Le centre de regroupement de Faîd el Botna

Secteur de Djelfa

Une tribu de grands nomades : Les Ouled Oum Lakhoua


 La confédération des Ouled Naïls compte parmi ses seize tribus celle des Ouled Oum Lakhoua; les 20.000 membres de ce groupement mènent aujourd'hui une vie très semblable à celle de leurs ancêtres. Grands nomades, on les trouve aux alentours de Tiaret et de Burdeau en été, dans la région de Laghouat en hiver. La grande pauvreté de leurs terres, la rigueur du climat, au pied des monts du Bou Kahil, le manque d'eau leur a interdit jusqu'à ce jour tout essai de sédentarisation. L'été ils louent leurs bras aux céréaliculteurs du nord des Hauts Plateaux; l'hiver ils participent à la cueillette des dates dans les oasis. dans ces conditions leur niveau social est peu, aucune scolarisation, pas d'hygiène ni de service de santé, pas de structuration administrative solide (bien qu'un maire et un conseil municipal aient été élus en avril 1959).

Pour porter remède à cette situation, l'expérience est tentée de créer à Faîd el Botna un village qui sera dans l'avenir le centre administratif, économique, social, et culturel de la tribu des Ouled Oum Lakhoua. 

Situé au cœur des terres de la tribu, au centre de pâturages assez riches, Faîd el Botna est depuis de nombreuses années un marché hebdomadaire durant les saisons intermédiaires. Un poste militaire triangulaire, tenu par le 4ème RT y a été implanté, ainsi qu'une S.A.S.- le recensement de la population a été entrepris depuis un an; les pistes reliant Faîd el Botna à Djelfa ont été améliorées. Le Sous-lieutenant LEROY, chef de la S.A.S. pendant un an, a conçu un plan d'urbanisme pour le futur village, et a commencé à répartir des lots de terrain aux habitants désireux de construire une maison. Une éolienne a été mise en place, alimentant une borne fontaine publique. Un poste de secours, tenu par un infirmier militaire a été ouvert, une école a été construite ainsi que le logement de l'instituteur. Enfin deux carrières de pierre à bâtir sont exploitées à quelques kilomètres du futur village. 

Les conditions sont ainsi préparées pour lancer la construction proprement dite du village de Faîd el Botna. 

LA MISSION 

La S.A.S. doit réaliser à Faîd el Botna un village de regroupement. 

Un Village ....

Un village c'est-à-dire essentiellement un centre économique et social. Il n'est point question de sédentariser l'ensemble des Ouled Oum Lakhoua dont la principale ressource restera l'élevage, ce qui implique nécessairement la nomadisation des pasteurs mais de créer un point fixe, en quelque sorte une "base arrière".

Centre économique. Il faut créer là un petit centre économique, un "pont à moutons" où les échanges seront facilités, et où les biens de consommation seront redistribués. De ce fait, le niveau de vie des habitants s'améliorera progressivement en même temps qu'il évoluera. De la nomadisation pure et simple (stade actuel) on passera petit à petit à une sédentarisation partielle. On peut concevoir que les vieillards, les femmes, les malades resteront au village pendant les saisons dures, tandis que les bergers seuls conduiront les troupeaux au pâturage. des sources nouvelles de revenus apparaîtront nécessairement : commerce, artisanat - (maçons et ouvriers du bâtiment, cordonniers, tailleurs, forgerons), transports, qui ne sont concevables que dans le cadre d'une société sédentaire. Ainsi l'économie de la tribu se monétisera et ainsi le pas sera fait qui assurera l'évolution d'une économie patriarcale d'autoconsommation en une économie ouverte d'échanges et de services.

Centre social. Outre ses fonctions économiques ce village aura nécessairement des fonctions sociales, on peut dire sans crainte des fonctions civilisatrices. L'école; l'assistance médicale, la mairie (avec le paiement de l'allocation des vieux, l'affiliation aux caisses de Sécurité Sociale, la mise en place d'une administration moderne, l'état civil, etc...), un foyer rural, un foyer sportif, autant de réalisations projetées  qui amèneront la promotion sociale des populations.

Mais ce village comment le réaliser ? Comment regrouper ces nomades insaisissables qui évoluent actuellement sur une bande de terre d'un millier de kilomètres de longueur ? Un oukase a-t-il été pris, ordonnant le regroupement par contrainte et imposant la sédentarisation ?

.....de Regroupement

Ce village sera construit par les habitants eux-mêmes. Nul ne sera contraint d'y séjourner s'il souhaite continuer à mener une vie purement nomade. Et personne ne sera invité à habiter les maisons que l'administration aurait préalablement construites. il s'agit d'amener les habitants à choisir, dès aujourd'hui, entre leur vie ancienne et cette vie d'un style nouveau qui s'offre à eux, et de mettre eux-mêmes leur choix en pratique.

L'aide de l'administration est de deux sortes :

- Entreprendre les travaux en employant une abondante main d'oeuvre et la fixant ainsi au village : travaux d'édilité, de viabilité, d'hydraulique, qui sont d'intérêt public. Pourquoi aller cueillir les dattes à TOUGGOURT si on a sur place un revenu assuré?

- Aider en nature les habitants qui construisent des maisons en leur fournissant gratuitement charpente, portes, fenêtres et tuiles - à condition que leurs maisons tiennent compte du plan d'urbanisme et qu'elles soient solidement construites en pierre. 

Il s'agit donc d'un regroupement suscité et non pas imposé, d'un village qui est vivant dès la naissance et non pas d'une cité d'entassement. C'est ce qui garantit l'avenir de l'entreprise.  

Enfin huit hectares de jardins irrigués seront incessamment distribués par parcelle à chacun des constructeurs. Il ne s'agit pas à proprement parler de jardins vivriers, mais d'un appoint qui sera ainsi apporté aux ressources des futurs villageois.

Les chances de succès 

On cite le cas d'un homme de guerre mettant le siège devant une place forte, qui après en avoir fait le tour, déclara à ses chefs : "La place est prise". Le siège devait durer trois ans. Gardons-nous d'un pareil excès. Il serait prématuré de considérer le centre de regroupement de Faîd el Botna comme un succès. 

ll est permis cependant d'affirmer d'ores et déjà que la mission sera remplie et le but fixé atteint si ce village est construit par les habitants eux-mêmes, spontanément et sans contrainte directe. Il s'agit de réaliser pour les Ouled Oum Lakhoua une oeuvre importante; mais il s'agit tout autant qu'ils la réalisent eux-mêmes. 

Expérience passionnante où la France montre sa force en déployant sa générosité; expérience dont il est permis de s'enorgueillir puisque les principes de liberté, de dignité individuelle, en même temps que d'ordre et de discipline que nous défendons sont ici respectés. 

Oeuvre de civilisation et de paix, où l'on donne sans imposer et dont le succès dépend de ceux qui reçoivent.


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