Je voulais mettre en lumière une manière intéressante de découvrir les sets tout en récupérant plein de cartes : le limité.
(Par réflexe, je vais d’abord définir les notions pour que nous parlions de la même chose. Les joueurs aguerris, je vous invite à passer directement ces paragraphes.)
Le limité regroupe l’ensemble des formats où l’on ne vient pas avec un deck préparé avant le tournoi, mais où l’on construit son deck avec un certain nombre de boosters. On est donc dans un environnement de jeu limité aux cartes disponibles lors de l’ouverture.
On l’oppose souvent au format classique d’un deck préparé en amont du tournoi : le construit (classique, singleton et No Unique).
Sur Altered, le limité se joue avec :
30 cartes minimum (dont le héros),
un maximum de 3 factions (dont celle du héros),
aucune limite en nombre d’exemplaires d’une même carte ou en rareté.
Le limité regroupe deux principaux sous type : le scellé et le draft
Le scellé
C’est le format classique des avant-premières. Chaque joueur ouvre 7 boosters et construit un deck avec les cartes disponibles. Chacun peut directement construire son jeu. Il est possible de se retrouver avec des différences de puissance entre les joueurs, selon les cartes ouvertes.
Il s'agit d'un format plus rapide à mettre en place, accessible en terme de construction de deck et très conviviale lors des avant-premières. Il reste un peu plus cher et avec une variance plus forte que le second format : le draft.
Le draft
C’est un format où chaque joueur ouvre un total de 4 boosters. On recommande d’avoir idéalement 8 joueurs pour réaliser le draft.
Tous les joueurs ouvrent simultanément un booster (en retirant le token), choisissent une carte qu’ils conservent, puis transmettent le booster au joueur de gauche. Chaque joueur reçoit donc un nouveau booster (du joueur de droite) et recommence en choisissant une nouvelle carte. Le booster fait ainsi le tour des joueurs.
Une fois toutes les cartes réparties, on recommence avec le second booster, mais cette fois, on le transmet au joueur de droite. L’ouverture est donc progressive, et le contenu d’un même booster est distribué entre les différents joueurs.
1. La courbe de mana
Le premier élément à souligner est que, malgré les contraintes sur les cartes disponibles, votre deck doit avoir suffisamment de cartes jouables dès les premiers tours.
Le constat est régulier, aussi bien en construit qu’en limité : jouer des cartes à bas coût permet de garder la priorité et de jouer en réaction à l’adversaire.
En limité, le phénomène est similaire. Il convient donc d’avoir suffisamment de cartes entre 1 et 4 mana. Cependant, le format est un peu plus permissif sur les personnages à coût plus élevé et générant un impact fort. Je pense, par exemple, à Halua dans le set 4.
2. L’avantage en cartes (CA)
Le second conseil habituel dans la construction des decks est d’être vigilant sur l’accès à des capacités de pioche ou de ravitaillement. On appelle cela le CA (Card Advantage). Ces cartes sont à prioriser dans votre construction.
La capacité à continuer à jouer des cartes à tous les stades de la partie est essentielle en limité. Sans les cartes générant du CA, vous serez en manque de ressources avant votre adversaire.
3. L’autonomie des cartes
Structurellement (par rapport au construit classique), je vous invite à prioriser les cartes autonomes plutôt que celles nécessitant une synergie spécifique. Il est préférable d’avoir une carte stable, fonctionnant dans de nombreuses situations, plutôt qu’une carte nécessitant absolument un permanent, par exemple.
C’est aussi pour cette raison que les cartes à fort impact, coûtant un peu plus de mana, restent jouables en limité. Vous utilisez moins de cartes (donc vous économisez vos ressources) pour un effet souvent autonome, contre lequel l’adversaire n’aura probablement pas de solution immédiate.
4. La gestion
Le point à ne pas oublier (surtout en draft) est de sélectionner des cartes de gestion. Ces cartes vous permettront de contrôler l'avancement de la partie et de répondre aux menaces adverses.
Le scellé
Il s’appuie sur la puissance individuelle des cartes. Vous n’avez accès qu’à 7 boosters. Votre principal choix sera de retenir les bonnes factions et de faire les bons choix parmi les cartes disponibles. Vous allez donc principalement jouer des cartes puissantes, indépendamment les unes des autres.
À titre d’exemple, Moyo (dans le set 4) est très complexe à jouer en scellé, car il faut avoir ouvert une densité suffisante de cartes déclenchant son pouvoir.
Le draft
Il donne accès à plus de synergies. En draft, vous choisissez vos cartes en ayant théoriquement accès à un plus grand nombre de cartes. En prenant en compte le nombre de boosters et les cartes visibles, vous verrez passer 272 cartes en draft à 8 contre 84 cartes disponibles en scellé.
Cependant, vous n’aurez pas accès à l’ensemble des cartes effectivement ouvertes. Chaque joueur va choisir et prioriser certaines factions. Cet accès théorique à un plus grand nombre de cartes permet de construire des decks s’appuyant sur des synergies.
En draft, il est plus facile de construire Moyo, car vous pourrez récupérer les cartes qui lui sont dédiées.
Je nuance mon propos : ce n’est pas parce qu’il est possible de construire un deck synergique qu’il est recommandé de le faire.
En draft, tous les joueurs ne peuvent pas jouer la même stratégie.
Le constat est simple : lors de la phase de sélection des cartes, vous allez être en compétition avec les autres joueurs sur les différentes factions. Si tous les joueurs décident de prendre les meilleures cartes Axiom, ils ne pourront pas tous jouer Axiom efficacement. Il faut une densité de cartes puissantes pour que la stratégie fonctionne.
Ainsi, en draft, vous aurez naturellement une variabilité de héros retenus par les joueurs.
En scellé, cependant, si le meilleur personnage est connu et reconnu, une grande partie des joueurs vont décider de le jouer (s’ils disposent de suffisamment de cartes). Il est donc possible d’avoir plus de 50 % des joueurs avec une stratégie similaire.
Comme je l’avais précisé auparavant, j’étais joueur de Magic: The Gathering, et un joueur pro (Brian Stark) a mis en avant une réflexion sur les différentes stratégies de draft.
Concrètement, à chaque booster transmis, il vous est possible d’observer si une ou plusieurs factions sont manquantes, et si des cartes communes jugées puissantes sont présentes ou non.
Cette information vous permet de savoir si une faction est plus accessible que les autres, sur laquelle vous allez donc avoir plus de choix ou un accès plus facile aux cartes.
La théorie définit deux manières de prioriser ces choix :
Draft the easy way : Vous vous concentrez sur les cartes que vous avez déjà choisies et évaluez les cartes en fonction de leur capacité à s’intégrer dans votre deck en cours.
Draft the hard way : Vous vous concentrez sur les premières cartes en fonction de leur puissance individuelle, sans chercher à rester sur une faction précise. Vous êtes vigilant sur les factions plus accessibles, pour ensuite prioriser la récupération des cartes sur les stratégies de ces factions.
(Je laisse de côté la terminologie, car « draft the easy way » n’est pas si easy que ça.)
Draft the hard way est une méthodologie qui cherche à déduire les factions les plus jouées par vos adversaires et à ne pas les prioriser. L’idée est de se dire que, si aucun joueur ne prend les permanents spécifiques à Isaree, par exemple, vous allez pouvoir en récupérer un plus grand nombre et donc construire un deck plus synergique.
J’aime beaucoup cette réflexion sur la capacité à prendre en compte les choix de vos adversaires dans votre draft. Bien évidement vous ne pouvez pas connaitre exactement leur choix. Cependant les joueurs ayant déjà réalisé quelques drafts se sont tous rendu compte de l’absence de bonnes cartes d’une faction lorsque le paquet vient de la droite, par exemple.
Je cherche actuellement à trouver les outils ou cartes clés des extensions, permettant justement de déduire les synergies de mes adversaires. À très court terme, la stratégie « easy way » (se concentrer sur son deck) a été plus efficace pour moi. Cependant, j’évalue toujours cette stratégie comme plus pertinente sur le long terme. Je creuse donc actuellement sur comment décrire un set et les synergies qui le composent, afin de mieux faire ces choix en draft.
En boutique, sans enjeux particuliers, je vous invite à demander aux joueurs de droite et de gauche quelles sont les factions majoritaires pour savoir si vous avez réussi à le déduire du contenu des boosters. Que vous décidiez de prendre en compte cette information ou non lors de vos choix durant le draft, apprendre à le voir est déjà un pas vers un meilleur niveau de draft.
Vous l’aurez compris, je suis un grand fan du limité, par le principe même de construire son deck avec des contraintes supplémentaires, tout en découvrant des interactions nouvelles. J'ai l'impression également que cela lisse un peu la puissance moyenne des decks.
Bien évidemment, il serait faux de penser que toutes les ouvertures sont identiques (notamment en scellé). Mais la bonne évaluation de ces cartes individuelles et des potentielles synergies entre elles permet à un bon joueur de gagner avec des ouvertures un peu plus décevantes.
Je vous invite donc à profiter du scellé en avant-première dans les prochains jours et à la découvrir si vous ne le connaissez pas !
Flo-FR