Ariane Brun, Sans titre, série Navarre
Alexis Neaudot, Variations sur la lumière
2012
13 janvier. – Rien n’est plus doux que d’écrire pour soi, la nuit tombée, à la lumière d’une lampe.
9 février. – Je vis à l’ombre du monde.
20 février. – La nuit m’enveloppe.
2 mars. – Rêve. – Je marche lentement le long d’une falaise, émerveillé par les rayons de lumière qui traversent les nuages, puis la mer, découvrant des rochers sombres que battent des algues.
12 mars. – Je vois à travers la nuit.
25 avril. – La lumière m’empêche de contempler le monde.
20 mai. – Un ciel gris au-dessus d’un canal aux eaux sombres bordé d’arbres : voilà un paysage qui s’accorde avec ma mélancolie et la nourrit, voilà un lieu que je regarde, plein d’une joie profonde, et dont je me souviendrai avec délices.
24 mai. – La lumière me blesse et m’aveugle.
2 juin. – Je me suis tant éloigné du monde, que je n’en aperçois plus que l’ombre.
8 juin. – La lumière, l’eau, la pierre ne pensent pas.
24 juillet. – Je me rappelle précisément aujourd’hui, plus de treize ans après, la première fois où j’ai feuilleté les Mémoires de Saint-Simon. Ce moment a conservé dans ma mémoire toute sa fraîcheur ; il me semble que je pourrais regarder par-dessus l’épaule de l’adolescent que j’étais alors, et lire avec lui, qu’était-ce donc ?, le début du portrait d’un comte, ou bien le récit d’une bataille ?, je ne le sais plus exactement. Ce dont je me souviens le mieux est la lumière, trop vive, qui éclairait la pièce où j’ouvris le volume, et l’agacement que m’inspira d’abord, dans les lignes que je parcourus (peut-être écrites au fil de la plume et jamais relues, à la différence des grandes pages si travaillées), le style heurté du duc.
28 août. – Je vis à l’écart de la lumière.
28 septembre. – La nuit est immobile autour de moi.
21 octobre. – Je ne peux m’empêcher, chaque fois que je travaille sous la lumière d’une lampe, de penser au Révérend Père Hopkins.