Dar El Chioukh

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Le premier commandement d'une compagnie du 4e RT à DAR EL CHIOUKH est sous les ordres du lieutenant Técher de septembre 1958 à septembre 1959. 
 
<< En septembre 1958, lorsque le 4e RTT quitte la TUNISIE et débarque à ALGER, je commande la 1ère Compagnie du 1er Bataillon que j'installe à DAR EL CHIOUKH (ancien PC de bellhounis) à 50 km au NE de DJELFA où se trouve le PC du Régiment. J'y subis le changement de dénomination du régiment qui s'appelle désormais 4e Régiments de Tirailleurs (4e RT) et je deviens Commandant la 1ère Compagnie de L'EMT 1 du 4e RT.>>  

A propos de bellounis le lieutenant Técher précise :

« J'avais entendu parler du charnier de Bellhounis (orthographe à vérifier), mais je ne l'ai pas vu, de même que je n'ai pas inspecté le puits qui se trouvait au centre du cantonnement de Diar El Choukh et que l'on prétendait plein de cadavres. Je n'étais pas le premier de l'Armée française à occuper les lieux. »

 

 
 

DAR el CHIOUK, été 1960 (Par le sergent-chef Louis de la CA)

Après un long séjour en métropole pour soigner une blessure par balles, je suis à nouveau muté à la CA. Que de changements parmi les cadres, le capitaine Miollan a remplacé le capitaine Le Bourhis, et Ballard, son fidèle adjudant de compagnie, lui aussi n’est plus là.  J’ai  un poste administratif dans l’attente d’une place plus remuante. Comme lors de mon premier séjour, lorsque les opérations réclament du monde, j’ai une demi-section d’administratifs avec leur armement de fonction. La compagnie est hébergée pour la nuit à Dar el Chiouk par la 1ère Compagnie. Dès 03 heures on quitte les lieux pour nous rendre en véhicule sur une piste qui m’est inconnue.

 Avant que le jour ne pointe, le capitaine rassemble ses chefs de sections et attribue les missions du jour. Pour moi, c’est simple je marcherai  à sa gauche vers une lisière boisée à un demi-kilomètre de la piste. Mission : s’installer aux abords de l’oued et interdire toute pénétration venant de l’ouest et du nord. Pour la rejoindre c’est un billard désertique, faut faire vite avant que le jour se lève.

-         Pas de carte, pas de moyens radio ? 

-         T’ en n’a pas besoin !   répond le capitaine, je suis près de toi à 3 ou 400 mètres sur ta droite et si la mission change je t’envoie un chameau-coureur pour te donner les nouvelles consignes. 

 J’ai trouvé ce nouveau capitaine très décontracté, à l’aise en opé comme au travail au quotidien. Cela me va ! Il ne s’emmerde pas de fioritures.

Mon problème, ce sont mes hommes, des inconnus un peu dissipés, un avantage cependant ils se connaissent bien et sont souvent ensemble lors des missions ponctuelles. Ils m’observent comme je les observe… mais je ne m’impose pas, simplement je leur rappelle qu’ils sont en terrain dangereux et que tout peut arriver. Ils acquiescent et semblent prendre des précautions. 

Nous sommes arrivés avant le jour, pari gagné ! C’est un coin merdique, un oued empierré complètement sec, un fouillis d’arbres morts blanchis par le temps. Quelques autres assez squelettiques produiront sans doute un peu d’ombrage. C’est pas drôle ! Les rochers et les arbres masquent les vues à courtes distances. Je réclame de la vigilance en plaçant mes hommes sur un large front pour éviter toutes surprises. Ils sont appuyés et protégés par un binôme avec lequel, à leur propre initiative, ils se relaieront. Les heures passent, le soleil déjà très haut cogne fort, la vigilance s’émousse, et les hommes causent entre eux à voix haute. Pour moi, la mission est foutue, si il y a des fells en observation ou au repos, ils savent où nous sommes. 

J’ai placé un homme en vigie sur ma droite pour éventuellement intercepter le chameau-coureur du capitaine. Mais point de chameau à l’horizon. Allons-nous y passer la soirée, voire la nuit ? Je n’en sais pas plus et mes hommes sont lassés de cette position inconfortable. L’un d’eux lance  à la cantonade : « Le capitaine est parti depuis longtemps, et il nous a oubliés. » Plus d’eau dans les gourdes, ils en réclament. A midi, les casse-croûtes sont engloutis. Je surprends  deux hommes abandonnant la position qui cherchent de l’eau dans l’oued, ils s’exposent et je crains l’irréparable. Je leur fais des signes de ralliement, ces salopards font mine de ne rien voir et poursuivent leur action. J’invite mon adjoint à prendre mon relais et je vais avec précaution vers les deux indisciplinés avec l’intention de leur botter le cul et de les ramener dans le rang. Ils ont compris avant même que je n’arrive à leur hauteur et ont vite filé rejoindre leur poste.

 Soudain derrière nous un bruit de moteur qui s’intensifie, puis un nuage de poussière se dirige vers nous. C’est le capitaine dans sa jeep. Il vient inspecter les lieux et se rendre compte de notre position. Puis satisfait, il donne l’ordre de rejoindre la route du matin pour reprendre les véhicules. 

Cet homme est à l’image du commandant Genet notre ancien chef de l’EMT 1, il veut tout voir et aller au plus près des événements. Pourtant précédemment ce capitaine a failli y laisser sa peau, rafalé à bout portant par des rebelles acculés dans une ravine, le bas du pantalon perforé au niveau de la cheville. Ce jour-là un excellent travail fut rondement mené par l’adjudant Robert qui venait de fêter, la veille,  la naissance de son premier enfant. 



Dar el Chiouk été 1961 (Par le sergent-chef Louis de la CA)

 Cette fois c’est sérieux, j’obtiens le bénéfice d’un stage préparatoire au Brevet d’Armes n°1 (B.A.1) , je le réclamais fréquemment afin d’assurer ma carrière. Il m’a été souvent rejeté comme prétexte : « Il y a plus anciens que vous qui peuvent y prétendre. » Le stage final et l’examen sont programmés en septembre à Philippeville.

Pour ce faire, on regroupe les candidats du régiment à la 1ère compagnie à Dar el Chiouk. Pour une huitaine de jours, sans autre mission que la préparation à l’examen. Effectivement on est exempté de toutes servitudes ; est-ce la volonté du capitaine Ferrant qui commande la compagnie  ou celle du commandement ? Là c’est moins sûr. Pourtant le capitaine  perd lui aussi des cadres de sa compagnie, mais semble bien s’en accommoder.

L’affaire est prise en main par un officier de la 1ère compagnie mais juste pour tirer les grandes lignes du stage et nous laisser maîtres de l’exécution. En un mot, nous sommes condamnés à n’étudier que les parties théoriques et à jouer les professeurs selon les compétences de chacun. Nous prendrons très au sérieux cette particularité, il y a bien assez à faire pour combler notre séjour, sans temps morts.

Je n’ai plus en tête l’événement qui a provoqué un magistral méchoui où, non seulement la petite garnison est invitée mais aussi la S.A.S toute proche et des Assistantes sociales ou médicales  en uniforme. Je n’en ai vu nulle part ailleurs. Quelques épouses de cadres sont présentes. L’atmosphère change donc par nature et les militaires se contiennent pour paraître moins grivois. C’est marrant de voir certains qui d’ordinaire ont le verbe facile : ils sont décontenancés, alors ils prennent une attitude empruntée qui ne leur va pas. Scènes cocasses qui mériteraient un roman. 




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