Discours prononcé lors de la commémoration de la Journée de la Résistance :
Monsieur le Sous-Préfet
Lieutenant-Colonelle
Mesdames et messieurs les représentants de la gendarmerie et des forces de sécurité
Mesdames et messieurs les sapeurs-pompiers
Madame la représentante de la Région
Monsieur le représentant du Recteur
Mesdames et messieurs les anciens militaires
Mesdames et messieurs les porte-drapeaux
Mesdames et messieurs les élus
Mesdames et messieurs les enseignants
Chers élèves
Chers parents, chers habitants
Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer la mémoire.
Pas seulement pour regarder le passé,
Mais pour interroger le présent
Et nous demander, ensemble, ce que nous voulons construire pour demain.
Ce moment est pour vous,
élèves des écoles, du collège, du lycée.
Mais aussi pour vous,
adultes présents, témoins, accompagnants, citoyens engagés.
Il y a 80 ans,
ils ont résisté.
Des femmes, des hommes,
et des jeunes à peine plus âgés que vous, lycéens,
ont pris la décision la plus difficile : résister.
Dire non.
Dire non à l’occupation,
non à la peur,
non à l’injustice et à la haine.
Certains ont écrit.
D’autres ont protégé, caché, soigné, transmis.
Beaucoup ont payé ce choix de leur liberté,
certains, de leur vie.
Mais il y a une mémoire que nous évoquons encore trop peu,
celle de ces femmes, souvent restées dans l’ombre,
qui ont pourtant pris tous les risques pour sauver, protéger, résister.
À La Réole, comme ailleurs,
l’histoire a longtemps mis en lumière des figures masculines.
Leur courage mérite bien sûr toute notre reconnaissance,
comme vous pourrez l’entendre à la fin de cette cérémonie,
à travers le Gloria de George Lanoire,
qui rend hommage aux résistants hommes.
Mais aux côtés de ces hommes,
il y avait aussi des femmes.
Des femmes dont les noms ne sont pas toujours gravés sur les monuments,
mais dont les gestes ont sauvé des vies.
Elles s’appelaient Simone Savariaud, Marie Estève, Renée Augeyrolles,
Pierrette Vincelot, Liette Ithier, Mamie Lafourcade…
Elles ont fait partie des réseaux Jove, Buckmaster.
Elles ont accueilli, caché, nourri, guidé.
Elles ont fabriqué de faux papiers,
ouvert leurs maisons,
organisé des passages vers les Pyrénées.
Certaines ont sauvé des enfants juifs,
comme la petite Clairette Torres, âgée de deux ans,
grâce à l’engagement silencieux de familles locales.
Elles ont résisté dans le silence et le danger.
Elles ont choisi la solidarité, quand d’autres choisissaient la peur.
Elles ont incarné, à leur manière, une espérance commune.
Aujourd’hui, il est temps de leur rendre hommage.
De faire une place à leur courage dans notre mémoire collective.
De dire leurs noms, pour qu’ils vivent encore.
Car l’histoire ne se construit pas seulement avec des héros en uniforme.
Elle se construit aussi avec des femmes du quotidien,
des mères, des filles, des sœurs,
qui ont fait de leur humanité un acte de résistance.
Et pour prolonger ce moment de mémoire,
j’invite chacun d’entre vous à venir découvrir l’exposition installée
dans les couloirs du prieuré.
Vous y retrouverez les visages, les noms, les parcours de ces femmes,
et de bien d’autres,
qui ont fait le choix de l’engagement, du courage et de la solidarité.
Une mémoire à voir, à lire, à transmettre.
Et si tous ont agi, femmes et hommes,
c’est parce qu’ils croyaient en quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.
Ils ont agi pour un idéal.
Un monde où chaque être humain aurait le droit de vivre libre,
dans la dignité,
et dans la paix.
Ce rêve, ils l’ont formulé ensemble,
en pleine guerre, dans un programme clandestin.
Un rêve de justice sociale, d’éducation, de santé pour tous,
de respect, de fraternité,
de solidarité entre les générations.
Ce rêve, ils l’ont transmis à la France de l’après-guerre.
Et c’est grâce à eux
que vous pouvez, aujourd’hui,
aller à l’école gratuitement,
être soignés,
bénéficier de droits fondamentaux.
Mais cette conquête est fragile.
Elle peut se fissurer, s’oublier,
si on ne la défend pas.
Et vous, que ferez-vous de cet héritage ?
Chers élèves,
votre présence ici n’est pas anodine.
Elle dit quelque chose de très important :
vous êtes prêts à écouter,
à comprendre,
et peut-être… à agir.
Résister aujourd’hui, ce n’est plus se cacher.
C’est :
* dire non au harcèlement,
* dire non au racisme,
* dire non à l’indifférence,
* tendre la main,
* défendre ceux qui sont mis de côté,
* oser être soi — avec bienveillance.
Chers adultes,
résister aujourd’hui, c’est aussi continuer à transmettre.
Par l’exemple.
Par la parole.
Par les actes du quotidien.
Vous êtes la relève. Tous. Ensemble.
La mémoire ne vit que si elle circule.
Et chacun de nous peut en être le gardien.
Pas besoin d’avoir vécu la guerre pour savoir ce qu’est la dignité.
Il suffit de croire en l’humain,
de protéger la justice,
et de refuser de détourner le regard.
La flamme de la Résistance ne doit pas rester dans les livres.
Elle doit éclairer nos choix — ici et maintenant.
Un mot, enfin, pour un élève qui a voulu aujourd’hui s’exprimer.
Daniile a pris la parole,
avec des mots simples, profonds et forts.
Il nous a rappelé que la guerre, la fuite, l’exil
ne sont pas que des histoires d’autrefois.
Ce sont encore des réalités.
Et la résistance, dans ces cas-là,
c’est parfois simplement survivre.
Tenir debout.
Espérer encore.
Merci à lui pour son courage,
et pour ce qu’il nous a offert aujourd’hui.
À toutes celles et ceux qui écoutent ce discours,
merci.
Merci pour votre attention.
Merci pour votre présence.
Merci de porter, à votre façon,
la mémoire vivante de celles et ceux qui ont résisté.
Le rêve de justice et de liberté n’est pas derrière nous.
Il est devant.
Et cette tâche, elle nous appartient à tous.
Ensemble.
Vive La Réole,
vive la République,
et vive la France.
Mesdames et Messieurs,
En ce 19 mars 2025, nous commémorons le 63e anniversaire des accords d’Évian, qui mirent fin à huit années d’une guerre dévastatrice en Algérie.
Huit années de souffrances, de violences, d’injustices.
Le 18 mars 1962, les accords furent signés. Le 19 à midi, le cessez-le-feu entrait en vigueur.
Cette date marque un tournant historique :
la fin officielle de la guerre,
le début de l’indépendance algérienne,
la fin de 132 ans de colonisation.
Mais derrière la paix retrouvée, des milliers de vies brisées :
Près de 25 600 militaires français tués,
65 000 blessés,
Plus de 10 000 civils européens morts,
Et du côté algérien, une hécatombe : 250 000 victimes, dont 140 000 combattants.
À cela s’ajoute la tragédie des Harkis, abandonnés, trahis, oubliés.
Ces idéaux, hérités des Lumières, sont le socle de notre République.
Ils doivent nous guider, aujourd’hui plus que jamais, dans un monde incertain.
Mémoire et unité, ici et maintenant
Se souvenir, ce n’est pas regarder le passé en spectateur.
C’est se rappeler pour mieux agir.
Oui, la France a traversé des épreuves.
Mais elle s’est toujours relevée grâce à son unité nationale.
Et aujourd’hui, cette unité est plus que jamais essentielle.
Car ce qui fait la grandeur de la France, ce sont les valeurs universelles qui nous rassemblent :
Liberté. Égalité. Fraternité.
Il est difficile de ne pas se désoler des relations actuelles entre la France et l’Algérie :
tensions, incompréhensions, silences.
Et pourtant… nous partageons une histoire, douloureuse, mais aussi faite de fraternité, de solidarité.
Aujourd’hui, nous devons tendre la main.
Le chemin de la réconciliation est difficile, mais c’est le seul chemin vers la paix durable.
La guerre d’Algérie nous parle d’hier.
Mais le drame ukrainien nous parle d’aujourd’hui.
Notre continent, marqué par tant de souffrances, doit se relever.
Face à l’agression russe en Ukraine, l’édifice démocratique européen vacille.
En 1938, les accords de Munich ont cédé face à Hitler.
Un an plus tard, la guerre.
Et aujourd’hui ?
Pouvons-nous répéter la même erreur ?
Non.
La France, comme l’Europe, doit se lever, agir, s’unir.
Il ne suffit plus de condamner, il faut s’engager.
Bâtir une défense commune, défendre nos valeurs démocratiques, soutenir l’Ukraine libre.
Résister. Construire. Transmettre.
Et que dire de ceux qui, ici, justifient l’inaction, qui flattent les tyrans, qui prônent le repli ?
L’histoire les jugera.
Mais nous, que ferons-nous ?
Nous avons un devoir de mémoire,
un devoir d’action.
Pour une France unie et démocratique.
Pour une Europe souveraine et solidaire.
Pour un monde où la paix et la justice prévalent.
« La résistance n’est pas un état, c’est un acte. Elle se fait jour après jour, dans le refus de l’injustice et l’affirmation de la dignité. »
— Claude Bourdet
Alors, résistons :
Aux renoncements,
Aux compromissions,
Aux nationalismes mortifères.
Résistons pour la France. Pour l’Europe. Pour nos enfants.
Vive la République !
Vive la paix !
Vive une France unie et engagée !
Vive une Europe souveraine et solidaire !