Altered-Stratégie
Choisir son deck en fonction de la Meta
Choisir son deck en fonction de la Meta
Après avoir évoqué des réflexions spécifiques à Altered, je reviens sur une notion commune à l’ensemble des TCG : la notion de méta, avec le prisme de comment s’adapter à la méta.
Une manière simple de définir la méta est de la présenter comme l’ensemble des decks connus ou attendus, en intégrant leur proportion de représentativité. Je préfère parler de méta spécifique à un tournoi ou à une compétition.
Essayer d’estimer la liste des decks attendus et leur proportion permet de :
s’entraîner contre les decks attendus ;
adapter son deck à cet environnement et augmenter ses probabilités de victoire.
La méta dépend, par essence, du niveau de compétition dans lequel vous vous trouvez. Vous trouverez plus fréquemment des decks en cours de rodage ou fun dans une boutique locale sans enjeux majeurs, que lors des Tumults ou des Worlds.
Par extension, certains joueurs parlent de decks méta en désignant les decks réputés plus forts/stables, qui seront attendus lors des gros événements. Pensez que cette méta reste théorique et que vous ne allez pas la croiser telle quelle sur l’ensemble des événements.
À noter : le repérage des nouveaux decks considérés comme méta nécessite du temps, et on observe une évolution dans les premières semaines de sortie d’une extension. L’évaluation de la puissance des nouvelles cartes et les tests sur les nouveaux héros ou decks sont, par essence, itératifs.
Je vais prendre l’exemple du patch ayant entraîné la modification du Havre Bastion Bravo en Axiom. Les premières réactions ont été de considérer que la puissance de la carte nerfée était clairement moins bonne, et de nombreux joueurs ont retiré les cartes pour tester de nouvelles choses. Ce n’est qu’après un certain temps que la carte est réapparue dans les decks.
La première source de consultation est le site https://39card.com , qui liste les decks des tops des tournois enregistrés. Ce site permet d’avoir une bonne base de la composition d’un deck. Il dispose, par essence, de biais d’information, car il ne dit pas :
la liste des decks présents au démarrage du tournoi. Si l’on a 70 % d’un deck, en voir 4 dans le top 8 ne signifie pas que le deck a de bonnes performances ;
les taux de victoire de chaque deck face aux autres decks présents.
En gros, 39card est un excellent site pour connaître rapidement des listes de decks ayant fonctionné sur certains tournois.
Attention : voir un deck qui se situe dans les tops ne signifie pas, par essence, qu’il est puissant. Il existe fréquemment une part de chance ou de surprise. Les joueurs peuvent ne pas connaître la stratégie adverse et se faire piéger par un nouvel archétype. La puissance de ce nouvel archétype pouvant décliner une fois la stratégie connue.
À l’opposé, en termes de méthode descriptive, nous avons la chance d’avoir le site : https://weekly-aces.vercel.app/#meta-report.
Le principe ici est de remonter les données des parties réalisées hebdomadairement par la team Altered Aces. Il s’agit des tournois les plus réguliers online, regroupant 128 à 256 joueurs.
Ici, la méthode est de prendre un héros et de donner, sur le tournoi, le taux de victoire face à chacun des héros pris individuellement. Le site classe les héros en fonction de leur popularité.
Le résultat est très complémentaire, car il permet de prendre du recul sur un match-up donné. Je me permets cependant de préciser deux limites :
On ne connaît pas la composition moyenne des decks. Il peut exister plusieurs stratégies derrière un même héros.
Certains résultats sont dépendants d’un faible nombre de matchs. En gros, un résultat sur 20 ou 30 matchs ne veut rien dire. En effet, une victoire modifiée en perte impacte drastiquement la donnée.
Le site donne une bonne image du joueur standard. Je vous invite, comme toujours, à prendre du recul sur les chiffres. Il ne s’agit pas d’une vérité finie et immuable. Des decks s’adapteront à leur principal match-up.
Comme la définition de la méta intègre une notion de proportion de représentation, les decks considérés comme méta sont sensibles à des effets de popularité, souvent liés à une réussite spécifique dans les gros tournois précédents ou à une présentation d’un streamer.
Cette popularité induit un phénomène d’imitation des meilleurs decks. Dans une méta dite résolue (en gros, les principaux decks réputés forts sont repérés), il existe deux types de stratégies :
jouer le meilleur deck (il est connu, donc autant en profiter) ;
jouer le deck qui bat le meilleur deck (le meilleur deck est populaire, on va donc beaucoup le rencontrer, donc autant en profiter).
Si la situation est relativement saine, cela induit une forme de boucle : le deck battant le meilleur deck devient populaire, ce qui induit que de nouveaux decks vont chercher à le prédater.
Bref, le choix du deck est essentiel.
Avant de choisir sa gestion, il faut identifier sa faiblesse ou la menace à laquelle on veut répondre, mais aussi la fréquence d’apparition de cette menace. Il est illusoire de penser que votre deck sera adapté à l’ensemble des decks possibles. On va réagir aux principaux decks connus ou attendus.
Pensez à prendre du recul entre la méta des gros tournois et celle, plus directe, en boutique.
À titre d’exemple, si vous savez que, dans votre boutique, vous avez un grand nombre de joueurs aimant Gulrang et/ou Le Grand Projet, il faut mettre une gestion de permanent.
Comme la réflexion sur le caractère itératif de la méta, je vous invite à faire un point à la fin de votre tournoi pour savoir si vous avez eu besoin d’une gestion absente ou si vous avez systématiquement considéré une carte comme une carte morte.
Si une carte de gestion était inutile, interrogez-vous sur : pour quel deck/menace aviez-vous prévu cette gestion ? quelle était la fréquence de représentation de ce deck ?
Si le deck est finalement absent ou moins présent, changez votre gestion.
Si le deck est fréquent mais que vous ne l’avez pas rencontré, vous n’avez rien appris de spécifique : cette gestion est probablement inutile contre les match-ups rencontrés.
Si vous avez manqué d’une gestion spécifique, interrogez-vous : la gestion aurait-elle réellement changé la partie ?
Ne prenez pas le cas d’une gestion piochée idéalement, mais imaginez plutôt la situation d’une gestion piochée au mauvais moment ou à la place d’une autre carte spécifique.
Prenez également en compte la suite probable de la partie. Avoir une gestion au jour 7 pour ne pas perdre le jour 7, mais perdre le jour 9, ne présente pas d’intérêt.
Toujours avec la même logique, interrogez-vous : le deck est-il fréquent ou non ?
On est tous d’accord : piocher la bonne gestion au bon moment contre le bon deck facilite la victoire. Il faut arriver à évaluer la carte de gestion dans une situation moyenne, pas dans la situation parfaite.
En image, si vous êtes prêt à garder une carte de votre main de départ jusqu’à la fin de la partie, c’est qu’elle est effectivement adaptée et probablement même essentielle dans le match-up.
Selon la structure du tournoi et si la fréquence de rencontre reste faible, il faut parfois préférer faire l’impasse sur un match-up compliqué pour ne pas déstabiliser la régularité de son deck.
Prenons l’hypothèse suivante : êtes-vous prêt à sacrifier quelques pourcentages de victoire (disons 3 %) pour gagner 5 % de victoire contre un deck spécifique ? La réponse « oui » peut être alléchante, mais la vraie réponse est : je ne sais pas.
Si vous avez 10 % de chance de tomber contre un deck et que vous devez choisir entre :
avoir 35 % de chance de gagner contre lui, mais 55 % contre le reste ;
avoir 40 % de chance de gagner contre lui, mais 52 % contre le reste,
il faut privilégier la première option en termes de probabilité générale de victoire.
Si le deck ne représente pas 10 %, mais 60 % de la méta, la réponse n’est pas la même. En espérant qu’une méta avec un deck représentant 60 % des decks joués n’arrive jamais.
Je vois, de temps à autre, des joueurs se plaindre que leur adversaire a « juste copié une liste d’Internet » pour gagner tel ou tel tournoi. J’avoue ne pas comprendre ces commentaires, car :
Choisir le meilleur deck du tournoi ne signifie pas le jouer correctement. À titre personnel, j’ai tenté de jouer l’un des meilleurs decks de la méta théorique (Sigismar pendant le set 2). Les résultats étaient peu concluants, car je n’arrivais pas à bien lire les situations de jeu. Avoir un deck optimisé ne fait pas de vous un bon joueur (sinon, on ne verrait pas des joueurs aussi régulièrement dans les tops).
S’inspirer des decks les plus aboutis permet de comprendre ce que l’on va affronter, mais sert aussi de base pour faire des innovations.
Pour moi, la préparation d’un tournoi passe par l’estimation de ce que l’on va affronter pour augmenter ses chances de victoire. De plus, il ne faut pas opposer la consultation de decks sur Internet et l’innovation en termes de construction de deck.
Et si vous aimez jouer votre deck de cœur, concentrez-vous sur l’adaptation de votre liste à la méta.
Flo-FR