Les pays riverains de l’Arctique sont au nombre de huit :
Le Canada,
Le Danemark (via le Groenland),
La Finlande,
L’Islande,
La Norvège,
La Russie,
La Suède et
Les États-Unis (via l’Alaska)
Cinq d’entre eux possèdent également des mers territoriales s’étendant à 12 milles marins au nord de leurs côtes (les pays ont la pleine souveraineté sur leurs eaux territoriales) et des zones économiques exclusives (ZEE) s’étendant à 200 milles marins au-delà de la ligne côtière.
💡 Les règles relatives à la propriété dans l’Arctique sont établies par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982.
Une fois qu’un pays a ratifié la CNUDM, il dispose de dix ans pour revendiquer un plateau continental étendu au-delà de sa ZEE, ce qui a déjà été fait par le Canada, le Danemark, la Norvège et la Russie.
La répartition géographique de la zone arctique semble donc clarifiée depuis l’entrée en vigueur de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer en 1994.
📍 Cependant, plusieurs disputes restent ouvertes, notamment celle qui concerne la dorsale de Lomonossov. Cette dorsale est une chaîne montagneuse sous-marine qui traverse l’océan Arctique sur 1800 km. Riche en ressources, elle continue de faire l’objet d’un contentieux territorial entre la Russie, le Canada et le Danemark.
Sur le plan économique, l’Arctique représente un enjeu colossal pour la Russie qui dispose, de loin, de la plus grande frontière sur la région : 7000 km de bout à bout.
Pour la Russie qui ne dispose que de très peu de débouchés maritimes « utiles », le réchauffement climatique présente un avantage commercial évident : la fonte des glaces rend les routes maritimes arctiques de plus en plus longtemps praticables. Cela permet non seulement aux navires russes de naviguer, mais également de donner à Moscou les clefs de la « route maritime du nord » à ses partenaires et d’en récolter les bénéfices.
Voici deux tracés de routes maritimes.
En bleu, le tracé du passage du Nord-Est.
En rouge, le tracé traditionnel reliant l’Europe à l’Asie du Sud-Est. Un simple regard sur les routes commerciales maritimes permet de deviner d’emblée les grands enjeux géopolitiques.
Quels sont les détroits ou les zones critiques pour les navires qui empruntent la route traditionnelle ?
Que nous enseigne l’actualité internationale à cet égard ?
Quels sont les avantages de la route du Nord-Est ?
Quels sont les inconvénients de la route du Nord-Est ?
Dans cette deuxième carte, la portion en pointillés correspond à la portion de la route qui se trouve sous contrôle russe, et que l’on désigne sous le nom de «route maritime du nord». La « route maritime du nord » fait donc partie du «passage du nord-est».
La route maritime du nord (RMN) s’étire sur une longueur de 5600 km. D’ouest en est, elle parcourt les mers suivantes : mer de Barents, mer de Kara, mer de Laptev, mer de Sibérie orientale, mer des Tchouktches et détroit de Béring.
Pour emprunter cette route, qui reste gelée pendant de longs mois (d’octobre à juillet), la Russie recourt à une flotte de brise-glaces à propulsion nucléaire.
Ces brise-glace, hérités de l’époque soviétique et renouvelés depuis une quinzaine d’années, permettent de dégager la route maritime grâce à la robustesse des coques des navires et à leur puissance motrice.
La propulsion nucléaire présente l’avantage de l’autonomie (absence de ravitaillement), de l’absence d’émissions de gaz, mais présente les risques classiques du nucléaire : risque d’accident et risques liés au traitement des déchets.
Actuellement, la Russie est la seule puissance à disposer d’une flotte de brise-glaces à propulsion nucléaire (gérée par l’agence publique russe Rosatomflot). La Chine a toutefois annoncé en 2019 son intention de se doter de ce type d’engins.
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Gaz naturel liquéfié : Novatek
Nickel et cuivre: Nornickel
Plus d’infos: rapport Bellona 2024
Le contrôle des voies de navigation arctiques est déterminant pour l’exportation des ressources naturelles du Grand Nord : par exemple pour le nickel et le cuivre (NorNickel), mais surtout pour les hydrocarbures, en particulier au départ de la région de Yamal (principalement Novatek). L’exportation du gaz naturel liquéfié, qui a considérablement augmenté depuis la destruction des gazoducs Nord Stream en 2022, dépend de la fluidité du trafic maritime dans l’Arctique.
Sur le plan stratégique, l’Arctique est considéré par Moscou comme pivot de la puissance russe.
Depuis 2001, les documents stratégiques soulignent l’intérêt du Kremlin pour le développement des capacités économiques et militaires russes dans la région arctique.
En juillet 2007, l’expédition « Arktika » vient planter le drapeau russe sur les fonds marins. Dans la foulée, Vladimir Poutine contresigne une série de documents axés sur la politique russe en Arctique, soulignant l’intérêt national pour cette région : les fondements de la politique de la Fédération de Russie dans l’Arctique à l’horizon 2020 et au-delà (18 septembre 2008) puis la Stratégie de sécurité nationale (mai 2009) qui indique la volonté russe de protéger ses frontières et d’étendre sa souveraineté nationale.
En 2010, l’Académie des Sciences de Russie dévoile le résultat de son étude sur les ressources en pétrole et en gaz des océans du monde. La proportion d’hydrocarbures présente dans l’Arctique ne laisse plus de doute quant à l’importance stratégique de la zone :
Océan Pacifique : 10 milliards de tonnes de pétrole et environ 25.000 milliards de m3 de gaz
Océan Atlantique : 35 milliards de tonnes de pétrole et 65.000 milliards de m3 de gaz
Océan Indien : 40 milliards de tonnes de pétrole et 70.000 milliards de m3 de gaz
Océan Arctique : 90 milliards de tonnes de pétrole et 250.000 milliards de m3 de gaz.
En 2014, la doctrine militaire russe mentionne pour la première fois l’Arctique dans les priorités des forces armées. Aujourd'hui, la priorité arctique ne laisse plus de doute: comme l'a rappelé V. Poutine lors du Forum économique asiatique de 2022, "l'Extrême-Orient, et bien sur l'Arctique, sont l'avenir de la Russie"
La zone arctique représente un enjeu stratégique primordial à plusieurs égards.
Hydrocarbures. La région arctique représente un nouvel eldorado énergétique pour la Russie. L’accès à ce gigantesque potentiel est facilité par la fonte des glaces mais reste tributaire de difficultés techniques considérables liées aux conditions géologiques et climatiques ; l’exploitation des hydrocarbures de l’Arctique a commencé par les installations de Yamal LNG et Arctique LNG mais sont appelées à se développer à l’avenir.
Commercial. Moscou table sur la route maritime du Nord pour s’imposer dans le commerce maritime mondial (un objectif poursuivi depuis l’époque impériale et le fameux accès aux mers dites « chaudes ») mais compte aussi sur la rente que génèrerait l’utilisation de ces voies navigables par d’autres acteurs. Ici, deux options se côtoient: favoriser le passage des navires commerciaux pour récolter les droits de transit, ou contrôler strictement la région pour asseoir la souveraineté et assurer la sécurité nationale.
Stratégique. La Russie ne cache pas ses intentions de « protéger » ses côtes septentrionales par une présence des services de renseignement et de l'armée renforcée.
Pour répondre à ces trois catégories d’intérêts, le gouvernement russe a mis en place une stratégie politique, juridique et financière adaptée.
La Flotte du Nord a été restructurée pour coordonner, depuis Mourmansk, toutes les unités militaires dans l’Arctique (2014).
Le centre de commandement devient une unité administrative indépendante aux côtés des autres districts militaires (2019).
Ces réformes soulignent la priorité accordée à la côte arctique dans les plans stratégiques russes.
En décembre 2017, le gouvernement a concédé l’autorité sur la route au ministère des Transports et à Rosatom (l’agence nationale pour l’énergie atomique qui fournit les brise-glace nucléaires).
Un corpus législatif resserré encadre le droit de navigation sur cette route : les navires de guerre étrangers doivent notifier leur passage 45 jours à l’avance (y compris pour la haute mer), et il est interdit aux navires étrangers de transporter pétrole, gaz ou charbon par cette route.
Le contrôle politique et juridique russe sur la route arctique laisse donc apparaître le souci sécuritaire de la fédération de Russie qui (r-)établit, depuis 2013-2014, un chapelet d’infrastructures stratégiques tout au long de ses côtes septentrionales : en effet, ce sont en tout 14 bases militaires qui ont été modernisées ou installées le long de la Route du Nord.
Ces bases ont une vocation à la fois défensive (pour protéger les infrastructures critiques russes, y compris les infrastructures militaires elles-mêmes) et offensive (faisant face aux côtes septentrionales des États-Unis ou de l’OTAN).
Certaines infrastructures ont été modernisées pour devenir opérationnelles en Arctique ; d’autres ont été construites pour répondre aux nouvelles ambitions sur la Route du Nord. Ainsi, les bases aériennes de Nagurskoye ou de Temp qui ont été installées sur les îles les plus septentrionales de la Russie. La Russie déploie également un réseau satellitaire entièrement nouveau pour la surveillance et l’assistance aux infrastructures terrestres et maritimes de l’Arctique. L’ensemble de ces moyens militaires implique les forces armées mais également les services de sécurité, aux premiers rangs desquels le FSB (service de renseignement) et le service des Garde-Frontières qui en dépend, ainsi que le service de renseignement militaire (GRU).
[2] Boulègue, M. (2019). Military infrastructure and logistics in the Russian Arctic. In Russia’s Military Posture in the Arctic: Managing Hard Power in a “Low Tension” Environment (pp. 7–12). NATO Defense College.