ARTOÏSME \aʁ.tɔ.ism\ n. m.
Étymologie : Formé sur le radical art (latin ars, artis : habileté, création), avec une voyelle d'appui -o- et le suffixe -ïsme (doctrine, disposition d'esprit, condition), sur le modèle d'égoïsme ou d'héroïsme. Le tréma sépare le o du i et évite la lecture « Artois ».
1. (Sociologie de l'art, esthétique) Disposition créative fondamentale se manifestant par une production plastique, littéraire, musicale ou expressive qui naît en dehors de tout cadre institutionnel, académique ou marchand, et qui répond à une nécessité intérieure plutôt qu'à une stratégie de reconnaissance. Par extension, la démarche des créateurs autodidactes, souvent rangés parmi les « outsiders » ou les « artistes bruts », qui se reconnaissent dans ce mot.
2. (Rapport à la création) Manière d'être au monde dans laquelle le faire (tracer, assembler, écrire, composer, construire) sert d'ancrage, de subsistance symbolique et de régulation émotionnelle. Le savoir y naît de la pratique au lieu de la précéder : l'artoïste invente ses méthodes, avec une constance et une cohérence interne parfois remarquables, dans une relative étanchéité aux modes et aux théories dominantes.
3. (Par extension) Désignation collective par laquelle des créateurs se reconnaissent entre eux et se nomment eux-mêmes, en dehors des catégories posées de l'extérieur par les institutions, les collectionneurs ou la clinique.
Dérivés :
artoïste n. : personne qui pratique l'artoïsme.
artoïstique adj. : relatif à l'artoïsme.
Traits caractéristiques (à des degrés variables) :
Nécessité : le besoin de créer précède le plus souvent toute intention artistique.
Autonomie de méthode : techniques, formats et vocabulaires inventés, détournés ou appris seul.
Persistance : le besoin de créer ne s'épuise pas avec le geste accompli, il nourrit une pratique durable, cohérente ou pas, mais toujours portée par une force intérieure.
Indifférence initiale à la réception : ni public ni critique à l'origine du geste.
Rapport singulier à la culture artistique : formation rare, connaissance nulle, partielle, tardive ou choisie. Ce n'est pas une absence de culture, mais un rapport qui n'appartient qu'à la personne.
Ces traits décrivent ce qui se retrouve le plus souvent ; ils ne conditionnent pas l'appartenance.
Principes :
Auto-désignation. Est artoïste celui pour qui créer est vital et qui se reconnaît comme tel, quel que soit son parcours artistique.
La genèse prime sur le destin. Vus ou non, exposés ou non, vendus ou non, les artoïstes le restent : ce qui compte est l'origine du geste, telle que la personne la reconnaît, non la trajectoire de l'œuvre.
Absence de hiérarchie. Le mot ne juge ni la qualité des œuvres, ni leur quantité, ni leur succès commercial. Rester dans l'ombre ou rencontrer la lumière ne rend personne plus « à part entière » qu'un autre.
Sous le néologisme « Artoïsme », je souhaite réunir celles et ceux que le monde de l'art n'a pas vus venir, ces « égarés » dont je fais partie : autodidactes, outsiders, artistes bruts ou singuliers.
Tous ressentent, depuis l'enfance ou plus tard, un besoin viscéral de créer, souvent sans intention ni prétention artistique.
Faire pour vivre, voire pour survivre, pour ceux d'entre eux se sentant appartenir à un monde qui leur échappe et où ils cherchent leur place, idéalement la leur.
Rares sont ceux qui suivent une formation artistique.
Leur rapport à la culture prend des formes diverses : nul, partiel, tardif ou choisi.
Parfois repliés sur eux-mêmes, ils créent malgré tout : le geste est leur carburant vital.
Longtemps dans l'ombre, parfois à jamais.
Certains tentent de faire connaître leur travail, souvent sans mode d'emploi. Une partie d'entre eux tire son épingle du jeu, malgré un accès timide au marché de l'art.
Tous sont des créateurs à part entière, vus ou non, vendus ou non : être artoïste c'est, ressentir le besoin de créer au-delà de la finitude du geste et de se reconnaître comme tel.
« L'artoïsme ne cherche à l'origine ni le public ni la critique : il constitue une stratégie de survie symbolique où le faire précède et remplace le savoir. »
« Par son étanchéité, totale ou partielle, aux modes et aux théories dominantes, l'artoïsme préserve une forme de création singulière, à la fois solitaire, prolifique et affranchie des exigences du marché. »