Ce travail était réalisé à La Chaudeau (Aillevillers), l'une des rares manufactures de fer blanc fonctionnant à la fin du 18ème siècle, avec celles de Bains (Vosges) et Masevaux (Haut-Rhin). Un ouvrier chauffe le fer en barres ; d'autres commencent l'aplatissement en languettes qui, battues deux par deux sous le gros marteau à droite, sont élargies d'environ une vingtaine de centimètres et coupées : ce sont les semelles. Quand on a 50 semelles (ce qu'on appelle une trousse) pour le petit modèle et 25-30 pour le grand modèle, un ouvrier (le goujard) les trempe dans une eau argileuse, puis les porte dans un four où elles sont réchauffées avant d'être à nouveau élargies sous le marteau. Les feuilles sont portées ensuite dans une cave voûtée où elles sont à l'abri de l'air et de la lumière, qui ne peuvent pénétrer que par la porte laissée ouverte pour le travail.
Autour d'un four destiné à entretenir une chaleur constante, sont disposés des tonneaux remplis d'eau chaude et de seigle concassé. Le compagnon-étameur y dispose les trousses de tôle - après qu'on leur a donné les dimensions convenables - en les faisant passer successivement d'un tonneau à l'autre où la solution devient progressivement moins active. L'opération est menée sur une période de 5 à 8 jours. Quand les feuilles sont bien décapées, on les porte à des femmes, appelées récureuses qui les rincent et les essuient avec des chiffons, puis les disposent dans des bacs d'eau fraîche. Les feuilles sont apportées dans l'atelier d'étamage. Le maître-étameur fait fondre de l'étain dans un four et en écume les impuretés (ou crasse) pendant plusieurs heures. Les paquets de feuilles sont ensuite mis à tremper, à plat, dans le creuset, et retournés deux ou trois fois à l'aide d'un bâton. Une fois étamées, les feuilles sont posées sur un égouttoir et passées au son par une récureuse. Elles sont enfin mises en barils par 300.
D'après LEMERCIER - Les forges de Haute-Saône du 18° au 20° siècle.