Aujourd'hui, m'éloignant de ma démarche habituelle, je présente cette anecdote sous deux formes :
une forme "romancée"
l'acte d'origine
L'anecdote romancée
Aujourd'hui, c'est fête à la Fresnaye-au-Sauvage: un fondeur de cloches, venu de la lointaine Lorraine, a été engagé par la fabrique de la paroisse pour refondre les vieilles cloches. Il en est même une dont n'ose plus se servir depuis longtemps.
Non loin de l'église, le fondeur, Maitre Delapaix, un grand escogriffe, tout sec, long comme un jour sans pain, a préparé le moule dans un trou. A quelques pas de là, il a construit son fourneau de pierre et d'argile. Entre les deux un petit canal pour amener le métal dans le moule.
La veille, tous les paroissiens sont mobilisés pour transporter le bois et le charbon nécessaire. Quelques-uns ont descendu les cloches et les ont même cassées à coup de masse. Grands et petits s'affairent.
Le lendemain, dès l'aube, le maître fondeur fait allumer le fourneau : du bois, du charbon de bois, des morceaux des vieilles cloches, encore du bois, encore du métal.Si tôt le métal fondu, le fondeur ouvre le bas du fourneau d'où jaillit une vive lumière : c'est un petit ruisseau de métal qui s'écoule vers le moule...
C'est le moment attendu par Nicolas Delarivière de cette paroisse et Pierre Brout de St André, les jeunes coqs des alentours, qui se sont jetés défi : qui osera sauter par dessus ce ruisseau de feu ?
A la une, à la deux, les voilà passés tous deux... Le sieur Delapaix tente d'y mettre le holà. Bien mal lui en a pris : toute la jeunesse se met de la partie, saute, saute encore et encore. Le maître fondeur s'agite mais personne ne l'écoute : il faut bien que jeunesse s'amuse !
Peu à peu la terre des terrassements pour le moule et le canal s'éboule et tombe dans le canal. Le métal arrive toujours, déborde... le fondeur ne peut l'arrêter. Voilà le métal qui se disperse un peu partout, s'infiltrant sous les pierres, les herbes sèches s'enflamment. On suffoque dans la fumée, on ne voit pas grand chose, le fondeur tente de de déblayer son canal, le métal coule à nouveau, mais le ruisseau de feu se tarit : il n'y a plus de métal ! « Mauvais, très mauvais » grommelle le sieur Delapaix.
Le lendemain, tout le monde est là pour le démoulage, le maître casse le moule et, horreur ! La nouvelle cloche est incomplète : on a manqué de métal !
Les paroissiens, furieux se retournent contre le fondeur « Incapable ! Escroc ! Fripon ! » L'assemblée générale des paroissiens se réunit aussitôt :
«_Pas de cloche, pas de paiement !
_Tout est de la faute de ces jeunes délinquants », rétorque le fondeur. Rien n'y fait, l'assemblée ne veut rien entendre, alors le sieur Delapaix, à bout d'arguments s'écrie « Haro ! » et voilà l'affaire portée devant le bailliage de Falaise. Les coupables désignés sont les jeunes Broult et Delarivière.
Experts et avocats se frottent les mains, bientôt le sac est plein1. Mais voilà que les juges du baillage, devant tant de criailleries, renvoient l'affaire au Présidial de Caen2.
« Ouh, là, ça va coûter c't'affaire ! » Les juges, les avocats et les sergents vont se goinfrer (et les derniers nommés ont une solide réputation!). Des esprits plus sereins, peut-être même Monsieur le Curé, incitent au calme (et puis il faut bien refondre les cloches : une paroisse sans cloches ? On n'a jamais vu cela!). Dans ces cas-là, une seule solution, traiter à l'amiable3, aussi d'aucuns jouent aux arbitres entre les parties. Enfin, on parvient à la solution habituelle : en route chez le notaire pour éviter le long et somptueux4 procès qui s'annonce. L'accord amiable est assez lourd : 75 livres « Avec ça on aurait pu acheter 4 ou 5 vaches ou même un cheval. Misère ! ».
Ce sont les familles Rivière et Brout qui paieront.
Et il faudra encore payer le fondeur qui a finalement réussi à refondre toutes les cloches ! Et pour cela, il a fallu encore acheter un peu de métal.
Quant aux deux jeunes, ils ne perdent rien pour attendre et leurs complices non plus : il faudra bien que tout le monde paie ! D'ailleurs le fondeur, magnanime, laisse toutes les pièces du procès aux mains des familles des accusés pour qu'il en fasse usage pour se faire rembourser sur les "autres délinquants".
Peut-être de nouveaux procès en perpective ?
_________________
Notes:
1 Les pièces des procès étaient réunies dans un sac en cuir qu'on accrochait au mur. Quand il était plein, on pouvait passer à l'audience.
2 Nous dirions qu'ils délocalisent l'affaire
3 Grande spécialité normande
4 Pour onéreux
Le clocher de la Fresnaye -au -Sauvage
Le texte notarié d'origine
Du vingt et uniesme jour de may mil six centz
vingt neuf
Furent présentz en leurs personnes
Maître Nicollas Delapaix, maître fondeur de
cloches natif du duché de Lorraine
ainsy qu'il disoyt, Nicollas Delarivière
de la parroisse de la Fresnée et Pierre
Broult de la parroisse de St André prez
Breouze, lesquelz ont transigé et approuvé,
transigent et approuvent de certain descord
et procès entre eux pendant au siège présidial
de Caen résultant de l'action en quoy ledict
Delapaix avoyt faict mettre lesdicts
Delarivières et Broult en la juridiction du
baillage de Fallaize pour se vouer condampner1
de ses intherestz et récompense des
dommages par luy souffertz en ce que
ledicts Riviere, Broult et plusieurs auttres
leurs complices. Comme ledict fondeur estoyt
en ladicte paroisse de la Fresnée à refondre
et racoustrer2 l'une des cloches de l'église
dudict lieu sur ce que le metal coulloyt
pour entrer dans le moulle par un
petit canal dressé et accomodé à estre
fait entre le fourneau où estoyt ledict
métal fondu et ledict moule, lesdicts Rivière et
Broult et leurs auttres complices et fauteurs
passèrent et repassèrent par dessus
ledict canal en sorte qu'ils marchèrent dessus
et en ce faisant l'estouffèrent de
manière que ledict métal ne peut plus
couller sy que3 ladicte cloche demeura
imparfaite et y eut grande une bonne
partye dudict métal qui fut perdu
à cause qu'il sauta en l'air. Par le moyen
de laquelle transaction, ledict Delapaix
a quitté et deschargé, quitte et descharge
lesdicts Nicollas Delarivière et ledict Pierre
Broult, stipullé par Charles Brout
son frère aisné et tutteur de tout ce
quy leur eust peu ou pourroyt demander
en touttes choses à cause de ce que
dessus au moyen que ledict La rivière
luy a présentement payé la somme
de vingt cinq livres
et ledict Charles Broult oudict nom la
somme de \cinquante livres/ et ce faisant lesdictz Rivière et
Broult sont demeurez et demeurent l...4
et entyeres à prétendre demander
récompense ou contribution sur les autres
délinquantz qui avoyent aussi passés
dessus ledict canal et peu causer lesdicts
dommage à laquelle fin ledict Dela
paix a quité, a cédé et transporté, quitte, cède
et transporte auxdits Rivièrere et Brout
stipullé comme dessus tout et tel intherest
qu'il eust peu ou pourroyt prétendre
demander lesdicts complices qui
avoyent aussi passé par dessus ledict
canal, lesquels il avoyt intention de
poursuivre ainsy que lesdicts Rivière et
Brout en ayant eu la cognoissance
pour luy avoyr tous causé de mal
et prest à crier d'aut (haro?) ledict Delapaix en
tant que besoing dit est ou seroyt que
ledicts Rivière et Brout soyent et demeurent
subroguez par subrogation des droicts
en son lieu et place pour poursuivre
les autres délinquants ainsy qu'il eust
faict ou peu5 faire sans la
présente ci dessus et la subrogation. Ce que
lesdicts Rivière et Broult feront sans
y appeler en aucune façon et manière
ledict Delapaix. Et en ces termes et
moyens s'en vont lesdicts Delapaix,
Rivière et Broult pour leur regard
hors de cours et de procès sans autre
inconvénient, et despens, dommages ny
intherestz de part ny d'autre, consentant
et accordant ledict Delapaix que lesdicts
Rivière et Broult retirent et racueillent
touttes ses pièces concernantes ledict procès
qui sont entre les mains du sieur Leroy
son procureur audict siège presidial
de Caen pour s'en ayder aux fins de
leurdicte récompense ou contribution
comme il appartiendra et est le tout
fait sans que ledict Delapaix puisse
estre préjudicyé à se faire payer
sur les parroissiens de la Fresnée
de ce qu'ilz luy doivent pour avoir
refondu leurs cloches dont etc et
quantes etc obligèrent respectivement
biens etc Présentz Nicollas de Repentigny
de Saint Honorine la Petite et Jean
Tabourel de la Fresnée, tesmoings. Approuvé
en gloze: cinquante livres6
Signatures : Delapaix, J Tabourel, N Repentigny, le notaire
Merc: CH Charles Broult, R Nicollas Rivière
___________
Notes
1 Pour se voir condamner
2 Raccomoder ?
3 Manque un mot ? Si bien que
4 Mot pris dans la reliure ?
5 Peu = put
6 AD61 4E87/48 vue 165
Le douze iesme jour de septembre apprès
midy, l’an mil six centz vingt et un
Furent présent en leur personne Germain Remon
et Cenery Remon du mestier de masson de
la paroisse de la Fresné au Sauvage
lesquels se sont sont submis et obligés et
submestent et obligent envers François
Moulin de la paroisse de Mesnil Gondouin de
luy massoner, faire et édifier de leur
mestier de masson, terme le jour de
la Saint Martin prochain venant, une
carrée de maison de dix huict
pieds en tous cents1 au pied
des alloueurs. Laquelle carrée de
maison, il y aura une cheminée pendent
au gable, monter le chapeau sera de
boue et les corbeaux de carreau2 avec
une fenestre en demy croche carrée
un huisserie de carreau, une fenestre
de carreau dans la paroi par ce que
ledit Moulin sera tenu fournir toulx les
matéreau à se requis sur les lieux
et auront et se serviront lesdits Remon
du vieil carreau qui est de présent sur
le lieu où ledit Moulin veult faire icelle
maison. Et pour la haulteur, elle sera
de hauteur de neufs pieds hors de
terre. Se fait par le prix de vingt sept
livres dix soubs. Lesquels ledit Morin leur
payera à ssavoir une moytié à l’entrée
de la besogne et l’aultre moytié à la
fin de la besogne. Et quant...3
*
Notes :
1 de tous les côtés
2 pierre
3 Suivent les formules légales courantes et les noms des témoins.
**********************************
au XVIIIe siècle, dans l’Orne
Les grosses forges représentent une industrie importante dans notre région, nécessitant des investisseurs, des spécialistes et une masse importante de main d’œuvre ainsi qu’une logistique pour le transport du minerai, de la castille (fondant) et du charbon de bois vers les forges qui sont nécessairement établies près d’un cours d’eau : à l’époque seuls les moulins à eau développaient une énergie suffisante pour actionner les soufflets du haut-fourneau, le martinet et autres machines nécessaires à la fabrication du fer. Cette énergie n’est évidemment pas transportable et elle est fonction de la pluviométrie donc saisonnière.
Le fonctionnement de la forge nécessite des « chauffeurs, affineurs, fendeurs et marteleurs » spécialistes qui viennent parfois de loin, qui se déplacent souvent et que les maîtres de forges débauchent volontiers chez leurs concurrents.
Le haut-fourneau et ses annexes nécessitent pour leur approvisionnement une main d’œuvre locale constituée de :
mineurs
charbonniers
voituriers avec des équipages de chevaux.
Cet approvisionnement doit être fiable, aussi le directeur de la forge s’efforce-t-il de fidéliser tous ces intervenants.
Les contrats écrits sont rares. Ils sont dus à des circonstances particulières : ainsi le contrat le mieux renseigné, celui de 1696, est provoqué par le décès du maître de forges, juste après avoir embauché un marteleur. Celui-ci préfère sans doute obtenir des garanties du successeur (fils du décédé).
Il n’y a pas de droit du travail à cette époque, ces contrats sont parfois qualifiés de « contrat de marchand à marchand » ou le plus souvent de « bail ».
Un contrat presque moderne : l’embauche d’un marteleur
Du dix neufième jour de septembre 1696 après midy
Fut présent Jean Gadois maître marteleur de la paroisse
de Rânes, de présent demeurant à la forge de la
vallée de Touanne, paroisse de Montmerrey. Lequel
s’est submis et obligé envers Antoine Dubois, Sieur des Aitres, Maître
de ladite forge de Touanne de le servir loialement et
fidellement de son mestier de marteleur dans ladite
forge pendant le reste de son bail qui est pour six
ans, commencez du mois de may dernier, au moien
que ledit sieur Dubois a promis aquitter et décharger
ledit Gadois d’une somme de cent cinquante livres
qu’il avoit recue par avance du feu sieur Dubois, père
dudit sieur des aitres, si bien et à temps que ledit Gadois
n’en sera recharché et aura en outre vingt cinq sols
par chacun millier de fer et comme pendant l’esté
l’on manque ordinairement d’eau à ladite forge
ledit sieur des aitres luy paiera encore pendant
\trois mois/ de l’esté, cinquante cinq sols par chacune
sepmaine outre sondit loyer. Et sont ainsy demeurez
d’accord et qu’en accomplissant par ledit Gadois le présent
marché, il ne sera tenu rendre aucune chose de
ladite somme de cent cinquante livres et (à ce moien)
tout autre accord fait par ledit Gadois l’unze de ce
mois demeure nul. Fait comme dessus ledit jour
et an, présence de Me Nicolas Hommey, prestre,
curé du Cerqueil et Louis Saucier procureur de la ville
d’Argentan. En glose trois mois. Et a ledit Gadois
marqué, aiant déclaré ne scavoir signé. De plus
a esté accordé par ledit sieur des aitres qu’en cas
que ledit Gadois mourust avant l’expiration du
présent, sa veufve et héritiers seront quittes desdites
cent cinquante livres comme si ledit marché
avait esté entièrement exécuté, qui commence de ce jour et
comme il n’y a pas d’eau présentement sur ladite forge,
ledit sieur des aitres a promis donner la somme de
douze livres pour cette première année, et à l’avenir
pendant trois mois d’esté chacun an, à commencer
au mois de juillet prochain donnera lesdits cinquante
cinq sols par chacune sepmaine outre son loier
comme il est dit cy dessus. Le tout fait es présence
desdits tesmoins et a ledit Gadois marqué [1]
Résumé, ce contrat se présente ainsi :
Le 6 septembre 1696 entre
-Jean Gadois, maître marteleur à Rânes,
-Antoine Dubois, maître de la forge de la Touanne à Montmerrei.
Durée du contrat : 6 ans.
Prime d’embauche (gratification) : 150 livres.
Salaire à la tâche : 25 sols par millier de fer.
Logement : loyer à la charge de l’employeur.
Chômage estival (3 mois par manque d’eau) : 55 sols par semaine.
décès : si le cas arrive avant la fin du contrat, sa veuve et ses héritiers sont quittes des 150 livres.
Embauche d’un affineur [2]
le 3 septembre 1730 entre
-Jean Masseron, natif de Putanges, affineur à Boucé
-Monsieur de Beausan, directeur de la Forge de Putanges
durée : 6 ans.
interdiction d’aller travailler ailleurs.
Prime d’embauche (gratification) : 120 livres et 4 boisseaux de blé.
Valet d’affineur : le fils de Jean Masseron assistera son père en tant que valet.
Le sieur de Beauchamp fournira un second valet à ses frais.
Le fils Masseron peut s’absenter. Le père ne sera pas tenu de fournir un autre homme.
Maladie et décès : le cas échéant, le contrat expire et personne n’est tenu de restituer tout ou partie des 120 livres.
Autres clauses : le notaire écrit : « les parties à nous inconnues se sont contentés des faits résipoques l’un de l’autre ». En clair, les contractants sont inconnus du notaire et ils ont convenus de clauses qui ne sont pas explicitées dans le contrat. Personne ne semble souhaiter que les conditions d’embauche soient connues.
Embauche d’un affineur [3]
le 24 juin 1731
-Marin Mallet, affineur
-Marc Antoine Jouville, maître de forges à Rânes
durée : 9 ans.
Prime d’embauche (gratification) : 200 livres et une tasse d’argent évaluée 20 livres.
Décès : la somme reste acquise à sa femme ou aux héritiers.
Lieu de travail : dans un périmètre de 6 à 7 lieues autour de Rânes.
Embauche d’un valet d’affineur [4]
le 24 juin 1731
-Jacque Hue, forgeron de Rânes, valet d’affineur pour l’ordinaire
-René Chauvin, sieur du Ponceau, Maitre de forges à Ranes
durée:autant de temps que le sieur du Ponceau fera valoir la forge.
ne peut aller travailler ailleurs.
Prime d’embauche (gratification) : 70 livres et encore 50 livres.
Il sera tenu de rendre ces 50 livres qui ne sont « que pour aider ledit Jacques Hue en ses besoins ».
Embauche d’un poislier à Beauvain [5]
14 octobre 1733
-François Macé de la Pooté [6]
-Louis Leperre [7], maitre poislier
durée : 9 ans
à l’engagement : 98 livres
chaque année : une pipe de cidre et un cochon de lait (valant 12 livres) et 250 livres
décès : la somme de 98 livres reste acquise à la famille
Paiement d’une promesse de mariage [8]
Le 14 janvier 1694
-Pierre Moulin, marteleur à Carrouges
-Germain Ricoeur, sieur de Basmont, maître de forge à Carrouges
Reçu de 150 livres pour son traité de mariage [9],
somme promise par Renée Lefebvre, épouse du sieur de Basmont.
Charbonniers à Ranes [10]
Le 26 août 1731
-Georges et Nicolas Chrestien, père et fils
-Mr du Ponceau, maître de forges à Rânes
Ce n’est plus d’un contrat de travail qu’il s’agit mais d’un contrat d’exclusivité :
Les chrétiens souhaitent faire le retrait d’un champ [11].
Le maître de forges leur avance l’argent pour le faire.
Il se remboursera « à proportion de la cuisson et du dressage de ses bois » qu’ils s’obligent à faire « partout où besoin sera ».
Durée : autant de temps que le sieur du Ponceau fera valoir la forge.
Achat d’un cheval [12]
Le 28 février 1730
-René Perreaux, voiturier de Tanville
-René Chauvin, sieur du Ponceau, maître de forges à Rânes
Prêt de 20 livres pour acheter un cheval qui servira « à voiturer mines, charbons et castille avec quatre autres qu’il a ».
Il ne pourra travailler pour un autre.
La somme sera remboursée de quinzaine en quinzaine « sur les voitures » de Perreaux.
Assurance mutuelle contre les loups [13]
18 décembre 1726
15 voituriers de la grosse forge de Champsecret s’associent
« en cas que le malheur arrive à un d’iceux que le loup abatte un de leurs chevaux , ils s’obligent... qu’à celui à qui le malheur tombera luy payer chacun 25 sols le tout faisant de 18 livres 15 sols »
durée du contrat : pendant le temps qu’ils seront voituriers.
La chapelle de Varennes
La forge de Varennes était située sur la paroisse de Champsecret mais fort éloignée de l’église. Le maître de forges du lieu désirant à la fois ne pas perdre de temps et permettre le culte fit édifier une chapelle pour son personnel.
Cette chapelle existe toujours décorée de deux statues remarquables des patron et patronne des forgerons. Notamment cette Sainte Anne, mère de la Vierge à un âge avancé, représentée endormie un livre à la main. Contrairement à la statuaire classique, Marie encore enfant, est absente : on peut supposer qu’elle est partie jouer...
En guise de conclusion
Ces quelques contrats retrouvés dans les minutes notariales de la région apportent un certain éclairage sur ce que pouvaient être des relations de travail au XVIIIe siècle dans les grosses forges. Ils ne sauraient en aucun cas préjuger de la situation générale dans le monde du travail de cette époque.
P.-S.
C’est volontairement que, à l’exception d’une image, cet article n’est pas illustré. Il eût été facile d’utiliser les belles planches de l’Encyclopédie : elles me paraissent fort éloignées du propos de cet article.
A la vue de ces images si nettes, si épurées, peut-on imaginer un instant le dur labeur de ces « forgerons » dans la chaleur, le bruit, la fumée et les accidents inévitables (tel ce fendeur qui perdit un bras [14]) ?
En guise d’illustrations, le lecteur curieux pourra consulter tous les documents cités (voir ci-dessous).
*
Notes
[1] Cote: AD61 4E 108/110 En cliquant sur le lien , vous êtes dirigé vers geneanet qui héberge les images dont je suis l’auteur et ceci en accord avec les AD 61 (licence gratuite).
[2] Cote: AD61 4E81/138
[3] cote: AD61 4E119/183
[4] cote: AD61 4E119/183
[5] Cote: AD61 4E119/188
[6] Actuellement St Pierre des Nids en Mayenne
[7] La famille Lepere est originaire de Chatillonsur-Seine en Bourgogne (Contrat de mariage de Nicolas Forton et Barbe Lepere, le 2/8/1696 AD61 4E96/120)
A titre d’exemple, voici son parcours :Louis LE PERE naît le 13 août 1683 Chatillon-sur-Seine, décède le 9 mars 1751 Beauvain, il est maître poëlier à la Bataille, à l’Aune 1720, puis à Saint Denis sur Sarthon 1721, il se marie avec Marie PUEL décédée le 27 février 1720 à la Pooté, il se remarie à Saint Céneri-le-Gerei le 27 janvier 1721 avec Renée MACE (fille de Charles MACE né le14 mars 1668 Saint-Martin-de-Connée, maître affineur à Chailland (1694-1721), marié à Saint-Ceneri-le-Gerei le 15 janvier 1690 avec Jeanne LESUEUR) - d’après Ouvriers des forges en France de l’Ouest XVIIe et XVIIIe siècles de Philippe Nozières
[8] Cote: AD61 4E96/115
[9] non retrouvé à ce jour
[10] Cote: AD61 4E119/183
[11] Le droit normand permettait de revenir sur une vente pendant une durée de 3 ans, c’est le retrait. Cette durée pouvait être prolongée par accord mutuel. A ne pas confondre avec le retrait lignager.
[12] Cote: AD61 4E119/180
[13] Cote: AD61 4E132/14
Ste Anne dans la chapelle de la forge de Varenne
***********************************************
Du dix neufiesme jour d'avril l'an mil
cinq centz quatre vingtz et quatre
avant midy au Pont Escrepin
Fut present Jehan Gallot boucher de la
paroisse du Repas lequel se
submist et obligea envers Guillaume
de Chennevières fils Guillaume de
la paroisse des Rotours pour Icelluy
nourrir, gouverner et entretenir
de sa nouriture \de bouche/, de chaussure, de
soulliers pour le temps d'un an
du jour d'huy et a icelluy monstrer
et aprendre le mestier de boucher
ainsy de merchand que ledict Gallot
pourra aprendre et monstrer audict
de Chenneviere. Ce faict moyennant
la somme de douze escus sol que
ledict Guillaume de Chennevière pére
dudict Guillaume promist et s'obligea à paier
audict Gallot au terme de Noel prochain
venant, et plegea ledict Guillaume de Chenneviere1
sondict fils de …....………. de loyaulle
et qu’il suira ledict Gallot son maistre
loyallement bien et sans ametement2
autre de reproche pour mener et
conduire ledict Gallot ledict Chennevière
son serviteur aux foyres et marchés
où ledict Gallot yra et vaquera
durant ledit temps pour vendre
et débiter ou achapter viande
et marchandise aux fins de
l'instruire dudict mestier de
boucher. Et quantes obligés
biens. Presens Robert Delarivière
de ladicte paroisse des Rotours de
Charles Gauchard de ladicte paroisse
du Repas, tesmoings3
*
Notes :
1 Les 6 lignes qui suivent sont à demi effacées
2 Limitation (mot incertain)
Le curé de la Haute-Chapelle rapporte les travaux titanesques pour mettre aux nouvelles normes les chemins royaux. Du salaire des ouvriers au saccage des grains en passant par le prix du cidre, tout est décrit.
Le Roy a envoié ordre en 1762 de raccomoder les chemins
roiaux qui sont sous le bailliage de Domfront mais on
s'y prend de manière à les faire tout de neuf, car on fait
un pavé de douze piés de large au milieu. A chaque
côté du pavé on fait un talus de six piés de large avec
un fossé de trois piés, ce qui compose en tout trente pieds.
Cet ouvrage doit durer plusieurs années et coutera un
un travail immense car il y a des chemins qui n'ont que dix
à douze pieds de large. Pour les conduire à trente, il faudra
abattre les hayes et les fossés, déraciner les arbres et les planter,
applanir les endroits élevés, combler ceux qui sont bas, faire des
enquaissements, combler de pierre, les casser et les réduire en caillotage,
tirer des pierres, les charroier et faire quantité d'opérations
pour parachever l'ouvrage. On commença à tirer des pierres
sur le tertre de la Grisière ou de Ste Anne le vingt quatre février
qui étoit le mercredy des cendres 1762, la neige étoit sur la terre
et incommoda les ouvriers pendant longtemps. On en tira une si
grande quantité que le tertre étoit couvert de cordes de pierre.
Les chartiers s'étonnèrent à la vue de tant de pierres qu'il leur
falloit charroier. Le Sieur Durant, ingénieur des chemins, leur dit,
pour les consoler, qu'il feroit applanir le tertre au nivau des chemins
et qu'il leur feroit tout les voiturer les pierres et qu'il n'y en auroit
pas trop pour les racommoder. Pour surcroit de malheur le pain
étoit cher car le seigle valloit dix huit francs la somme et l'autre grain
à proportion. L'ingénieur ordonna que les chariers de la Haute
Chapelle voitureroient, touttes les pierres qui étoient nécessaires
à paver le chemin depuis l'église de Notre Dame jusqu'aux maisons
de la basse Blufferie, mais les journaliers de Lonlay prépareront le
chemin depuis l'église de Notre Dame jusqu'à un chemin qui est
entre les deux taillis de la Jaminière, y arangeront les pierres et
les casseront et il tomba en charge aux journaliers de la Haute
Chapelle de préparer le chemin depuis le chemin qui est entre
les deux taillis de la Jaminière jusqu'à la basse Blufferie, d'arranger
les pierres et de les casser.
Les chartiers de la Haute Chapelle furent encore chargés de mener
les pierres nécessaires pour paver le chemin depuis le bas du champ
chatté jusqu'au placitre de Domfront mais les journaliers de Champ-
segré firent le reste de l'ouvrage.
Enfin les chartiers de la Haute-Chapelle furent encore obligés de charroier
plusieurs cordes de pierre à la Croix Jourdan qui est le chemin qui
tend du Pont de Caen aux forges St Bomer.1
Jean de St Ellier, curé, doyen, official
On continua de travailler en 1763 aux chemins qu'on avoit
commencés en 1762. On pava en 1763 le chemin depuis le bas
du champ Chatté jusqu'au placitre de Domfront quoiqu'on
travaillât beaucoup en 1763 au chemin qui tend de l'église de
Notre Dame jusqu'à la basse Blufferie. On ne l'avancea pas beaucoup.
Les pierres qu'on avoit voiturées demeuroient en monceaux le long
des chemins. L'hiver qui commença en 1764 fut toujours pluvieux.
Il ne gela point pendant les mois de janvier, février et mars 1764.
Les chemins dont on avoit remué la terre devinrent si mauvais
qu'on ne pouvoit plus rien voiturer à Domfront mais ce qui
gêna beaucoup les ouvriers en 1763 c'est que le blé seigle valloit
jusqu'à vingt francs la somme et que le cidre étoit fort cher. Il
y avoit des travailleurs qui étoient obligés de quêter un jour pour
être en état de faire leur ouvrage le lendemain. L'ignorance
ou la malice des ingénieurs qui prendoient aux chemins
donna aux ouvriers la moitié plus de travail qu'il n'en
auroit été nécessaire, ils commencèrent à faire construire les
chemins d'environ 15 piés de large, ils faisoient jetter touttes
les terres dans les champs et augmentoient de temps en temps
les chemins de cinq ou six piés jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus
jusqu'à trente pieds de largeur, de sorte que les travaillant
jettoient toujours la terre sur leur ouvrage qu'ilo falloit
recommencer. Les ingénieurs faisoient souvent relever les pierres
soit parce qu'ils ne les trouvoient pas bien posées, soit parce
qu'ils ne les avoient pas fait mettre la première fois dans le
véritable alignement. Il y avoit très souvent des garnisons
dans les parroisses sur le comte de ceux qui manquoient de se
rendre sur leur ouvrage au temps marqué. On fit tirer en 1763
des pierres sur le tertre de la Challerie que les chartiers de Lonlay
voiturèrent dans le chemin de la Blufferie en passant par les terres
de la Guerche de la Gigannière pour se rendre dans le grand chemin.
Ils passoient au travers des herbes et des grains sans rien épargner.
On ouvrit aussi les champs depuis l'Enseigne jusqu'au petit
pont d'Egrenne sans rien épargner pour voiturer les pierres
parce que le chemin n'était pas migrable de sorte que les
rivages perdoient non seulement une partie de leurs fonds qui
entroient dans les chemins, mais encore leurs grains, leurs foins,
leurs herbes, leurs arbres fruitiers et autres bois : c'étoit une désolation !2
Jean de St Ellier, curé, doyen, official
Les directeurs des grands chemins revinrent vers le milieu du
mois de juin 1764 pour continuer leur ouvrage et s'en
retournèrent vers le milieu du mois d'aoust. Ils firent travailler
pendant ce temps avec une si grande vivacité qu'on fit plus
d'ouvrage en deux mois qu'on n'en avoit fait les deux premières
années. On ne fit rien en cette année en cette année au chemin du pont de
Caen mais on avancea bien celui qui va de Domfront à la haye
de Rouellé de sorte que les chemins commencèrent à être
migrables dans tous les endroits où les pierres avoient été
bien cassées. On travailla aussi beaucoup aux autres chemin
par où l'on arrive à Domfront.3
Jean de St Ellier, curé, doyen, official
NOTES
1 La Haute-Chapelle AD61 EDPT32_25 vue 170
2 1763 vue 185
3 1765 vue 15
Dans la présente année 1764, noble demoiselle Renée
Lefebvre du Champdugué a fait paver la nef de cette
église de la Chaux par Charle Daverne de la paroisse de Joué
du Plain qui commença cet ouvrage le vingt novembre au dit
an et qui le finit le huit décembre de la même année, en ce compte
le jour de venir icy et celuy de s'en retourner chez luy. Cette nef
contient quinze toises qui ont été posées dans seize jour par le
susdit ouvrier et son fils âgé de viron seize ans, lesquels étoient
nourris et leurs fournissoit encore un homme pour vider les terres
et leur aider à porter et poser leur pavé. Cet ouvrier avoit trois
livres de la toise, preuve de son profit excessif.
Ce pavé est venu des carrières guerin situées en Joué-du-Plain et en
la paroisse de Loussay1. Il coutoît à la susdite damoiselle trois sols le pied.
Pourquoy il en a fallut 500 quelques pieds, le charroy luy a
coûté soixante et onze livres à raison de 7 livres la chartée.
Le total de cet ouvrage a coûté à la susdite demoiselle
1° en pavé, pavments soixante quinze livres, cy 75 Lt
2° en charroy, soixante et onze livres,cy 71 Lt
3° pour le poser et en faire le joints, quarante cinq livres
sans y comprendre la nourriture des deux ouvriers,
ny la nourriture et le payment de l'homme de journée,
qui fut fourny par la susdite demoiselle, cy 45 Lt
total 191 Lt2
Notes:
1 Loucé
2 AD 61 La Chaux EDPT101_7_2 vue 12
L'acte qui suit est un acte préparant la vente d'une blanchisserie, héritage qu'il est impossible de partager en lots.
C'est l'occasion de décrire en détail cette véritable entreprise assez important puisqu'elle est estimée à 18 000 livres.
Extrait de l'encyclopédie de Diderot.
L'acte qui suit est un acte préparant la vente d'une blanchisserie qu'il est impossible de partager en lots.
C'est l'occasion de décrire en détail cette véritable entreprise assez important puisqu'elle est estimée à 18 000 livres.
Nous Demoiselle Marguerite de Mesenges, veuve de Gatian Chapelle,
vivant sieur du Pontchapelle, Charles Chapelle, sieur du []
advocat au parlement, Louis Chapelle, sieur de Sainte Marie,
François Chapelle, sieur de Boischapelle, advocat, et Charles
Chapelle, sieur du Pont, officier de la maison du roy,
sommes demeurés d'accord de ce qui ensuit: c'est à scavoir
que ne pouvant diviser entre nous la blanchisserie q[ui]
nous est commune, consistant en six corps de logis.
Scavoir deux destinés à faire la lessive et savonnerie
des toilles dans lesquels sont sept mortiers, quatre
fourneaux, quatres grandes chaudières d'ayrain avec
les chaudrons de mesme, huit grandes cuves de [mesme],
les greniers estant dessus pour les amas des cendres
et autres drogues, Item le magasin dans lequel sont
les presses avec quatre grandes tables pour mailler
et ployer les toilles, Item une laiterie dans laquelle
sont les réservoirs pour mettre le lait consistant
en quatre grands bassins de carreau et quatre cuves
de bois enfoncées1 et enterrées, Item un corps de logis
nommé la Maison Neuve autrement la savonnerie,
Item le moullin foulleur avec toutes leurs circonstances
et dépendances, Item les deux pièces de terre en pré
nommées les grandes et petittes Houdinières et la
pièce estant au bout appelée les Landelles
[]2
au chemin à droitte ligne par les divises plantées ensemble,
les douves, fossés, liberté des eaux, privilèges et franchises
attribuées à ladite blanchisserie. Nous avons jugé à propos
entre nous sus dits de la licitter pour demeurer au plus
offrant et dernier enchérisseur parce que celuy qui en
sera adjudicataire ne pourra demollir, changer ou
imoller aucunes choses jusques à ce qu'il ait
remply et acquitté le prix de la licitation lequel
sera et demeurera en attendant le payment qu'il en
poura faire aux autres partageans séparent et
chacun pour sa part constitué au denier dix-huit,
celle de l'adjudicataire retenue par ses mains et
précontée pour l'assurance de laquelle constitution
ledit adjudicataire sera tenu de tenir les choses
en bonne réparation comm'elles sont à présent
parce que néantmoins vue la casualité de commerce
et que s'il cessoit par quelqu'accident imprévu et
sans la faute dudit adjudicataire, il pourra remettre
ladite blanchisserie aux autres licitaux dans six ans3
de ce jour sans pour cela payer aucun désinter-
ressement en rendant la blanchisserie en bon estat
sans aucune dégradation ny diminution après
l'expiration desquelles six années, il en sera censé
le maistre et le propriétaire absolu aux charges
cy dessus et pour cet effet []
à l’exécution duquel elle sera spéciallement obligée
et par hypothèque généralle tous les biens de la []
cataire en procédant à laquelle licitation ou clauses
et pactions cy devant reférées et après plusieurs
hausses et enchères passées entre nous elle est
demeurée audit sieur Charles Chapelle comme
dernier offrant pour la somme de dix mil huict cents
livres laquelle courra en interest sur luy au
denier dix huict à commancer et procréer ares
au premier jour de janvier prochain.
Sur laquelle somme de dix huict cent livres,
ladite demoiselle de Mesenges percevra son douaire
suivant la coutume et sans que le principal
puisse luy en estre admorty autrement qu'en
la présence de nous tous et le surplus sera
partagé par quart à la charge de contribuer
à la légitime de nos soeurs. Faict et arresté entre
nous, le dixième juillet mil six cent quatre-vingt
quatre
5 signatures4
________________
Notes :
1 C'est-à-dire munies d'un fond.
2 Ici manquent trois lignes, le bas de la page étant détérioré (format différent du reste du registre).
3 L'acte de vente pour 10 800 livres se trouve dans le même registre à la suite du présent.
4 AD 61 4E99/22
État des réparations faites
Le dernier jour de may, l'an mil six cents soixante et sept, nous Pierre Gautier et François Aumouette, tabellions royaux en la viconté de Fallaise pour les parties de Carrouges et Rasnes.
À la requeste de Messire François de Broon, chevalier, Marquis de Fourneaux, seigneur du Champ de la Pierre et autres lieux et de Louis et Germain Ricoeur, sieurs de Vittray et Basmond, père et fils, maîtres des forges dudict lieu du Champ de la Pierre, nous nous sommes transportés pour faire et dresser procez verbal de l'estimation qui a esté faicte en notre présence par expert et gents à ce congnoissants dont les parties ont convenude toutes et chascunes les réparations et résertions1 que lesdictz sieurs de Vittray et de Basmond ont faict faire à ladicte forge pendant leur bail qui a commencé le trentiesme \douziesme/ jour d’octobtre \de novembre/, l'an mil six cents cinquante et sept et finy à pareil jour en l'an mil six centz soixante et trois et encore pendant trois années que ledict bail a esté prolongé et générallement de toutes les choses qu'ils auroient fournir pour l'entretien et ladicte forge auquel ils n'estoient pas obligez par leur dict bail ny par un accord faict en conséquence par devant les tabellions de Carrouges le vingt septiesme décembre mil six cents cinquante et sept2 ou estant ont comparu en leurs personnes ledict seigneur de Fourneaux et lesdicts sieurs de Vittray et de Basmont et encore Jullien Clouet de la parroisse de Sainte Margueritte de Carrouges et Jean Chauvin de la paroisse de Thessay maîtres charpentiers, Jean Chabot de ladicte paroisse de Sainte Margueritte de Carrouges et Pierre Lecerf de la paroisse du Champ du Bout, maîtres Massée et Jean et Martin Lorgueilleux, frères, de la parroisse de Saint Martin [l'aiguillon), maîtres couvreurs. Lesquels Clouet et [autres] ont estimé le bois de trois postilles3 que lesdicts sieurs de Vittray et de Basmond avoient faict mettre au noc du fourneau à quarante cinq livres à quoy ledict seigneur estoit obligé, la trois cheminées à chascune trente neuf livres qui font la somme de cent dix sept livres \compris charpente/, une roue à soixante et huict livres, deux [nocs] de marteau à chascun quarante [livres] qui font quattre vingt livres, un [noc] de chauferie à trente cinq solz, la charpente des halles du fourneau, ce que lesdictz sieurs de Vittray et de Basmond ont fourny, à quoy ledict Seigneur de Fourneaux estoit obligé, quattre vingt douze livres, la charpente de trois carée de maison, quarante deux livres, un chessis4 neuf livres. Et lesdictz Chabot et Le Cerf ont estimé les murailles de trois carées de maison à la somme de cent dix livres, un mur entre la petite forge et la halle d'icelle à douze livres et lesdictz Lorgueilleux, frères, la latte de la des halles du fourneau à vingt cinq livres, la couverture desdictes trois carées de maison à soixante et deux livres qui sont toutes les choses ausquelles ledict seigneur de Fourneaux estoit obligé de payer auxdictz sieurs de Vittray et de Basmond. Pour le regard des dictes réserctions et réparations toutes lesquelles sont cy dessus revenant à celle de six cents vingt et une livres que ledict seigneur de Fourneaux a promis déduire auxdictz sieurs de Vittray et de Basmond sur ce qui luy peuvent debvoir de reste conformément audict accord en dabte du vingt septiesme décembre mil six cents cinquante et sept. Le tout sans préjudice du marteau que lesdictz sieurs de Vittray et de Basmond ont dict avoir faict visitter et refaict -recours au procez verbal qui en a esté faict qu'ils représenteront etc à la [] forme d’icecelly. Outre a esté accordé entre les dictes parties que le fourneau de la forge sera restably au fraiz dudict seigneur de Fourneaux à l'exception de trente livres que lesdicts sieur de Vittray et de Basmond se sont obligés de fournir pour y contribuer et par ledict sieur de Vittray ce qui sera nécessaire pour la résertion et restablissement dudict fourneau, à déduire pareillement de ce qu'ils peuvent ou pourront debvoir [] du prix de leurdict bail et continuation d'icelluy à l’exception comme dit est de la somme de trente livres qu'ils sont [] fournir et ce sans préjudice des autres résertions qui se pouront trouver à faire lors de la rendue du procez verbal de visitte qui sera faict des dictes forges du Champ de la Pierre dans lundy mardy prochain par experts et maîtres de forge dont que les parties amèneront et dès à présent ont convenu de la personne sieur de la Rivière maître de forges de Varennes. Le … qui se pouront trouver à faire … deubz par lesdictz sieurs de Vittray et de Basmond. Ce que dessus faict et arresté en présence et par l'advis de Messieurs Des Buats et de Tresesaint qui ont signé avec lesdictes parties, tesmoings
État des lieux et réparations à faire
Du septiesme juin MVIC soixante et sept a esté l' Estat des résertions des forges et fourneau du Champs de la Pierre, circonstances et dépendances, ausquelles Monsieur le Marquis de Fourneaux s'est trouvé obligé : Premièrement, à la grande forge
Ledict seigneur marquis est obligé de faire mettre un sep et un fausep et deux clefz pour tenir la solle dormante avec lesdictz sep et fausep5. Le bois desquels sep et fausep sera fourny par ledict seigneur Marquis et mis en oeuvre sur le lieu aux fraiz du sieur de Vittray et à l'esgard des dictz deux clefs seront aussy pareillement faictes aux fraiz dudict sieur de Vittray, du viel bois qui proviendra des viels sep et fausep qui sont sur ledict lieu en cas qu'il soit sufisant sinon sera fourny d'autre bois par ledict seigneur marquis.
À l'esgard du drosme6 a esté trouvé qu'il n'est recevable et néanmoings poura encore servir et en cas qu'il vint à manquer, pendant le bail du sieur de Basmond, il en sera mis et placé un autre aux fraiz et despents dudict sieur marquis et au regard des deux estaches7, l'une de dehors, appelée la grande estache et l'autre de dedans apellée la petite, elles ont esté jugée quant à présent assez bonne et néanmoings en cas qu'elles périssent pendant ledict bail, il en sera mis d'autres aux fraiz et despends dudict sieur marquis.
Comme aussy à l'esgard du stoc8, en cas que pendant ledict bail il feust jugé nécessaire par le marteleur dudict sieur de Basmond d'y en mettre un autre il y sera mis aux fraiz et despens dudict sieur marquis.
Et après avoir examiné la charpente de ladicte forge, il s'est trouvé qu'elle est de peu de valeur, le premier sommier9 d'icelle du costé de la chaufrie et affinerie estant portés sur deux estançons10, les trois et quatriesme sommiers d'icelle estant rompus et rallongés et portés sur deux estansons, un et deux [co.] ou sous chevron de ladicte charpenterie rompu et le festee11 et fillière d'icelle en plusieurs endroits et courbés à cause de leur foiblesse. Les chevrons en la plus grande partie de deux pièces et foibles et éloignés les uns des autres et néanmoings ladicte charpenterie pourra encore subsister et en cas qu'elle périsse pendant ledict bail, ledict marquis la fera restablir.
De ladicte forge estant passés dans la chambre aux soufflets du fourneau, a esté remarqué que l'arbre de la roue dudict fourneau qui a esté fourny par ledict sieur marquis en conséquence du procez verbal du traiziesme novembre MVIC cinquante sept n'est pas sufisant ny recevable et néanmoings peut encore subsister pendant ledict bail, il12 vint à périr ledict Sieur Marquis en fournira un autre qui sera faict et placé au fraiz dudict Sieur de Basmond sans qu'il soit tenu en mettre un autre de son chef.
Dudict lieu estant descendu à la petite forge, a esté remarqué que la grande estache de dehors, le sep et le fausep sont de nulle valleur pourquoy ledict sieur marquis fournira pareillement le bois sur le lieu pour en estre mis d'autre à la dilligence et aux fraiz dudict sieur de Basmond, que le drosme est trop faible et néanmoingz poura subsister et en cas qu'il perist pendant ledict bail, ledict sieur marquis fournira pareillement du bois sur le lieu pour en estre mis une autreaux fraiz dudict sieur de Basmond.
Fournira ledict sieur marquis un arbre pour mettre à la roue de l'affinerie de ladicte forge qui sera mis aux fraix dudict sieur de Basmond et en cas qu'il fallust mettre un autre stoc pendant ledict bail le bois en sera aussy fourny par ledict sieur marquis et placé aux fraix dudict sieur de Basmond.
La charpenterie deladicte forge a esté trouvée de peu de valleur, le faiste l'un des faistes d'icelle estant rompu par le bout vis à vis du drosme. L'une des fillières qui porte un petit comble à l'endroit dudict drosme estant rompue les autres fillières sont courbées. Les chevrons en la plus part de deux pies13, foibles et esloignés les uns des autres, que la fillière vers la roue du marteau n'est soustenue que par un estanson comme aussy la fillière oposée à icelle vers l'affinerie est aussy soustenue par un estanson et le faiste à l'endroit des deux estansons aussy soustenu d'un autre autre estanson de bois rond que deux des fillières de la halle estant au bout deladicte petite forge sont sufisamment soustenues pour. Pour satifaire ausquelles résertions cy dessus, ledict sieur marquis est prest est prest de fournir le bois nécessaire toutesfois et quantes que ledict sieur de Basmond le requiera et ledict sieur de Basmond prest de le recevoir toutefois et quantes que ledict sieur marquis voudra le faire charoyer.
A esté aussy observé que la masse de pierre seiche qui porte la grande huche du marteau fait ventre vers le dehors et est entrouverte en plusieurs endroits, la jouenture14 des pierres qui la compose estant un peu laschée
A esté aussy remarqué qu'il n'y a que sur la plus grande partie du faiste de ladicte forge qu'il n'y a point d'enfesteaux15 et que ledict faiste a esté par le passé couvert d'enfusteaux de tuille et de terre ou gasons, laquelle terre ou gasons sont présentement ruinée en la pluspart et que sur l'estandue de la moittié dudict faiste ou environ, il pleut dans ladicte forge lorsqu'il tombe de l'eau du ciel faute d'enfesteaux, à quoy ledict sieur de Vittray proteste faire travailler incontinent et sans délay mesme à la réparation du surplus de la couverture qui n'est en sufisant estat.
Et au regard des nocs16 qui sont nécessaires dans la chaussée17 de ladicte petite forge et empallement18 d'iceux, ils seront refaicts et placés entièrement aux frais dudict seigneur marquis en cas qu'ils ne soient sufisants devant lesquels empallements. Il n'y a aucuns ratelliers19 et que dès à présent il viendra metre un noc tout neuf pour porter l'eau sur les roues de la chauferie et affinerie à quoy ledict sieur marquis fera travailler incontinent dans l'estandue \et la largeur/ de ladicte chausée seullement ;
Au regard des résertions des maisons des forgerons a esté trouvé qu'elles sont en pareil estat qu'elles estoient lors du procez verbal du traiziesme novembre mil six cents cinquante et sept à quoy ledict seigneur marquis fera travailler incessament.
Et parce que le conte20 fait entre les parties, le dernier jour de may dernier ledict sieur marquis de Fourneaux avoit alloué audit sieur de Vittray et de Basmond quelque somme de deniers dont récompense ne leur estoit pas deue se montant à la somme de cinquante deux livres au moyen de quoy, il leur demeuroit redevable de la somme de six cent vingt et une livres. Ledicts sieurs de Vittray et de Basmonds ont vollonterement remis audict sieur marquis la somme de cinquante deux livres au moyen de quoy, il leur demeure seullement redevable de la somme de cinq cent soixante et neuf livres pour les causes portées par ledict conte du dernier may denier, laquelle somme il leur a promis déduire sur ce qu'ils luy peuvent debvoir, conformément audict traicté.
Le tout fait et aresté entre ledict seigneur marquis et lesdictz sieurs de Vittray et de Basmond. En présence et par l'advis de François Allexandre, sieur de la rivière, maistre de la grosse forge de Varennes, Gabriel Le Verrier, escuier, sieur de Trezesaints et autres leurs amys communs sans préjuder 21 de la récompense que lesdictz sieurs de Vittray et de Basmond prétendent leur estre deubz pour avoir faict refaire le marteau de ladicte grande forge du Champ de la Pierre à l'entrée de leur premier bail suivent qu'il estoit porté par le procez verbal du traize novembre MVIc cinquante sept, les deffenses dudict sieur marquis réservée au contraire jusques à ce qu'il se soit informé de la véritté du faict et sans préjudicier aux autres clauses du dernier bail faict audict sieur de Basmond . Présents ledicts tesmoingz.22
_______________
Notes :
1 réparations
2 on ne trouve pas cet accord dans les minutes conservées mais, curieusement, en novembre 1657 on trouve 3 baux du seigneur de Carrouges:
- bail de la forge de Carrouges pour 2400 livres par an plus 110 livres par arpent de bois consommé
- bail de la forge de Lignères pour 38000 livres pour 6 ans et 388 arpents de bois
- bail à Louis Ricoeur d'une ferme et de bois. AD61 4E96/50
3 poteaux pour la palle (vanne du bief)
4 chassis
5 sep, fausep et clef désignent des pièces de bois destinées à maintenir la solle. Ce dernier terme n'a pas un sens clair. Ici, cela semble désigner une pièce de charpente dans la machinerie de la forge. La Solle/sole est aussi la partie plane d'un four. Ces mots ne sont pas employés dans l'Encyclopédie de Diderot.
6 pièce de charpente qui porte le marteau d'une forge
7 poteaux dont l'usage m'est inconnu
8 sans doute faut-il lire "estoc" qui désignerait soit un outil servant au marteau, soit, plus probablement, le "manche" du marteau
9 poutre maîtresse supportant la charpente ou les planchers
10 étais
11 faîte
12 pour "s'il"
13 pieds
14 jointure - les joints
15 faitage
16 conduites d'eau en bois
17 prolongement du bief
18 les "palles" sont des vannes pour ouvrir ou fermer le passage de l'eau
19 probablement des sortes de grilles pour empêcher que des débris tombés à l'eau ne viennent endommager les roues
20 le compte
21 sans préjuger
22 AD61 4E96/71