livres classés comme "faciles", voire ne pas lire du tout. On peut par exemple se servir d'étiquettes pour donner un repère aux élèves quant au niveau de difficulté du livre et intégrer ces gommettes à un autre classement, pour que ce ne soit pas le seul critère utilisé par les élèves lors de leur choix.
Les livres peuvent également être classés par thème, ce qui est intéressant notamment si on travaille par thèmes en classe. Les élèves pourront facilement retrouver les livres dont le thème correspond à l'actualité du monde, de la classe ou touche à leurs intérêts personnels.
En classant les livres par types de texte, collections ou auteurs, on éveille les élèves aux différents usages que l'on peut faire des livres et on leur permet également, en leur donnant la liberté d'explorer, de déterminer quelles sont leurs préférences et donc de développer petit à petit leur profil de lecteur⋅rice.
L'organisation peut évoluer au cours de l'année, en suivant par exemple les propositions des élèves ou simplement, dans un objectif d'acculturation, pour montrer aux élèves la diversité existante en littérature jeunesse. Quand on modifie le classement, il est important de le présenter aux élèves et de s'assurer qu'ils le comprennent et sont capables de l'utiliser.
Pour que la bibliothèque soit aussi utile à l'enseignant, on peut imaginer de créer un espace pour les livres qui peuvent être exploités pour les apprentissages, un pour les livres abîmés qui ont besoin de réparation, un pour les livres qui ne correspondent pas aux compétences des élèves en lecture mais peuvent être utilisés pour la lecture à voix haute,... Après tout, la bibliothèque ne doit pas seulement être un lieu réservé seulement aux élèves !
Au delà du classement des livres, il peut être intéressant de mettre pendant une période donnée certains livres en avant dans la bibliothèque en se servant d'un présentoir par exemple (Dourte, 2023, p.11). Les livres mis en avant peuvent être :
En rapport avec l'actualité ;
En rapport avec les notions abordées en classe ;
En rapport avec les intérêts des élèves ;
Des coups de coeur de l'enseignant⋅e, ou des élèves ;
Des nouveaux ajouts à la bibliothèque ;
Des livres d'un⋅e auteur⋅rice ou d'une collection appréciée de la classe ;
Des livres oubliés, peu consultés par les élèves, que l'on souhaite remettre en lumière ;
...
Ces présentations de livres sont souvent appréciées des élèves et leur permettent de découvrir des ouvrages qu'ils⋅elles n'auraient peut-être pas choisis parmi la diversité de ce que la bibliothèque propose.
Composer une bibliothèque riche et diverse représente un coût important, surtout pour un⋅e enseignant⋅e débutant⋅e qui doit démarrer de zéro.
Dans l'onglet concernant la bibliothèque d'école, on aborde l'intérêt d'emprunter des livres pour la classe. Mais en tenant compte du fait que chaque classe dispose aussi de sa propre bibliothèque et collection de livres, il peut être intéressant de prévoir un échange de livres entre les classes de manière rituelle (par exemple une fois par mois, ou par trimestre,...), c'est un moyen simple de faire varier la collection présentée aux élèves et de leur faire découvrir de nouveaux livres.
Créer un "catalogue" des livres dont chaque enseignant⋅e dispose dans sa classe peut aussi être un outil intéressant, pour imaginer des emprunts entre les classes et donc élargir le champ des possibles en limitant les coûts.
Aujourd'hui, il est vraiment rare de trouver une classe sans bibliothèque. Cependant, elles sont souvent presque uniquement utilisées par les élèves rapides, qui ont le loisir de "s'occuper calmement" en attendant que leurs camarades terminent leur travail. Ce sont souvent les élèves qui bénéficieraient le plus de ces temps de lecture-plaisir qui accèdent en fait le moins à la bibliothèque.
Dans ce cadre, il peut être bénéfique de mettre en place des rituels d'utilisation de la bibliothèque, en s'assurant que chacun⋅e y ait accès de manière fréquente. Pour que la bibliothèque ne soit pas surchargée et que les élèves puissent prendre le temps et le plaisir de sélectionner un livre qui leur plait, il est nécessaire que les moments passés à la bibliothèque soient des moments en groupe réduit.
On peut par exemple imaginer de prendre un (ou plusieurs !) moment(s) chaque jour, pendant un temps de transition (après ou avant une récréation, en début ou en fin de journée,...), pour que quatre ou cinq élèves se rendent à la bibliothèque et puissent choisir et lire un livre de leur choix, simplement pour le plaisir. Pendant ce temps, les autres élèves peuvent réaliser un autre travail ou s'occuper autrement de manière autonome, étant donné qu'un moment de bibliothèque est prévu pour chacun.
Plus les élèves se familiariseront avec l'espace de la bibliothèque et ce qu'elle offre, plus ils auront de plaisir à s'en servir et à la consulter fréquemment.
Les élèves ont souvent l'occasion d'emprunter des livres à la bibliothèque d'école mais cela est rarement le cas pour les bibliothèques de classe. Cela s'explique par plusieurs facteurs: la collection est moins large, les livres ont souvent été achetés par l'enseignant⋅e lui⋅elle-même,... Cependant, il s'agit pour certains élèves du seul endroit dans lequel ils ont accès si facilement à des livres adaptés.
Dans l'optique de ne pas limiter la lecture à la classe mais d'en faire une activité récurrente pour les élèves, imaginer un système de prêt peut être intéressant (Scoggin & Brassard, 2017, p. 29-51).
On peut par exemple permettre à chaque élève d'emmener un livre chez lui⋅elle pour le week-end ou les vacances scolaires, en indiquant autant à l'élève qu'à ses parents qu'il est important que ce livre retrouve, un peu plus tard, sa place en classe pour que tou⋅te⋅s les élèves puissent en profiter, et que la collection de livres de la classe ne diminue par au fur et à mesure des emprunts.
Si le système de prêt en classe n'est pas possible, on pourrait indiquer à l'élève et à ses parents où et comment ils⋅elles peuvent emprunter des livres (en leur indiquant où se trouve la bibliothèque communale par exemple), pour ne pas limiter la soif de lire des élèves, et les encourager à faire de la lecture une activité fréquente, même en dehors des portes de l'école.
Comme c'est le cas pour la bibliothèque d'école, les élèves auront d'autant plus de plaisir à fréquenter la bibliothèque de classe s'ils⋅elles sentent que celle-ci leur appartient un peu, qu'ils⋅elles ont leur mot à dire et qu'elle correspond à leurs besoins et envies (Scoggin & Brassard, 2017, p.29-51).
Créer une boite à recommandations peut être intéressant pour que les élèves puissent proposer des livres à ajouter à la collection, à mettre en avant sur les présentoirs, d'autres dont ils⋅elles aimeraient parler à la classe ou un nouveau classement pour la bibliothèque. On peut aussi intégrer le maintien de l'ordre de la bibliothèque aux responsabilités de la classe ou laisser un espace aux élèves pour qu'ils puissent s'exprimer sur leurs lectures, en installant par exemple un panneau "coups de coeur" ou "livres rigolos" ou encore un mettre en place comptage de tous les livres lus par les élèves de la classe pendant l'année.
Tout ces aspects "autour du livre" vont aussi attirer les élèves vers l'univers de la bibliothèque, qu'ils⋅elles seront enthousiastes à l'idée de fréquenter et d'y ajouter leur petite touche personnelle.