Ariane Brun, Sans titre, série Navarre
Jean-Pierre Parra, Dans le travail pénible de l’âme
Fin de vie – Vie dessaisie – Désir de mourir
Mort entendue
Évadé
sans aide pour tuer le temps trop long
des liens du corps
tu mènes
paupières vaincues par le sommeil
la vie double des hommes oubliés
*
Vivant
sans avenir
dans le passé
tu parcours
accablé d'ans
la secrète profondeur de la nuit
tu sers
placé parmi les vaincus
le monde mécanisé
*
Vivant en rêve
vivant éveillé
épouvanté par la vie agonisante
tu entends
langage de la mort entendue
l'existence déchirée en lambeaux
qui rend inacceptables
les réponses du sens commun
*
Révolte réduite
au plus haut de la lutte à mort
tu persévères
vie émoussée
dans l’état de stupeur
qui laisse chaque jour
plus désespéré qu’auparavant
*
Mort restée en suspens dans le corps
tes yeux
vides de penser
se révulsent
ton visage inanimé
tourné vers les racines obscures de principes
se durcit
*
Vivant
absent de toi
sans vivre en toi
tu meurs
dans le continuel mourir
de ne pas mourir
*
Effleuré à peine
sans souvenir sur le visage
par les mots écoutés
tu arrives en inconnu
égaré dans tes propres possibles
dans la contrée de la mort
*
Plus tu vis
vie douloureuse endurée
plus tu meurs
âme dessaisie
dans la nuit subie
*
Enfoncé
lèvres déjà blanches
dans les années
tu écoutes
sommeil lourd déjà versé
les souvenirs lointains qui s'élèvent
tu veux rejoindre
terme repoussé en vain
le pays de l'intacte solitude
*
En agonie
condamné au tourment multiplié
jusqu’à la fin inconnue
tu abandonnes
ton corps passager
qui ne déguise rien
Contrarié
Précipité
voué à la mort
dans le grand abîme
tu donnes
troublé de crainte
la dernière représentation
tu n’acceptes plus
désobéissant à l’esprit du temps
la clarté des mots lisses usés
*
Reposé
larmes invisibles cachées sous le rire
dans le perdu
tu t'exaspères
voix de la raison non entendue
entre la vue matérielle et la vue de l'esprit
dans la lutte contre ceux qui permettent de vivre
*
Soumis
sans aucun espoir d’évasion
à l’inévitable nuit
tu ne comprends plus
seul avec tes pensées
les lois qui portent le monde visible
tu vas à pas lents
vie retardée
vers un commencement inconnu
*
Fatigué
égaré dans le labyrinthe de ton être
par les questions qui dépassent tes forces
tu te sens
privé des consolations de la raison médicale
exilé de la vie
*
Renonçant
battements de ton cœur dérobés
à questionner les blouses blanches
tu te soumets
étranger à la vie
au crépuscule
*
Pris
silencieux pour ne pas contrarier le silence autour de toi
du sommeil douteux
tu veux
dévoré par le temps
éprouver
la grande joie de tout quitter
*
Fatigué
réduit à rien
de ton apparence
tu te révoltes
contre la loi
qui dissimule ta perdition
*
Homme souterrain
privé de tout droit
privé de toute protection
tu vis
avec les yeux brillants d’un éclat vitreux qui ne t’appartiennent plus
occupé par la nature aveugle et sourde
tu subis
mort défiée par la science
l’épreuve impossible d’aller plus loin
*
Lutteur
près du point de danger
d’un côté avec la mort
de l'autre avec le médecin
tu es en quête
brise mentale passée
du nouvel horizon
*
Sans conscience
pour jamais revenir
de la vie passée
tu meurs
égaré dans le morne désert de l'habitude médicale
dans l'obscur de la raison endormie
*
Aveugle
vivant sans liberté
à ne rien voir
dans les jours jamais lavés par la nuit
tu erres
retenu par les hommes en blanc
vivant
Écouter la déroute
Disposé
par le malheur qui retourne le monde
tu le regardes
affamé
humilié
tu comprends
cœur arraché
son agonie
*
Âme endolorie
par le voile de la mort étendue
sur ses yeux obscurcis
tu attends
dans la solitude du chemin allongé par les médecins
son dernier adieu
*
Emparé
dans le jour écouté
par l'avenir
tu le perçois
douleur surmontée tenue tranquille
agité dans ses rêves angoissés
tu le sais
désarmé
face à la mort inévitable
*
Oppressé
souvenirs serrés en cœur
par le silence de son visage éteint
tu restes attentif
au moindre mouvement de ses paupières vaincues par le sommeil
tu écoutes
son souffle économisé
*
Élevé
métamorphosé par son agonie
de toi-même jusqu'à l'honnêteté
tu attends
doutes propres vaincus
la mort qui se fait
dans le temps devenu infini
attendre
*
Yeux ouverts
sur le malade condamné chancelant
tu étouffes
sous la science des certitudes qui établit
réjouie de sa force
les lois qui enseignent à vivre
l'inacceptable agonie
*
Réveillé
par la démence de sa mort demandée
tu le suis
captif de ce monde
repoussé hors de l'univers commun à tous
tu le sais
semblable parmi les hommes aux autres hommes
préparé au départ
*
Flux et reflux de la vie tombés
tu écoutes
mis en déroute
les battements faibles de son âge
tu vois
son esprit renoncé
rejoindre le repos de l'obscurité
tu le presses
mauvais jours à finir
de s'assoupir
*
Voix élevée
fêlure dissimulée dans l'âme
contre les principes institués
tu espères
pour son corps sans âme torturé
le prochain et long repos
Secouer la raison froide
Élancé
prêt à toutes les joies
dans l'avenir
tu le sais
brouillard de la mort approché
arrivé à la fin des jours fatigués
tu quittes
porte claquée la maison des médecins
tu acceptes
veilleur importun
l'inéluctable
*
Veilleur
révolté contre les hommes à la domination insupportable
dans ton corps endormi
tu refuses
confiance en la raison perdue
l’obéissance
*
Parti
privé de la parole
sur ton propre chemin
tu veux
à l'horizon limité de la vie
secouer
l'aveuglement
l'inertie
des hommes en blanc au cœur froid
*
Préoccupé de le maintenir
oreilles pour ne pas entendre et yeux pour ne pas voir
de quelque façon en vie
tu évapores
difficultés tranchées
le malheur traîné dans la chambre
*
Peine restée inaperçue
tu veux secouer
dans le jour lassé
l’homme en blanc limité par l’esprit de la loi
tu veux dormir
entré dans la lassitude qui amène le repos
dans le rêve sans fin
*
Sans soucis
car pas digne d'intérêt
de ce qui se passe dans son âme
tu poursuis
cœur distrait
tes tentatives pour rétablir le passé de son corps
*
En le menant
chagrin lavé
au terme de la vie
tu violes
insoumis au destin et capable de te défendre
la règle du devoir
*
Tentés
par la doctrine du devoir
et de la vertu
ils laissent
droits non défendus
passer
devenue stérile
la vie
*
Limité parce que raisonnable
dans la compréhension satisfaite d'elle-même
il te donne
bon sens perdu
les réponses dont nul n'a besoin
il crève
emparé par la science triomphante
les limites de la vie
*
Face à la raison insistante
qui t’impose la vie
sans tenir compte de ton cœur
hâté vers la fin du voyage
tu leurs demandes de regarder
sur toutes les boussoles de ton être ridé par l’âge
la direction marquée de ta vie
*
Plein de soins
à travers le temps lent qui coule
pour son corps vaincu
ils oublient
approchés par la raison froide impuissante
la liberté déliée
des vivants caressés par le soleil
Chaos proféré
Lancé
dans le travail pénible de l'âme
sur la vie profonde
tu le vois
malade retenu à l'univers vivant
patient trop vivant
tu interroges
préparé à la mort
la réalité effroyable de l'instant
tu n'acceptes plus
patience perdue
la conviction du médecin
*
Yeux dans les larmes
tu préfères
le chaos
la destruction
à l'ordre médical
tu demandes
rendu à la merci du temps
des comptes à l'univers
*
Mort crainte
parce que tu es fort de ton savoir
tu refuses de tirer
vertu tirée de la soumission à la règle
sur ses yeux
le suprême rideau
*
Face à la démence perçante
qui pour tout dessécher
pénètre sans bruit
tu respires
habitué à penser ce qu'exige la société
la mort qui se fait attendre
*
Rejeté
dégoûté de la raison
contre toi-même qui n’as pas la force donnée pour agir
tu cherches
loin des derniers instants de sa vie consciente
ses états d’âme cachés
tu approches
empoisonné par les peurs
la nuit
La loi des hommes
Ciel obscurci contemplé
tu prétends
en désaccord avec les idées ordinaires
donner délivrance
tu attends
agonie du souhait en cœur
offrir la solution silencieuse
*
Déçu par le voile de la mort
qui ne vient pas
sur ses jours passés dans la nuit
tu souhaites
âme perdue sans bruit à tout jamais
enfreindre la loi des hommes
*
Devenu
du point de vue de la loi
le criminel au deuil en cœur
tu veux
mal fait à toi-même
amenuiser
dans le chagrin de tous les jours
son temps
*
Lié
aux médecins sourds
qui n’entendent pas ta demande
tu devines
mort douloureuse endurée
vers où il faut te diriger
*
Chemin déterminé suivi
passé rompu
dans la pensée renoncée de suivre le bien
tu suis
pour agir
ce qui est important
tu défies
suivi pas à pas par la mort
la loi défendue par la conscience humaine
*
Cœur sans repos
cœur sans répit
tu n'oses
tenu à l'écart du monde
remuer
tu jettes en arrière
préparé à la mort
le regard du regret
tu repousses
dissonant de la vie dessaisie
la vertu du médecin qui veut continuer à vouloir être le médecin
*
Agenouillée
sagesse insultée
pour être chargé par la vie
tu laisses
droit de mourir cherché
flamber la folie
tu ne veux plus
louanges de la morale repoussées
être bon
*
Écroulé
comme un fauché qui découvre la profonde humiliation
tu pries
larmes seules dans la voix
le médecin content de sa vertu
de te tuer
*
Réveillé conscient
de la force qui dirige vers le sommeil éternel
tu sais ne pouvoir accepter
la loi
qui transforme le médecin envoûté
en automate
*
Entré
âme bouleversée par les orages de la vie
dans la lutte contre les vains préjugés de la société
tu te révoltes
doutes laissés à la maison
contre la science proclamée
*
Yeux ouverts
vide apparu
sur le malheur
tu appelles
la fin de cette vie
qui n’est plus qu’un souvenir
à laquelle le temps a donné un sens