Les trains régionaux
Le retour en train s'avère étonnamment agréable.
En premier lieu, nous ne parvenons pas à trouver une solution simple pour revenir sur Füssen, où nous avons laissé la voiture. Il faut remonter jusqu'à Munich. Nous découvrons ensuite qu'il suffit de viser Reutte, plutôt que Füssen, et tout se simplifie. Nous ferons les derniers 15 kilomètres à vélo, ceux précisément par lesquels nous avons commencé notre périple. Ce sera une bonne façon de conclure ce voyage.
Premier trajet : Vérone- Brenner/Brennero (3 heures)
Jusqu'à Bolzano, nous suivons la vallée de l'Adige, et retrouvons, à partir de Rovereto, un bout de chemin que nous avons parcouru à vélo. Mais le train bifurque ensuite non vers le Reschenpass, où aucun train ne roule, mais vers le col du Brenner (Passo di Pennes, puis Colle Isarco), route majestueuse, où nous apercevons de temps en temps une piste cyclable qui nous donne des idées pour l'année prochaine. L'autoroute A22 nous accompagne en enjambant hardiment les montagnes par des viaducs d'une hauteur inimaginable.
L'ambiance est très « cycliste » dans le train ; il n'y a que nous pour voyager dans de pareils tortillards ; il en monte à chaque gare ; c'est un plaisir de voir le contrôleur s'arracher les cheveux pour trouver des solutions de rangement de tous ces vélos. La température chute au fur et à mesure du voyage et nous nous retrouvons presque glacés sur le quai de Brenner/Brennero, à la frontière Autrichienne.
Deuxième trajet : Brenner – Innsbruck (40 minutes)
Là, le train régional pour Innsbruck nous attend déjà. Un petit train jumeau de nos TER les plus modernes, presque vide à part, évidemment, des cyclistes, leurs vélos et leurs sacoches. La sociologie a un peu changé : s'y trouvent maintenant des cyclistes de route, partis pour la journée avec sac kangourou, chaussures à clip et mollets rasés, qui rentrent chez eux après une bonne journée d'efforts. Ils ôtent leurs chaussures pour des sabots confortables.
Le paysage persiste à être époustouflant, autre côté du col non moins majestueux. Nous retrouvons la piste cyclable mais nous nous demandons par où elle a bien pu passer pour traverser le col. Décidément, nous reviendrons.
Un contrôleur vient nous vendre un billet qui est valable sur tous les TER d'Autriche pour la journée (35 € pour deux personnes et deux vélos), un petit ticket de caisse qui ne paie pas de mine. Nous arrivons à Innsbruck, où nous avons une demi-heure pour manger. Nous tombons sur un MacDo qui propose des veggie burger (comme tous les MacDo d'Autriche et d' Allemagne, d'ailleurs- le concept de burger végétarien semble inconnu en France, bien que tous ses voisins le pratiquent depuis de nombreuses années) ; nous ne résistons pas à l'envie d'y gouter ; ils sont très bons, épicés au curry juste ce qu'il faut.
Troisième trajet : Innsbruck- Garmisch (1 heure 20)
Il s'agit du train régional pour Munich, plus grand donc que le précédent. Lui-aussi est rempli de cyclistes qui rentrent chez eux. Comme prévu, notre ticket est accepté par le contrôleur.
La sortie d'Innsbruck est très belle, la montée est brutale sur les hauteurs, on jouit bientôt d'une vue imprenable sur la vallée de l'Inn. Entre le Tyrol et le sud de la Bavière, les paysages sont à la hauteur de leur réputation ; ce trajet en train passe comme une flèche lui aussi ; il faut bientôt descendre les vélos, sans traîner cette fois car notre correspondance pour Reutte est seulement 5 minutes plus tard. Le contrôleur nous indique le quai, il faut descendre puis remonter les vélos par les escaliers. Nous attrapons le train sans problème.
Quatrième trajet : Garmisch- Reutte (55 minutes)
Nous prenons de nouveau un petit train régional, sans plus de cyclistes désormais ; il commence à se faire tard, c'est l'heure du dîner dans ces régions (18 heures) ; les passagers sont des habitants qui rentrent chez eux.
La contrôleuse nous explique laborieusement (notre allemand est indigent, et son accent rend le peu que l'on pourrait comprendre inintelligible) que notre ticket ne convient pas dans ce train. Elle est rigolote, tranquille et veut sincèrement que nous comprenions pourquoi elle nous fait payer un nouveau ticket. Elle va pour renoncer lorsque deux mètres plus loin, elle emprunte leur ticket à deux autres voyageurs pour que nous puissions comparer nos deux titres, le leur, valable, le notre, malheureusement et à son immense regret, inacceptable. C'est là que nous comprenons enfin que notre billet est autrichien, et que, par Garmisch, nous venons de faire une petite excursion en Allemagne. Après force clins d’œil et signes d'intelligence, nous nous quittons fort contents les uns des autres.
Nous retrouvons les paysages du début de notre voyage, la ville de Lermoos, où nous avons fait notre première halte, et, avec un brin de nostalgie déjà, nous arrivons au terme de notre voyage, Reutte.
Nous enfourchons une dernière fois les bicyclettes, la route vers Füssen, à part une méchante côte à 11%, ne présente aucune difficulté, et l'arrivée à Füssen marque la fin définitive du périple.