Graouz : "Vivre Ultrà, pour vivre."

Incontournable, bien que parfois bousculée, des tribunes messines depuis 1997, la Horda Frénétik fête ce 8 août ses vingt-deux ans d'existence.

Et puisque la East Side Story messine n'est pas prête de s'arrêter et qu'il n'y a pas que les joueurs qui préparent la saison à venir, on est allés à la rencontre de "Graouz", le capo du groupe, pour en savoir un peu plus sur la vie du groupe actuellement. Entretien avec un Hordiste perché.

Avant tout, parlons célébration. La Horda fête aujourd’hui ses 22 ans, qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Chaque date anniversaire est l’occasion pour les Hordistes d’apprécier leur investissement dans la vie du groupe et dans l’écriture de cette belle Histoire. C’est l’anniversaire d’un groupe mais c’est surtout l’occasion de remercier tous celles et ceux qui participent saisons après saisons à l’épanouissement de la HF. Que tu en sois le capo, le responsable tifo, l’organisateur des deps, le mec au tambour, celui assis au fond du bus, le sympathisant qui vient chanter dans le bloc à domicile, celui qui prend sa carte au groupe, etc… Tu fais partie de la vie de la Horda, à ton rythme et avec ton propre investissement. Donc bon anniversaire à toi et longue vie au groupe !


Si tu devais choisir LE moment charnière de ces dernières années dans la vie du groupe, ce serait lequel ?

Il est difficile d’isoler un seul moment spécifique car il y a eu plusieurs évènements majeurs. D’un point de vue global, ce sont principalement des évènements négatifs qui ont affecté le groupe. Puis il y a eu des moments plus ciblés, qui portaient sur des activités spécifiques du groupe (animation, déplacements, relations extérieures), et c’était plutôt positif. Retenons, pour diverses raisons, le match commémoration à Kaiserslautern pour notre frère Juri, le déplacement au Paris FC l’année dernière, les spectacles pyrotechniques réalisés et l’épisode de l’entrecôte de Malik à Rennes (seuls les présents savent, comme on dit).


La saison dernière a été celle de la montée et du retour en Est Basse depuis le fameux retour surprise contre Orléans. Avec du recul, quel regard tu portes sur la saison en Horda ?

Ca restera une saison de « transition », comme on en a malheureusement l’habitude depuis quelques saisons. Je dis « malheureusement » car la routine et la stabilité ont leurs avantages, ils facilitent l’organisation, les animations, et me laissent un peu plus de temps libre.

Mais d’un autre côté, c’est le quotidien d’un groupe Ultra que d’être constamment confronté à l’imprévu, à devoir s’adapter à la situation, à prendre des décisions dans le feu de l’action. Quiconque a fait des déplacements chauds, a croisé un autre groupe sur une station, a vu le parcage visiteur s’exciter, sait qu’être Ultra c’est évoluer dans un environnement aléatoirement instable, hostile, nouveau, où la frontière entre responsabilités et passion est souvent très mince.

Le bloc a pu se reconstituer progressivement, et on devrait rester sur cette dynamique cette saison. A chacun de s’abonner, prendre ses billets en avance, pour rejoindre la Horda dans la Tribune Est Basse et l’aider à animer correctement le stade !

On parle beaucoup de l’intersaison du club, mais pas de celle de ses supporters. Comment ça c’est passé côté Horda ?

Il y a du nouveau, libre à chacun de venir s’intéresser à la vie du groupe et se renseigner sur les décisions prises et actions réalisées cet intersaison.

Autrement, c’est la routine. J’ai personnellement besoin de cette coupure, pour récupérer un peu d’espérance de vie après tous ces matchs consommateurs d’énergie, mais aussi pour créer ce manque, qui se concrétise en besoin, celui de retrouver ce parfum envoutant quand tu entres dans les gradins et que le show commence …

Attaquons maintenant ce qui arrive. La Ligue 1 nous offre le parcage de la Meinau en plat d’entrée. Malgré la répression, 600 messins seront présents en parcage. Est-ce que c’est pas le match parfait pour lancer une saison ?

Aller à « Stras’» pour le premier match de la saison, c’est abandonner toute certitude tant le spectre des probabilités est grand. D’un point de vue tribune, dans le contexte actuel, ce match représente un « tout à perdre » en cas de débordements. J’espère que chacun a ça en tête et qu’en terme d’intérêt, tout le monde saura prioriser le FC et les encouragements…

C’est également l’occasion de se confronter vocalement à un bonne tifoseria (même si ça fait mal de le dire). Aux 600 Messins de donner de la voix et de se faire entendre auprès des joueurs.

Pour le côté sportif, indéniablement une victoire au derby lance parfaitement une saison ! A l’inverse, on enchaine par la suite des gros matchs et une première défaite chez les cigognes ne nous mettrait pas dans les meilleures conditions possibles.

Hauts les cœurs, hissons les drapeaux, allons gagner chez les knacks !!

La Horda a remis en place un système de cartage pour cette saison. Au-delà de gratter quelques euros, ça signifie quoi du coup être membre Horda ?

Alors petite précision à ce sujet. Prendre la carte HF, offre des avantages (notamment l’abo à 99€). Il est aussi précisé lors du cartage et dans les différentes coms’ qu’on fait : prendre la carte ne signifie ABSOLUMENT PAS être Horda. Ce serait bien trop facile.

Disons que la carte permet à chacun d’encourager et d’aider la Horda à animer le stade, à hauteur d’un investissement de 10€ qui nous aidera pour les tifos.

Pour devenir Hordiste, il faut investir de sa personne. Il faut « apporter au groupe avant que le groupe ne t’apporte quelque chose ».

Comment faire ? Avec TON temps, et TES moyens, commence par chanter dans le bloc. Ramasse un drapeau, agite-le. Viens à la mi-temps voir s’il y a des gadgets à acheter. Inscris-toi à un déplacement, demande si une prépa tifo est organisée, noue des contacts dans la tribune. Petit à petit tu seras convié aux évènements, et tu pourras participer de façon active à la vie du groupe.

D’ailleurs, vu que tu es un peu la voix du groupe, quel est le message que tu veux adresser à tous ceux qui vont venir en Est Basse cette année ?

Forcément … "CHANTE BATARD !!"

Si tu viens en Est Basse, qu’importe ton secteur, ton profil, tes attentes. Le seul message que je voudrais te transmettre, c’est de nous aider à animer la tribune, le stade. Aide-nous à encourager les joueurs et à favoriser une victoire.

Libre à toi de comment tu t’y prendras. Nous rejoindre dans le bloc et chanter avec nous, c’est top. Mais tu peux aussi, depuis ta place, reprendre des chants, frapper dans tes mains, te lever lors des appels à la mobilisation dans la tribune ! C’est déjà suffisant, et c’est très appréciable pour nous. Tu peux aussi venir acheter une écharpe, participer à une quête, nous accompagner à un déplacement…

On ne demande pas que toute la tribune Est basse soit debout, à gueuler pendant 90min et à agiter des drapeaux partout (enfin … perso c’est mon rêve, voire objectif ).

Mais simplement que chacun participe, à SA façon, à l’animation de sa tribune.

Dernière question, en mode psychothérapie : t’es souvent torse poil, sur un perchoir, devant 300 personnes. Est-ce que la Horda c’est pas finalement la meilleure façon d’assumer ton penchant exhibitionniste ?

Et encore, si l’on en croit certaines rumeurs de « tenues » au fond du bus à 4h du mat' les retours de dep' …

Plus sérieusement. Plus de 10 ans que je grimpe sur des perchoirs, des grilles, des estrades. Au tout début c’était seulement l’avènement des forums, on découvrait le mouvement dans les stades adverses, et dans les comptes-rendus sur internet. J’ai aperçu des capi entrainer toute une foule, torse nu. Lorsque j’ai commencé à le faire, je m’en suis inspiré. C’est une sorte de rôle à jouer dans la tribune, c’est assez théâtral. A chacun sa ou ses techniques pour maximiser la motivation : l’autorité, l’humour, les discours, la folie, le visuel, etc... Quand tu es jeune et que tu grimpes pour la première fois, il faut te battre et persévérer pour t’imposer, et surtout pour donner envie aux plus anciens ou aux habitués de suivre les conseils de ce p'tit jeune qui leur dit quoi faire.

Finalement c’est resté (j’entends dans le fond que ça s’est même accentué). C’est de la communication, ça donne une certaine image de passion, de brin de folie, de déconnexion totale. Sans tomber dans la caricature ni une pseudo-volonté de rébellion ou de démarcation hautaine. Si j’en viens à seulement avoir mon écharpe nouée sur le haut du corps, c’est que soit l’ambiance est jouissive à un point où ça me met dans un état de transe - et là c’est purement physique, j’ai beaucoup trop chaud-, soit c’est un moyen ultime de motiver la foule, après avoir usé des autres techniques :

"Vous voulez pas être kaos, foutre un bordel festif, colorer et animer le stade malgré ce 0-0 merdique de lundi soir de janvier ? Ok, j’ai pas besoin de vous."

Tu me suis ou tu me suis pas, moi j’aurai –littéralement- tout donné pendant 90min, et toi, tu vas te contenter de mater le match et de t’être privé d’avoir VÉCU ta passion ?


Vivre Ultrà … pour vivre !

Propos recueillis par @Garnier_Ben, aka "P'tit Ben"


Un grand merci à Graouz pour sa disponibilité