Pendant longtemps, on a décrit la grossesse comme une période de “déséquilibre postural” :
↑ lordose lombaire, ↓ stabilité, modification de la marche…
Mais si on regarde de plus près la littérature, une question émerge :
👉 parle-t-on vraiment de “dysfonction”… ou d’adaptations spécifiques, variables et contextuelles ?
🔎 Ce que suggèrent les données :
• Les modifications de courbures (lordose, cyphose) existent… mais de manière inconstante selon les études et les individus
• Le centre de gravité se déplace vers l’avant, avec des ajustements posturaux et moteurs (élargissement du pas, diminution de la vitesse de marche…)
• L’équilibre semble globalement moins stable, avec une augmentation des oscillations posturales et un risque de chute non négligeable
• Pourtant… certaines études ne retrouvent pas de modification significative de la posture lombo-pelvienne statique
→ mais plutôt une augmentation de l’activité musculaire des extenseurs comme stratégie adaptative
• La douleur lombaire est fréquente… mais peu corrélée directement aux changements posturaux mesurés
🤔 Alors, que fait-on de ces résultats en clinique ?
Si les changements posturaux sont :
→ variables
→ parfois absents
→ et peu corrélés à la douleur
👉 Peut-on encore considérer la posture comme un “coupable” central ?
Ou faudrait-il plutôt la voir comme :
✔ une stratégie d’adaptation dynamique
✔ influencée par des facteurs biomécaniques, hormonaux, sensoriels…
✔ et probablement aussi psycho-sociaux ?
💡 Une hypothèse clinique à explorer :
Et si la grossesse révélait surtout la capacité du système à :
👉 redistribuer les contraintes
👉 moduler l’activation musculaire
👉 ajuster le contrôle postural
… plutôt qu’à “se dérégler” ?
👥 Pour nous, cliniciens
Cela questionne directement :
• nos modèles explicatifs (structure vs fonction ?)
• nos messages aux patientes (normaliser vs corriger ?)
• nos choix d’intervention (corriger une posture… ou accompagner et faire percevoir une adaptation ?)
💬 Curieux d’avoir vos retours :
• Observez-vous des profils posturaux “types”… ou surtout des adaptations individuelles ?
• La posture vous semble-t-elle encore un levier pertinent pour comprendre la douleur ?
• Intégrez-vous ces variabilités dans votre raisonnement clinique ?
• Voyez-vous des implications concrètes dans l’accompagnement périnatal ?
Sources : 10.1589/jpts.27.279 , 10.1371/journal.pone.0194853 , 10.3390/medicina58081115 : 10.3390/jfmk4040072
Et si la clé de certaines expériences périnatales ne se jouait pas uniquement dans le “mécanique”… mais dans la manière dont le corps est perçu ?
Pendant longtemps, nous avons abordé la grossesse et l’accouchement à travers des prismes relativement distincts : biomécanique, hormonal, psychologique, éducatif.
Mais plusieurs travaux récents invitent à déplacer légèrement le regard.
👉 Et si l’intéroception – c’est-à-dire la manière dont le cerveau perçoit et interprète les signaux internes du corps – constituait un fil conducteur transversal ?
🔎 Quelques éléments issus de la littérature récente :
• La grossesse est une période de remaniement massif… y compris sur le plan perceptif : le cerveau doit continuellement mettre à jour ses “modèles internes” face aux transformations corporelles
• Cette capacité d’ajustement intéroceptif pourrait jouer un rôle clé dans l’adaptation… mais aussi dans certaines vulnérabilités (anxiété, dépression périnatale)
• Du côté des interventions non pharmacologiques (massage, chaleur, immersion, etc.), certaines semblent réduire la douleur ou la durée du travail… mais avec une forte hétérogénéité méthodologique et des signaux contradictoires
• Enfin, l’éducation prénatale montre des effets intéressants (stress, sentiment d’efficacité, expérience de naissance), mais reste encore peu standardisée et difficile à interpréter globalement
🤔 Alors, que fait-on de tout ça en pratique ?
Quelques questions émergent :
• Cherche-t-on à “corriger” un corps… ou à améliorer la qualité de perception que la patiente a de ce corps ?
• Nos interventions (manuelles, éducatives, environnementales) agissent-elles en partie via une modulation intéroceptive ?
• Peut-on mieux cibler les profils de patientes chez qui cette régulation est plus fragile ?
• L’éducation prénatale pourrait-elle évoluer vers une pédagogie plus centrée sur l’expérience corporelle et la régulation interne ?
🔄 Vers un changement de paradigme ?
Plutôt que d’opposer : biomécanique vs psychologique - technique vs éducatif … ces travaux suggèrent une lecture intégrative :
👉 Le corps vécu (et perçu) comme interface centrale entre physiologie, comportement et expérience.
📌 Peut-être que la question n’est pas seulement :
“Quelle est la meilleure intervention ?”
Mais plutôt :
“Comment nos interventions modifient-elles la manière dont la femme perçoit, anticipe et régule son propre corps ?”
💬 Intéressé par vos retours :
• Dans quelle mesure ces concepts vous semblent-ils transposables à la pratique ostéopathique ?
• L’intéroception fait-elle déjà partie de votre grille de lecture clinique ?
• Peut-elle, selon vous, éclairer certaines situations cliniques habituellement difficiles à catégoriser ?
Sources : 10.1016/j.encep.2022.05.011, j.neubiorev.2024.105874, 10.1177/27683605251371104, 10.55975/QDCU6150
🔍 Swiss-ball en obstétrique : simple accessoire… ou véritable levier clinique ?
L’usage de la Swiss-ball pendant le travail est aujourd’hui largement répandu.
Les travaux récents convergent vers plusieurs bénéfices cliniquement significatifs, en particulier chez les femmes à bas risque .
🟢 Pendant la grossesse
Les programmes d’exercices avec ballon semblent associés à :
↓ lombalgies gravidiques
↓ interférence fonctionnelle dans la vie quotidienne
↑ maintien de l’activité et des fonctions usuelles
Ces données suggèrent un intérêt préventif et fonctionnel dès le 2ᵉ–3ᵉ trimestre .
⏱️ Durée du travail
Un essai randomisé (200 femmes) montre :
↓ 1re phase d’environ 3 heures
↓ 2e phase d’environ 19 minutes
↓ taux de césarienne (NNT ≈ 7)
Une méta-analyse de 10 ECR (1008 femmes) confirme :
↓ 1re phase de plus de 2 heures
↓ significative du taux de césarienne (RR 0,55)
Les diminutions concernent surtout la phase active.
🔥 Douleur et vécu maternel
Les ECR et méta-analyses rapportent :
↓ douleur de 1,7 à ~2 points /10
↓ fatigue et anxiété
↑ satisfaction maternelle
L’association Swiss-ball + bain chaud paraît potentialiser l’effet analgésique et favoriser la progression du travail.
👶 Sécurité
Les données néonatales sont globalement neutres, sans impact défavorable significatif rapporté.
🧠 Mécanismes possibles
Plusieurs hypothèses sont avancées :
Mobilité pelvienne accrue
Modulation sensorielle (gate control)
Renforcement du sentiment d’auto-efficacité
Réduction de l’anxiété → meilleure régulation neurovégétative
Mais une question demeure :
👉 L’effet est-il principalement mécanique… ou surtout neuro-cognitif et contextuel ?
👉 Le bénéfice provient-il du ballon… ou de la liberté de mouvement qu’il autorise ?
👉 L’accompagnement autour de l’outil ne joue-t-il pas un rôle au moins aussi important que l’outil lui-même ?
⚠️ Limites actuelles
Protocoles hétérogènes (durée, fréquence, types de mouvements)
Manque de standardisation
Population majoritairement à bas risque
Besoin d’ECR supplémentaires de haute qualité
🎯 En pratique
La Swiss-ball ne remplace ni l’analgésie médicamenteuse ni la surveillance obstétricale. Mais les données actuelles soutiennent son intégration comme :
▪️ outil peu coûteux
▪️ intervention sûre
▪️ levier possible de réduction des césariennes en bas risque
▪️ moyen d’améliorer le vécu maternel
▪️ support intéressant dès la grossesse pour la gestion des lombalgies
« Comment l’intégrer de manière protocolisée, ciblée et cohérente dans une prise en charge physiologique du travail et de la grossesse ? »
Sources : 10.1016/j.midw.2011.02.004 , 10.1016/j.midw.2013.04.011 , 10.1016/j.ctcp.2016.04.001 , 10.21859/nmj-25013 , 10.1080/14767058.2021.1875439 , 10.1016/j.ajog.2023.02.014 , 10.1007/s00404-023-07115-4 , 10.1007/s00404-024-07930-3
🔍 IRM dynamique de l’accouchement : que nous apporte la reconstruction 3D des mouvements fœtaux ?
Une étude récente propose une reconstruction tridimensionnelle des postures et des mouvements fœtaux à partir d’IRM dynamiques réalisées pendant un accouchement voie basse.
Qu’apporte concrètement ce travail ?
👉 Une reconstruction 3D cohérente des postures fœtales à chaque étape de la descente.
👉 Une quantification des angles tête–cou (jusqu’à ~36° d’extension) et tronc–cou au cours de l’expulsion.
👉 Une trajectoire céphalique descendante objectivée, compatible avec les mouvements attendus (engagement, flexion, rotation, extension).
👉 Une corrélation élevée entre les mesures issues des images 2D segmentées et celles issues du modèle 3D reconstruit.
Autrement dit, ce travail ne se contente pas d’illustrer le mouvement : il propose une base cinématique mesurable, exploitable pour la modélisation biomécanique.
– Peut-on, mieux comprendre certaines dystocies à partir de données cinématiques réelles plutôt que de schémas théoriques ?
– Ces modèles pourraient-ils affiner la simulation obstétricale et la formation clinique ?
– Une modélisation plus précise des interactions fœto-pelviennes pourrait-elle améliorer la prévention des complications périnéales ou néonatales ?
Peut-être que, dans le futur, nous arriverons à évaluer plus précisément les hypothèses et travaux du Dr Jean-Paul Renner, qui apportent une vision dynamique et animent la 7ᵉ édition du livre "La pratique de l’accouchement".
Ces nouvelles approches permettront-elles de confronter les modèles conceptuels à des données cinématiques objectivées ?
Il s’agit d’une étude de faisabilité, basée sur un cas unique, avec des limites techniques importantes. Mais elle marque peut-être un changement de paradigme : passer d’une représentation descriptive de l’accouchement à une compréhension dynamique et quantifiée.
Reste à savoir comment ces outils s’intégreront dans la pratique… et avec quelle pertinence clinique.
Sources : 10.1016/j.cmpb.2025.109184 , ISBN : 9782294775604
🔍 Accompagner la grossesse en ostéopathie ?
🧠 Il y a une idée encore bien ancrée en pratique clinique : celle selon laquelle l’évolution de la grossesse dépendrait avant tout de corrections structurelles ciblées ou de l’optimisation d’une filière osseuse supposée déficiente.
L’accompagnement ostéopathique de la femme enceinte s’est naturellement appuyé sur des modèles centrés sur l’architecture osseuse, les contraintes mécaniques ou des ajustements positionnels.
⚠️ Or, les données actuelles suggèrent une réalité plus complexe : les adaptations corporelles de la grossesse semblent moins relever de modifications passives que de processus adaptatifs actifs, propres à chaque femme, dépendants de son contexte bio-psycho-social et de ses capacités d’autogestion.
Dans cette perspective, les tissus sous contrôle volontaire ou semi-volontaire (psoas, paroi abdominale, plancher pelvien et diaphragme) prennent une place centrale dans la réflexion clinique.
➡️ Ils constituent un levier d’intervention pertinent pour l’ostéopathe, car ils sont : modulables à court terme, sensibles à la respiration, à la douleur, au stress et au sentiment de sécurité, directement liés à la proprioception et à l’intéroception.
Certaines études observationnelles explorant l’ostéopathie pendant la grossesse rapportent des évolutions intéressantes : diminution de certaines interventions, modification du déroulement du travail, amélioration du vécu maternel et soulagement de douleur.
⚠️ Mais elles soulignent aussi les limites méthodologiques actuelles.
Autrement dit, elles ne permettent pas de conclure mais invitent à affiner nos hypothèses cliniques.
L’enjeu de l’accompagnement ostéopathique pourrait être reformulé :
👉 non pas chercher à « corriger » un bassin ou à normaliser une posture,
👉 mais faciliter les conditions permettant à la femme enceinte d’explorer, de percevoir et d’ajuster son corps au fil de la grossesse.
Cela implique peut-être de déplacer le centre de notre intervention :
➡️ du biomédical vers le fonctionnel et l'énaction,
➡️ du correctif vers le régulatif,
➡️ de l’action sur le corps vers l’action avec la femme.
Renforcer l’intéroception, soutenir la coordination neuromusculaire, accompagner la modulation du tonus plutôt que la contraindre… autant de pistes qui pourraient avoir un impact clinique réel, tout en respectant la physiologie et l’autonomie de la patiente.
Et si, en ostéopathie périnatale, soutenir la physiologie consistait moins à rechercher un modèle biomécanique idéal qu’à accompagner la capacité d’adaptation singulière de chaque femme ?
Ces questions ouvrent toutefois un champ de réflexion clinique essentiel pour faire évoluer nos pratiques, avec rigueur, prudence… et humilité.
Sources : 10.1097/PR9.0000000000001192, 10.1016/j.cmpb.2020.105921, dumas-01218584
🔍 Vers un changement de paradigme en obstétrique ?
À la lumière des recherches actuelles, il est légitime de s’interroger sur l’existence d’un changement de paradigme dans l’approche de l’accouchement.
Historiquement centrée sur une logique externe, normative et guidée — positions standardisées, optimisation supposée de la filière osseuse, contrôle institutionnel du processus — l’obstétrique contemporaine semble progressivement s’ouvrir à une vision plus centrée sur la parturiente elle-même.
👉 Ce déplacement du regard s’accompagne d’un intérêt croissant pour :
• l’autonomisation de la femme,
• la reconnaissance de ses capacités adaptatives,
• la valorisation de son intéroception — sa capacité à percevoir, interpréter et réguler ses sensations internes au cours du travail.
Dans cette perspective, la femme n’est plus considérée uniquement comme un « contenant » à optimiser, mais comme une actrice active du processus biomécanique.
🧠 Que nous disent les travaux biomécaniques ?
Les recherches, notamment celles de Desseauve, montrent que la simple prescription de positions précises constitue une approche réductrice.
Une même « position » nominale peut recouvrir une grande variabilité de postures segmentaires, et les effets mécaniques observés dépendent autant — sinon davantage — de micro-ajustements dynamiques que d’une posture imposée.
Cela interroge la pertinence d’un guidage postural strict, parfois déconnecté des perceptions et des ajustements spontanés de la parturiente.
Et si la clé était ailleurs que dans l’os ?
👉 Dans ce contexte, la composante des tissus mous — en particulier les muscles sous contrôle volontaire ou semi-volontaire (plancher pelvien, paroi abdominale, ceinture pelvienne, diaphragme) — apparaît comme un champ de recherche potentiellement plus fécond que la seule optimisation géométrique du bassin osseux.
Contrairement à l’architecture osseuse, relativement fixe à court terme, ces tissus sont :
• modulables,
• sensibles à l’état émotionnel,
• influencés par la respiration, la douleur,
• dépendants du sentiment de sécurité et de la capacité d’auto-régulation.
Cette approche rejoint des données issues de la neurophysiologie, de la psychobiologie du stress et des sciences du mouvement. Elles suggèrent que la coordination neuromusculaire et la capacité d’adaptation motrice pourraient influencer à la fois la progression mécanique de l’accouchement et l’expérience vécue.
➡️ Dès lors, chercher à « faire adopter » une position donnée serait-il moins pertinent que de créer les conditions permettant à la femme d’explorer, de ressentir et d’ajuster spontanément ses postures ?
⚠️ Une évolution encore émergente
Ce changement de paradigme reste toutefois incomplet.
Les preuves directes reliant autonomisation, intéroception, modulation des tissus mous et issues obstétricales objectives demeurent limitées. Les méthodologies actuelles peinent encore à intégrer simultanément les dimensions biomécaniques, neuro-sensorielles et expérientielles du travail.
Il s’agit donc moins d’un renversement établi que d’une réorientation progressive des questions de recherche.
🔭 En conclusion
Plutôt que d’opposer positions prescrites et liberté posturale, il semble aujourd’hui plus pertinent de reconnaître que l’avenir de la recherche obstétricale pourrait résider dans une approche écologique, centrée sur :
• la capacité d’adaptation de la parturiente,
• la modulation active des tissus mous,
• et la qualité de l’expérience vécue.
Une évolution conceptuelle prometteuse… qui appelle toutefois à une grande prudence scientifique dans sa validation.
Sources : 10.1186/s12884-019-2620-0 , 10.1371/journal.pone.0322970 , 10.1016/j.cmpb.2020.105921 , 10.1016/j.encep.2022.05.011 , 10.1016/j.neubiorev.2024.105874 , 10.18332/ejm/200073 , 10.18332/ejm/173388
🦴 Grossesse, allaitement… et santé osseuse : faut-il vraiment s’inquiéter ?
Pendant longtemps, la grossesse et l’allaitement ont été décrits comme des périodes « à risque » pour le squelette maternel.
Perte osseuse, fragilisation, fractures… Ces idées circulent encore largement dans nos pratiques et nos discours.
Mais que nous disent réellement les données actuelles ?
🔍 Ce que montrent les données récentes :
– La grossesse et l’allaitement s’accompagnent bien de fluctuations transitoires de la densité minérale osseuse (DMO), notamment au rachis et à la hanche ( ⚠️fracture de fatigue⚠️).
– Ces pertes sont physiologiques, adaptatives et réversibles dans la grande majorité des cas.
– À moyen et long terme, la DMO se rétablit, y compris après des périodes d’allaitement prolongées, sans différence significative avec les femmes nullipares.
– Les formes sévères (ostéoporose associée à la grossesse et à l’allaitement, fractures de fragilité) existent… mais restent rares et concernent surtout des terrains particuliers (DMO basse préexistante, facteurs de risque associés).
🧭 La vraie question clinique n’est peut-être pas “y a-t-il une perte osseuse ?”
mais plutôt :
➡️ Quand devient-elle cliniquement pertinente ?
➡️ Chez qui faut-il réellement être vigilant ?
➡️ Comment éviter de pathologiser un processus physiologique d’adaptation ?
Ces travaux invitent à dépasser une lecture strictement biomécanique ou hormonale, pour intégrer :
– le statut nutritionnel,
– l’activité physique,
– la charge mécanique globale,
– l’histoire osseuse antérieure,
– et le contexte psycho-social de la période périnatale.
🤔 Et si notre rôle, comme soignant·e·s, était moins de “protéger l’os” que d’accompagner l’adaptation ?
Informer sans inquiéter, repérer les situations à risque sans généraliser, et soutenir la physiologie plutôt que la surveiller excessivement.
Un sujet qui mérite sans doute encore d’être exploré… collectivement.
Source : 10.1016/j.monrhu.2020.11.006
🔍 Grossesse, biomécanique et douleur lombo-pelvienne : et si on simplifiait trop ?
On entend encore souvent que les douleurs lombo-pelviennes de la grossesse seraient avant tout liées à la relaxine, à une supposée hyperlaxité ou à des modifications mécaniques “automatiques” du bassin.
Pourtant, quand on regarde de près la littérature récente, le tableau est… beaucoup plus nuancé.
📚 Ce que montrent les données actuelles :
- Les modifications biomécaniques pendant la grossesse existent (posture, équilibre, marche), mais elles sont hétérogènes, variables d’une femme à l’autre, et peu corrélées directement à la douleur.
- Les associations entre hormones (relaxine, œstrogènes, progestérone) et douleurs lombo-pelviennes sont inconstantes, avec des niveaux de preuve globalement faibles et des méthodologies très variables.
- La douleur ne suit pas un modèle linéaire « plus de laxité = plus de douleur ».
- Les adaptations neuromusculaires, le contrôle moteur, la modulation centrale de la douleur et les facteurs contextuels semblent jouer un rôle majeur.
🤔 Et si la vraie question n’était pas “qu’est-ce qui se relâche ?” mais plutôt :
- Comment chaque femme s’adapte mécaniquement et neuromusculairement à la grossesse ?
- Quel est le rôle du tonus, du mouvement, de la perception corporelle et de l’environnement ?
- Pourquoi certaines femmes ont des modifications importantes sans douleur, et d’autres l’inverse ?
- Comment nos discours professionnels influencent-ils l’expérience corporelle et douloureuse des femmes enceintes ?
🔭 Pour la pratique clinique et l’avenir :
Ces données invitent à sortir d’une lecture purement ostéo-articulaire ou hormonale, et à penser la grossesse comme un processus adaptatif global, multifactoriel, où :
- la variabilité individuelle est centrale,
- la femme reste une actrice active,
- l’accompagnement compte autant que la biomécanique,
- et la douleur ne se résume pas à une structure qui « bouge trop » (peut-être à une asymétrique de mouvement...).
💬 Et vous ?
Dans vos pratiques, observez-vous aussi ce décalage entre modèles théoriques simplifiés et réalité clinique ?
Comment intégrez-vous cette complexité dans l’accompagnement des femmes enceintes et en post-partum ?
👉 Curieux de lire vos retours.
Sources : 10.1016/j.jmpt.2021.10.001, 10.3389/fpain.2021.773988, 10.3390/jfmk4040072
🔍 Taille du bassin, taille du bébé… et si on reposait certaines questions fondamentales ?
Je viens de lire avec beaucoup d’intérêt cet article du Swiss Medical Weekly (2025) analysant plus de 2’500 naissances à Lausanne et Bâle dans les années 1920, autour du mismatch mère–enfant (taille du bassin / taille de la tête fœtale) et des interventions obstétricales.
Ce travail historique met en évidence que :
un bassin plus étroit et une tête fœtale plus large étaient associés à
→ des phases d’expulsion plus longues
→ plus d’épisiotomies
→ plus de forceps et de césariennes
la position fœtale et la primiparité jouaient aussi un rôle majeur
et que, déjà à l’époque, les pratiques variaient fortement selon les contextes
👉 Cela m’amène à plusieurs questions, que je vous partage sans posture militante, mais avec curiosité clinique :
Sommes-nous aujourd’hui trop rapides à conclure à une “disproportion” sur des critères statiques ?
Que faisons-nous réellement de la variabilité des tissus, des adaptations posturales, de la mobilité pelvienne, de la dynamique materno-fœtale ?
Nos outils modernes (monitoring, imagerie, protocoles) améliorent-ils toujours la morbidité… ou parfois surtout notre sentiment de sécurité ?
Et surtout : comment intégrer ces données sans retomber dans une vision déterministe du bassin ?
Ce que j’aime dans ce type de travail, c’est qu’il nous oblige à penser la naissance comme un processus dynamique, multifactoriel, contextuel – loin des raccourcis “bassin étroit = problème” ou “gros bébé = césarienne”.
En tant que clinicien, enseignant, et partenaire de terrain des sages-femmes et des équipes de naissance, je me demande :
➡️ comment mieux articuler nos regards biomécaniques, physiologiques, cliniques et relationnels autour de ces situations limites.
Je serais vraiment intéressé de lire vos retours :
ce que vous observez sur le terrain,
ce qui vous questionne,
ce qui vous semble avoir évolué (ou pas) dans les pratiques.
Sans dogme. Sans opposition stérile. Juste pour réfléchir ensemble.
Sources : Haag N, Le Vu M, Jaeggi AV, Baud D, Desseauve D, Haeusler M, Staub K, Matthes KL. Association between a mismatch of maternal/neonatal body size and obstetrical interventions in Switzerland in the 1920s: a cross-sectional study. Swiss Med Wkly. 2025 Nov 18;155:4546. doi: 10.57187/s.4546. PMID: 41364818.
🔍 Bassin féminin, accouchement et « dilemme obstétrical » : que montrent vraiment les données récentes ?
Deux travaux majeurs, une revue morphologique récente (2025, doi: 10.1016/j.morpho.2025.101054 ) et une synthèse évolutive de référence (Biological Reviews, 2021, doi: 10.1111/brv.12744 ), convergent vers une lecture plus nuancée du bassin obstétrical.
🔑 Résultats clés
▪️Le dilemme obstétrical ne peut pas être réduit à un simple compromis « bassin étroit vs accouchement difficile ».
▪️Le bassin humain est le produit de contraintes multiples : évolution, bipédisme, reproduction, métabolisme, environnement et facteurs bio-psycho-socio-culturels.
▪️La pelvimétrie statique (RX, CT, IRM) présente une faible valeur prédictive pour la disproportion fœto-pelvienne et l’issue de l’accouchement.
▪️De nombreuses femmes avec un bassin considéré comme « défavorable » accouchent par voie basse, tandis que des bassins dits « favorables » aboutissent parfois à une césarienne.
▪️Les typologies pelviennes classiques (gynécoïde, androïde…) ont une utilité clinique limitée.
▪️Les dimensions antéropostérieures du bassin sont relativement peu variables, suggérant une stabilité évolutive, mais leur faible amplitude limite la portée clinique individuelle (cf ci-dessous : Modifications des dimensions pelviennes chez la femme enceinte : mythe ou réalité ?).
▪️La plasticité du crâne fœtal et la dynamique du travail rendent les approches statiques largement insuffisantes.
👉 La réussite de l’accouchement dépend fortement de facteurs dynamiques :
➡️ mécanisme rotatoire du travail,
➡️ plasticité du crâne fœtal,
➡️ positions maternelles,
➡️ interaction mère–fœtus.
🔍 Les facteurs non osseux (psychosociaux, environnementaux, culturels, nutritionnels) jouent un rôle majeur dans la difficulté du travail.
🎯 Message clé
Le bassin n’est pas un obstacle fixe (n'oublions pas les tissus mou... (cf : https://lnkd.in/eFdqim9C).
👉 Ce sont les interactions dynamiques entre morphologie, fœtus, mécanique du travail et contexte clinique qui déterminent l’issue de l’accouchement.
🤰 En conclusion
Le dilemme obstétrical reste pertinent, mais pas pour les raisons simplistes longtemps avancées.
Penser l’accouchement uniquement en termes de dimensions osseuses est réducteur ; une approche fonctionnelle, dynamique et biopsychosociale est indispensable. Et si la capacité d’adaptation pendant le travail était plus déterminante que toute mesure statique préalable…
👉 Pourquoi ne pas (re)découvrir les capacités de la femme qui accouche et l’autonomiser pleinement dans ce sens ?
🔍 Est-ce que les technologies de surveillance fœtale façonnent l’expérience de la naissance ?
Réflexions croisées entre l’enquête WOMB (10.1186/s12884-025-07509-z) et le Mid-Tech Survey (10.1016/j.wombi.2025.102135).
Dans les débats sur le monitoring fœtal, on parle souvent de sécurité, rarement d’expérience vécue ou d’autonomie corporelle. Pourtant, deux enquêtes récentes, l’étude WOMB (861 femmes) et le Mid-Tech Survey (396 sages-femmes), posent des questions pertinentes.
🔎 Ce que disent les femmes (WOMB)
Les données montrent que le type de surveillance influence fortement le vécu du travail :
- Le cardiotocographe (CTG) filaire est le plus utilisé (53 %), surtout chez les primipares et en milieu privé.
- Il est associé à davantage d’analgésie pharmacologique et à un risque accru de césarienne, même après ajustement.
-58 % des femmes déclarent que le CTG filaire a eu un impact négatif sur leur travail.
- La mobilité, lorsqu’elle est préservée (l’auscultation intermittente (AI) ou technologies moins restrictives), est liée à plus de contrôle, moins de douleur et un vécu plus positif.
🔎 Ce que disent les sages-femmes (Mid-Tech Survey)
Les conclusions vont dans le même sens :
- Le CTG filaire est perçu comme la technologie la plus restrictive pour la mobilité (95 % d’accord).
- Seulement 64,6 % ont un accès adéquat à la télémétrie, pourtant disponible depuis plus de 20 ans.
- Moins de 15 % estiment qu’une femme en monitoring continu reçoit un soin réellement centré sur elle.
- 52,7 % craignent d’être réprimandées si une femme refuse le CTG continu.
- L’accès au matériel d’AI multiplie par 3,8 la probabilité de son utilisation.
❓ Ce que ça soulève
Quand deux études, l’une centrée sur l’expérience des femmes, l’autre sur la pratique des sages-femmes, convergent aussi fortement, des interrogations apparaissent :
👉 La technologie organise le travail des équipes… plus que les besoins des femmes ?
👉 La place de l’autonomie corporelle, liberté de mouvement, positions instinctives, choix éclairés, n’est-elle pas en train de s’éroder ?
👉 Pourquoi les options les moins restrictives (les dopplers portables, les patchs sans ceinture, les cathéters de pression intra-utérine) restent-elles moins accessibles alors que leurs bénéfices sont connus ?
🌱 Pour la suite : une invitation à repenser
Et si la vraie question n’était pas « quel monitoring choisir ? », mais plutôt :
- « Quelles technologies soutiennent réellement la physiologie et l’autonomie des femmes… et lesquelles l’entravent ? »
- « Le monitoring réduit-il vraiment la morbidité et les complications lors de l’accouchement ? »
- « Comment créer des environnements où les sages-femmes peuvent exercer pleinement leur expertise plutôt que de “gérer la machine” ? » (Fox et al., 2024)
- « Comment mieux aligner formation, accès au matériel et culture clinique ? »
🌿 Positions d’accouchement verticales : que nous apprend la biomécanique ?
Les positions verticales sont depuis longtemps encouragées pour favoriser la progression du travail (OMS).
Une nouvelle étude compare 7 positions d’accouchement verticales à l’aide de systèmes de capture de mouvement — classiques (avec marqueurs) et innovants (markerless). Les résultats apportent un éclairage précieux… et posent des questions intéressantes.
Chaque position modifie de manière spécifique les angles de la hanche, du bassin et du tronc.
Le deep squat maximise la flexion de hanche et l’ouverture.
La position B-Ball induit la plus grande antéversion pelvienne.
La posture all-fours favorise la rétroversion du bassin.
Ces variations ne sont pas anodines : elles influencent probablement
👉 la descente du fœtus
👉 le confort maternel
👉 la capacité à bouger et ajuster la posture selon la progression du travail
Les systèmes de capture montrent des différences de précision selon les plans de mouvement (sagittal vs coronal), soulignant une chose : mesurer la biomécanique du travail est difficile… mais essentiel.
🧩 Pourquoi c’est important ?
Cette étude rappelle surtout qu’il n’existe pas une “meilleure” position, mais des postures qui deviennent plus ou moins favorables en fonction :
- des caractéristiques anatomiques individuelles,
- du niveau de fatigue,
- des besoins du moment dans la dynamique du travail,
- et du vécu corporel de chaque femme.
Les femmes devraient recevoir des informations et des conseils complets pendant leur grossesse afin de prendre des décisions éclairées concernant leur position d'accouchement. Comprendre cette biomécanique demeure une nécessité cruciale, non seulement parce que les complications biomécaniques contribuent fortement à la mortalité maternelle et néonatale, en particulier dans les pays à faible revenu, mais aussi parce qu'il est inacceptable, en 2025, de ne toujours pas maîtriser les mécanismes fondamentaux impliqués dans le début de la vie humaine. Combler cette lacune est essentiel pour améliorer les résultats de l'accouchement à l'échelle mondiale.
🧠 Et si l’avenir était dans une lecture plus fine du corps en travail ?
Cette étude ouvre des perspectives :
- intégrer davantage l’analyse du mouvement en périnatalité,
- comprendre les adaptations posturales spontanées,
- mieux accompagner les femmes dans des positions qui respectent leur physiologie… et leur singularité.
Sources : Haworth L, Kaur I, Ahmed M, Topalidou A. Biomechanical assessment of upright birthing positions using marker-based and markerless motion capture systems. PLoS One. 2025 Dec 5;20(12):e0322970. doi: 10.1371/journal.pone.0322970. PMID: 41348720; PMCID: PMC12680173.
Mon avis : il est temps de mettre davantage en avant les capacités des femmes enceintes, et de les aider à percevoir leur corps et à gérer leur tonus musculaire, en particulier le tonus du psoas, des abdominaux et du périnée, en tenant compte de leur contexte bio-psycho-social.
Relaxine et diastasis péripartum de la symphyse pubienne : que nous dit la recherche ?
Une étude observationnelle récente s’est penchée sur le lien entre relaxine (RLX), poids du bébé et diastasis de la symphyse pubienne.
🔎 Les résultats sont éclairants :
👉 Les femmes présentant un diastasis avaient des taux de relaxine significativement plus élevés que les femmes sans diastasis (≈122 vs 170 µg/mL).
👉 Le poids néonatal était également plus élevé dans le groupe avec séparation.
👉 En analyse multivariée, relaxine et poids du nouveau-né ressortent comme facteurs indépendants associés à la survenue d’un diastasis.
En revanche, aucun lien entre taux de relaxine et sévérité de la séparation.
Le degré de diastasis était corrélé positivement à la douleur et négativement aux activités de la vie quotidienne.
🎯 En bref
La relaxine et le poids du bébé semblent contribuer à la probabilité d’apparition d’un diastasis, mais pas à son intensité. Ces marqueurs pourraient aider à identifier les femmes à risque, orienter le dépistage et guider l’accompagnement péripartum.
Sources : Wang Y, Li YQ, Tian MR, Wang N, Zheng ZC. Role of relaxin in diastasis of the pubic symphysis peripartum. World J Clin Cases. 2021 Jan 6;9(1):91-101. doi: 10.12998/wjcc.v9.i1.91. PMID: 33511175; PMCID: PMC7809669.
Modifications des dimensions pelviennes chez la femme enceinte : mythe ou réalité ?
La relaxine est souvent présentée comme responsable de la « laxité pelvienne » durant la grossesse. Pourtant, les données actuelles invitent à une lecture beaucoup plus nuancée.
🧬 Relaxine : ce que montre la science fondamentale
Les récepteurs à la relaxine chez l’humain sont identifiés au niveau des muscles (aponévrose et fascia), de l’utérus, du col utérin, du vagin, du mamelon et du sein, ainsi que sur certains ligaments périphériques (comme le LCA ou les lig MCP).
➡️ En revanche, aucun récepteur n’a été démontré sur les ligaments pelviens.
Nous ne disposons donc d’aucune donnée permettant d’extrapoler la laxité observée sur une articulation périphérique aux ligaments pelviens.
Les théories d’hyperlaxité pelvienne proviennent en grande partie d’extrapolations animales (cobayes, souris), où la distribution des récepteurs diffère de celle de l’espèce humaine.
🦴 Un bassin obstétrical moins “souple” qu’on ne l’imagine
Le bipédisme humain impose une stabilité pelvienne élevée : une laxité excessive compromettrait la locomotion.
👶 Le crâne du bébé, quant à lui, possède une réelle capacité de déformation et d’adaptation, souvent sous-estimée dans les discussions sur la mécanique obstétricale.
🧲 IRM : variations mesurées… mais quelle méthodologie et quelle importance clinique ?
Les IRM montrent des modifications statistiquement significatives des diamètres antéropostérieurs du bassin.
➡️ Cependant, leur amplitude est très faible (≤ 4.9 mm), ce qui interroge leur pertinence clinique.
📏 Des limites méthodologiques majeures
Effectifs insuffisants pour exclure l’effet de la taille, du poids ou de l’origine ethnique
👉 Variabilité intra-observateur : 1 à 19 mm
👉 Variabilité inter-observateur : 0 à 74 mm.
Ces écarts dépassent parfois les variations anatomiques mesurées.
➡️ D’autres pistes méritent d’être explorées, notamment autour du tonus de la paroi abdominale. Y a-t-il des diastasis de la symphyse dans les cas de grossesse non perçue (anciennement “déni de grossesse”) ?
🤰 Le dilemme obstétrical reste pertinent… mais probablement pas pour des raisons ostéo-articulaires
Les enjeux semblent davantage liés aux composantes psychosociales, à l'activité physique, à la préparation à la naissance, à la perception corporelle et à l’accompagnement périnatal.
⚠️ Autant une femme peut augmenter son tonus musculaire, de manière consciente ou non, autant elle a aussi la capacité de le relâcher. Elle reste pleinement actrice de son accouchement...
Sources :
CHARTREL, Nicolas et VAUDRY, Hubert. La relaxine: une ancienne hormone trouve enfin ses récepteurs. médecine/sciences, 2002, vol. 18, no 11, p. 1061-1063.
Halls ML, van der Westhuizen ET, Bathgate RA, Summers RJ. Relaxin family peptide receptors--former orphans reunite with their parent ligands to activate multiple signalling pathways. Br J Pharmacol. 2007 Mar;150(6):677-91. doi: 10.1038/sj.bjp.0707140. Epub 2007 Feb 12. PMID: 17293890; PMCID: PMC2013861.
Gachon B, Desseauve D, Fradet L, Decatoire A, Lacouture P, Pierre F, Fritel X. Modifications de la statique pelvienne et de la laxité ligamentaire pendant la grossesse et le post-partum. Revue de la littérature et perspectives [Changes in pelvic organ mobility and ligamentous laxity during pregnancy and postpartum. Review of literature and prospects]. Prog Urol. 2016 Jun;26(7):385-94. French. doi: 10.1016/j.purol.2016.02.001. Epub 2016 Mar 4. PMID: 26952013.
Pappa C, Gkrozou F, Dimitriou E, Tsonis O, Kitsouli A, Varvarousis D, Xydis V, Paschopoulos M, Kitsoulis P. Can maternal hormones play a significant role in delivery mode? J Obstet Gynaecol. 2022 Oct;42(7):2779-2786. doi: 10.1080/01443615.2022.2109139. Epub 2022 Aug 12. PMID: 35962554.
Ami O, Maran JC, Gabor P, Whitacre EB, Musset D, Dubray C, Mage G, Boyer L. Three-dimensional magnetic resonance imaging of fetal head molding and brain shape changes during the second stage of labor. PLoS One. 2019 May 15;14(5):e0215721. doi: 10.1371/journal.pone.0215721. PMID: 31091263; PMCID: PMC6519794.
Ami O, Maran JC, Musset D, Dubray C, Mage G, Boyer L. Using Magnetic Resonance Imaging During Childbirth to Demonstrate Fetal Head Moldability and Brain Compression: Prospective Cohort Study. JMIR Form Res. 2022 Nov 30;6(11):e27421. doi: 10.2196/27421. PMID: 36322921; PMCID: PMC9752457.
Haeusler M, Grunstra NDS, Martin RD, Krenn VA, Fornai C, Webb NM. The obstetrical dilemma hypothesis: there's life in the old dog yet. Biol Rev Camb Philos Soc. 2021 Oct;96(5):2031-2057. doi: 10.1111/brv.12744. Epub 2021 May 19. PMID: 34013651; PMCID: PMC8518115.
Reitter A, Daviss BA, Bisits A, Schollenberger A, Vogl T, Herrmann E, Louwen F, Zangos S. Does pregnancy and/or shifting positions create more room in a woman's pelvis? Am J Obstet Gynecol. 2014 Dec;211(6):662.e1-9. doi: 10.1016/j.ajog.2014.06.029. Epub 2014 Jun 17. PMID: 24949546.
Kjeldsen, Louise L et al. “Pelvic capacity in pregnant women, identified using magnetic resonance imaging.” Acta obstetricia et gynecologica Scandinavica vol. 100,8 (2021): 1454-1462. doi:10.1111/aogs.14168
Dunsworth HM. There Is No "Obstetrical Dilemma": Towards a Braver Medicine with Fewer Childbirth Interventions. Perspect Biol Med. 2018;61(2):249-263. doi: 10.1353/pbm.2018.0040. PMID: 30146522.
VanSickle C, Liese KL, Rutherford JN. Textbook typologies: Challenging the myth of the perfect obstetric pelvis. Anat Rec (Hoboken). 2022 Apr;305(4):952-967. doi: 10.1002/ar.24880. Epub 2022 Feb 24. PMID: 35202515; PMCID: PMC9303659.
Massage périnéal en fin de grossesse : un geste simple, des effets réels ?
Une étude récente publiée dans BMC Pregnancy & Childbirth (2025) s’est penchée sur un sujet qui revient souvent en consultation : le massage périnéal en fin de grossesse est-il vraiment utile… et surtout, est-il sûr ?
Les auteurs ont analysé 1'828 primipares au moyen d’un appariement par score de propension, une méthode robuste pour clarifier les effets d’une intervention en conditions réelles (massages effectués par des sages-femmes).
🔍 Ce que l’étude montre
Comparées aux femmes sans massage périnéal, celles ayant reçu 2 à 3 séances par semaine dès 36 SA présentent :
✅ Plus d’intégrité périnéale (2.2 % vs 0.5 %)
✅ Moins d’épisiotomies (16.3 % vs 21.2 %)
✅ Moins de déchirures du 2ᵉ degré
✅ Un 2ᵉ temps de travail plus court (1.27 h vs 1.42 h)
✅ Moins de rupture prématurée des membranes
✅ Moins d’hémorragie du post-partum
Aucun impact négatif observé sur :
• le risque de prématurité,
• les Apgar du nouveau-né,
• les complications infectieuses,
• les déchirures sévères (III–IV).
📊 Un point essentiel : la “dose” de massage :
L’étude montre une relation dose–réponse particulièrement intéressante :
👉 Autour de 7 séances, l’effet protecteur semble maximal (réduction de ~27 % de la sévérité des lésions).
🧭 Ce que cela soulève en clinique
Ce geste, relativement simple, gagnerait à être mieux intégré systématiquement :
• dans les suivis des primipares,
• dans les programmes de préparation à la naissance,
• et dans la communication interprofessionnelle autour de la prévention des traumatismes périnéaux.
Il reste bien sûr des questions ouvertes :
• Comment améliorer l’adhésion des patientes ?
• Quelle place donner à l’automassage vs massage professionnel ?
• Comment articuler cela avec les autres stratégies de protection périnéale ?
Sources : Zhang J, Cai F, Li Y, Xu M. Impact and safety of perineal massage in late pregnancy on delivery outcomes among primiparous women: a propensity score matching analysis. BMC Pregnancy Childbirth. 2025 Nov 26;25(1):1270. doi: 10.1186/s12884-025-08452-9. PMID: 41299371; PMCID: PMC12659469.
📘 Comment renforcer la préparation à la parentalité avant même la naissance ?
Une étude pilote intéressante publiée récemment dans Infant Mental Health Journal explore une idée simple… mais encore trop peu mise en pratique : et si la préparation des futurs parents commençait réellement au début de la grossesse et pas seulement au troisième trimestre ?
Pourquoi ça compte ?
Les premières semaines et mois de grossesse sont une période où s’entremêlent doutes, émotions, nouvelles responsabilités… mais aussi un moment clé pour installer des bases solides : de compétences parentales, de confiance et de coparenting.
Pourtant, la plupart des programmes prénataux arrivent tard, quand le quotidien est déjà happé par les préparatifs de l’accouchement.
Ce que montre l’étude PREP (pilot trial, 2025)
L’équipe de Herman et al. a testé un programme prénatal de 6 semaines, inclusif des partenaires, animé par des éducateurs non médicaux formés, et proposé entre 12 et 24 semaines de gestation.
🟢 Résultats intéressants :
Augmentation de la connaissance du développement du nourrisson chez les deux parents, directement après l’intervention.
- Hausse du sentiment de compétence parentale pour les couples du groupe intervention.
- Moins de stress parental chez les mères du groupe intervention après la naissance. Il est démontré que les enfants peuvent être particulièrement vulnérables au stress maternel durant les premier et deuxième trimestres de grossesse, en raison du développement neuronal et cérébral important qui se produit en début de gestation.
- Pas d’effets significatifs sur la qualité du coparenting, mais une tendance encourageante : les parents du groupe intervention étaient plus alignés dans leurs niveaux de stress.
L’étude souligne toutefois que sans suivi “booster”, les acquis tendent à diminuer après la naissance. Une piste à développer…
Celà montre l’intérêt d’une préparation prénatale :
- beaucoup plus précoce
- davantage centrée sur la relation au futur enfant
- incluant les partenaires
- accessible via des intervenants formés.
Cette approche pourrait réduire la charge mentale du postpartum.
Vers quoi aller ?
Et si l’on imaginait, dans nos régions et nos réseaux, des formats courts, accessibles, interprofessionnels… qui s’insèrent dans les suivis habituels du 1er et du 2e trimestre ?
- Des ateliers partagés sage-femme / psychologue ?
- Des modules en small-group autour du développement fœtal, de la communication dans le couple, ou de la lecture des signaux du nouveau-né ?
C’est peut-être là que se jouent les futures dynamiques familiales. Et ça mérite qu’on s’y attarde.
Sources : Herman RJ, Barcala-Delgado DI, Rowley CA, Craft AL, Pruett MK, Byatt N, Perry-Jenkins M. Partner-inclusive prenatal intervention to promote parenting readiness: Results from a pilot trial. Infant Ment Health J. 2025 Nov;46(6):633-652. doi: 10.1002/imhj.70033. Epub 2025 Jun 27. PMID: 40577128.
🔎 Grossesse, post-partum, IRM sacro-iliaques et faux diagnostics : un terrain glissant pour le clinicien ?
On parle souvent de l’ostéite condensante de l’ilium (OCI) comme d’une curiosité radiographique. Pourtant, lorsqu’on regarde de près les modifications sacro-iliaques liées à la grossesse et au post-partum, on réalise à quel point elles peuvent imiter une sacro-iliite inflammatoire… parfois au point d’orienter vers une axSpA sans que le tableau ne soit réellement pathologique.
Une étude prospective récente (1) apporte un éclairage précieux sur cette question :
👉 103 primipares, suivies en IRM à 20 SA, 32 SA, puis à 3, 6 et 12 mois post-partum.
👉 332 IRM analysées par trois lecteurs experts.
🔍 Ce qui ressort :
- La sclérose sous-chondrale iliaque augmente durant la grossesse et continue de progresser jusqu’à 12 mois post-partum (20 % → 46 %).
- Les zones les plus touchées : portion antérieure et moyenne des SIJ.
- Les lésions associées (œdème osseux, graisse, érosions) apparaissent fréquemment en post-partum… et ressemblent fortement aux critères IRM de l’axSpA.
- L’œdème osseux, notamment, reste présent chez une part non négligeable des patientes jusqu’à 12 mois.
- Les lésions graisseuses, absentes pendant la grossesse, deviennent plus fréquentes avec le temps.
Malgré tout cela : aucune corrélation avec la douleur n’a été démontrée.
Cela interpelle : combien de diagnostics de sacroiliite ou de suspicions d’axSpA reposent peut-être sur des images physiologiques du post-partum ?
Une étude monocentrique rétrospective (2) montre que 32 % des femmes enceintes présentent déjà un œdème inflammatoire sacro-iliaque sur IRM réalisée pour motif obstétrical, avant même l’accouchement.
Cela renforce l’idée que la grossesse elle-même peut générer des modifications IRM susceptibles d’égarer le clinicien.
🧭 Ce que cela change dans la pratique
Ces deux travaux suggèrent que :
L’IRM n’est pas toujours le juge de paix qu’on imagine dans ce contexte.
Certaines lésions — sclérose, œdème, graisse — pourraient être des signatures mécaniques/physiologiques du post-partum plutôt que des marqueurs inflammatoires.
Un seuil de sclérose ≥ 8 mm pourrait être exploré comme biomarqueur d’OCI… mais il reste préliminaire.
❓ La question clinique qui demeure
- Comment distinguer, en pratique quotidienne, les variantes physiologiques du post-partum d’une réelle sacro-iliite inflammatoire ?
- Et à quel moment décider qu’une image mérite un traitement immunomodulateur… ou simplement du temps et une prise en charge mécanique "éclairée" ?
Sources :
1: Evolution of osteitis condensans ilii-like sclerosis in first-time mothers by serial sacroiliac joint MRI during pregnancy and in the postpartum period. doi: 10.1016/j.ard.2025.08.007.
2: Atteinte des sacroiliaques en IRM au cours de la grossesse : étude rétrospective monocentrique : doi: 10.1016/j.rhum.2024.10.337
✨ 🔍 Interventions non pharmacologiques et douleur de l'accouchement.
Une revue systématique et méta-analyse récente (octobre 2025), regroupant 77 ECR et 8 805 parturientes, apporte un niveau de preuve substantiel concernant l’efficacité des interventions non pharmacologiques dans la gestion de la douleur du travail.
Les données montrent une réduction significative de l’intensité douloureuse à tous les stades de dilatation (3–4 cm, 5–6 cm, 7–8 cm et 9–10 cm), avec des effets notables pour :
• Acupression (LI4, SP6, GB21)
• Réflexologie plantaire
• Aromathérapie
• TENS
• Exercices sur ballon/swissball et mobilité pelvienne
• Massage
• Application de chaleur / douche chaude
Ces approches présentent un profil particulièrement intéressant pour les cliniciens :
➡️ Absence d’effets secondaires significatifs,
➡️ Compatibilité avec l’évolution physiologique du travail,
➡️ Potentiel de personnalisation selon le stade et le profil de la patiente,
➡️ Réduction possible du recours aux antalgiques pharmacologiques.
Même si une hétérogénéité méthodologique demeure (protocoles, timings, intensité des interventions), la convergence des résultats renforce l’intérêt d’une intégration plus systématique de ces outils dans les pratiques intra- et extra-hospitalières.
En pratique clinique, ces interventions peuvent être envisagées :
• comme options de première intention,
• comme compléments aux approches pharmacologiques,
• ou dans le cadre d’une démarche interprofessionnelle (ostéopathie, physiothérapie, sages-femmes, programmes de préparation à la naissance).
Cette revue souligne que la prise en charge de la douleur en obstétrique ne repose pas uniquement sur les approches médicamenteuses : plusieurs méthodes non pharmacologiques, validées par la littérature, peuvent enrichir l’expérience maternelle tout en préservant la physiologie du travail. Elles pourraient également contribuer à limiter l’altération du réflexe d'expulsion du fœtus.
Sources : Mohammed AA, Hazazi ZH, Alhumaidi BN, Alanezi S, Alshammari F, Alobaidly A, Mamanao DM, Zaman A, Suliman MH, Abdalla AA, Eltaher NS, Hamed WE, Taha AA, Sharawi GA, Swamy V, Fadlalmola HA. Efficacy of non-pharmacological interventions for labor pain reduction: A systematic review and meta-analysis. Afr J Reprod Health. 2025 Oct 30;29(10):207-228. doi: 10.29063/ajrh2025/v29i10.21. PMID: 41211878.