Depuis que Grand-mère Marie avait rejoint les étoiles du firmament, sa maison était restée abandonnée. Je n’osais franchir la porte d’entrée tant ma peine était grande. Mais il fallait bien débarrasser les locaux avant de vendre la propriété. Moi qui ai très peur des araignées, je n’osais avancer et défaire le voile épais qu ‘elles avaient savamment tissé au cours des années. Le buffet était tel que Grand-mère l’avait laissé, partie précipitamment à l’hôpital. Elle venait sans doute de cuisiner les petits macarons que j’adorais, et qui semblaient m’attendre en vain. Les gants - elle les portait pour ne pas abîmer ses mains plongées dans la vaisselle - ses gants émergeaient du tiroir, comme si, malicieuse , elle s’était cachée dans cet endroit et nous faisait signe. C’est vrai qu’elle était si petite que l’on s’en moquait gentiment. On doit reconnaître qu’elle était plutôt désordonnée ; elle accumulait les bibelots et les ustensiles de cuisine. Une petite église en plastique rapportée de Lourdes voisinait sur le buffet avec l’entonnoir, le chinois, le hachoir, le moulin à café… Ah, les délicieux pâtés qui nous régalaient lorsque nous venions, mes cousins et moi, déjeuner le dimanche ! Et l’odeur du café qui embaumait la maison et s’échappait de la cafetière en émail posée sur la vieille cuisinière dévorant les bûches de bois. La lumière des flammes dansait au plafond et dessinait des ailes de fées qui me faisaient rêver des heures… Grand-mère, je te revois, courbée dans ton petit jardin, en train de cueillir les fleurs que j’emportais. Quelques escargots se cachaient parfois dans ton bouquet mais toutes les créatures de ce jardin étaient sacrées. La vieille lampe de poche accrochée comme autrefois semble me faire signe pour éclairer mes chers souvenirs. Grand-mère, je sens ta présence. Ton âme s’attarde encore près du vieux buffet qui regorge de richesses, comme avant !
Geneviève Ferrandi
Enfant, comme j’aimais ces après-midis d’hiver chez Tante Mathilde! Blottie dans le fauteuil près de la cheminée, j’étendais mes jambes jusqu’à ce que mes pieds soient si près des flammes que Mathilde me mettait en garde : « Tu vas te brûler les pieds ! Recule un peu ! »
Ou bien, mes mains engourdies par le froid emprisonnaient la chaleur bienfaitrice…
Regarder les flammes danser sur les bûches était un spectacle captivant, magnifique. Légère, la fumée dessinait des volutes gris-bleu sur la plaque noircie de la cheminée. Soudain, une gerbe d’étincelles, jaillissant comme des feux follets, me surprenait dans ma rêverie. La lumière du jour éteinte, seule, celle du feu, rouge écarlate, éclairait la grande pièce sombre et silencieuse. Je prêtais l’oreille au crépitement de l’âtre et j’entendais alors les pas de lutins facétieux qui dansaient au plafond, ou piétinaient les brindilles incandescentes. Parfois, Tante Mathilde faisait cuire sur les braises des gaufres, dans un curieux gaufrier en fonte. L’odeur de la pâte dorée remplaçait le parfum du bois qui se consumait dans l’âtre. C’était alors le moment de déguster un délicieux goûter.
Mais un jour, la cheminée de Tante Mathilde devint noire et glacée. Tante Mathilde avait rejoint les feux follets qui ne dansent plus au plafond de la grande salle abandonnée.
Geneviève Ferrandi
Augustin, canard de son état, vivait au bord de la mare, chez le vieil Antonin, l’éleveur de poussins. Il était marié depuis quelques années avec Marcelle mais à leur grand désespoir ils n’avaient pas d’enfants. La pauvre Marcelle n’arrivait pas à pondre un seul œuf.
Et pour cause riaient Antonin et sa femme Jeannine… Marcelle était un Marcel ! Naïf l’Augustin se moquaient-ils.
Malheureux, ils décidèrent d’adopter et avisant un jour un panier d’oeufs abandonné,
Marcel s’en empara et le ramena jusqu’à la maison. Consciencieusement, ils se relayèrent pour couver leur trésor ; cela dura un certain temps ou un temps incertain et un jour, sous son ventre Augustin sentit quelque chose qui le chatouillait. Les petits étaient là. On vit alors des poussins tout blanc avec un bec orange ; six petites oisonnes étaient devant eux toutes blanches et toutes dodues. Augustin et Marcel furent aux anges.
Seulement la vie est dure pour les canards. A la ferme, il y eut une grande fête pour le 14 juillet et un garnement, le dénommé Navet car il avait une peau très blanche, chargé de la volaille, attrapa deux canards au hasard.
Les pauvres orphelines pleurèrent beaucoup en essayant de survivre. Et la chance leur sourit encore une fois. Le commissaire Magret qui revenait de la ville sur son vélo, entendit leurs cris et comprit immédiatement leur chagrin. Il n’avait jamais pu supporter de voir pleurer des petites oies blanches ; il n’écouta que son cœur et il accrocha un panier sur porte bagage.
Bientôt, on ne vit plus dans le village Magret sans ses oies. Magret c’était un personnage dans la région. Commissaire de police, il avait été mis au repos car lors d’une fusillade, il avait essuyé un tir qui lui avait abîmé un œil. Depuis il portait un œil de verre gris bleu, assorti à l’autre œil d’un ton légèrement plus gris ce qui lui donnait un regard vairon.
Plus jamais on ne vit par les chemins Magret sans ses oies. Cela l’arrangeait bien car personne n’essayait de lui chiper son vélo. Les oies faisaient un tel raffut que le supposé voleur s’enfuyait à toute jambes, ventre à terre.
Après avoir écrémé tous les chemins, les oies s’ennuyèrent un peu. Elles avaient entendu, la belle Emilie parler de Paris et voulurent y aller. Qu’importe Magret enfourcha son vélo et les emmena voir la capitale. Elles eurent le tournis en voyant la Tour Eiffel, et la cathédrale Notre Dame les laissa bouche bée. Sur les trottoirs, les gens pressés jetaient un regard distrait ou attendri aux petites oies. D’autres avaient des pensées plus terre à terre en pensant à leur dernier réveillon mais les petites ne le savaient pas.
Elles quittèrent la rue et s’engouffrèrent dans le métro ou elles se saoulèrent de musique reggæ ou jazzy et se retrouvèrent sur les Champs-Élysées pas loin du théâtre ou fatiguées elles s’endormirent.
La journée de lendemain serait encore épuisante pour les oies blanches ; demain mardi c’était jour de marché !
Frédérique Soleillant
Extrait de Ouiquimediat
Depuis déjà quelques temps, une maladie fait des ravages chez les enfants et les ados. Aussi faisons le point.
La maladie des doigts écartés est une maladie fréquente chez les enfants qui doivent faire leur lit, ranger leur chambre ou leurs jeux, faire leurs devoirs, aider à la vaisselle ou passer l’aspirateur quant à descendre la poubelle, il ne faut pas y penser.
Elle se manifeste par une raideur des phalanges de l’index, majeur et annulaire qui se tiennent écartés les uns des autres rendant tout exercice manuel impossible. Le pouce et l’auriculaire voient leur virtuosité réduite à la plus simple expression soit une sorte de pince pour tenir une cuillère ou pour déguster une crêpe au chocolat. Tenir un livre ou travailler piano et violon devient aussi un exercice très difficile. En revanche aucune gêne lors d’une promenade avec des copains, des séances de jeux vidéo ou lorsqu’il s’agit de touiter sur des réseaux sociaux. Cela semble même d’ailleurs être une méthode pour réduire alors les méfaits de cette maladie selon les confidences de certains ados. Souvent, les gamins se rassemblent, posent leurs mains les unes sur les autres, sur un tapis et s’allongent ainsi et délirent sur de vastes sujets existentiels.
La maladie des doigtés écartés peut être génétique, chronique ou se manifester par phases aiguës et intermittentes. Comme c’est une maladie qui ne fait l’objet d’aucune recherche médicale il n’y a pas de traitement spécifique et les antidouleurs sont inefficaces alors que parfois, elle est très invalidante. Ce n’est pourtant pas une pathologie orpheline car elle est très répandue.
Il faut rester prudent car il se pourrait que des effets secondaires se développent : il s’agirait d’un poil dans la main. Restons sur nos gardes.
Attention, la maladie des doigts écartés, comme la rougeole ne touche pas que les enfants mais elle n’est pas immunisante.
Frédérique Soleillant
Consigne : vous êtes convoqué chez le notaire pour l’ouverture d’un testament. Surprise, déception ? racontez.
Chériiiii ! chante Chantal ! Surprise ! Tatie Danièle a rendu les clefs !
Et à qui ? et puis quel trousseau ?
Nan, tu n’as pas compris ! Ella a cassé sa pipe, refermé le parapluie, partie fumer les mauves ! Le notaire t’envoie une convocation. Vas savoir, y a p’ête un peu de pognon à palper !
Tout pimpant, Dédé, rasé de frais, nœud papillon autour du gosier, se présente chez maitre Renard notaire de sa chère Tatie Danièle. Première surprise il retrouve ses cousins Fernand et Firmin qu'il n’a pas revu depuis des lustres et fils Joseph, frère adoré de Tatie.
Pour sûr qu’ils vont capter l’héritage. Il n’y a pas de réservataire. Pourquoi ai-je été convoqué ?
Les trois hommes se regardent en chien de faïence. Et puis pourquoi ces deux Ostrogoths auraient plus que moi. C’était ma Tatie à moi aussi. Je pensais être le seul couché sur le testament. Mais Tatie Danièle était tellement retorse et perverse… Deuxième surprise !
Messieurs, commence maître Renard, votre tante n’a laissé que des dettes. J’en suis bien marri car ce n’est pas faute de l’avoir conseillée dans la gestion de ses avoirs. Pas un sou, pas un radis, pas un rotin. Elle a même sacrifié le chien Totor ; vendu pour une bouchée de pain, un labrador pure race ! Elle était vraiment aux abois.
Maître ! Venez en au fait s’écria Fernand – chacun hérite de combien ?
Mais de toutes les dettes, plus un sou en banque, je vous l’ai dit. Reste à payer les obsèques, la facture de chez Givenchy, les impôts fonciers et tout le toutim.
- Le chalet de Chamonix : vendu au plus offrant aux enchères à la bougie
- L’hôtel particulière place Vendôme liquidé
- La villa de Deauville cédée à un créancier trop impatient
- La petite baraque de Saint Tropez est en ruine et invendable car en indivision.
Il ne nous reste que nos yeux pour pleurer hurlèrent en chœur les trois héritiers déçus.
Voilà pleurez sur votre sort ; pourtant il y a encore un détail : il reste une vieille grange dans laquelle, vivent 17 moutons.
Dédé vous aurez la moitié du cheptel
Fernand vous aurez le tiers du cheptel
Firmin vous aurez le neuvième du cheptel.
Pas question de couper un mouton en deux ou en trois ; alors calculez combien de moutons vous aurez chacun et vous pourrez dormir sans les compter.
Frédérique Soleillant
Le flocon de neige décida cette nuit-là de quitter son nuage où il commençait à s’ennuyer, le vent n’étant pas décidé à le faire voyager au milieu des étoiles. Le voilà donc, volant, voletant, tournoyant, parti pour une autre aventure.
La température lui convenait tout à fait : un froid juste un peu piquant, mais pas de gel qui aurait sans doute paralysé ses acrobaties. « Que c’est agréable de se laisser porter par la brise ! » pensait-il. Il inventait toutes sortes de pirouettes au-dessus des toits, des grands sapins et dans les branches noueuses des arbres.
La lune riait en le voyant danser, tout blanc dans la nuit noire. La Voie Lactée étendait son écharpe blanche pour le protéger, et le petit flocon était ravi. Il croisa même un gros bonhomme tout rouge qui tentait vainement de se faufiler dans une cheminée, mais son ventre rebondi l’en empêchait, ce qui fit rire le flocon.
Puis il arriva au-dessus de Strasbourg, Toutes les lumières l’éblouirent un peu. Que se passait-il donc dans cette ville ? Un immense sapin semblait avoir grandi au milieu d’une place. Il était couvert de boules multicolores et de guirlandes qui brillaient de tous leurs feux. Le flocon passait dessous, dessus, se balançait, tournait autour de plus en plus vite. Parfois, un peu étourdi, il se reposait sur une boule et regardait son reflet déformé.
Puis il vit au pied du sapin des enfants qui faisaient une ronde, en chantant des chants de Noël. Il les observa un moment. Une petite fille riait très fort. Elle lui ressemblait avec son bonnet et son manteau de fourrure blanche. Amusé, le petit flocon s’installa sur son petit nez rougi par le froid. Il s’y endormit. L’enfant essuya un peu d’eau, juste comme une larme. Geneviève Ferrandi
Ma très chère Mère-Grand,
Voici l’année qui commence avec ce grand froid qui me donne très faim. J’espère de quoi trouver à me mettre sous la dent. Je ne compte pas trop sur de la chair tendre mais je me contenterai de ce que je trouverai. L’hiver sera froid, c’est prévu, donc il faut que tu sortes fréquemment pour aller ramasser du bois à la clairière. Je dis cela, car ça me fait moins de trajet et je n’aurai pas besoin de tirer la chevillette en attendant que la bobinette choit.
J’embrasse bien fort dans l’attente d’un bon festin et chauffe toi vite et bien.
Mon très cher grand méchant loup,
Tu peux toujours rêver mais je suis cependant sensible à tes bons vœux intéressés et je t’adresse les miens plein de malice. Je me doutais que tu me préparais un de ces coups tordus dont tu es le maître. Alors j’ai demandé à mon cousin de m’apporter une très grande provision de bois et par la même occasion, je lui ai fait installer quelques pièges sur ton passage. Je ne devrais pas te prévenir mais je sais que tu te crois capable de déjouer ces difficultés. Alors dans ce cas je vais modifier la chevillette pour que tu subisses une désagréable surprise en tirant dessus. On verra la suite.
Odile Fischer
Vive la liberté se dit cette mamie très sympathique et on peut dire d'un certain âge avancé, j'ai toujours été une femme de tempérament indépendante qui ne demande rien à personne. Alors pensez donc ce n'est pas maintenant que mes jambes commencent à me lâcher que je vais demander de l'aide, pas question. Je veux me sentir indépendante. Je pars faire des courses le panier bien accroché au guidon, je ne possède pas le permis de conduire car dans ma jeunesse peu de femmes le détenait. J'ai dû quand même suivre une formation du code de la route. Quand j'ai vu ce séduisant modèle, je n'ai pas hésité une seconde. Quelle élégance! Je ne passe pas inaperçu, tout le monde me regarde, il y en a même qui me laisse passer par pure courtoisie. Je jubile, je suis une star, moi qui ne portait pas de talon aiguille de peur de tomber. Regardez de quoi j'ai l'air avec ce genre de chaussures. J'utilise aussi le klaxon pour ne pas passer inaperçu. Il ne faut pas oublier de recharger la batterie chaque soir si on veut démarrer le lendemain, sinon mon véhicule resterait au garage.
Ah j'oubliais n'avez-vous pour rien remarqué d'anormal? Ma chère voisine Odile, de formation d'infirmière me supplie de porter un casque, c'est très important, un accident est si vite arrivé. Moi qui aime la vie et fait la fofolle sur mon engin, je ne vois pas clouée, invalide dans un hôpital. Ce serait trop triste. Soyons raisonnable alors.
Odile Fisher
C'est l'histoire d'un fil, pas n'importe lequel, un fil de coton, cette fibre naturelle qui recouvre les graines du cotonnier, cet arbuste originaire de l'inde, cultivé dans les régions chaudes.
Le fil c'est bien, mais il me faut une quenouille afin de tisser un beau vêtement qui embellira ce petit être qui vient de naître, et qui, tellement il est fragile et prématuré, sera élevé dans du coton, par sa grand-mère, pas très en forme. On dit qu'elle file un mauvais coton. Le petit grandira et ne pourra plus être vêtu par ce beau vêtement. Alors ce dernier sera recyclé et de ce nouveau fil ressortira un nouveau vêtement mieux adapté à sa taille. Parfois aussi de la ouate issue également de ce fil de coton. Les vêtements doublés de ouate nous tiendrons bien chaud et cette ouate servira également à confectionner nos matelas. On peut aussi s'en servir pour panser nos plaies sous forme de pansements ou pour absorber l'eau, c'est le coton hydrophile.
Outre ses jolies fleurs décoratives, jaunes ou roses, le coton issu du cotonnier, sert à nous vêtir, à rendre nos nuits plus douces et aussi à nous soigner.
Odile Fischer
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Lulu était collectionneur, et j’ai toujours aimé fréquenter les collectionneurs, étant moi-même collectionneuse.
J’avais donc une curiosité particulière pour les objets récupérés et amassés.
Lulu était collectionneur de moments perdus. Il avait accumulé un grand nombre de ces moments perdus de toutes les formes et de toutes les couleurs.
Il y avait des morceaux d’heures bleues qui n’avaient pas trouvé preneur ; il y avait des milliers de petits instants de conversations banales qui faisaient du bruit quand on les agitait ; il y avait encore des minutes d’attente qui pouvaient s’allonger à l’infini…
Dans son jardin, il y avait même des moments parfumés, chargés de fleurs fanées à l’abandon.
Lulu recherchait particulièrement les années-lumières qui traînaient dans l’espace, mais qu’il n’avait pas encore réussi à capturer tant elles étaient rapides.
Mais ce qu’il préférait, c’était les moments magiques, scintillant de sourires.
Et puis, au fond des boîtes, restaient les moments d’oublis que Lulu avait rangés parmi les moments de peur, tout noirs, qui tremblaient quand on les touchait…
S’il vous reste quelques moments perdus, ne les jetez pas. Pensez à Lulu, à sa collection. Il est toujours preneur de bons moments !
Geneviève Ferrandi
Le soleil, tel un peintre céleste, étalait ses dernières touches dorées à l’horizon. Les vagues, douces caresses de l'océan, venaient mourir en un murmure argenté sur le sable chaud. Mère-Grand, assise dans son fauteuil de toile, les mains ridées croisées sur ses genoux, arborait un sourire énigmatique. Un sourire qui semblait contenir tous les secrets de la mer.
Pourquoi souriait-elle ainsi, perdue dans ses pensées ?
Peut-être était-ce le chant mélodieux des vagues, cette symphonie éternelle qui lui rappelait la danse incessante de la vie, ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines. La mer, témoin silencieux de ses souvenirs, lui murmurait que tout change, que tout passe, mais que l'essence de la vie demeure, immuable.
Peut-être était-ce l'odeur iodée de l'air marin, ce parfum enivrant qui réveillait en elle les échos de son enfance. Elle se revoyait, petite fille aux pieds nus, courant sur cette même plage, les rires cristallins de ses frères et sœurs se mêlant aux cris des mouettes. Les coquillages, trésors éphémères, scintillaient entre ses doigts, promesses de mondes lointains.
Peut-être était-ce la chaleur du sable, cette douce étreinte qui réveillait en elle les souvenirs d'étés lointains, d'amours adolescentes, de promesses chuchotées sous le ciel étoilé. Les vagues venaient lécher ses pieds, comme pour lui rappeler que le temps, tel le sable entre ses doigts, s'écoule inexorablement.
Ou peut-être était-ce simplement la joie d'être là, en paix avec elle-même, d'avoir navigué à travers les tempêtes de la vie pour enfin trouver refuge dans la quiétude de cet instant. Face à l'immensité de la mer, elle se sentait infiniment petite, mais aussi infiniment grande, forte de toutes les expériences qui avaient façonné son âme.
Mère-Grand souriait parce qu'elle avait compris. Elle savait que chaque vague apportait avec elle un fragment du passé, mais aussi un souffle d'espoir pour l'avenir. Elle savait que chaque instant, même le plus insignifiant, était un cadeau précieux, une perle à ajouter au collier de sa vie. Et elle savait que le bonheur, ce trésor si convoité, se trouvait souvent dans les choses les plus simples : une chaise longue au bord de la mer, un rayon de soleil sur la peau, un cœur empli de gratitude.
Alors elle souriait, un sourire qui rayonnait comme le soleil couchant, un sourire qui disait tout de la sagesse et de la sérénité d'une vie bien remplie.
Frédérique Soleillant
Utilisez les mots de la grille: chaussette - charbon - Bescherelle - chien
Une Enquête Canine
Dans le bureau exigu du commissariat du 12ᵉ arrondissement, l'inspecteur Paul Dupin, les traits tirés mais l'œil vif, observait son suspect avec un mélange de perplexité et de fatigue. Assis sur une chaise inconfortable, un golden retriever au pelage soyeux, nommé Gros Luxe, semblait totalement indifférent à la gravité de la situation. Ses yeux noisette, empreints d'une innocence feinte, balayaient la pièce, s'arrêtant parfois sur les dossiers poussiéreux entassés sur le bureau.
L'affaire avait débuté ce matin-là, avec l'appel paniqué de Madame Bertillon, une riche mondaine du quartier, dont le chèque de 10 000 euros avait mystérieusement disparu. La scène de crime, son salon cossu, offrait un spectacle chaotique : un sac à main éventré, une chaussette solitaire abandonnée sous un canapé, des traces de suie sur le tapis persan, et un tube de rouge à lèvres écrasé au milieu du désordre.
« Un cambriolage atypique », murmura Dupin, ajustant son éternel imperméable beige. « Pas de traces d'effraction, pas de mobile évident. »
Kevin, son adjoint, un jeune homme à l'esprit affûté malgré son apparence décontractée, pointa du doigt un exemplaire de la Bescherelle, ouvert à la page des participes passés. « Le voleur semble avoir une certaine culture », remarqua-t-il, un sourcil levé.
Soudain, un aboiement retentit. Gros Luxe, le chien de Madame Bertillon, mâchouillait avidement un morceau de papier. Dupin s'approcha, le cœur battant, et retira délicatement l'objet de la gueule du chien. C'était le chèque volé !
« Mais... c'est lui le voleur ? » s'exclama Kevin, incrédule.
Dupin, perplexe, examina le chèque. Une odeur sucrée flottait dans l'air. Il renifla le tube de rouge à lèvres écrasé. « Clémentine ! » s'écria-t-il. « Quelqu'un a enduit le chèque de jus de clémentine pour que le chien le vole ! »
L'inspecteur Dupin avait maintenant la clé du mystère. Il ne restait plus qu'à identifier le coupable parmi les suspects :
Clément Bertillon, le neveu cupide de Madame Bertillon, criblé de dettes de jeu.
Madame Mireille, la femme de ménage, discrète mais observatrice, qui avait accès à toute la maison.
Monsieur Dubois, le voisin, un homme solitaire et étrange, connu pour son obsession des clémentines.
L'affaire était loin d'être résolue, mais Dupin avait un flair infaillible. Il savait que la vérité se cachait quelque part, dans les détails apparemment insignifiants, et qu'il la démasquerait, même si cela impliquait de résoudre une énigme canine.
Frédérique Soleillant
Personnage: homme dépressif
Endroit: sur les gradins
Objet: la balançoire
Situation: la première fois ou Viviane a trompé Jean-Yves
Évènements: les salades mangées par les limaces
C'est un matin d'hiver, froid, humide, brouillard… Bref un temps à ne pas mettre un chien dehors. Jean-Yves se leva, glissa sur sa descente de lit, et en se relevant, fit tomber sa table de nuit, renversant sur lui sa bouteille d'eau à peine entamée. Bref, une journée qui commence bien mal, lui qui est déjà dépressif par nature.
Il n'avait pas bien dormi, rongé par un doute qui avait germé dans son esprit. Son épouse Viviane le tromperait-elle avec son ami d'enfance en qui il avait toute confiance. Du coup, il perdrait l'amour de sa femme et l'amitié et la confiance de son meilleur ami. Pour se changer les idées, il alla faire un tour dans le jardin.
La balançoire, victime du grand vent, était couchée sur le sol… Il ouvrit sa serre où subsistaient encore quelques salades, mais celles-ci étaient mangées par les limaces.
Bref dans le fond du jardin, quelques escaliers disposés en gradins lui servaient de refuge pour son désespoir. Il s'assit, prit la tête dans ses mains et se mit à pleurer. Quelle journée s'annonce devant lui. La voisine lui cria :
"Jean-Yves ne reste pas là, tu vas prendre froid. Rentre vite chez toi au coin d'un bon feu pour te réchauffer".
Mais celui-ci s'était éteint avant qu'il n'arriva chez lui.
Quelle journée…! Catastrophe sur catastrophe.
Odile Fisher
Voici l'été qui arrive et avec lui une idée d'évasion surgit en moi. Je vais donc préparer mon sac rouge. J'aime le rouge. Celui-là est de bonne qualité, sans oublier la petite pochette pour déposer mes clés.
Je n'ai pas encore choisi la destination. Chaud ou froid? Nord ou Sud?... Prévoyons une caquette de laine, on ne sait jamais. Rouge bien sûr, couleur du sang, puis une écharpe. La première venue sera rouge également.
Avant de partir, je suis allée faire un petit tour dans mon jardin. Les premiers sourires du printemps, annonciateurs du renouveau de la nature.
Tiens, si ma destination était Capri. Ce n'est pas fini, j'ai reçu dernièrement cette belle carte postale de la grotte bleue. J'en profiterai pour visiter l'Italie et admirer ces belles peintures de la Renaissance. Mais dans ma valise, quelle que soit la destination, il me faut de bonnes chaussures, confortables, mais, pourquoi pas, également fantaisistes, colorées et montantes pour bien maintenir la cheville. Bien sûr, doublées en rouge. Je terminerai ma balade par le Puy en Velay, en Haute-Loire, berceau des dentelières, pour admirer leurs merveilleux ouvrages. Elles ont passé une bonne partie de leur existence immobilisées sur leur fauteuil, plus ou moins penchées sur leur travail. C'est mauvais pour leur santé. La vue est intacte, pas de lunette. Que deviendraient-elles si, un jour, elles ne pouvaient plus exercer leur broderie, leur unique raison de vivre. Leur cœur bat à l'unisson avec la réalisation des napperons.
Odile Fisher
La cérémonie religieuse, qui s’était éternisée à cause du prêche, s’était terminée depuis plus de deux heures, et la mariée, sans doute trop émue, donnait des signes de fatigue. Le chignon bouclé perdait quelques épingles et le maquillage quelques couleurs.
Dans la cour du château, les invités se tenaient debout par petits groupes, pensant au bon repas qui les attendait. On voyait les chapeaux haut-de-forme osciller de plus en plus énergiquement jusqu’à ce que Monsieur le Comte donnât le signal du dîner servi. On héla le curé qui, l’air doucereux, feignait de se passionner pour les petites misères de chacun. On l’invita à prendre place au haut-bout de la table, à droite de Madame la Comtesse, qu’il avait confessée la semaine précédente. On installa les mariés devant la porcelaine et le cristal. Les convives prirent place, heureux de s’asseoir enfin.
A gauche de M. le Curé, un individu à la mine rubiconde commençait à gesticuler, à parler fort pour attirer l’attention sur lui. C’était l’oncle Gaston, qu’on avait bien été obligé d’inviter, même si l’on connaissait ses mauvaises manières et son penchant pour l’alcool.
On ne sait ce qu’il racontait au curé, lui tapant sur l’épaule, le prenant à témoin, et riant si fort que le silence se fit autour de lui. Monsieur le Comte le pria aimablement de baisser le ton, Madame la Comtesse lui fit les gros yeux, mais rien n’y fit.
L’alcool aidant -le vin vieux était excellent- la situation devint de plus en plus critique. La mariée n’avait plus faim et boudait la pièce montée ; le marié prétexta un engourdissement pour quitter la table et faire un tour dehors.
Le curé brossait rageusement les miettes, les éclaboussures et les postillons de son voisin, sur sa soutane propre, fraîchement nettoyée pour la circonstance. De plus en plus excédé, il n’y tint plus. Il remplit son verre d’eau, puis arrosa copieusement la tête de l’oncle Gaston qui se tut enfin. Chacun retint un éclat de rire en voyant cette drôle de bénédiction, et put enfin savourer dans le calme le café et les mignardises.
Geneviève Ferrandi