Au milieu des années 1800, il est déjà question d’une ligne desservant Angers et Niort. Un consortium franco-anglais, la Compagnie du Grand Transversal de l’Ouest, envisage en effet de relier Cherbourg à Bordeaux. Le projet, baptisé du même nom, est ambitieux. Les actionnaires de la compagnie portent durant un ou deux ans le mythe d’une prospérité économique sans précédent, soutenue notamment par l’espoir d’un prolongement de la ligne au-delà des frontières nationales. L’optimisme des acteurs du projet emballe les esprits ! Effectivement, le rôle international dévolu au Grand Transversal de l’Ouest doit, selon eux, ouvrir un chemin direct entre l’Espagne et l’Angleterre et permettre des échanges considérables entre la péninsule ibérique et les départements de l’ouest.
Hélas, le Grand Transversal de l’Ouest, au regard de la structure même du réseau ferroviaire national, en étoile autour de Paris, remet en cause la logique qui a jusque-là présidé à son développement. Il semble plus raisonnable pour les gouvernants de conserver l’épargne disponible pour terminer les projets en cours d’exécution, plutôt que de s’engager dans de nouveaux à la rentabilité incertaine. Ainsi prend fin une intéressante initiative, chacun dès lors cherche à obtenir « sa voie ferrée. »
Suite à l’abandon du projet du Grand Transversal de l’Ouest, un décret impérial de 1857 précise la distribution des lignes. La Compagnie d’Orléans obtient en 1861 la concession de la ligne interrégionale partant d'Angers et rejoignant Cholet et Niort. Elle place la tête de ligne à La Possonnière, et non à Angers, soit au départ d’une gare située en bordure d’une ligne qu’elle exploite en exclusivité depuis 1852.
La ligne est ouverte à la circulation en deux étapes, en 1866, le tronçon de La Possonnière à Cholet est inauguré, et en 1869 la section Cholet à Niort. Bien qu’une seule voie soit effectivement posée, l’adjudication des terrains s’est faite pour deux.
La traversée de la Gâtine vallonnée oblige à la réalisation d’importants travaux de terrassement et à la construction de plusieurs ouvrages d’art.
L’enjeu économique pour la ville de Cholet et les mines de charbon de Faymoreau est grand ainsi que pour les bourgs limitrophes dans lesquels les foires locales s’ouvrent à une plus large population. Les riverains intègrent d’ailleurs rapidement ce nouveau moyen de transport à leur quotidien. Une activité industrielle se développe à proximité de la voie, notamment avec la construction de fours à chaux alimentés par le combustible vendéen et Deux-Sévrien. Hélas, l’embellie économique sera brève. Des embranchements étoffent au fil des années le réseau. Ils desservent certes au mieux les intérêts locaux, mais aussi mettent à portée de wagon le charbon anglais débarqué à vil prix sur les ports de l’Atlantique. Le combustible britannique alimente progressivement les industries manufacturières de la vallée de la Sèvre et du choletais.
Au début des années 1900, un réseau de chemin de fer d’intérêt secondaire étoffe l’offre ferroviaire dans les territoires sans desserte. Le « petit » train à voie métrique prend le relai du « grand » train, particulièrement dans le département des Deux-Sèvres où il connaît un vif succès.
Les concessions ferroviaires accordées en France deviennent progressivement moins favorables aux sociétés concessionnaires durant la seconde moitié du XIXe siècle. Afin de réduire les effets d’une rude concurrence entre les sociétés, l’État procède en 1883 à un nouveau partage du réseau. Il s’octroie ainsi l’exploitation de la ligne Angers - Niort, en échange de quoi il rétrocède à la Compagnie d’Orléans d’autres lignes dont il assurait l’administration.
La période comprise entre les deux guerres mondiales est douloureuse pour les compagnies de chemin de fer. L’essor considérable du transport routier, alliant souplesse d’utilisation, coût réduit d’exploitation et facilité de desserte, infère sur le trafic ferroviaire qui ne cesse en conséquence de décliner. La concurrence désordonnée du rail et de la route crée des charges supplémentaires pour l’État et les collectivités locales. Un plan départemental de coordination du transport de voyageurs est mis en place incitant financièrement les conseils généraux à la fermeture des lignes de chemin de fer. La ligne d’Angers à Niort est particulièrement impactée par ces directives puisque sa continuité n’est plus effective pour les voyageurs entre Breuil-Barret et Puy-de-Serre début 1939. Concomitamment, le réseau vendéen intègre la région Ouest de la SNCF. La ligne ne cesse ensuite de décroître à la libération, malgré un regain d’activité durant la deuxième guerre mondiale.
La ligne d’Angers à Niort, déjà amputée d’une partie de son parcours, ne survit que brièvement à la fermeture des mines de Faymoreau. Le dernier convoi, en provenance de Niort, quitte définitivement la gare de Puy-de-Serre en 1971. En 1993, un train de marchandises, au départ de Fontenay-le-Comte, traverse pour la dernière fois la gare de Benet pour se diriger lui aussi vers Niort.
Aujourd’hui, uniquement la section nord comprise entre La Possonnière et Cholet est en service. Il apparaît maintenant que seul ce segment ait été financièrement exploitable. Le tronçon Cholet - Niort, initialement conçu pour servir des intérêts économiques désormais caducs, ne traverse aucune localité très importante. Cette ligne n'a finalement assuré qu'un trafic de « cabotage » peu tourné en réalité sur l’extérieur.
En 2021, certains tronçons de la section de la ligne comprise entre Cholet et Niort sont livrés à un envahissement végétal. Ils révèlent, sous une voûte de verdure parfois difficilement pénétrable, quelques traces inattendues du passé ferroviaire. Çà et là, apparaissent les gares, toujours pimpantes dans leur habit polychrome, mais dont la présence semble incongrue alors qu’aucun train ne les dessert. De nombreux ouvrages d’art résistent à l’assaut du temps et témoignent des prouesses architecturales de leurs bâtisseurs. Des secteurs déjà aménagés en voie verte offrent aux randonneurs cyclistes et pédestres de tous âges, aux familles avec de jeunes enfants, un extraordinaire moyen de découvrir en toute sécurité des lieux rendus insolites par la main de l’homme, au sein de paysages agrestes qui font le charme de notre région.
Jean-Louis LERMITE