Vincent Van Gogh est né en mars 1853 et il arrive à Arles le 20 février 1888. Paul Gauguin est né en juin 1848. Il rejoint Van Gogh à Arles en octobre 1888, et il en repartira le jour de Noël, soit deux jours après le drame de “l’oreille coupée” qui se produit le 23 décembre. Le compagnonnage des deux hommes dans ce lieu aura donc duré soixante-trois jours à peine, durant lesquels chacun des deux aura produit, selon les spécialistes, une vingtaine d'œuvres remarquables. Puis, Van Gogh quitte définitivement Arles, le 8 mai de l'année suivante, pour l'asile d’aliénés du docteur Peyron à Saint-Rémy de Provence, ce qui signifie que son séjour à Arles aura duré à peine plus d’un an, et il meurt enfin à Auvers-sur-Oise en 1890, à l’âge de trente-sept ans.
Vincent arrive à Paris en mars 1886. Il s'installe d'abord rue Victor Massé, puis à Montmartre, 54 rue Lepic, avec son frère Théo. Avant Paris, le style de Vincent (période néerlandaise) est sombre et terreux (comme dans Les Mangeurs de pommes de terre). À Paris, au contact des Impressionnistes et des Néo-impressionnistes (Seurat, Signac), il découvre la théorie des couleurs complémentaires et la division de la touche. Il y fait la rencontre d'Henri de Toulouse-Lautrec dont la vigueur du trait et l'intérêt qu’il porte aux estampes japonaises auront une influence décisive sur son évolution. Puis, à la fin de l'année suivante, il rencontre Paul Gauguin par l'entremise de son frère Théo qui est alors gérant de la succursale de la galerie Boussod, Valadon & Cie (successeurs de Goupil & Cie), située au 19 boulevard de Montmartre, et qui commence à exposer et vendre des tableaux de Gauguin, en particulier ceux peints en Martinique, qui fascinent les deux frères.
Lorsqu'il quitte Paris pour Arles, en février 1888, c’est pour y chercher la "lumière du Japon". Vincent passe en quelques semaines de l'expérimentation parisienne (pointillisme, touches hachées) à une synthèse caractérisée par des aplats colorés et une intensité chromatique accrue, influencée par le cloisonnisme de Gauguin et d’Émile Bernard.
Durant les soixante-trois jours qu'à duré le compagnonnage arlésien des deux hommes, Montmartre était en arrière-plan de leurs échanges et de leurs travaux, et c’est d’ailleurs à Paris que Paul retourne aussitôt après. Tout se passe comme si une racine souterraine reliait, tout le long de la voie de chemin de fer, le foisonnement de la peinture montmartroise et celui provoqué par Van Gogh à 686 kilomètres de là.
L’histoire de l’art est un rhizome. Les hauts lieux de l’art sont des cépées, c’est-à-dire comme des rejets, des floraisons, des touffes de jeunes tiges qui apparaissent, ici ou là, sortant d’une souche dont il est impossible de dire d’où elle part en premier. Quand il a pris le train pour Arles, Van Gogh emportait avec lui la leçon des Impressionnistes et Néo-impressionnistes montmartrois, mais aussi, à travers eux, l’exemple des estampes japonaises. Puis il est mort, puis, très vite, des amateurs sont accourus du monde entier pour voir ses œuvres dans les expositions qui lui étaient consacrées.
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