Toutes les frontières observées sur ce parcours sont issues des découpages del’époque soviétique.
L’immense majorité de ces tracés n’a pas été remise en cause après l’effondrement de l’Union mais des conflits ont éclaté essentiellement lorsque des minorités culturelles compactes ( sur un territoire historique, bien défini) se sont opposées à la nation titulaire.
Arméniens d’Azerbaidjan,
Abkhazes ou des Sud-Ossètes en Georgie
Tchétchènes en Russie
Russes en Moldavie
Russophones en Ukraine
Dans chacun de ces exemples, les parties en conflit bénéficient également de l’appui d’un acteur régional : le plus souvent la Russie, mais également la Turquie pour ce qui concerne le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaidjan, ou l’UE dans le cas de la Moldavie.
D’autre part, chacun de ces exemples met en évidence la difficulté qui naît de la juxtaposition entre frontières internationalement reconnues et frontières de fait - et on a vu à cet égard la fluidité des frontières de facto et le phénomène de borderization.
Nous avons également observé d’autres types de tensions frontalières:
La frontière contestée entre la Russie et le Japon, qui relève de la rivalité de puissance sur 4 petites iles du Pacifique
Des tensions autour de l'accès aux ressources, comme entre le Kirghizstan et l'Ouzbekistan
Des tensions aiguës, bien que latentes, sur la zone de contact entre la Russie et l’OTAN
Une tension croissante sur la facade arctique, avec la sécurisation de la Route maritime du Nord.
Enfin, une frontière mouvante : celle de l’Ukraine, qui nous rappelle en outre que face à un voisin révisioniste, les frontières soviétiques peuvent rapidement et brutalement être remises en causes.
Enfin, le parcours géopolitique a permis de mettre en évidence des frontières sans histoires avec les Etats qui coopèrent avec Moscou: les frontières avec le Belarus, le Kazakhstan, l’Azerbaidjan, la Mongolie, la Chine et la Corée du Nord sont ouvertes et favorisent les échanges.
Avant de cloturer ce parcours sur les frontières, j’aimerais souligner un nouveau champ de recherche non moins important mais peu exploré dans la géopolitique classique: les frontières du cyber espace, dont l’importance est naturellement cruciale aujourd’hui.
Une équipe de chercheurs francais (à l’IFG) a réussi a défricher ce thème et à mettre en place une expertise de pointe tout en restant parfaitement intelligibles pour les néophytes. Je vous en livre l’idée de base, en vous invitant à creuser si le sujet vous intéresse.
Pourquoi Internet est un élément clé de la géopolitique des frontières ?
Dans le monde moderne, les frontières sont aussi numériques. Internet joue un rôle essentiel dans la manière dont les États exercent leur souveraineté, protègent leurs informations et contrôlent l’accès aux données.
Voyons comment cela s’applique aux trois niveaux du cyberespace (voir sur ce point les travaux de l'IFG-GEODE).
1. Le niveau physique : contrôler les infrastructures pour imposer une souveraineté
Les câbles sous-marins, les serveurs et les satellites sont des infrastructures stratégiques. Celui qui les contrôle détient le pouvoir sur l’accès à Internet.
La Russie cible les câbles et les serveurs dans les territoires occupés en Ukraine. En prenant le contrôle des infrastructures locales, elle peut imposer son propre réseau et empêcher l’accès aux services ukrainiens.
Les pays développent leurs propres satellites et réseaux pour éviter toute dépendance à des infrastructures étrangères, notamment américaines.
2. Le niveau logique : redéfinir les frontières numériques
Les interconnexions et protocoles de routage déterminent qui peut accéder à quoi. En contrôlant ces flux, un pays peut imposer des frontières numériques et limiter les connexions extérieures.
En Ukraine, les territoires occupés sont coupés du réseau ukrainien et intégrés au réseau russe, derrière les pare-feu et la censure du Kremlin.
La Russie a mis en place le "RUNET" (2019), un système de filtrage et de contrôle qui empêche l’accès à de nombreux sites occidentaux et impose une frontière numérique stricte.
3. Le niveau informationnel : manipuler l’espace médiatique
Au-delà des infrastructures et des connexions, l’information elle-même devient une arme géopolitique. Les États mènent des opérations de désinformation et influencent l’opinion publique à travers le cyberespace.
La Russie utilise des campagnes de désinformation massives sur les réseaux sociaux pour influencer les élections à l’étranger ou justifier ses actions en Ukraine.
Lors des conflits, des acteurs malveillants créent et diffusent de fausses informations pour semer la confusion et influencer les populations.
Le numérique est donc devenu un élément clé de la souveraineté des États. En contrôlant les infrastructures, le routage et les flux d’informations, un pays peut étendre son influence, protéger son espace numérique ou attaquer celui des autres.