Mané : d’espoir il n’est plus question

« Il n’était pas prêt du tout, c’était encore un bébé et il a grandi en quelques heures. Il a quitté Metz comme ça mais il n’y pouvait rien. On l’a mis dans l’avion »

On peut déceler dans les mots d’Olivier Perrin rapportés par France Football l’inquiétude d’un second père, qui voit partir son enfant trop tôt dans les tourbillons d’un monde déshumanisé, celui du football européen de haut niveau. L’actuel directeur de la formation du FC Metz, alors dirigeant de l’académie Génération Foot à Dakar, sait tout le talent que contient en lui le jeune Mané, mais sait aussi qu’une carrière ne se joue pas uniquement là-dessus. Surtout lorsque l’on est déjà, à son insu, le sauveur d’un club.

De la Plaine aux sommets

Nous sommes le jeudi 30 août 2012, et Sadio Mané ne verra pas Petit-Quevilly qui attend les Grenats deux jours plus tard. Dans la lignée de Kalidou Koulibaly, qui deux mois plus tôt a rejoint le KRC Genk, Sadio lui aussi sera l’actif qui permettra au FC Metz de rebâtir financièrement un club détruit par sa descente en National la saison précédente.

L’enveloppe déposée sur le bureau de Bernard Serin par le Red Bull Salzbourg est volumineuse. Quatre millions d’euros, plus les intérêts que toucherait le club formateur, ça ne se refuse pas. Finies les parties de Uno à la Plaine des Jeux et le squattage de la chambre 16. Place au laboratoire autrichien, dans un projet qui n’aurait pas pu mieux lui convenir.

Car tout va trop vite dans la jeune carrière du sénégalais. Six mois en U19, puis six mois en réserve, une entrée en jeu et un pénalty provoqué : Sadio Mané élimine les obstacles avec vitesse et sûreté. Le tout dans un calme et un manque d’exubérance qui paraissent à l’opposé d’un joueur offensif de son talent. Sadio Mané, on l’entend peu, mais sur le terrain on le voit tout de suite.


Stakhanovisme et Gegenpressing

C’est donc tout naturellement que Mané s’adapte avec facilité à un football expérimental basé, sous les ordres de Roger Schmidt, à un pressing tout terrain dès la perte de balle et sur l’appétit de ses futurs grands noms, comme Peter Gulacsi, Kevin Kampl ou encore Naby Keita. Mais la figure de proue de ce projet, c’est le jeune Sadio.

Car même si sa parole n’est pas d’évangile en terres messines, Dominique Bijotat avait vu juste : « Sadio avait une qualité : il aimait bosser ». Et c’est ce qui caractérise le parcours fluide de Sadio Mané jusqu’au Wanda Metropolitano aujourd’hui : un caractère travailleur récompensé par des saisons pleines. Depuis 2011, Sadio Mané joue en effet en moyenne 35 matchs par saison toutes compétitions confondues, dépassant chaque saison la barre des 10 buts. Il traversera son unique période de doute de novembre à mars 2016, terminant néanmoins co-meilleur buteur du club et ponctuant sa saison d’un sublime triplé face à Manchester City, ne laissant alors qu’un regret à Ronald Koeman : ne pas l’avoir vu plus constant sur l’ensemble de la saison.

Car l’entraîneur hollandais sait que l’envol n’est pas terminé. La place de Sadio Mané est dans un très grand club, prônant le jeu offensif et l’activité à outrance. Qui de mieux alors que Liverpool, qui débute alors sa deuxième année sous l’ère Klopp ? Le staff des Scousers a fait le ménage offensivement : exit les Ibe, Allen, Benteke et autre Balotelli, l’heure est au Hard Rock Football. La suite, on la connaît, et elle mène à ce soir de finale.

Au-delà du beau jeu

Un soir de finale qui réunit l’attaquant et son entraîneur sous le même constat : le Liverpool de Klopp n’a toujours pas remporté le moindre titre, malgré une saison à 97 points. La confrontation de ce soir face aux Spurs de Tottenham est plus propice que jamais à récompenser la relation entre un coach à la philosophie de jeu bien définie et l’une de ses premières recrues lorsque celui-ci avait les pleins pouvoirs à l’été 2016. Sadio Mané est en effet un diamant qui a pris le temps de polir, ajoutant à son talent offensif la dose de travail défensif que requiert le football tout-terrain de son mentor. Et cette année sonne comme une consécration.

Car bien que l’on voie Sadio Mané, et notamment ici sur les bords de Moselle, surtout comme le jeune et virevoltant ailier numéro 33 qui scintillait dans la pénombre, il est l’heure pour le numéro 10 des Reds, à 27 ans, de devenir un grand champion. Il restera forcément un peu de Saint-Symphorien en lui, mais il mérite bien plus.

@Garnier_Ben