Depuis la création du Concours international d’arts plastiques, ce sont plus de 120 000 dessins d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes qui ont été produits, ont concouru et sont maintenant conservés à l’Artothèque « Mémoires du futur ». Si le Centre pour l’UNESCO, aujourd’hui Institut Mondial d’Art de la Jeunesse, a mis en avant année après année par de nombreuses expositions les créations les plus virtuoses par leurs qualités graphiques, le fonds lui-même, porte ouverte sur l’imaginaire et la créativité de la jeunesse, reçoit aujourd’hui une attention accrue.
C’est dans cette optique que l’intégralité du fonds a été récemment numérisé, étape indispensable pour une analyse informatique. Cette numérisation est suivie d’une collaboration nouvelle avec l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse, et plus précisément avec le Laboratoire d’Humanité Digitale du Professeur Frédéric Kaplan. Les humanités digitales se veulent la jonction entre l’informatique, les sciences de l’information et les sciences humaines et sociales. L’équipe de Frédéric Kaplan développe ainsi des approches informatiques innovantes pour gérer et analyser des corpus culturels à grande échelle, comme des textes, des images, ou des peintures. Et maintenant : des dessins.
Un des objectifs de cette collaboration est l’analyse informatique du contenu culturel du fonds conservé à l’Artothèque. Cette initiative est très innovante et réellement prometteuse, de par la diversité qu’on retrouve dans les dessins provenant de plus de 150 pays, par des jeunes de 3 à 25 ans sur une période totale de bientôt 30 ans. Une thèse de master est aboutie en 2022, comme première étape dans l’étude scientifique du fonds. Ravinithesh Annapureddy, étudiant dans le programme de master d’humanité digitale de l’EPFL en 2022, a travaillé sous la direction jointe de Frédéric Kaplan et Julien Fageot, chercheur en mathématiques et sciences de l’information. L’ambition du projet a été d’explorer la base de données des dessins pour y trouver des références culturelles et artistiques. Les algorithmes utilisés reposent sur des techniques récentes en intelligence artificielle, comme les réseaux convolutifs profonds, dont l’impact dans de nombreuses disciplines scientifiques est spectaculaire depuis une dizaine d'années. L’idée a été d’automatiser la recherche de motifs précis, qui seraient le marqueur indiscutable d’une influence culturelle ou artistique.
Le travail de Ravinithesh Annapureddy a posé les premières pierres à l’étude scientifique et informatique du fonds des dessins, qui n’en est qu’à ses balbutiements. Une collaboration internationale avec une école suisse renommée, et dont le premier chercheur est indien : nous restons bien dans l’esprit du concours international.
Julien FAGEOT
Texte adapté de l'article paru dans le bulletin de La Plume n° 27 - 2022.
Le rapport de cette première étude, en anglais, est à consulter ci-dessous :
Searching for visual patterns in a children’s drawings collection
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