Michel
Notre première rencontre date de 1965 ; jeune statisticien tu mettais en place en tandem avec ton ami Louis Hancart, frère d’armes, le service de statistique de la DDAF (direction départementale de l’agriculture) pour toi dans l’Eure, pour Louis en Seine-Maritime ; tu me sollicites pour des vacations d’enquêteur dans le Vexin.
7 ans plus tard je prenais ta succession à Evreux. J’y trouve un service parfaitement organisé, une équipe d’enquêteurs structurée, un secrétariat performant et stable avec Mlle Guilmet ; bonne ambiance et insertion dans la DDAF. Aussi j’y prends racine pour 27 ans.
Entre temps, mai 1968 ; membre du syndicat des SAD (Statisticiens Agricoles Départementaux) tu montes à Paris. Dans le bouillonnement des idées, tu portes deux revendications : le rattachement au corps des attachés de l’INSEE et la remise en cause des primes.
La première revendication aboutira rapidement, la deuxième devra attendre 20 ans, décision du gouvernement Jospin.
A Paris, au SCEES (service central enquêtes et études statistiques), profitant d’une bonne collecte de chiffres du recensement de l’agriculture de 1970, de l’existence des comptes de l’agriculture départementaux, de la puissance naissante de l’informatique, tu calcules par décontraction le revenu de chaque ferme de France, actualisant ainsi grandement la connaissance du territoire agricole. Un chantier énorme mené à bien par ta ténacité, sans nul doute le plus important de ta vie.
Statisticien en Corse, tu réussis l’exploit de marier ta rigueur du chiffre avec les libertés bien connues du département avec l’exactitude des déclarations.
Nommé statisticien régional de Poitou Charente à Poitiers, puis administrateur INSEE à la direction régionale de l’INSEE, ta bonne connaissance des métiers de la statistique agricole t’autorise à innover dans les études en lien avec les étudiants et les chercheurs.
A l’âge de la cessation d’activité professionnelle, tu t’investis dans le groupement des statisticiens de l’espace rural, Association désirant témoigner de la richesse du fonctionnement des services départementaux fermés brutalement en 2006,
Secrétaire de l’association, tu as été l’artisan de la construction du site (1), de la maintenance de la gazette de nos échanges et rencontres. A cela tu y as ajouté le musée virtuel, permettant ainsi à tous de comprendre le vécu d’une communauté de travail adaptée à un monde en évolution. Témoignant ainsi de notre organisation, de notre agréable ambiance de travail laissant place à l’initiative. Situation que nous envient aujourd’hui nos anciens collègues encore en activité.
Le souci de préserver quelques traces de tes travaux ne t’a pas échappé en remettant au groupement un exemplaire de tes principales publications et leurs méthodologies de conception.
Michel, tu nous as surpris dans ton agilité intellectuelle, lorsque nous recevant en ton appartement à Niort, en 2021, en marge d’une réunion de notre groupement, pour fêter la naissance d’Anatole, tu nous a expliqué comment, avec l’aide d’analyse ADN, tu avais confirmé l'existence d'une ancêtre de Martinique avec le statut d’esclave.
Un pied dans le futur, un pied dans le passé, comme les grands, tu nous forçais à entretenir l’estime de toi.
Michel tu as, en un temps trop court de vie avec ton épouse Janine, emportée par la non-maîtrise des risques professionnels, contribué à réaliser et à diffuser le livre sur ton oncle par alliance, Augustin-Alphonse Marty, celui qui organisa, durant la guerre 1914-18, le service de la Poste aux Armées, contribuant ainsi au maintien du moral des soldats et de leurs familles.
Aujourd’hui, parler de toi, c’est évoquer un esprit puissant, un homme puissant qui savait rester humble, qui ne prenait pas « la grosse tête ». Tu nous rappelles les attitudes et les convictions de l’instituteur laïc, hussard de la république croyant au progrès.
Tu cachais sous ton masque parfois bourru une grande humanité, une grande discrétion, une grande sensibilité et un grand sens de l'humour que tous ceux qui t'ont côtoyé de près ont tant apprécié et que tu as su conserver jusque dans les tempêtes de la vieillesse.
Au nom des membres du groupement des statisticiens de l’espace rural, de tes collègues de la statistique du ministère de l’Agriculture, nous tenions à apporter ce témoignage qui ne peut faire oublier la douleur de la séparation d'aujourd'hui mais peut-être aider à la rendre plus supportable à tous tes proches, ton fils Bertrand, à son épouse, à ton petit fils Anatole.
Souhaitons que le printemps précoce de 2026 face germer, bouturer, reproduire par tous les moyens modernes nos bons souvenirs de tes apports à la société.
Merci Michel
Jacques Caron Niort le 17-03-2026
(1) Site du groupement : www.https://sites.google.com/view/statisticiens-espace-rural/accueil