Le Nom, l’identité de l’objet même est intimement associé à l’image et aux souvenirs qu’il nous renvoie. Il était donc important d’en trouver un qui soit le paradigme de ce gâteau unique, à la fois représentant du signifié et du signifiant et de son histoire européenne.
Voici les différents noms que l’on trouve dans le monde et leur propre signification dans chaque langue :
en Roumanie (1) : Colac secuiesc (Col de Szekler)
en Slovaquie (2) : Trdelník (vient de l’outil Trdlo)
en Autriche (3) : Prügelkrapfen (Beignet à fouetter)
en Lituanie (4) : Šakotis (Fourchette)
au Japon (5) : バウムクーヘン (Gâteau arbre)
en Hongrie : Kürtőskalacs (Gâteau clairon ou tuyau de poêle selon l’orthographe)
en Allemagne : Baumstriezel (Souche d’arbre)
en Pologne : Sękacz (Bûche)
au Luxembourg : Bamukuch (Gâteau arbre)
en Angleterre : Chimney cake (Gâteau cheminée)
en Suède : Spettekaka (Forme d’arbre)
en Turquie : Makara tatlissi (Bobine douce)
en Afrique du Sud : Stokbrood (Baguette)
en Israël : קור (Filament, mèche)
1- Szekler (Hongrois) ou Secui (Roumain) ou Sicule (Français) est la région de Transylvanie, actuellement en Roumanie mais qui a changé plusieurs fois de nationalité… est une région montagneuse située à l’Est de la Transylvanie, sur les județe roumains de Harghita, Covasna et la moitié du Mure, ainsi qu’un arrondissement de celui d’Alba ; donc à la croisée de plusieurs territoires. Peuple de cette région qui serait à l’origine du gâteau actuel et qui a aussi donné le nom Hongrois.
2- Trdelník en slovaque vient du mot «Trdlo» qui est un outil en bois pour piler des matériaux dans une stoupa (bûche évidée) car la première caractéristique de ce gâteau est qu’il était enroulé autour d’un bâton avant d’être cuit.
3- Certains pays d’Europe centrale ont pour coutume de faire un fouet au moment des Pâques à l’aide de fins rejets de noisetier en les croisant à la manière d’une natte. Cet objet servait à «fouetter» les femmes afin de raviver leur sang et donc d’améliorer leur santé ! (pour les sceptiques je mets à leur disposition un lien qui montre ces pratiques encore actuelles, par exemple, en Slovaquie). D’ou la similitude avec la forme du gâteau en spirale.
4- Il existe trois manières de préparer le gâteau à la broche, l’une d’elle consiste à verser de la pâte au fur et à mesure de la cuisson (à l’instar du gâteau dans l’Aveyron). On obtient à la fin un gâteau en «étoile» formé de plusieurs piques ou fourchettes selon l’interprétation.
5- Le mot japonais est la traduction littérale de l’expression allemande puisqu’il fut introduit dans le pays en 1919 par le pâtissier allemand Karl Joseph Wilhelm Juchheim. Il est de nos jours toujours populaire.
Il vient naturellement de sa forme et il reprend dans ce sens les codes principaux des autres langues :
Sa forme évidée et longue qui rappelle un tronc d’arbre, avec son «écorce» naturelle enroulée sur elle même.
En plus, le mot français résonne particulièrement bien à l’oreille par la chuintante finale «ch».
Au premier degré cela désigne parfaitement son sentiment à l’égard de cette chose délicate, douce et croquante, dont il faut bien la qualifier par le verbe : l’amour.
L’ironie veut que la caricature étrangère des français «French lover» collait bien à ce gâteau délicieux, auquel personne ne résiste et pour lequel tout le monde revient…
Enfin, et ce n’est pas un hasard les deux mots associés peuvent être pris comme la contraction de deux gâteaux connus :
La bûche de Noël et La Pomme d’Amour, deux univers différents mais qui chacun évoque le bonheur : la fête traditionnelle de fin d’année qui réunit la famille et les foires foraines où l’on aime se retrouver entre amis pour s’amuser.
Qui plus est, la plupart des mots étrangers (énumérés plus haut) sont imprononçables pour la majeure partie des concitoyens français et pas très glamour…
Il était donc indispensable de les baptiser à leur juste valeur :