Quelques citations :
Le désir est l'essence même de l'homme. Spinoza
Ecclésiaste 1:18 - Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.
"Le bonheur est un idéal de l’imagination et non de la raison." Emmanuel Kant (1724–1804)
Tous nos projets de félicité pour cette vie sont des chimères. JJR
« Être bête , égoïste et avoir une bonne santé , voilà les trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu. » Flaubert
Faut-il qu'un homme soit tombé bas pour se croire heureux. BAUDELAIRE
"La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui"
Puissiez-vous vous convaincre avec elle que le véritable bonheur n’est qu’au sein de la vertu.
"Goûter le plaisir, sans aller jusqu’à l’incontinence" Le Banquet
Journée mondiale de la jouissance
L'androgyne selon Platon ; le désir mimétique
Le bonheur selon Into the wild
Faut-il satisfaire tous ses désirs (exemple du loup de Wall Street ; de Calliclès dans le Gorgias de Platon critiquant la tempérance)
Le bonheur est-il le bien suprême ?
Corpus Sénèque sur le bonheur
Le penchant de l'instinct est indéterminé. Un sexe est attiré vers l'autre, voilà le mouvement de la nature. Le choix, les préférences, l'attachement personnel sont l'ouvrage des lumières, des préjugés, de l'habitude; il faut du temps et des connaissances pour nous rendre capables d'amour, on n'aime qu'après avoir jugé, on ne préfère qu'après avoir comparé. Ces jugements se font sans qu'on s'en aperçoive, mais ils n'en sont pas moins réels. Le véritable amour, quoi qu'on en dise, sera toujours honoré des hommes; car, bien que ses emportements nous égarent, bien qu'il n'exclue pas du cœur qui le sent des qualités odieuses et même qu'il en produise, il en suppose pourtant toujours d'estimables sans lesquelles on serait hors d'état de le sentir.
Ce choix qu'on met en opposition avec la raison nous vient d'elle; on a fait l'amour aveugle parce qu'il a de meilleurs yeux que nous, et qu'il voit des rapports que nous ne pouvons apercevoir.Pour qui n'aurait nulle idée de mérite ni de beauté, toute femme serait également bonne, et la première venue serait toujours la plus aimable. Loin que l'amour vienne de la nature, il est la règle et le frein de ses penchants.
Rousseau, Émile ou De l’éducation- Livre IV
CALLICLÈS – si on veut vivre comme il faut, il faut laisser aller ses propres passions, si grandes soient-elles, au lieu de les réprimer. Au contraire, il faut être capable de mettre son courage et son intelligence au service de si grandes passions et de les assouvir, elles et tous les désirs qui les accompagnent. Mais cela n’est pas, je suppose, à la portée de tout le monde. C’est pourquoi la masse des gens blâme les hommes qui vivent ainsi, gênée qu’elle est de devoir dissimuler sa propre incapacité à le faire. La masse déclare donc bien haut que l’intempérance est une vilaine chose. C’est ainsi qu’elle réduit à l’état d’esclave les hommes dotés d’une plus forte nature que celle des hommes de la masse ; et ces derniers, qui sont eux-mêmes incapables de se procurer les plaisirs qui les combleraient, font la louange de la tempérance et de la justice à cause de leur propre lâcheté. Car pour ceux qui ont hérité du pouvoir ou qui sont dans la capacité de s’en emparer (…), pour ces hommes-là, qu’est-ce qui serait plus mauvais que la tempérance ? Ce sont des hommes qui peuvent jouir de leurs biens, sans que personne n’y fasse obstacle (…) La vérité, que tu prétends chercher, Socrate, la voici : si la vie facile, l’intempérance, et la liberté de faire ce qu’on veut, demeurent dans l’impunité, ils font l’excellence et le bonheur. Tout le reste, ce ne sont que de belles idées, des convention faites par les hommes et contraires à la nature, rien que des paroles en l’air, qui ne valent rien.
SOCRATE— Ce n’est pas sans noblesse, Calliclès, que tu as exposé ton point de vue, tu as parlé franchement. Toi, en effet, tu as exposé clairement ce que les autres pensent et mais ne veulent pas dire. Je te demande donc de ne céder à rien, en aucun cas ! Comme cela, le genre de vie qu’on doit avoir paraîtra tout à fait évident. Alors expliques-moi : tu dis que, si l’on veut vivre tel qu’on est, il ne faut pas réprimer ses passions, aussi grandes soient-telles, mais se tenir prêt à les assouvir par tous les moyens. Est-ce bien en cela que consiste [le bonheur et] l’excellence ?
CALLICLÈS- Oui, je l’affirme !
SOCRATE- On a donc tort de dire que ceux qui n’ont besoin de rien sont heureux.
CALLICLÈS- Oui, car, à ce compte, les pierres et les cadavres seraient très heureux.
SOCRATE- Mais tout de même, la vie dont tu parles, c’est une vie terrible ! (…) laisse moi te proposer une image (…). Regarde bien si ce que tu veux dire, quand tu parles de ces deux genres de vie, une vie d’ordre et une vie de dérèglement, ne ressemble pas à la situation suivante. Suppose qu’il y ait deux hommes, qui possèdent, chacun, de nombreux tonneaux. Les tonneaux de l’un sont en bon état et remplis, celui-ci de vin, celui-là de miel, un troisième de lait et beaucoup d’autres (…). Chaque tonneau est donc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à obtenir, et acquises au prix de travaux pénibles. Mais, au moins, une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n’a plus à verser quoique ce soit ni à s’occuper d’eux. L’autre homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, mais n’ayant que des tonneaux percés et fêlés, il serait forcé de les remplir jour et nuit sans relâche, en s’infligeant les plus pénibles peines. Alors, regarde bien, si ces deux hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux dis-tu qu’elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l’homme déréglé ou celle de l’homme tempérant ? Mon allégorie t’amène‑t‑elle à reconnaître que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée, ou n’es-tu pas convaincu ?
CALLICLÈS- Je ne le suis pas, Socrate. Car l’’homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n’a plus aucun plaisir, il a exactement le type d’existence dont je parlais tout à l’heure : il vit comme une pierre. S’il a fait le plein, il n’éprouve plus ni joie ni peine. Au contraire, la vie de plaisir est celle où l’on verse et on reverse autant qu’on peut dans son tonneau !
SOCRATE- Mais si l’on y verse beaucoup, n’est‑il pas nécessaire qu’il s’en écoule beaucoup aussi et qu’il y ait de larges trous pour les écoulements ?
CALLICLÈS- Bien sûr.
SOCRATE- Alors, c’est la vie d’un pluvier, qui mange et fiente en même temps ! – non, ce n’est pas la vie d’un cadavre, même pas celle d’une pierre ! Mais dis‑moi encore une chose : ce dont tu parles, c’est d’avoir faim et de manger quand on a faim, n’est-ce pas ?
CALLICLÈS- Oui.
SOCRATE- Et avoir soif, et, quand on a soif, se désaltérer ?
CALLICLÈS- Oui, mais surtout ce dont je parle, c’est de vivre dans la jouissance, d’éprouver toutes les formes de désirs et de les assouvir – voilà, c’est cela, la vie heureuse !
SOCRATE- Fort bien, très cher. Tu t’en tiens à ce que tu as dit d’abord, et tu ne ressens pas la moindre honte. Mais alors, il semble que moi non plus je n’ai pas à me sentir gêné ! – Aussi, pour commencer, réponds-moi : suppose que quelque chose démange, qu’on ait envie de se gratter, qu’on puisse se gratter autant qu’on veut et qu’on passe tout son temps à se gratter, est-ce là le bonheur de la vie ?
CALLICLÈS- Eh bien, je déclare que même la vie où on se gratte comme cela est une vie agréable !
SOCRATE- Et si c’est une vie agréable, c’est donc aussi une vie heureuse.
CALLICLÈS- Oui, absolument.
SOCRATE- Si on se gratte la tête seulement, ou faut-il que je te demande tout ce qu’on peut se gratter d’autre ? Regarde, Calliclès, que répondras-tu, quand on te demandera si, après la tête, on peut se gratter tout le reste ? Bref, pour en venir au principal, avec ce genre de saletés, dis-moi, la vie des êtres obscènes, n’est-elle pas une vie affreuse, honteuse, misérable ? De ces êtres, oserais-tu tu dire qu’ils sont heureux, s’ils ont en abondance ce qu’ils désirent ?
CALLICLÈS- Tu n’as pas honte, Socrate, d’amener la conversation vers ce genre d’horreurs ?
SOCRATE- Parce que c’est moi qui l’ai poussée là, ô noble individu ! N’est-ce pas plutôt celui qui affirme sans nuance que les hommes qui éprouvent la jouissance, de quelque façon qu’ils jouissent, sont des hommes heureux ? N’est-ce pas plutôt celui qui ne peut pas distinguer quels sont les plaisirs bons et quels sont les plaisirs mauvais ? Mais maintenant, dis-moi encore juste ceci : prétends-tu que l’agréable soit identique au bon, ou bien y a –t-il de l’agréable qui ne soit pas bon
CALLICLES : eh bien, pour ne pas être en désaccord avec ce que j’ai dit, si jamais je réponds que l’agréable est différent du bon, je déclare que c’est la même chose.
SOCRATE- Calliclès, tu es en train de démolir tout ce qui avait été dit avant, et tu n’aurais même plus les qualités requises pour chercher avec moi ce qui est vrai, si tu te mets à dire des choses contraires à ce que tu penses.
CALLICLÈS- Toi aussi, tu fais pareil, Socrate !
SOCRATE- Eh bien, si je le fais, j’ai tort de le faire ! Et toi aussi, tu as tort ! Mais réfléchis à une chose, bienheureux Calliclès : le bien ne consiste pas dans une jouissance à n’importe quel prix, car sinon, si c’est le cas, il semble bien que le tas de saletés auxquelles j’ai fait allusion tout à l’heure de façon détournée, va nous tomber sur la tête, et plus encore !
CALLICLÈS- C’est ce que tu penses, toi Socrate !
SOCRATE- Mais toi, Calliclès, maintiens‑tu réellement ton affirmation ?
CALLICLÈS- Oui.
Platon, Gorgias,390-385 avant JC
SOCRATE
Accepterais-tu, toi, Protarque, de vivre ta vie entière dans la jouissance des plus grands plaisirs ?
PROTARQUE
Et pourquoi pas ?
SOCRATE
Penserais-tu avoir encore besoin de quoi que ce soit d’autre, si tu possédais l’intégralité de cette jouissance ?
PROTARQUE
De rien d’autre.
SOCRATE
Mais regarde, n’aurais-tu pas quelque besoin de la réflexion, de l’intellection, du calcul [21b], et est-ce que tu n’aurais même pas besoin de
prévoir quoi que ce soit ?
PROTARQUE
Et quoi ? Si j’avais la jouissance, j’aurais tout.
SOCRATE
Et en vivant ainsi, pourrais-tu jouir des plus grands plaisirs toute ta vie durant ?
PROTARQUE
Pourquoi pas ?
SOCRATE
Puisque tu n’aurais ni intellect, ni mémoire, ni science, ni opinion vraie, ne serais-tu pas d’emblée incapable de savoir si tu jouis ou non, puisque tu
serais dépourvu de toute réflexion ?
PROTARQUE
Nécessairement.
SOCRATE
[21c] De plus, étant dépourvu de mémoire, il te serait sans doute même impossible de te souvenir que tu as joui, pas plus que le plaisir qui se
produit à l’instant ne pourrait te laisser de souvenir. Ne possédant pas d’opinion vraie, tu croirais ne pas jouir au moment même où tu jouis et,
incapable de raisonner, tu serais incapable de prévoir aucune jouissance à venir. Ce n’est pas une vie d’homme que tu vivrais, mais celle d’un
mollusque ou d’un animal marin vivant dans une coquille.
Platon, Philèbe