Ce texte est tiré du mémoire de fin d'étude de Kevin DUBOCQUET, Ostéopathe D.O. intitulé Ostéopathie d’Andrew Taylor Still et
Ostéopathie contemporaine
Il était une fois, en Virginie…
Andrew Taylor Still nait d’Abram et Martha Still, le 6 août 1828 à Jonesville, dans le comté de Lee en Virginie (Etats-Unis). Abram est un pasteur méthodiste dont la mission est de convertir les nouveaux territoires colonisés à sa religion. En effet, le père d’Andrew et par conséquent sa famille sont ce que l’on appelle des pionniers, ils vivent sur la « Frontière », ligne Nord-Sud déterminant la limite ouest des territoires colonisés. Il est donc prêcheur, fermier et rempli également le rôle de médecin. Le métier d’Abram amène sa famille à souvent déménager ; pendant les vingt premières années de la vie d’Andrew, ils vivent en Virginie, dans le Tennessee puis dans le Missouri. Andrew fréquente donc différentes écoles et professeurs mais préfère occuper ses journées en aidant à la ferme familiale ou en chassant, alors que son père est souvent absent plusieurs jours pour son travail de prédicateur. Il apprend ainsi dans ce qu’il appelle « le Grand Livre de la Nature ». Il fait également sa première expérience de traitement ostéopathique sur lui-même ; il soigne ses céphalées en se confectionnant une balançoire avec des rênes qu’il place sous son cou, épisode qu’il raconte avec précision dans son Autobiographie.
Une vie de la Frontière
Le 29 janvier 1849, Andrew Taylor Still prend pour épouse Mary Margaret Vaughan, de leur union naitra 3 enfants : Marusha (1849-1864), Abraham (1852-1864) et Susan (1856-1864), plus deux autres qui ne vécurent que quelques jours. Andrew suit son père dans sa fonction de médecin, il apprend ainsi les pratiques médicales et les « drogues » (médicaments) de l’époque. En 1852, Abram et Martha Still déménagent pour la mission de Wakarusa, résidence des indiens Shawnees dans le Kansas. Andrew Taylor, sa femme ainsi que leurs enfants Marusha et Abraham les suivent en 1853. Mary enseigne à l’école de la mission pendant qu’Andrew s’occupe de la ferme et suit son père dans ses consultations aux indiens. Il apprend l’anatomie en disséquant de nombreux cadavres d’indiens qu’il exhume. En juin 1855, les Still, aidés de J.B. Abbott et plusieurs autres hommes, fondent la ville de Palmyra qui sera renommée Baldwin dès que l’université Baker y sera implantée. Mary Margaret décède le 29 septembre 1859. Le 20 novembre 1860 il se remarie avec Mary Elvira Turner qui lui donnera quatre fils et une fille, deux autres enfants naitront mais ne vivront pas plus d’un an.
La guerre de Sécession
A partir des années 1830, la question de l’abolition de l’esclavage se fait de plus en plus présente. La famille Still se range du côté des abolitionnistes, Abram et Andrew exposent vigoureusement leurs idées sur l’égalité des Hommes. Andrew Taylor date les premiers combats entre pro-esclavagistes et abolitionnistes en 1855. De 1857 à 1860, il est élu à la législature du Kansas. Abraham Lincoln est élu président des Etats-Unis en 1860 et proclame l’abolition de l’esclavage. Commence alors la guerre de Sécession qui se déroulera de 1861 à 1865 entre les Etats confédérés du Sud, pro-esclavagistes, et l’Union composée des Etats abolitionnistes et des Etats frontaliers esclavagistes. Andrew Taylor s’engage à Fort Leavenworth, Kansas, le 6 septembre 1861. Il exercera les rôles de médecin et chirurgien de guerre, améliorant ainsi ses connaissances médicales. En 1862, son bataillon est démantelé, Andrew rentre chez lui et organise une milice dont il est nommé capitaine de compagnie, puis commandant du 18ème régiment de la milice du Kansas. En 1864, son régiment est appelé à Westport afin de combattre le général Price et ses confédérés. C’est au cours de cette dernière bataille à laquelle participe Still, qu’il chute de sa mule et se blesse au dos. Cette blessure l’handicapera tout au long de sa vie et il la ressentira de plus en plus en vieillissant. Cependant sa milice ne faisant pas partie de l’armée officielle, l’état lui refusera une rente pour blessure de guerre. La capitulation de l’armée confédérée par la reddition du général Lee à la bataille d’Appomattox le 9 avril 1865 marque la fin de la guerre de Sécession.
Au printemps de 1864, trois des enfants d’A.T. Still, Abraham, Susan et Marcia Ione meurent de méningite cérébro-spinale.
Découverte d’une nouvelle médecine
Still dit qu’il étudia la mécanique de 1855 à 1870, il faut ici comprendre qu’il apprend les principes les plus élémentaires et cherche ensuite à les appliquer dans la confection de machines utiles pour la vie quotidienne de frontalier, et non qu’il étudie à l’université. Dans son Autobiographie, il nous présente par exemple une faucheuse et une machine à baratter le lait. Il étudie et expérimente également une nouvelle médecine, à laquelle il donne comme date de naissance le 22 juin 1874 : « Le 22 juin 1874, je lançais dans la brise la bannière de l’ostéopathie. »1. Cependant il ne la nommera « ostéopathie » qu’une dizaine d’année plus tard.
Lorsqu’il demande à présenter sa découverte à l’université de Baldwin, pour la construction de laquelle il avait aidé, ce privilège lui est refusé. D’après Carol Trowbridge dans Naissance de l’ostéopathie : « Dans un sous-sol humide de l’université Baker, tissé de toiles d’araignées, à l’insu des responsables du collège, avec « un chapeau mou et une apparence frustre », Still donna sa première conférence sur ses théories thérapeutiques à la seule âme qui voulu bien l’écouter, John Wesley Reynolds. »
En 1874, A.T. Still part pour Mâcon, dans le Missouri, afin d’aider son frère Edward à se sortir de sa dépendance à la morphine. C’est ici qu’il traitera son premier cas de dysenterie sur un petit garçon. Cependant il n’est pas bien accepté à Mâcon où on le pense possédé par le démon. Il part donc au début 1875 pour Kirksville où sa famille le rejoint quelques mois plus tard. Il reçoit un accueil mitigé. En effet, un article daté du 6 février 1875 prend pour titre : « une ville pour charlatans ». Mais Andrew trouve également comme il le dit lui-même : « trois ou quatre têtes pensantes qui m’accueillirent, moi et mon bébé, l’ostéopathie. »
Incendie sur la prairie
Pour aborder le développement de l’ostéopathie et son succès grandissant, j’ai choisi comme titre de chapitre de reprendre le titre du livre de Zacharie Comeaux, parce qu’il exprime parfaitement avec quelle rapidité l’ostéopathie a pris de l’importance à partir de cette époque, tel un feu qui se répand sur une prairie d’herbes sèches.
A son arrivée à Kirksville, Andrew Still est aidé par plusieurs personnes parmi lesquelles Julia Ivie qui lui offre gîte et couvert dans son hôtel pendant un mois, ainsi que Charlie Chinn qui lui loue un espace au dessus de son magasin. Leur aide permet à A.T. Still d’ouvrir son cabinet en mars 1975, il se présente alors comme guérisseur magnétiseur. Sa première patiente est la femme de Robert Harris, qui devient son ami et avec il passe beaucoup de temps à philosopher sur la machine humaine. Andrew Still arrive petit à petit à gagner assez d’argent pour nourrir sa famille et payer son loyer jusqu’à ce qu’une attaque de fièvre typhoïde l’empêche de travailler de septembre 1876 à juin 1877. Jusqu’en 1886 il parcourt les villes environnantes pour soigner la population et présenter l’ostéopathie. Sa notoriété grandissant sa quantité de travail devient trop importante, il ne peut plus assumer ces déplacements et décide de rester seulement à Kirksville.
C’est en 1885, avec l’opinion d’un de ses patients alors professeur de l’université Baker, le Dr Sweet, que Still donne à sa médecine le nom d’ « Ostéopathie ».
Transmettre le flambeau
Vers la fin des années 80, il forme petit à petit ses fils Charles et Herman à l’ostéopathie afin qu’ils puissent l’aider dans son travail, le nombre de patients ne cessant de s’accroître.
Cependant ceux-ci s’engagent dans l’armée en 1888, pour une période de trois ans. Il permet alors à trois de ses patients désireux d’apprendre l’ostéopathie de le suivre pendant un an, moyennant cinq cents dollars chacun. Les progrès de ses élèves donnent à Still la confiance nécessaire pour transmettre son savoir à plus grande échelle.
L’American School of Osteopathy ouvre ses portes en 1892 avec pour actionnaires A.T.
Still, alors âgé de 64 ans, sa femme Mary Elvira, l’un de ses trois premiers étudiants Marcus L. Ward, Elias Falor et trois de ses fils : Harry, Herman et Charles. La première classe commence le 1er novembre 1892 avec une douzaine d’étudiants dont cinq enfants d’Andrew : Harry, Charles, Herman, Fred et Blanche. Le Dr William Smith originaire d’Ecosse, venu pour découvrir l’ostéopathie suit les cours d’ostéopathie mais dispense également les cours d’anatomie grâce à sa formation universitaire. A.T. Still comprend alors qu’il est difficile de transmettre tout le savoir qu’il a mis tant de temps à mettre en place. En effet, la première classe est très décevante.
Prévue sur seulement quatre mois, elle s’est avérée très insuffisante pour former des ostéopathes compétents. La plupart continueront de suivre les cours, d’autres non. William Smith reçoit son diplôme d’ostéopathe en 1893 et quitte Kirksville. C’est alors Jenette Hubbard Bolles, « Nettie », la première femme diplômée en ostéopathie qui reprend les cours d’anatomie.
En 1894 est construit un dispensaire qui fera la renommée de l’école. La deuxième classe commence en automne 1894, pour 18 mois, trente étudiants sont inscrits et ils ne seront pas autorisés à traiter avant d’avoir suivi au moins 90% des cours d’anatomie. Les années suivantes, le nombre d’élèves et de patients ainsi que la popularité de l’ostéopathie ne cesseront de progresser. Il fleurit donc d’autres écoles d’ostéopathie n’ayant très souvent aucun lien avec l’ASO et ne correspondant pas à la vision de l’ostéopathie d’A.T. Still. De plus, les motivations des étudiants diffèrent ; les premières années la classe était composée de gens ayant bénéficié personnellement de traitements ostéopathiques, ce qui fut souvent pour eux une révélation. Plus tard, un nombre croissant de gens désirant seulement gagner de l’argent grâce à la renommée de l’ostéopathie grandissante se lance dans les études.
Fin de vie
Dès la fin des années 1890 le Vieux Docteur, comme on nomme A.T. Still affectueusement, souffrant de plus en plus de sa blessure au dos faite lors de la guerre de sécession, se retire peu à peu de l’enseignement. Andrew s’intéresse alors à plein d’autres domaines tels que l’astronomie, la géologie, la biologie végétale et la psychologie. Il se consacre également à l’écriture pour parer aux livres concernant l’ostéopathie qui sont publiés et qui ne lui conviennent pas. Il publiera quatre ouvrages : Autobiographie (1897), Philosophie de l’ostéopathie (1899), Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie (1902), Ostéopathie recherche et pratique (1910). Mary Elvira, sa femme, décède en 1910. En 1914, Andrew subit une attaque cérébrale à laquelle il survit tout en restant lucide. Cependant il reste confiné chez lui, aux soins de sa fille Blanche. Il apparait en public pour la dernière fois lors de l’inauguration d’une statue à son effigie. Le Vieux Docteur meurt le 12 décembre 1917 d’une seconde attaque cérébrale. On lui attribue comme dernières paroles : « keep it pure, boys, keep it pure » (gardez la pure, mes garçons, gardez la pure).