Les échos du colloque par Catherine Stef

Post date: Oct 12, 2015 7:51:07 PM

Colloque Intervalle CAP-Souffrances Au Travail - 26 septembre 2015

Écho de la journée Par Catherine Stef

Samedi 26 septembre 2015 s’est tenu à la Maison des Cultures du Monde le premier colloque organisé conjointement par Intervalle-CAP et Souffrances Au Travail, sous le titre : Je travaille, moi non plus

D’une grande intensité, la journée a permis de faire le point , d’effectuer une mise à jour à propos de la lecture que nous pouvons faire des phénomènes liés à la souffrance au travail.

Causés par, ou révélés dans, le cadre du travail, ces phénomènes sont recueillis auprès des personnes en souffrance qui en s’adressant à Intervalle-CAP ou à SAT, demandent à rencontrer un psychanalyste.

Eventail : du travail comme idéal au travail comme lieu d’une jouissance plus ou moins méconnue, tout un éventail se déploie, jusqu’au renversement constaté aujourd’hui, et souligné par François Leguil, où le travail devient précisément ce qui peut être perdu.

Deux temps ont structuré la journée : un premier temps, le matin, fut consacré à déplier les discours qui ordonnent le cadre et donnent sa place au travail dan

s l’organisation sociale, conditionnent sa valorisation, et sa fonction, hier et aujourd’hui. Un deuxième temps l’après-midi, a permis d’entendre l’exposé de six cas cliniques, qui ont résonné comme autant d’échos dans les corps, de l’impact singulier des discours déployés dans la première séquence.

Plusieurs niveaux de lecture ont été ainsi dégagés : celui de l’évolution sociétale telle que la repère l’historien ethnographe, celui de la gestion des flux dans le monde du travail devenu marché, et celui du code du travail qui définit en principe, les droits et les devoirs de chacun .

L’historien du travail Nicolas Hatzfeld, cite Georges Navel : " Il n'est pas de terrassier qui ne se réjouisse de son lancer de pelle. De la répétition du même effort naît un rythme, une cadence où le corps trouve sa plénitude. (...) Avant la fatigue, si la terre est bonne, glisse bien, chante sur la pelle, il y a au moins une heure dans la journée où le corps est heureux ".

En témoin appliqué, NH décrit avec précision les transformations de la grande crise d’usine, qu’il observe pendant plus de vingt ans, et dans laquelle les avancées de la science produisent un effet de morcellement sur les corps, donnant lieu à toujours plus de restrictions médicales, qui visent à maintenir le travailleur à son poste, coûte que coûte.

François Leguil, qui ponctue chaque séquence, souligne dans cette évolution la chute du travail comme idéal, sa transformation en objet à perdre, et comme tel en une cause d’angoisse centrale, et en fabrique de solitude.

Les interventions d’une directrice de Pôle emploi, puis d’une avocate du travail, donnent un éclairage saisissant sur la destitution subjective opérée par les stratégies managementales, farce du commandement, face à laquelle la justice oppose un arsenal juridique qui, en discours de vérité, reste le plus souvent impuissant à traiter le réel en cause.

La séquence clinique recentre le propos sur la singularité des six cas exposés.

Et sur l’effet de la rencontre, pour chacun, avec un psychanalyste.

Pour l’un, l’enjeu va être de trouver une incarnation, là où s’est plutôt constituée une coquille vide. Avec la question cruciale d’avoir à endosser la responsabilité d’une situation qui a ses causes à l’extérieur. Il va s’agir pour cet homme de trouver un savoir y faire avec ce qui se présente à priori plutôt comme impossible, et qui jusqu’à présent, n’a pas trouvé de cesse.

Se libérer de ça, est la forme de la demande d’une jeune femme pour laquelle l’attention de l’Autre s’est faite incisive, intrusive, inquisitrice, insup

portable, et qui choisit la parole pour trouver une formule acceptable.Il y aura ensuite des trouvailles, par exemple la construction d’une solitude, pour parer à l’isolement, puis à l’inverse, le choix du théâtre où il s’agit de préférer jouer le texte d’un autre, sur une scène destinée à tous, un apaisement inédit, trouvé dans un petit CDD, autant de détails qui permettent de faire advenir une solution fragile, mais viable, en artiste, et en acteur, plutôt qu’en victime.

La journée s’est conclue par une séquence poétique, au cours de laquelle deux comédiens Julie Brochen et Bernard Gabay, ont entrecroisé des fragments, extraits, citations choisis,

de Louis Ferdinand Céline, Joël Pommerat, Victor Hugo, Ivan Gontcharof, Akira Yoshimura, Christine Angot et Robert.L Stevenson

Le colloque fut un succès, en ce qu’il a permis de situer très précisément les enjeux épistémiques et politiques de notre action dans ces lieux, selon l'expression de Marie-Hélène Brousse dans son texte introductif. Il a été l’occasion de cerner comment le désir du psychanalyste peut permettre le traitement singulier d’un réel, celui des effets sur le corps et sur le sujet, des grandes machineries que sont les discours et les technologies.

Colloque 2015