J’ai compris que mon séjour se passerait dans la banlieue. Une voiture m’attendait à la gare. Piotr est assis à l’avant, il donne des ordres au conducteur. Nous parlons lui et moi en nous regardant dans le rétroviseur. Nous traversons des quartiers anciens, places monumentales que je reconnais pour les avoir vues en photos. Il neige, il se mit à neiger. Les ailes blanches des oiseaux battaient dans le ciel des boulevards. Des nuages noirs emplissent le ciel où flottent des ballons qu’on voit pilotés par des êtres appartenant à plusieurs espèces animales mais de formats plus importants, effrayants ou grotesques. Échanges de tirs au laser. Plutôt rituels. La nuit vient trop vite. La banlieue, au contraire, apparaît dans un pâle soleil d’hiver. Ma chambre au premier étage ouvre sur une esplanade où est installé un cirque. Je découvre, sous ma fenêtre, son chapiteau et ses caravanes peintes de couleurs vives. Je respire l’odeur des fauves, je les entends se plaindre dans la nuit, raconter leurs histoires. Occupé la plupart du temps à jouer aux échecs avec des inconnus dans un café où je prends mes repas. Puis, les cours de linguistique que je donne dans une salle des festins équipée d’un tableau noir. Mes étudiants gardent la tête baissée sur les cahiers où ils écrivent. Je ne connais pas leurs noms, ni le son de leurs voix. Je ne suis pas certain de leur compréhension. Ils repartent en tramway. Ils regagnent les écoles où ils enseignent à lire à des enfants. Certains, arrivés au port, s’embarquent pour d'autres continents. De celui qui était le plus timide mais aussi le plus studieux, nous apprendrons qu’il a participé aux émeutes qui ont entraîné la chute de l’ancien président dans son lointain pays, émeutes dont il nous arrive de voir des images à la télévision sans pouvoir y intervenir, sans pouvoir endiguer leur violence, et qu’il occupe à présent un poste important auprès de celui qui l’a remplacé, mais pour combien de temps encore avant que la ville s'embrase de nouveau, nous n'osons y songer.
#Neige&sable