Il est très difficile de trouver de la documentation en français sur la longue et extraordinaire piste cyclable appelée Via Claudia Augusta, piste que nous avons parcourue en partie au mois d'aout 2011, avec un grand bonheur.
Comment imaginer qu'en partant d'une petite ville du sud de la Bavière, Füssen, il est possible de rejoindre à vélo le lac de Garde, puis de gagner des villes aussi prestigieuses que Vérone et Venise ? C'est ce que nous avons fait, sans grande difficulté, et sans être des professionnels du vélo, ni des sportifs de haut niveau.
Nous voulons donc, avec ces quelques pages, raconter notre voyage, et encourager ainsi les cyclo-touristes français à venir parcourir ces routes des Alpes.
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Historiquement, la Via Claudia Augusta (VCA) est une route commerciale ouverte par les Romains à travers les Alpes entre la plaine du Pô et celle du Danube. Les deux plus grands cols traversés sont le Reschenpass (frontière actuelle austro-italienne) et le Fernpass (entre la vallée de l'Inn et celle de la Lech, rivière se jetant dans le Danube). Ces deux cols offrent probablement le passage le plus aisé pour traverser le massif, mais pas le plus court, car il privilégie des vallées larges et douces et suit donc les méandres de longues rivières, comme l'Adige, ou l'Inn. Deux siècles plus tard, en alternative au Reschenpass est ouvert le col du Brenner, nettement plus escarpé mais plus direct.
Aujourd'hui, cette route est devenue une piste cyclable permettant de traverser les Alpes et trois pays à vélo (Allemagne, Autriche, Italie) ; elle commence à Donauwörth en Allemagne, passe à Trento (Trente) en Italie après avoir traversé tout le Tyrol, puis, se divisant en deux, s'achève à Vérone ou Venise, selon que l'on suive l'une ou l'autre voie.
La route vers Vérone offre elle-même une alternative, plutôt que de suivre le fleuve Adige, en bifurquant vers le lac de Garde.
La piste est balisée, surtout en Allemagne et en Autriche, par des petits panneaux VIA.
Son niveau de difficulté dépend évidemment des passages, et du sens de parcours. Dans le sens Nord-Sud, les passages de col peuvent se faire par la route et sont dans ce cas très doux, accessibles à toute personne en bonne condition physique, sans capacité particulière. Le reste du trajet ne présente pas de difficulté. La descente du Reschenpass vers Meran est très longue (80 km) et vaut à elle seule tout le voyage.
un panneau indicateur de la VCA ----->
Nous avons parcouru environ les deux-tiers de la VCA, en particulier la traversée des Alpes. Nous sommes partis de Füssen, en Bavière, à quelques kilomètres de la frontière autrichienne, où nous avons laissé la voiture, et avons rejoint en pédalant le nord du lac de Garde ; la traversée du lac s'est faite à moitié à vélo, à moitié en bateau. Nous avons ensuite pris le train pour Vérone, puis, laissant nos vélos à Vérone, nous sommes allés en train passer une journée à Venise.
Nous avons mis cinq jours pour atteindre le lac de Garde. Le premier col, le Fernpass, nous a permis de rejoindre la vallée de l'Inn, en Autriche; nous avons remonté cette rivière pendant presque deux jours le long de routes époustouflantes, avant de passer le deuxième col, le Reschenpass, et la frontière italienne ; nous avons découvert le Tyrol du Sud (Südtirol), ou Haut-Adige- province italienne autonome de langue majoritaire allemande, la naissance du fleuve Adige, et surtout, surtout, une descente incroyable de 80 kilomètres.
Ces cinq jours ont été exceptionnels. Les Alpes offrent évidemment des paysages à couper le souffle, des lacs qui se découvrent soudain, des massifs montagneux à la présence majestueuse, des rivières que l'on ne cesse de traverser et retraverser sur de petits ponts en bois, des vallées qui s'élargissent soudain en de vertes prairies ; traverser ces paysages à vélo les rend encore plus précieux ; s'y rajoute évidemment le plaisir indicible de la descente après avoir sué sur une pente un peu trop longue, ou un peu trop raide (jamais les deux à la fois, cependant). Tout cycliste sait que cet effort est souvent très bien récompensé, que l'on a toujours l'impression de descendre davantage que l'on a monté.
A partir de Meran/Merano, la vallée de l'Adige s'élargit et la piste devient très plate, avant de s'élever à nouveau un tout petit peu pour passer le col San Giovani de l'autre côté duquel s'étale le lac de Garde. La VCA offre souvent des alternatives un peu plus vallonnées si l'on trouve ennuyeux de rester trop longtemps sur le plat. Peu à peu, au fil des jours, nous avons su prendre des libertés par rapport au tracé « officiel ». Les paysages sont là encore très beau ; cette vallée, le Val Venosta, est consacrée à la culture des pommes, et les vergers sont magnifiques. Les vignes sont également présentes, et particulièrement esthétiques dans leur façon d'être palissées et cultivées.
Le reste du voyage, le lac de Garde, Vérone et Venise, sont trop connus pour que nous ayons besoin d'en faire la publicité. Il suffit de savoir que la ville au sud du lac, Peschiera, est à 30 minutes de train de Vérone, et que Vérone elle-même est à une heure de train de Venise. On peut mettre les vélos dans à peu près tout train régional, à condition de payer un supplément de 3,50 €.
Nous sommes d'ailleurs revenus à notre point de départ, Füssen, par le train. Ou plutôt par les trains, car il n'en a pas fallu moins de quatre pour nous ramener, non à Füssen même, mais à Reutte, de l'autre côté de la frontière. Nous avons parcouru les 15 kilomètres manquants à vélo, évidemment. Cette journée de retour fut en elle-même un vrai plaisir, les trains régionaux parcourent les paysages à leur rythme, à moitié vides la plupart du temps, transportant en majorité des cyclo-touristes comme nous. La voie ferrée emprunte le col du Brenner pour traverser les Alpes, nous avons donc pu admiré de nouveaux paysages, et constaté la présence d'une piste cyclable aussi dans ce col... Pour la prochaine fois ...
Le carnet de voyage raconte en détails chaque étape du périple
Ne pas chercher à tout prix les panneaux VIA, parfois ils abondent, parfois ils manquent là où ils seraient nécessaires. On suit toujours soit une voie ferrée, soit une rivière, soit plus globalement une sortie de vallée, si bien que la direction générale est toujours évidente à trouver. On trouve toujours finalement un panneau indiquant une piste cyclable qui nous remet sur la bonne voie. Il vaut mieux d'ailleurs, d'une façon générale, suivre les pistes cyclables que les panneaux VIA.
Lorsque la pente se durcit -et en site propre-, faire des lacets avec son vélo plutôt que de monter tout droit ; on fait du ski dans l'autre sens, en somme. Ce n'est peut-être pas très joli, on donne l'impression de tituber, mais c'est nettement plus facile. Attention aux vélos qui pourraient arriver en face comme des boulets.
Il est inutile de prévoir les fins d'étapes ; en Autriche, il n'y a aucune difficulté pour se loger, que ce soit en hôtel (avec piscine et sauna pour 100 €), en chambre chez l'habitant (une culture germanique, il est indiqué partout « zimmer frei » - chambre libre, pour 50 €), ou en camping. Les prix indiqués sont pour deux personnes, petit déjeuner inclus. Il ne s'agit pas de n'importe quel petit déjeuner mais du fameux frühstück, véritable repas comprenant des œufs, de la charcuterie, du fromage, des céréales, toute sorte de pains, qui vous permet en général de vous contenter d'une légère collation pour le déjeuner de midi. Nous n'avons pas eu non plus de difficultés pour nous loger en Italie, même un samedi soir du mois d’août au lac de Garde.
Ainsi, profitez du voyage et des paysages, arrêtez-vous où bon vous semble, selon l'humeur et la fatigue des jambes.
Boire des apfelschorle, cette boisson gazeuse aux pommes, à peine sucrée et très rafraichissante, est un véritable plaisir après un col. Même en Italie, dans le Alto Aldige, on connaît bien, et on en trouve sans difficulté.
En Autriche comme en Italie, la prise en charge des vélos dans les trains est payante. Les trains directs ne sont pas accessibles aux vélos, nous ne prenons donc que les trains régionaux, équivalents des TER en France. On ne peut pas prendre des billets pour les trains régionaux autrichiens et allemands depuis l'Italie, mais ceux-ci s'achètent dans les trains eux-mêmes.
Demander, dès que l'on est en Italie, à boire un Spritz. Le Spritz (ou Aperol Spritz, ou Spritz Aperol) est un apéritif très à la mode en Italie, à base de Prosecco, de soda et d'Aperol ; cela a le goût du Martini, en moins fort, et en plus grande quantité ; la boisson est orange et gazeuse, souvent servie avec une olive verte, très festive. Il existe des variantes sans Prosecco, avec du campari à la place de l'Aperol (la boisson est alors rouge plutôt que orange), de l'eau de Seltz, bref, chacun a sa recette.
Tous les sites indiqués sont en allemand.
Le site de référence : http://www.viaclaudia.org/
Pour des cartes à emporter :
http://www.esterbauer.com/db_suche.php?suche=via+claudia+augusta&button=GO!