Ariane Brun, Sans titre, séries Navarre et Vercors
Jean-Pierre Parra, Cerclé d’abîme
Force de vivre
désir de mourir
mis en lumière
dans la sécurité de ton corps cherché
tu appelles
terreur de la mort restée dans l’air
l’épée directe
qui s’abat
*
Traîné
regard arrêté sur la vie
dans ton sang
par les cornes vides de toute pensée
tu penses
désir de survivre sapé
à la mort
qui fait méditer sur le temps
*
Sur le sable de l’arène
couvert de signes par les hommes
séché par le soleil
tu te sens
frisson du danger perdu
conduit par le temps
de l’apaisement trouvé dans la muleta
*
Voix ôtée par la poussière
séchée par le soleil
tu luttes
dans la précision du soleil
contre les impératifs des cornes de violence
qui ferment
blessures profondes de l’âme cachées par la perspective de la mort
l’accès de l’avenir
*
Vivant sans vivre en toi
dans le continuel mourir
tu plonges
mort en vie tuée
l’épée de tauromachie endormie
réveillée dans l’air coi
par l’espérance de ta vie
*
Air creux
air engourdi
flairé
tu es courbé
contrat de vie déchiré
vers le sable
par la main légère enduite de malheur
*
Seul
revêtu de l’habit de splendeur
au milieu de l’arène
tu vas sans cesse
rendu dans les ténèbres
d’une corne à l’autre
tu oublies
rouge du sang du taureau
le temps
*
Esprit enchaîné
croix dressée en toi
par l’arc de ses cornes démesurément élargies
tu écoutes
élans de la pensée devenus mouvements de muleta
les battements de ton cœur
rouge comme son sang
qui cherchent assidûment le sable d’accueil
*
Mort avant de mourir
pour ne pas mourir
tu évites
rouge du sang du taureau
de périr
par ses cornes
tenues par l’espoir
*
Matador disposé à te tromper
tu te tournes
tenu en vie par l’espoir
vers la mort entrelacée
tu trouves
corps engagé loin entre les cornes
la création miraculeuse jamais hasardeuse