Tchad, du passé au présent
Le site de Soborom en avril 1994 (vue du nord vers le sud). Photographie (à contre-jour le soir de l'arrivée) Alain Beauvilain, ©.
Les sources chaudes de Soboroum, mars 1915, capitaine Roger Blaizot pdf de 13 pages
Roger Blaizot
17 mai 1891, Saint-Denis, Seine-Saint-Denis - 21 mars 1981, Écully, Rhône
Général de corps d’armée le 27 août 1946, commandant en chef des forces armées en Extrême-Orient le 22 avril 1948, Haut-commissaire adjoint de la République française en Indochine le 12 juin 1948, haut-commissaire par interim le 20 octobre 1948, Grand-officier de la Légion d’honneur le 3 septembre 1949, Roger Blaizot a commencé sa carrière en Afrique occidentale française en embarquant à Marseille le 30 mars 1914 pour être affecté au bataillon de tirailleurs sénégalais n°3, 1ère compagnie, à Zinder. Il y est promu lieutenant le 29 septembre 1914. En relève de la Colonne Löfler, il arrive à Bardaï en février 1915 en tant que chef du Secteur du Tibesti. Sa première reconnaissance sera d’atteindre Soborom. Il y séjourne en mars et en laisse cette description détaillée que personne d’autre ne fera. La Mission Dalloni se contentera de la reproduire.
Le docteur Rainaut avec trois autres Français ont été cités à l’ordre de l’Armée le 11 août 1917 et, le 5 mars 1920, les deux officiers ont été décorés de la Légion d’Honneur à titre posthume.
Cités à l’ordre de l’Armée au Journal officiel du 11 août 1917 :
« DUFFAU, sous-lieutenant ;
RAINAUD, médecin aide-major de 2e classe ;
MOREL, sergent fourrier ;
VASLIN, sergent,
Tués le 26 décembre 1916, à … en faisant bravement leur devoir dans un combat inégal. »
En fait, capturés le 29 décembre, présentés au sultan d’Agadès, Tégama, ils sont exécutés, décapités et leurs têtes exposées devant le palais de Tégama et celui de Kaocen, le chef des Sénoussistes.
Dans ‘Mission au Tibesti’ (Académie des Sciences de l’Institut de France, Mémoires, tome 61, 1934, 416 pages), chapître ‘Géographie, Esquisse régionale et structurale du Tibesti’, Marius Dalloni reprend pages 65-66 la description du capitaine Blaizot et ajoute les analyses des liquides. Ils sont très riches en acide sulfurique.
Burthe d’Annelet y passe la journée du 30 mars 1934 et en rapporte une longue description faite avec beaucoup d’emphase. Ainsi page 795 : « Les sources chaudes ont une valeur médicale bienfaisante et efficace. Peut-être sont-elles radioactives et possèdent-elles des propriétés spécifiques capables d’attirer dans l’avenir une clientèle et de mériter la construction d’un Établissement thermal à « Soboro-les-Bains » ? La carte qu'il dresse est très comparable à celle du capitaine Blaizot.
Burthe d’Annelet de (Lieutenant-colonel). À travers l’Afrique française. Du Sénégal au Cameroun par les confins libyens et au Maroc 1935 par les confins sahariens. Paris, Firmin-Didot, 1939, 1549 pages. Volume II, pages 789-796.
Pierre Vincent et Bernard Gèze parcourent le site de Soborom en décembre 1956 :
« Cinq kilomètres au sud-ouest de celle-ci (la caldeira du Tarso Voon), en tête de l’enneri Tegaham, se trouve le site remarquable des sources thermales de Soborom. Elles se localisent au cœur d'un dôme volcano-tectonique où affleure la série basalto-andésitique moyenne du Tarso Voon, tandis que les rhyolites, puis les basaltes supérieurs plongent de part et d'autre.
Sur une distance de près de cinq cents mètres, entre 2.400 et 2.300 m d'altitude environ, les roches sont transformées et colorées par des fumerolles et recouvertes par des incrustations de chlorure de fer, de chlorure d'ammonium, de gypse et de sulfates variés et de soufre. Un groupe supérieur comprend la « Source tonnante », grande marmite bouillonnante d'eau boueuse à 70° avec forte odeur de SO2, puis un soufflard à 90° ; un groupe central renferme une dizaine de sources et de volcans de boue avec des températures de 56 à 82°, ainsi que deux soufflards dont l'un très violent, rejette de la vapeur à 100° ; un groupe oriental prolonge le précédent avec des sources de 62 à 85° et deux soufflards à 80 et 90° ; enfin vers le sud, une seule source à 38° sort d'un bassin utilisé par les indigènes qui vont y soigner leurs douleurs et maladies de peau. Toutes ces eaux sont acides (acide sulfurique libre) et les boues sont faiblement radioactives. »
Gèze Bernard et Vincent Pierre, 1957. Les volcans du Tarso Yéga, du Tarso Toon, du Tarso Voon et de Soborom, dans le Tibesti central (Sahara du Tchad, A.E.F.). Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, séance du 25 novembre 1957, n°245, p. 1938-1940.
« La structure de Soborom. L’ancien champ fumérolien - dont les manifestations actuelles ne représentent qu’une partie - s’étendait sur environ un kilomètre de long et cinq cents mètres de large. Son activité s’est traduite par une altération profonde des basaltes anciens, particulièrement du niveau bréchique vert interstratifié ; au début seuls les feldspaths sont transformés, donnant des ponctuations kaolineuses, puis toute la masse s’éclaircit et prend l’aspect d’une rhyolite extrêmement compacte. Il a été reconnu aussi de nombreuses constructions siliceuses, en forme de termitière-cathédrale, pouvant avoir jusqu’à dix mètres de haut : elles sont identiques aux monticules qui se forment aux sorties actuelles mais ne dépassent plus un ou deux mètres de haut ; ces constructions siliceuses rappellent beaucoup les monticules de geysérites formés aux griffons des geysers ; si cette interprétation devait être retenue, le grand nombre et la taille de ces édifices indiqueraient qu’il y a eu là un ensemble hydrothermal grandiose (Le célèbre geyser ‘Old Faithfull’ du Yellowstone Park a un cône de geysérite de quatre mètres de haut seulement). »
Vincent Pierre, 1963. Les volcans tertiaires et quaternaires du Tibesti occidental et central (Sahara du Tchad). Mémoires du Bureau de recherches géologiques et minières n° 23, 307 pages, page 150.
L'ancienne 'source tonnante' en avril 1994. Photographie Alain Beauvilain, ©.
En avril 1994, à Soborom (« l’eau qui guérit »), la ‘Source tonnante’ ne tonne plus. La température maximale enregistrée sur un soufflard est alors de 107° C. Est-ce une augmentation réelle de la température ou la conséquence de l’utilisation d’un instrument thermométrique capable d'aller bien au-delà de 100°C dont disposait Ali Moutaye. Les petits geysers, encore existants en 1956, ont disparu et l'ensemble semble montrer une activité volcanique en net recul. Il n'a pas été noté de radioactivité particulière.
Le soufflard à 107°C. De aguche à droite Alain Beauvilain (géographe, Centre National d'appui à la Recherche, Ministère de l'enseignement supérieur), Pierre Vincent (volcanologue, professeur émérite, Université de Clermont-Ferrand), Najia Beauvilain (interprête-intendante), Ali Moutaye (géologue, Direction des recherches géologiques et minières, Ministère des mines), ©.