Le premier propriétaire attesté de Sablonnières, à une époque où l'on ne parlait pas encore de fief ni de seigneurie, n'est autre que le roi des Francs Clovis I (466-511). On sait, en effet, qu’il en fit don à Remigius (v. 437-533), évêque de Reims plus connu sous le nom de saint Rémi, qui la légua à son tour à l’église de Soissons : « Delegoque, ex dato praefati principis, Salvonarias supra Moram... ecclesiae suessonicæ », autrement dit « je lègue à l'église de Soissons Sablonnières-sur-Morin que m'a donné le roi » (1). La Chronique de Champagne (2) et la Société française d'archéologie (3) ont établi la correspondance entre les Salvonarias supra Moram en question et notre commune.
En ce temps-là, les évêques possédaient des fortunes considérables et de nombreuses terres dont ils retiraient des revenus importants. Pour cela, ils affermaient leurs possessions à des guerriers qui leur étaient fidèles, à charge pour eux de les protéger, de les faire entretenir et mettre en valeur. C'est certainement ainsi que naquit la seigneurie de Sablonnières sous les successeurs de Rémi. Les hommes et les familles qui possédèrent alors la terre de Sablonnières aux époques mérovingienne et carolingienne sont malheureusement tombés dans l'oubli.
La féodalité a survécu à l'empire Carolingien et s'est étendue à l'ensemble de la société. A une époque où la puissance se confondait avec la possession foncière, l'affaiblissement du pouvoir central et l'insécurité qui régnait sous toutes ses formes (invasions, guerres, famines) ont favorisé le développement d'un système politico-social fondé à la fois sur un morcellement des terres et de l'autorité, et sur un réseau hiérarchisé de liens personnels entre l'aristocratie militaire et les paysans. De puissants propriétaires (suzerains), qui s'étaient partagé le territoire au gré des conquêtes, en concédaient des portions (les fiefs) à leurs compagnons d'armes en remerciement de leurs services. Ces vassaux pouvaient à leur tour concéder des arrière-fiefs à d'autres seigneurs dont ils devenaient les suzerains. Le vassal et son suzerain étaient liés par des obligations réciproques, à commencer par une entraide militaire. Dans les campagnes, chaque seigneur possédait des serfs, paysans attachés à la terre et voués au service de leur maître. (4)
Vers l'an Mil, Sablonnières se trouvait dans un vaste domaine qui, à partir de la réunion des comtés de Meaux et de Troyes, allait devenir le comté de Champagne et de Brie. De cette époque obscure, nous ne savons rien sur l'existence même d'un village ou d'un château. En ce qui concerne la possession des lieux, on peut seulement inférer, d'une part du lien vassalique mentionné dans des actes postérieurs (infra) entre le seigneur de Sablonnières et celui de La Ferté-Gaucher et, d'autre part, du mariage vers 1050 de Gaucher Ier, seigneur de La Ferté-Gaucher, avec Élisabeth, fille du comte Eudes, qui apporta en dot Montmirail et ses dépendances devant revenir au premier fils à naître, que Sablonnières fut dès cette époque de la mouvance de Montmirail.
A partir du XIIe siècle et surtout au XIIIe, bien que de larges zones d'ombre subsistent en raison du manque de sources écrites renseignant sur la succession des fiefs, sur leur juxtaposition éventuelle et sur la coexistence possible de plusieurs maîtres sur la même terre (co-seigneurie), plusieurs seigneurs locaux peuvent être signalés :
Vers 1172, la forteresse de Sablonnières était tenue par Rericus de Corteno, homme lige « propter dominium Feritatis », selon le livre des Feoda Campanie qui recense les vassaux du comte de Champagne à cette époque. (5)
Vers 1190, le chevalier Robert de Sablonnières détenait à Sablonnières des biens fonciers qu'il légua aux Templiers parmi ses possessions au-dessous de la banlieue de La Ferté-Gaucher. En exécution de cette libéralité, sa veuve Marguerite céda à l'ordre, en 1194, ce que Robert lui avait donné à titre de douaire dans ce secteur. La libéralité fut consacrée par une charte de la comtesse Marie de France : « Ego Maria, Trecensium comitissa, notum facio presentibus et futuris quod Margarita, uxor defuncti Roberti de Sablonieres, quicquid, ex parte ejusdem Roberti, infra Banleucam Firmitatis Galcheri habebat de dotalio fratribus Templi quitum omnino clamavit et concessit in perpetuum pacifice possidendum. Et hoc idem Clarenbaudus, maritus ipsius Margarete, laudavit et concessit. Propter hoc autem, de beneficio domus Templi, ipsa Margarita et dictus Clarambaudus xxxvi libras pruvinensis monete perceperunt, testibus Ansoldo de Plasseto, Milone de Sancto Quintino. Quod ut ratum teneatur et notum permaneat, litteris annotatum sigilli mei testimonio confirmavi. Actum anno Verbi incarnati M° C° nonagesimo quarto. Datum per manum Galteri cancellarii. Nota Theodorici » (6), c'est-à dire : Moi Marie, comtesse de Troyes, fais savoir à tous présents et à venir que Marguerite, épouse du défunt Robert de Sablonnières, a concédé à perpétuité tout ce qu'elle tenait dudit Robert à titre de douaire au-dessous de la banlieue de la Ferté-Gaucher, pour être possédé paisiblement par les frères du Temple. Et ce aussi, Clarambaud, mari de ladite Marguerite, a approuvé et accordé. Cependant à cause de ceci, ladite Marguerite et ledit Clarambaud ont perçu 36 livres provinoises de la maison du Temple. Témoins Anseau du Plessis, Milon de Saint-Quentin. Qu'afin que ceci soit tenu pour valable et demeure connu, j'ai confirmé par le témoignage de mon sceau. Fait l'an du Verbe 1194. Donné de la main de Gautier, chancelier. Signé Thierry.
Toutefois, Luce de Signy, sœur de Robert, entendit faire valoir ses droits successoraux et contesta la donation en justice. Un arrangement fut trouvé : Luce se désista de ses prétentions en contrepartie d'une somme de 25 livres que les Templiers lui payèrent (7). Le don fut alors entériné au mois d'avril 1195 par une charte de la comtesse, mandatée par son fils le comte Henri II de Champagne, qui se trouvait alors outremer, pour en faire jouir paisiblement les Templiers : « Ego Maria, Trecensium comitissa, notum facio presentibus et futuris quod defunctus Robertus de Sablonneriis, miles, Deo et fratribus milicie Templi in perpetuam contulit elemosinam quicquid infra Be[n]leucam Firmitatis Galcheri possidebat, super quo michi mandavit a transmarinis partibus karissimus filius meus, comes Henricus, ut dictos fratres hanc facerem elemosinam pacifice possidere. Contigit autem postea ut quedam soror prefati Roberti, Luca nomine, uxor scilicet Gilleberti de Cigniaco, militis, dictos fratres super eadem elemosina in causam traheret et molestaret, et maritus scilicet ejusdem Luce, dictus videlicet Gillebertus. Tandem vero idem Gillebertus et uxor sua, dicta scilicet Luca, cum predictis fratribus, ita super hoc composuerunt quod prefatam elemosinam eis in perpetuum possidendam pacifice laudaverunt et concesserunt. Et hoc idem filii et filie ipsius Gilleberti et prefate Luce laudaverunt, et propter hoc de beneficio domus Templi viginti quinque libras dictus Gillebertus et uxor sua Luca perceperunt. Ego autem, ad ipsius Gilleberti et uxoris sue Luce petitionem, rem istam ita ordinatam feci litteris annotari et, ut rata teneretur et nota permaneret, eam feci sigilli mei testimonio roborari. Actum anno Verbi incarnati Mº Cº nonagesimo Vº, mense aprili. Testibus Machareo de Cathalauno, Auberto de Latiniaco, Ansoldo de Plasseto, Bertelero de Joyaco, militibus. Datum per manum Galterii cancellarii. Nota Theoderici » (8), autrement dit : Moi, Marie, comtesse de Troyes, fais savoir à tous présents et à venir que feu Robert de Sablonnières, chevalier, a donné en aumône à perpétuité tout ce qu'il possédait au-dessous de la banlieue de la Ferté-Gaucher, à Dieu et aux frères de la chevalerie du Temple, sur étant outremer, mon très cher fils le comte Henri, m'a mandée pour que lesdits frères possèdent paisiblement cette aumône. Cependant il est ensuite advenu qu'une certaine sœur dudit Robert, du nom de Luce, femme de Gilbert de Signy, chevalier, a traîné en justice lesdits frères au sujet de cette aumône. Mais finalement, Gilbert et sa femme, ladite Luce, ont convenu avec lesdits frères de leur accorder à perpétuité la possession paisible de ladite aumône. Et ce, ont aussi accepté le fils et la fille dudit Gilbert et de ladite Luce, et pour ce, ledit Gilbert et sa femme Luce ont perçu 25 livres de la maison du Temple. Cependant, à la demande dudit Gilbert et sa femme Luce, j'ai fait enregistrer cette chose ainsi ordonnée et, afin que ceci soit tenu pour valable et reste connu, je l'ai confirmée par le témoignage de mon sceau. Fait l'an du Verbe incarné 1195, au mois d'avril. Témoins Machard de Cathalauno, Aubert de Lagny, Anseau du Plessis, Bertelero de Jouy, chevaliers. Donné de la main de Gautier, Chancelier. Signé Thierry).
L'affaire ne fut pas pour autant réglée, puisque Mathieu de Montmirail puis son frère Jehan d'Oisy, qui estimaient que leurs droits de suzerains avaient été bafoués, s'opposèrent à la donation. Après arbitrage, un compromis fut trouvé, aux termes duquel les deux frères renoncèrent à leur contestation moyennant une compensation de 660 livres : le litige fut définitivement éteint en 1228 (9). Au nombre des possessions que les châtelains de La Ferté-Gaucher reprochaient aux Templiers d'avoir acquis à leur insu et au mépris des redevances qui leur étaient dues, étaient expressément mentionnées des terres et des essarts apud Sablonieres, c'est-à-dire près de Sablonnières ». (10)
D'autres vassaux du comte de Champagne portaient le nom de Sablonnières mais il est hasardeux de vouloir les rattacher à notre seigneurie (11) dont on ne peut affirmer, du reste, qu'elle a donné son nom à une famille seigneuriale. L'un de ces hommes, Pierre de Sablonnières, est mentionné vers 1222 comme tenant en fief le château de Sablonnières et une hostise, c'est-à-dire une chaumière louée à des paysans (12). C'est aussi un nommé Pierre de Sablonnières qui légua vers 1250 à l'Hôtel-Dieu de Provins la valeur de 6 setiers de froment à prendre sur le terrage de Sablonnières. (13)
Aux XIIe et XIIIe siècles, est également présente à Sablonnières une puissante famille de la cour de Champagne : les Britaud. Une charte de 1160 nous apprend en effet que l'église de Molesme, en Bourgogne, avait des possessions à Sablonnières qu'elle avait donné à bail perpétuel à Pierre Britaud moyennant un cens de 100 sols payables à Troyes au prieur de Saint-Quentin : « Ego henricus trecensium comes palatinus, tam presentibus quam futuris, notum fieri volo quod... inter Guillentus molismensis abbem et petrum bristaudum... quod petrus britaldus perpetuo libere et quiete habebit quicquid prefata ecclesia apud sablonerias habebat et possidebat et ipse eidem ecclesie dominica medie quadragesime 100 solidos annuatim persolvet trecis... » (14). Vers 1250, d’après le rôle des fiefs du comté de Champagne sous Thibaud IV, c'est un nommé Jean Briteaux qui possédait à Sablonnières une « maison » (ce terme pouvant désigner une maison forte ou une exploitation agricole) qu’il tenait du chevalier Jean Britauz (15). Entre 1256 et 1270, Henri Britaud (Henricus Bristaudus ou Bristaldus) (16), se déclara homme lige du comte de Champagne dont il tenait en fief la terre d'Hondevilliers et des biens à Sablonnières (17). En 1281, alors qu'il servait une rente annuelle à l’abbaye de Jouy-le-Châtel, Henri Britaud était toujours qualifié de seigneur de Sablonnières. (18)
Blason des Britaud :
« de gueules au sautoir d'or »
Généalogie de la famille de Britaud :
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Après la dissolution de l'ordre du Temple en 1306 et son expropriation, les biens que possédaient les Templiers à Sablonnières revinrent au seigneur de La Ferté-Gaucher à savoir le comte Arnould III de Guînes dit Le Vieil (19), à qui cette seigneurie avait été apportée en dot par son épouse Alix, dame de Coucy et de Sablonnières, baronne de Montmirail (20), fille d'Enguerrand III de Coucy (21) et de Marie de Montmirail (1192-1273), dame d'Oisy, sœur de Jean et de Mathieu de Montmirail morts sans postérité, respectivement en 1240 et en 1262. Veuve en 1283, Alix procéda au partage de ses biens entre ses deux fils en 1311 : les possessions de Sablonnières furent attribuées à Jehan III de Guînes dit « de Coucy » (+1334), vicomte de Meaux, seigneur châtelain de La Ferté-Ancoul (La Ferté-sous-Jouarre) et de La Ferté-Gaucher, qui les réunit entre ses mains au reste des terres de Sablonnières dont il devint le suzerain direct.
Blason des Guînes :
« vairé d'or et d'azur »
Jehan de Guînes laissa son héritage à sa fille unique Jehanne de Guînes dite « de Coucy », vicomtesse de Meaux, qui l'apporta en dot à Gaucher VI de Châtillon (1314-1377) par contrat du mois de septembre 1323. Le couple n'eut qu'un fils, Gaucher, décédé jeune en 1347. A la mort de Jehanne de Guînes (avant 1350), la terre de Sablonnières fut tenue en partage par son époux et son parent l'évêque Raoul de Coucy. A l'issue d'un long procès et après arrangement, Sablonnières et La Ferté-Gaucher revinrent à la famille de Coucy (Gaucher de Châtillon conservant la vicomté de Meaux et seigneurie de La Ferté-sous-Jouarre).
Blason des Coucy :
« fascé de vair et de gueules »
Généalogie sommaire des Montmirail-Coucy-Guînes :
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En 1390, la seigneurie de La Ferté-Gaucher appartenait toujours aux descendants d’Enguerrand de Guînes dit Enguerrand V de Coucy, frère de Jehan III. Ils la tenaient alors en fief de la duchesse de Bar, châtelaine de Coulommiers. D'après un document de l'année suivante, un chevalier nommé de Roye, déclarait tenir en fief de la même châtelaine de Coulommiers « la ville, terroir et appartenances de Sablonnières, consistant en la motte et forteresse, les fossés d'alentour, la chenevière ». (22)
On remarquera qu'à cette époque, le château comme le village et les terres relevaient de la châtellenie de Coulommiers. Lorsque celle de La Ferté-Gaucher fut créée à la fin du XIVe siècle, le château et ses dépendances ont continué de dépendre des châtelains de Coulommiers, tandis que le village et les terres ont été rattachés à la nouvelle châtellenie.
Au tout début du XVe siècle, le château était détenu par Michau de Boisseaux, de qui les droits de haute, moyenne et basse justice liés à la seigneurie du Jariel étaient pour partie tenus en fief « a cause de son hostel de la mote des sablonnieres ». (23)
D'après Bazin, un compte de la châtellenie de Coulommiers des années 1424 et 1425 mentionne le « fief et terre de Sablonnières qui jadis fut à Huguelin de Bousseaulx, saisi féodalement pour devoirs non faits » (24), tandis qu'un compte de 1442 et 1443 précise qu'un nommé Pierre de l’Espine, titulaire du « fief, chastel et motte de Sablonnières avec les fossés d'autour d'icelle », l'avait loué vers 1434 puis finalement donné à son cousin Gérard de Vieux-Maisons (Vielsmaisons) (25) auquel le receveur de la châtellenie donna quittance pour paiement du droit de rachat et des frais de saisie. (26)
Blason des Vielsmaisons :
« losangé d'argent et d'azur, au chef de gueules »
Généalogie des Vielsmaisons :
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(1) Texte apocryphe rapporté par Flodoard, Histoire de l'église de Reims, tome I, Reims, 1854.(2) Tome 3, Paris et Reims, 1838.(3) Congrès archéologique de France, XXVIIIe session, Paris, Derache et Caen, Hardel, 1862. Dans le même sens, Revue des Sociétés Savantes des Départements, 2e série, tome 1, Paris, Imprimerie et Librairie Administratives de Paul Dupont, 1859, p. 463 ; PECHEUR (Abbé), Annales du Diocèse de Soissons, tome I, Soissons, Morel, 1863, p. 116 ; FLODOARD, par LEJEUNE, Histoire de l'Eglise de Reims, tome 1, Reims, Regnier, 1854, p. 129 ; GIRY (le Père) par GUERIN (Paul), Vie des Saints, tome X, Paris, Palmé, 1864, p. 219 : « Après la mort de saint Remi (533), son neveu, Loup, évêque de Soissons, s'occupa avec le prêtre Agricole d'exécuter les dernières volontés du saint archevêque et de mettre l'église de Soissons en possession de la rente de dix sous d'or ainsi que de la terre de Sablonnières-sur-Morin (Seine-et-Marne), près de Coulommiers ».(4) Le servage était encore au XIIIe siècle la condition normale des gens des campagnes. Selon l'article 36 de la coutume de Champagne, cette condition était même présumée pour les non nobles. Les affranchissements de serfs se multiplièrent au siècle suivant et le servage disparut progressivement sous l'influence chrétienne.(5) « Rericus de Corteno, ligius propter dominium Feritatis. Fortitudo de Sablonières » (LONGNON (Auguste), Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie 1172-1361, tome 1, Paris, Impr. Nat., 1901, p. 48, n° 1225). Il s'agit peut-être de Roric de La Courtine qui participa à la troisième croisade et qui devint sénéchal (deuxième dignitaire après le maître) de l'ordre du Temple en 1191, près d'Acre (BURGTORF (Jochen), The Central Convent of Hospitallers and Templars : History, Organization, and Personnel (1099/1120-1310), Leyde, Brill, 2008, p. 79), à moins que son nom soit à rapprocher de Courtenot (Cortenost) dans l'Aube.(6) Cartulaire des Templiers de Provins (1127-1301), charte n° LXXXVII, in Bulletin d'histoire et d'archéologie du diocèse de Meaux, vol. 4, Grevin, Lagny, 1908, p. 279.(7) Inventaire des titres de la commanderie de La Ferté Gaucher dressé en 1749, iii, v° - Archives départementales de Seine-et-Marne, H. 725.(8) CARRIERE (Victor), Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Paris, Champion, 1919, charte n° LXXIII. Cette charte est citée dans plusieurs ouvrages : Catalogue des actes d'Henri le Libéral, in D'ARBOIS DE JUBAINVILLE Henri, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, tome III, Paris, Durand, 1861, pp. 401-402 ; Inventaire des titres de la commanderie de La Ferté-Gaucher, f° 1, v° - Archives départementales de Seine-et-Marne, H. 725 : « Chartre de Marie Comtesse de Troyes portant que feu Robert de Sablonnieres Chevalier ayant fait don aux freres de la Chevalerie du Temple de tout ce qu'il avoit et possedoit au dessous de la Banlieüe de la ferté Gaucher dont lad. Dame avoit receu mandement du Comte de Troyes son fils, etant dans les parties d'outremer, de les faire jouir paisiblement, il seroit arrivé qu'une sœur dud. Robert de Sablonnières appellée Luce femme de Guillebert de Cigny, auroit troublé et mis en cause lesd. Templiers pour raison dud. Don. Et pour terminer leur différend les parties seroient convenües de ce qui suit. C'est a scavoir que led. Guillebert et lad. Luce sa femme consentent et accordent que lesd. Templiers jouissent paisiblement a toujours dud. Don au moyen d'une somme de 25 livres que lesd. Templiers leur auroient payee comptant. Et pour plus grande rattification dud. Accord led. Guillebert et sa femme auroient prié lad. Dame Comtesse de Troyes de donner ses lettres scellees de son scel. Lad. Chartre dattee de l'an du verbe incarné au mois d'avril 1195. Et ont esté scellees sur double queue ». (9) Cet accord est constaté par des lettres données par Jean de Montmirail en mars 1217 et par Mathieu en 1228 : « Lettres de Mathieu de Montmirel Seigneur de la Ferté Gaucher et de Jean de Montmirel Seigneur d'Oisy, contenant accord fait entre eux d'une part et les freres de la Chrie du Temple d'autre au sujet du différend qui étoit entre eux pour raison des acquisitions que lesd. Templiers avoient faittes dans l'étendue de la terre et seigneurie de lad. Ferté Gaucher sur les quelles led. Mathieu et Jean de Montmirel prétendoient différents droits seigneuriaux et notamment sur les maisons qu'ils avoient a Costran ; … sur les terres de Sablonnières qui devoient terrage et coutume aud. Seigneur de la Ferté sur les essarts faits au dit Sablonière... par lequel accord led. Mathieu et Jean de Montmirel se désistent de toutes les prétentions qu'ils avoient formees contre lesd. Templiers, ainsi qu'elles sont cy-devant déclarées et consentent qu'ils jouissent paisiblement a toujours desd. Choses … led. accord fait en outre moyennant la somme de 660 livres payee comptant par lesd. Templiers ainsy qu'il est porté auxd. Lettres données à Montmirel à l'égard dud. Jean de Montmirel au mois de mars 1217 et à l'égard dud. Mathieu de Montmirel en l'an 1228 et scellées d'un grand scel de cire verte représentant un cavalier armé sur lacs de soie rouge. Auxquelles Lettres est jointe une copie collationnée d'icelles par frère François de Torcy Chancelier et Conservateur des archives du grand Prieuré de france et scellée du scel a l'aigle du Grand Prieuré » (Inventaire de la Commanderie de La Ferté-Gaucher, f° 2 et 3, Archives départementales de Seine-et-Marne, H. 725).(10) D'après un état de la commanderie de La Ferté-Gaucher de 1474, il en dépendait, près de Sablonnières, un droit de terrage et un droit de coutume sur les essarts qui y étaient faits : MANNIER (Eugène), Ordre de Malte. Les commanderies du Grand-Prieuré de France, Paris, Aubry et Dumoulin, 1872, p. 218-219.(11) Le Livre des vassaux du comté de Champagne et de Brie (1172-1222) publié par LONGNON (Paris, Franck, 1869) mentionne trois hommes-liges de ce nom : Pierres de Sablonieres (p. 80, n° 1134), Estienne de Sablonnières (p. 81, n° 1151) et Gilles de Sablonnières, également vassal du comte d'Angoulême : « liges ampres li cuens de Amgoloisme et sa meson jurable et il meisme le jura » (p. 104 de l'Introduction ; p. 80, n° 1139) que l'on retrouve en version latine dans l'édition des Feoda Campanie donnée par le même auteur : « Gilo de Sabloneriis , ligius propter comitissam Angolimensem, et domus ejus jurabilis. Ipse juravit » (Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie 1172-1361, tome 1 Les Fiefs, Paris, Impr. Nat. 1901, 5e partie 1210 à 1214 environ, p. 124, n° 3383). Bien qu'il les rattache, en note de bas de page, à notre commune, ces seigneurs sont mentionnés au titre de la châtellenie de Château-Thierry dont la seigneurie qui nous intéresse ne faisait pas partie. De même, aucun lien ne peut être établi avec Robert de Sablonnières, prévôt de Crécy, cité dans un cartulaire conservé aux Archives nationales, pour avoir, avec sa femme Luce, fait donation en 1229 d'une partie du Moulin Vieux de Couilly à l'Abbaye de Pont-aux-Dames (Cartulaire du Pont-aux-Dames, Archives nationales, cart. L. cité par A. Bazin, in Etudes sur la rivière et la vallée du Grand-Morin, Coulommiers, Brodard, 1907, p. 99).(12) « De Columbariis : Petrus de Sablonieres, homo ligius propter dominum Firmitatis Galcheri. Feodum est fortericia de Sablonieres et una hostisia » (LONGNON Auguste, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie 1172-1361, tome 1 Les Fiefs, Paris, Impr. Nat. 1901, 6e partie 1222-1243, p. 141, n° 3765).(13) Il est cité à ce titre dans l'obituaire de l'Hôtel-Dieu, rédigé vers 1270 : « [21 jan.] XI kal. Ob. ... Item Petrus de Sabulonariis, qui dedit nobis sextarium frumenti annui redditus in terragio Sabulonariarum... » et par MOLINIER (Auguste) ss. dir. LONGNON (Auguste), Obituaires de la province de Sens, tome 1, Diocèses de Sens et de Paris, 2e partie, Paris, Impr. Nationale, 1902, p. 925 ; MICHELIN (Jules) et LEOUZON LE DUC (Claude), Etat des bienfaiteurs de l'Hotel-Dieu de Provins et de leurs libéralités, Provins, Vernant, 1887. (14) Deuxième cartulaire ou Grand cartulaire de l'abbaye de Molesme, Archives départementales de la Côte-d’Or, 7 H 7 (Cart. 143), fol. 84 v°. Il s'agit peut-être de l'homme lige mentionné au n° 1598, au titre de la Châtellenie de Provins, par LONGNON, Les Fiefs, p. 53).(15) « Dominus Johannes Britauz, miles, sicut dixit officialis Trecensis, tenet domum suam de Changenays, et villam cum pertinentiis, et nemora, et integre quicquid habet ibidem… Johannes Briteaux de eo tenet domum suam de Sablonnieres » (LONGNON, Rôle des fiefs du comté de Champagne sous le règne de Thibaud le Chansonnier (1249-1252), Paris, Menu, 1877, p. 198, n° 896).(16) LECOMTE (Maurice), Une famille de seigneurs briards aux XIIè et XIIIè siècles : les Britaud, seigneurs de Nangis-en-Brie, in Bulletin de la Société d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts du département de Seine-et-Marne, années 1905-1906, Melun, Michelin, 1907. Il s'agit soit d'Henri Britaud vicomte de Provins et châtelain de Nangis, connu pour avoir avec sa mère Héloïse favorisé l'implantation des Templiers en Brie (notamment par une donation qu'ils leur firent en 1193), soit de son neveu Henri Britaud, seigneur de Houdrevilliers (Hondevilliers).(17) La liste des hommages faits à Thibaud V de Champagne le mentionne en ces termes : « messires Henris Britaut, chevaliers, liges de Hondrivillers et de tout ce qu’il a, si com l’on dit, à Sablonieres » (LONGNON, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie 1172-1361, tome 1 Les Fiefs, Paris, Impr. Nat. 1901, Hommages faits à Thibaud V – Bailliage de Provins - Feuda de Columbariis in Bria, p. 232, n° 5712).(18) Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Provins, tome 7, n ° 11, nov. 1903, p. 94.(19) Arnould III de Guines naquit vers 1225 en Angleterre. Il était chevalier, comte de Namur, châtelain de Bourbourg, seigneur d’Ardres, de Tourcoing et d’Alost. Son mariage avec Alix de Coucy fut célébré également en Angleterre.(20) Née à Boves (Somme), vers 1225.(21) Surnommé « le Grand » ou « le Bâtisseur », Enguerrand III de Coucy était né en 1182 au château de Coucy. Après avoir pris part avec courage à la bataille de Bouvines et à la croisade des Albigeois, il était devenu l’un des personnages les plus puissants de France. Resté dans les mémoires pour avoir accordé des chartes de franchise à plusieurs communes et pour avoir fait construire de nombreux châteaux, il est aussi connu pour avoir dirigé un complot dans le but d’enlever le jeune Louis IX et de s’emparer de la couronne. La cabale échoua et Enguerrand conserva toutefois toute sa puissance. Comte de Roucy, seigneur de Coucy, de Condé, de La Fère, de Marle, de Crépy et de Vervins, il mourut accidentellement en 1242, embroché sur sa propre épée lors d’une chute de cheval.(22) Bazin citait in-extenso une déclaration du 24 juillet 1391 par laquelle Guy de Roye, dit Tristan, seigneur de Luzancy, de Lizy et de Sablonnières, reconnaissait tenir en fief de la châtelaine de Coulommiers « la ville, terroir et appartenances de Sablonnières, consistant en la motte et forteresse, les fossés d'alentour, la chenevière... ». Ce personnage n'a pas été retrouvé dans les sources généalogiques concernant la famille de Roye, dont les membres étaient du reste seigneurs de Buzancy et non Luzancy (la seigneurie de Lizy n'apparaît pas non plus). Il ne peut pas s'agir de Guy de Roye, dit Tristan ou Guy-Tristan, vicomte de Buzancy mort en Espagne en 1386, soit avant la déclaration en question. Pourrait en revanche correspondre, d'un point de vue chronologique, Gui de Roye dit Tristan, chevalier, dont le dénombrement du 12 février 1392 est mentionné dans les Comptes-rendus et Mémoires aux séances du Comité archéologique de Noyon (1874, p. 131).(23) Lettres de la prévôté de Paris du 29 février 1411, relatant la vente de la terre et seigneurie du Jariel en Brie du 21 octobre 1401 (Archives nationales, S 3776 A dossier 1, n° 2).(24) Op. cit., p. 24. La châtellenie de Coulommiers avait donc confisqué le fief dudit Huguelin, faute pour lui d'avoir rendu hommage à son suzerain. De la sorte, les revenus du fief étaient perçus par la châtelaine. (25) Ce personnage cité par Bazin vivait en 1460 avec son épouse Eustache de Vaux (+1503) qui lui donna quatre enfants.(26) Lorsqu'un fief sortait des mains d'un seigneur autrement que par vente (notamment par don ou succession), il revenait au suzerain qui l'avait concédé. Le nouveau seigneur (donataire, héritier) devait alors payer au suzerain le droit de rachat ou relief et les frais de saisie féodale. Au cas particulier, Gérard de Viez-Maisons dut acquitter la somme de 8 livres pour obtenir le fief de Sablonnières.Ces informations rares et lacunaires ne permettent pas d'établir une suite continue des seigneurs locaux, ni de connaître avec précision la consistance de la seigneurie, voire de plusieurs fiefs. Les troubles qu'a connu la région à compter de la fin du XIIe siècle en sont probablement une cause majeure.
La situation se clarifie plus tard. Du XVe siècle au moins et jusqu'en 1789, le territoire de la paroisse (identique à celui de l'actuelle commune) comprenait deux seigneuries distinctes : celle de Sablonnières et celle du Jariel. La première, développée autour du château féodal, s'étendait au sud du Petit-Morin et à l'est du ru d'Avaleau. A partir du XVIe siècle, le fief de Montchevrel situé au nord-est (au Mont-Chevret) en dépendait et allait être finalement lui être réuni entre les mêmes mains, comme celui de Montflageol qui avait son emprise sur le territoire de la paroisse de Villeneuve-sur-Bellot. L'autre seigneurie, moins vaste que la première, était située au nord-ouest, entre le Petit-Morin et le ru d'Avaleau.
Ces deux seigneuries, qui ont coexisté jusqu'en 1789, avaient des propriétaires distincts et chacune était administrée par ses officiers et selon des modalités qui lui étaient propres. A l'une comme à l'autre était attachés des droits seigneuriaux et un patrimoine foncier confié à des censitaires qui habitaient les maisons ou exploitaient les terres et les industries moyennant redevance. Il convient donc de les présenter successivement.
Plus importante par l'étendue de son domaine et par le prestige de ses possesseurs, la seigneurie de Sablonnières est aussi celle qui a laissé le plus de traces historiques. Afin d'en donner une description suffisamment précise, nous nous pencherons successivement sur ses détenteurs, sur sa consistance et sur son administration.
Parmi les quelques seigneurs identifiés du XIIe au XIVe siècle, nous avons déjà indiqué que certains tenaient le château en fief : ce fut le cas avec certitude de Rericus de Corteno vers 1172, de Pierre de Sablonnières vers 1222, du chevalier de Roye en 1391, de Pierre de l'Espine et de Gérard de Vieux-Maisons vers 1450. Ces derniers furent sans doute les prédécesseurs des familles qui, parfaitement identifiées de la fin de la Guerre de Cent ans à la Révolution, ont tenu en fief la seigneurie de Sablonnières proprement dit
Au cours de la deuxième moitié du XVe siècle, la seigneurie de Sablonnières devint la propriété de la famille de Brie. Le nouveau seigneur des lieux, Loys de Brie, la possédait déjà lorsqu'il fit l'acquisition, le 4 mars 1473 de plusieurs seigneuries dont celle de Boissy-le-Châtel (1). Ce personnage était entré dans la maison du duc Charles Ier de Bourbon dont il avait été écuyer d'écurie avant de se voir confier, le 24 juillet 1440, la capitainerie et châtellenie de Billy en Nivernais (2), puis d'être nommé à vie dans cet office le 29 juillet 1449 « en considération de ses services et du mariage que a esté traité entre luy et Jeanne de Bonvillier (lire Boulainvilliers), dame de Madame la duchesse de Bourbon » (3). Bien que confirmé le 9 février 1457 par Jean II, nouveau duc de Bourbon, il fut transféré à Moulins le 24 août 1466, remplacé en 1482 et rétabli le 27 novembre 1488 comme châtelain de cette place qu'il conserva jusqu'à sa mort survenue en 1490 (4). Il fut également gouverneur de Savonne pour le roi et son chambellan. (5)
Ses fils, qui avaient le titre d'écuyer, lui succédèrent : Charles reçut Boissy et Jehan de Brie eut Sablonnières. Ce dernier acquit en 1504 la seigneurie de Verdelot (6) qui allait demeurer dans le domaine familial jusqu'en 1696. On sait peu de choses sur lui, si ce n'est qu'il prit part à la rédaction des coutumes de Meaux en 1509 (7) et fut grand-maître des eaux-et-forêts de Beauvoisis. Lui aussi fut inhumé à Boissy-le-Châtel où l'on voit encore sa dalle funéraire :
Sa première épouse, Marie de Buz, était dame de Villiers-sur-Marne (aujourd'hui Villiers-Saint-Denis, dans l'Aisne) où elle mourut le 4 janvier 1501.
Jehan de Brie épousa en secondes noces Antoinette de Courtenay, dame de Courquetaine, qui ne lui donna point d'enfant. C'est donc sa fille unique Jehanne de Brie, issue du premier lit, qui hérita de tous ses biens.
Blason de la famille de Brie :
« d'azur à deux haches emmanchées et adossées d'argent »
Généalogie de la famille de Brie :
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(1) Archives départementales de Seine-et-Marne, E 712.(2) DE CASTELNUOVO (Guido) et MATTEONI (Olivier), De part et d'autre des Alpes : les châtelains des princes à la fin du moyen-âge ; actes de la table ronde de Chambéry, 11 et 12 octobre 2001, Publications de la Sorbonne, 2006, pp. 267 et 274.(3) MATTEONI (Olivier), Servir le Prince : les officiers des ducs de Bourbon à la fin du moyen-âge, Publications de la Sorbonne, 1998.(4) BNF, ms. Fr. 22299, p. 9, 15, 19, 36, 37, 69, 70, 71, 154. Des actes de l'époque, rapportés dans le Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais (Moulins, 1913), mentionnent « Louis de Brie, seigneur de Sablonnières, ancien écuyer d'écurie transféré à Moulins » et « Louis de Brie, Seigneur de Sablonnières, aimé et féal chambellan du duc, naguère châtelain de Billy, capitaine à vie ».(5) Ce titre apparaît dans son épitaphe.Voir aussi Archives départementales de Seine-et-Marne, E 712.(6) Les archives du département conservent un « Echange et permutation faite par Jean de Brie, écuyer, seigneur de Sablonnières, de la terre de Varennes, avec maître Guillaume de Badouillis, greffier en la Chambre des Comptes, pour et à rencontre du fief, terre et seigneurie de Verdelot » (AD, E. 20).(7) Comme les principaux représentants de la noblesse locale, Jean de Brie fut convoqué au Palais épiscopal de Meaux, en octobre 1509, pour participer aux corrections des coutumes nouvellement rédigées, en vertu de lettres-patentes données à Blois par le roi Louis XII en septembre de la même année. Il s'y rendit en personne, et non par procureur, comme l'indique le procès-verbal de publication de ces coutumes indique : « A nos amez & feaulx, les Bailly, Lieutenant general, Advocat & procureur du Bailliage de meaulx. Il avoit faict convoquer plusieurs gens d’eglise, nobles, praticiens, avocats & autres du tiers estat en grand nombre, & lors fismes lire à Nicolas chapuset Greffier dudict Bailliage, les lettres patentes de nostre commission, ensemble les lettres missives du Roy nostredit seigneur, envoyées audict Lieutenant & autres officiers dudict Bailliage cy dessus transcrites. Et ce faict ordonnasmes audict Greffier appeler les Prelats, Colleges, Chapitres & autres gens d’eglise, les Nobles & autres personnes du tiers estat, qui avoient esté adiournez pour assister a la publication dessusdicte. En ensuivant laquelle ordonnance furent appelez & comparurent [...] Iean de Brie Seigneur de Fublonnières [lire Sablonnières] » (cf. Coustumes generales gardees et observées au baillage de Meaulx, Troyes, Oudot, (1509 ?) f° 51, v° ; également BOBE (Jean), Commentaires sur les coutumes generales du bailliage de Meaux, Paris, Journel, 1683, p. 470 ; CHAMPY (Jacques), Coustumes du Bailliage de Meaux et anciens Ressorts d’iceluy, Paris, Journel, 1682, p. 444).Le 10 avril 1514, Jehanne de Brie, dame de Boissy, Sablonnières-en-Brie et Villiers-sur-Marne, épousa Antoine de Ravenel, descendant d'une famille féodale du Beauvaisis qui possédait la seigneurie de Porquéricourt et celle de Rantigny (Oise) depuis 1463. Nous ne connaissons localement aucun événement marquant de cette époque, si ce n'est l'invasion de toute la Champagne et de la Brie par l'armée de Charles Quint qui marcha sur Paris en 1544. Antoine de Ravenel mourut le 11 février 1548 et Jehanne le 15 mai 1553 (1). Le couple laissait cinq enfants dont deux garçons qui se partagèrent les terres familiales en 1555 : l'aîné, prénommé Olivier mais surnommé Claude obtint Rantigny, Fouilleuse, Boissy et Verdelot ; le cadet, Philippe, reçut Sablonnières et Villiers.
Philippe de Ravenel, qui avait le titre d'écuyer, avait épousé en premières noces, le 6 juin 1554, Catherine de Conflans, issue d'une famille champenoise aux origines illustres, descendante de Charlemagne et des rois mérovingiens. Devenu veuf en 1563, il se remaria plusieurs années après avec Rose de Mertrus. Comme auparavant, la famille vivait non pas à Sablonnières, mais à Villiers (2). Aussi a-t-il laissé peu de traces sur place. On sait qu'il fit hommage de la seigneurie de Sablonnières en 1573. Nous avons aussi découvert qu'il avait entrepris, peu après son accession à cette seigneurie, d'en faire confectionner ou rénover le terrier*. A cette fin, il obtint des lettres royaux l'y autorisant, un substitut du tabellion de Meaux fut commis par le bailliage* pour recevoir les déclarations des censitaires* et les publications nécessaire furent effectuées par un sergent cheval du châtelet de Paris. Toutefois, les guerres, les séditions et la peste qui désolèrent la Brie à cette époque interrompirent les opérations pendant plus d'un an, de sorte que les lettres de terrier devinrent caduques. Ainsi, pour continuer la confection du terrier, Ravenel dut solliciter de nouvelles lettres royaux qui lui furent délivrées par la chancellerie le 31 mai 1564, puis demander une commission au bailliage de Meaux qui répondit favorablement le 7 juillet de la même année.
Signature de Philippe de Ravenel
C'est en qualité de « seigneur de Sablonnières et Montchevrel » qu'il fit saisir féodalement au mois de septembre 1578 la terre et seigneurie de Busserolles pour droits et devoirs envers lui non faits par son vassal Charles de Cullan. Ce dernier s'acquitta de vingt écus et en obtint quittance établie à Villiers le 23 novembre 1582.
Ordinairement dénommé le « chevalier de Rentigny » Philippe de Ravenel fut un ardent ligueur. Ayant pris le parti des Catholiques lors les guerres de religion, il s'illustra par ses faits d'armes, en particulier en 1562 à la bataille de Dreux, aux côtés de François de Lorraine duc de Guise. Le souvenir qu'il a laissé de sa personne est celui d'un homme belliqueux, dans la droite ligne des anciens chevaliers. En 1585, alors qu'un différend l'opposait à son beau-frère Claude de Mertrus, seigneur de Saint-Ouen (aujourd'hui Saint-Ouen-Domprot dans le département de la Marne), les deux hommes étaient décidés à en découdre dans un grand tournoi et chacun avait appelé ses amis et voisins à venir à cheval et en armes. Le défi aurait été lancé et les hostilités déclenchées si Joachim de Dinteville, lieutenant-général du roi en Champagne et Brie, ne leur eut défendu tout combat et enjoint de renvoyer chez eux leurs partisans (3). Durant la seconde Ligue, on le vit mettre la ville de Meaux - dont il avait été élu gouverneur le 22 septembre 1590 - en état de se défendre contre un éventuel siège par les armées royales, placer des garnisons dans les principales places de la région et prendre la tête de plusieurs expéditions contre les royalistes : le 16 octobre 1591, il s'empara de La Chapelle-sur-Crécy où il arrêta la démolition du château ordonnée par le roi. Le 6 novembre, ses hommes prirent celui de Thieux. Ce fut ensuite le tour de celui de Claye qu'il fit raser et, en avril 1592, de celui de Monthyon aux croisées duquel il fit pendre ceux qui l'avaient défendu (4). Capitaine impitoyable avec ses ennemis, il se fit détester par ses exactions dont les plus connues sont le pillage de Rebais, perpétré le 10 octobre 1590 en représailles contre l'abbé qui tardait à le rembourser d'une dette considérable (5), et la mise à sac de Jouarre dans la nuit du 17 au 18 août 1591 pour en punir les habitants - dont plusieurs furent blessés ou tués - d'avoir refusé d'obéir à son ordre d'envoyer à Meaux le produit de la taille. A la fin du mois de mai de l'année suivante, alors que les troupes du duc de Parme, pourtant alliées des Ligueurs, dévastaient Boissy-le-Châtel, Rentigny partit défendre ses possessions et n'hésita pas à charger les assaillants. Après les avoir mis en fuite dans un premier temps, il perdit finalement la bataille et fut capturé. On le conduisit à Rebais, où le duc lui rendit la liberté (7). Les Meldois quant à eux, s'ils restaient fidèles à la maison de Lorraine, entendaient assurer eux-mêmes la défense de leur ville et refusaient catégoriquement toute présence de troupes françaises ou étrangères ailleurs que dans le Marché. Aussi, lorsque pour une raison demeurée inconnue, Rantigny fit entrer dans la ville des fantassins wallons au matin du 13 septembre 1592, les habitants prirent les armes, s'emparèrent des soldats, dressèrent des barricades, arrêtèrent leur gouverneur et le constituèrent prisonnier. Informé de ces événements, le duc de Mayenne, chef de la Ligue, nomma un nouveau gouverneur. Libéré le 24 septembre, Rentigny quitta la ville le 4 octobre pour aller rejoindre le duc à Soissons, non sans promettre de « tailler des jarretières » aux Meldois qu'il trouverait sur son chemin (6). Il mourut le 11 novembre dans des circonstances obscures, laissant pour lui succéder ses deux fils Robert et Jacques.
La seigneurie de Sablonnières revint à Robert de Ravenel qui demeurait à Villiers mais fréquenta semble-t-il Sablonnières si l'on en croit une quittance portant sa signature qu'il y délivra le 27 janvier 1604 en qualité de « seigneur de Sablonnières et Montchevrel » (7). Lorsqu'il mourut en 1690 sans descendance, Sablonnières passa à son frère Jacques de Ravenel. Chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, lieutenant de cent hommes d'armes de la compagnie de gendarmes du comte de Vaudemont et gouverneur du duc de Lorraine, seigneur de Sablonnières, Montflageol, Monchevrel, le Jariel en partie, Verdelot (8), Villers-sur-Marne, l'Épine-aux-Bois, Domptin, Choullans, baron de Vindé (Vindey dans le département de la Marne), ce personnage jouissait d'une certaine importance puisque le roi l'avait exempté de ban et d'arrière-ban. Il avait épousé Claude de Gennes, dont la famille était originaire de Bretagne. (9)
Jacques de Ravenel mourut le 6 juillet 1636, mais son fils Edmond ne prit pas immédiatement sa suite. Ce dernier, qui était pourtant connu sous le titre de marquis de Sablonnières (10), était tombé en disgrâce pour ses prises de position contre Richelieu. Ses opinions l'avaient conduit, avec plusieurs autres gentilshommes champenois groupés sous la bannière de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, à comploter contre le Cardinal. On a retrouvé dans l'imposante correspondance de ce dernier, une note de 1632 l'informant que Ravenel levait des troupes à cheval en Brie. Ces agissements valurent au marquis d'être poursuivi pour crime de lèse-majesté et d'être condamné à mort par contumace, le 24 mars 1633, par le présidial de Troyes. Le jugement, prononcé par Laffemas, magistrat à la solde de Richelieu surnommé le « Maître-étrangleur », reprochait aux condamnés d'avoir levé des gens de guerre sans commission du roi, porté les armes contre lui, provoqué des révoltes dans le royaume et troublé la tranquillité publique. Les plus coupables, dont Ravenel faisait partie, furent condamnés à être « tirés à quatre chevaux et écartés vifs au marché au blé de cette ville de Troyes » outre la démolition de leurs châteaux, la coupe de leurs bois, la confiscation de leurs autres biens et la déchéance de la noblesse pour eux et leur postérité (11). Toutefois, comme l'ensemble des coaccusés, Edmond de Ravenel n'avait pas pu être arrêté - probablement s’était-il réfugié sur les terres du duc Lorraine, lui aussi opposé à la politique de Richelieu - et ne fut exécuté qu'en effigie : d'après le Mercure François, le jugement fut appliqué le 24 mars par représentation en huit tableaux « et pour le razement des maisons et chasteaux inseré en ce mesme iugement, ledit sieur de Laffemas fit degrader plusieurs bois, mettre à bas et razer le Hautcoué, Cirey, et Corselles, les maisons de Luistre, et plusieurs autres appartenant aux plus coupables de ces Rebelles ». (12)
Ravenel échappa non seulement à une mort atroce mais certainement aussi à la destruction et à la confiscation de certains de ses biens. Il ne revint vraisemblablement en France qu’après la mort du Cardinal et, comme les autres accusés, obtint le pardon du roi et put conserver ses titres et ses possessions.
Ainsi, il était qualifié de « chevalier, chambellan de la Chambre du roi, marquis de Sablonnières en Brie, baron de Vindey, seigneur de Verdelot et autres lieux » lorsqu'il obtint le 19 décembre 1645 l'aveu du fief de l'Égrefin. (13)
En 1651, il fut l'un des gentilshommes signataires de l'acte d'union de la noblesse dont l'assemblée, tenue illégalement du 6 février au 25 mars, élabora un projet de réforme du gouvernement fondée sur une monarchie tempérée où la noblesse aurait un rôle de premier plan et conclut à la nécessité de convoquer rapidement les Etats Généraux. Si ces derniers ne furent jamais tenus, il y avait été élu député de la noblesse du bailliage de Sézanne. (14)
Il devint ensuite, au mois d'août, maréchal de camp des armées du roi (15). Au mois de juillet de l'année suivante, il assura la garde personnelle du cardinal de Retz (qui avait prit le parti de la Fronde contre l'autoritarisme de Mazarin) dont les célèbres Mémoires relatent que le marquis de Sablonnières avait mis à sa disposition cent soldats pour assurer sa protection.
Edmond de Ravenel était aussi seigneur de Montflageol, Vendières, L'Épine-au-Bois, Boland, Villiers-sur-Marne, Domptin, la Maison des Champs, Le Chasnay mais c'est à Vindey qu'il résidait ordinairement (16). Vers 1655, il fit acte de foi et hommage, puis fournit aveu et dénombrement à ses suzerains François et Victor de Clermont, châtelains de La Ferté-Gaucher, pour les seigneuries de Sablonnières et de Montflageol (17). Comme son père, il était aussi gouverneur du duc de Lorraine.
Son épouse Anne Catherine de Savigny, qu'il avait épousée en 1633, lui avait donné six enfants dont François-Joseph, qui fut comte de Verdelot et de Vindey, Jean-Baptiste « demeurant ordinairement à La Sablonnière en Brie » avant 1665 et l'aîné Jean-Baptiste Gaston qui devint à son tour marquis de Sablonnières (18). Ce dernier rendit hommage en 1674 au châtelain de La Ferté-Gaucher pour la seigneurie de Sablonnières et semble y avoir véritablement résidé puisque ses trois enfants y naquirent entre 1660 et 1672, dont une fille inhumée dans l'église en 1674. On retrouve plus tard la seigneurie et la charge de colonel au régiment de Valois entre les mains de son neveu Gaston de Ravenel. Celui-ci porta à son tour le titre de marquis de Sablonnières et fut aussi gouverneur du duc de Lorraine.
Si les titres et les emplois furent ainsi conservés, il en fut autrement de la fortune familiale, considérablement obérée par les dettes contractées par Edmond de Ravenel. Croulant sous la pression des créanciers, ses successeurs furent contraints de se séparer de la quasi totalité de leurs possessions : en 1672, la seigneurie de Verdelot fut vendue pour 6 000 livres par l'épouse de François-Joseph de Ravenel ; plusieurs autres propriétés furent adjugées par décret en 1685 et, en 1689, les seigneuries de Vindey et de Sablonnières furent mises à la criée pour dettes impayées. (19)
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(1) D'après Jean TREMBLOT DE LA CROIX, Jehanne de Brie fut inhumée dans l'église de Rantigny où un fragment de dalle funéraire porte la date de son décès (Le prieuré et la seigneurie de Rantigny (Oise), Paris, Picard, 1928 et réimpr. Chaulnes, Office d'éd. et de diffusion du livre d'histoire, 1994).(2) L’église de Villiers-Saint-Denis avait été aussi le lieu de sépulture de Claude de Ravenel, fils de Philippe de Ravenel, mort en 1556 et dont la dalle funéraire encore visible porte l'inscription : « CY GIST CLAUDE FILZ DE NOBLE HÔME PHILIPPE DE RAVENEL ESCUIER SGR DE SABLONERS E BRIE VILLIERS SUR MARNE ET DE DAME CATHERINE DE CÔFLANS SA FÊME LEQUEL TRESPASSA LE 8 JOR DE MARS 1556 ». Trois autres dalles ayant probablement recouvert les tombes de trois filles de Philippe de Ravenel (l’une portait la date de 1574, un autre les armes des Ravenel) se trouvaient à l'extérieur de l'église à la fin du XIXe siècle (LEGUILLETTE (Charles), Pierres tombales de l'église de Villiers-sur-Marne, in Annales de la Société Historique et Archéologique de Château-Thierry, Année 1885, p. 117-118). Sur la présence des Ravenel à Villiers, cf. Annales de la Société Historique et Archéologique de Château-Thierry, année 1883, Impr. de la Société Anonyme L’Echo Républicain de l’Aisne, 1884 ; BOCQUET (André), Le château de Villiers Saint-Denis, Paris, La Renaissance Sanitaire (1977). (3) Revue de Champagne et de Brie, Paris, Menu, janv. 1880, p. 349.(4) Cf. DU PLESSIS (Dom Toussaints), Histoire de l'Eglise de Meaux, tome 1, Paris, Gandouin et Giffart, 1731, p. 400 et s.(5) Vers 1586, Philippe de Lenoncourt, ancien abbé de Rebais, avait emprunté à Rantigny une importante somme pour se rendre en grande pompe à Rome recevoir le chapeau de cardinal. Ne parvenant pas à obtenir remboursement de son neveu, à son tour abbé de Rebais, Rantigny employé la force : L'abbaye comme la ville furent livrées au pillage et l'abbé fut gardé prisonnier dans le château. Deux ans plus tard, le maréchal de Biron à la tête de 6 000 hommes libéra les lieux et l'abbé.(6) Almanach historique du diocèse de Meaux, Meaux, Charle, 1774.(7) Archives départementales de Seine-et-Marne, E 786.(8) Louis des Marins, seigneur de Villeneuve-sur-Bellot, lui donna aveu du fief de l'Égrefin le 27 novembre 1625 (Archives départementales de Seine-et-Marne, E 19).(9) DU PLESSIS, Op.cit., p. 412-413 ; Kronijk van het Historish Genootschap gevestigt te Utrecht, Utrecht, Kemink, 1863.(10) Ce titre s'est perpétué et a été porté jusqu'à la fin de l'Ancien régime, quoique la seigneurie de Sablonnières n'ait jamais été érigée en marquisat. Il s'agissait donc simplement d'un titre de courtoisie.(11) Ce jugement est reproduit en annexe.(12) Tome 19, Paris, Richer, 1636. L'historien Gabriel Daniel confirmait que l'intendant de Champagne fit couper les bois et raser les maisons des plus coupables ; il précisait aussi que leurs biens furent confisqués (Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie française dans les Gaules, Paris, 1755). (13) Archives Départementales de Seine-et-Marne, E19.(14) MICHAUD (Joseph-François) et POUJOULAT, Nouvelle collection des mémoires pour servir à l’histoire de France depuis le XIIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe, tome 1, Lyon et Paris, Guyot, 1853, p. 251.(15) Le général Louis-Auguste-Victor-Vincent SUSANE mentionne « Edmond-Gaston de Ravenel, marquis de la Sablonnière » comme Maître de camp-lieutenant de ce régiment donné en 1650 au jeune duc de Valois et qui assura la défense de Portolongone en Italie avant de s'établir en Picardie en 1651 jusqu'à son licenciement en 1654 (Histoire de l'Infanterie française, Paris, Librairie militaire de J. Dumaine, 3e partie, 1876, n° 904). D'après le même auteur, « Edmond-Gaston de Ravenel, marquis de La Sablonnière » leva le 13 février 1648 un corps de cavalerie qui se porta au secours de Mouzon (Flandres) en 1650 et fut donné l'année suivante à Jean de Barthon, baron de Montbas-Bret (Histoire de la cavalerie française, tome 3, Paris, Hetzel, 1874, p. 178, n° 149).(16) CAUMARTIN (Louis-Urbain LE FEVRE DE), Procès-verbal de la recherche de la noblesse de Champagne, Chaalons, Seneuze, 1673, réimpr. Paris, Dumoulin, 1832, p. 110, n° 26 : « Edmond de Ravenel, Marquis de Sablonnière, Seign. de Verdelot et de Vindé, y demeurant ». Les aveux et dénombrements fournis pour Sablonnières et Montflageol précisent eux aussi « demeurant audict Vindé, bailliage de Sezanne ».(17) Dénombrement du 19 janvier 1658 pour Montflageol (Archives départementales de Seine-et-Marne, E 740). Nous avons aussi deux projets d'aveux et dénombrements pour les deux seigneuries, rédigés en 1653, redatés de l'année suivante avec, pour celui de Montflageol, un renvoi marginal de 1657 (archives privées D. L.).(18) Il était aussi seigneur de Sailly (aujourd'hui Sailly-Achâtel dans le département de la Moselle) ainsi que l'attestent plusieurs documents de l'époque - un acte dressé par le notaire de Viviers le 27 juillet 1669 et conservé par les archives départementales de la Moselle sous la cote 3E 8377 mentionne « Messire Gaston de RAVENEL, chevalier, marquis de La Sablonnière et Sailly », tandis que le premier volume de l'inventaire des Collections manuscrites sur l'histoire des provinces de France publié en 1905 par Philippe LAUER (p. 266) mentionne un arrêt du Parlement de Metz rendu en 1664 dans le différend entre Jean Nouroy, dit Marieulle, et « Gaston-Jean-Baptiste de Ravenel, seigneur de Sailly » - et les historiens et généalogistes du XVIIIe siècle : CHASOT DE NANTIGNY (Louis), Tablettes historiques, généalogiques et chronologiques, VIIè partie, Paris, Le Gras, 1756, p. 187 ; DE LA CHESNAYE DES BOIS (François-Alexandre Aubert), Dictionnaire de la Noblesse, tome XI, Paris, Boudet, 1776, v° RAVENEL, p. 701 ; EXPILLY (Jean-Joseph), Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, tome 4, Paris, Desaint, 1766, v° MANDRE, p. 513. Le 11 août 1665, son frère cadet Jean-Baptiste lui donna tous ses biens meubles et immeubles (Archives nationales, Insinuations Y/207).(19) Il est question de cette procédure dans une requête présentée au Parlement de Paris en 1689 par Françoise Ménardeau, belle-fille d'Edmond de Ravenel, et conservée parmi les pièces originales du Cabinet des Titres (B.N. PO 2439 (76)).
Blason des Ravenel de Sablonnières :
« de gueules à six croissants d'or posés 2, 2 et 2, surmontés chacun d'une étoile du même, accompagnés d'une septième étoile d'or en pointe, avec au-dessus une hache d'arme haute d'argent tournée à dextre » (à l'origine, le blason des Revenel ne comprenait pas de hache ; celle-ci aurait été rajoutée par la branche de Sablonnières en souvenir de leur alliance avec la famille de Brie selon Ch. Léguillette, Annales de la Société archéologique de Château-Thierry, 1883). D'après une légende familiale, chaque étoile symbolise une expédition contre les Turcs et chaque croissant représente la prise d'une galère musulmane (Etudes balkaniques, Ed. de l'Académie bulgare des sciences, vol. 17, 1981, p. 119).
Suite des Ravenel, seigneurs puis marquis de Sablonnières :
Antoine (v. 1485-1548), seigneur de Rantigny, époux de Jehanne DE BRIE, héritière de la seigneurie de Sablonnières
Philippe (+1592 fils du précédent), écuyer, seigneur de Villiers et de Sablonnières, époux de Catherine DE CONFLANS
Robert (+1609 fils du précédent), seigneur de Sablonnières, époux de Philiberte DE CHASTILLON, fille de Claude DE CHASTILLON et de Renée DE BOISROGUER
Jacques (+1636 frère du précédent), chev., sgr. de Verdelot, Villiers et Sablonnières, bon de Vindey, ép. de Claude DE GENNES, fille de Edmond DE GENNES et de Marguerite DE ST QUENTIN
Edmond (v.1603-1680 fils du précédent), marquis de Sablonnières, époux de Anne DE SAVIGNY
Jean-Baptiste Gaston (v.1635-1695 fils du précédent), marquis de Sablonnières, seigneur de Sailly, colonel au régiment de Valois, époux de Suzanne BARBIN, comtesse de Broies (sans postérité)
Gaston (1675-? neveu du précédent), marquis de Sablonnières, colonel au régiment de Valois.
Généalogie des Ravenel :
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En 1689, la seigneurie fut acquise par Théophile de Catelan, capitaine des chasses de Louis XIV (1). Fils de l'impopulaire François Catelan, un valet originaire de Gap que l'affairisme avait porté au rang d'intendant des finances et de secrétaire du roi (2), il avait épousé, après contrat de mariage du 13 mai 1673 (3), Geneviève de Coigneux, une veuve aux mœurs légères qui ne lui avait point donné d'enfant et qui était décédée en 1688.
Héritier d'une famille riche, il avait su s'attirer les faveurs royales. D'abord nommé procureur du roi en la capitainerie du Bois de Boulogne le 27 mars 1678 (4), il était devenu lieutenant des chasses de la Varenne du Louvre le 26 décembre de la même année (5), puis capitaine d'une partie de cette même Varenne. Il vendit ensuite sa charge pour acheter celle de capitaine des chasses, gouverneur et gruyer des châteaux de Madrid, Bois de Boulogne, Pont de Saint-Cloud, Plaine Saint-Denis et dépendances, au prix de 150 000 livres moyennant toutefois un brevet de retenue de 100 000 livres (6). Il en reçut commission en 1697 et ses provisions le 17 janvier 1698 (7). Il conserva cette nouvelle charge pendant quelques années (8). A ce titre, il habita le château de la Muette de 1685 à 1702 et a laissé son nom au Pré-Catelan. Un arrêt du Conseil du 24 octobre 1702 lui alloua la somme de 300 livres pour le rembourser des ouvrages nécessaires à l'entretien des routes du bois.
Le 27 mars 1703, Louis XIV étant venu chasser à Marly, le complimenta pour l'abondance du gibier (9). En octobre 1705, afin de contenter le roi qui souhaitait gratifier un autre personnage en vue, Catelan revendit la capitainerie du Bois de Boulogne détachée pour l'occasion de celle de la Varenne du Louvre (déclaration du 20 octobre), en conservant toutefois le droit d'y chasser, ainsi que la capitainerie de la Plaine Saint-Denis et le droit de loger au château de Madrid (10). Son brevet de retenue de 100 000 livres fut confirmé nonobstant le partage en deux de la capitainerie (11) et il reçut un dédommagement de 50 000 livres de la part de son successeur. Le 25 juillet 1706, le roi lui donna le bailliage et capitainerie des chasses des Tuileries qui s'appela désormais Varenne des Tuileries (12). Le 12 septembre suivant, il reçut des provisions de capitaine-concierge du palais, château et jardin des Tuileries (13), devenant ainsi gouverneur du château royal des Tuileries. Il démissionna le 3 février 1717 (14) puis céda la capitainerie de la Plaine Saint-Denis et dépendances en 1719. (15)
Bien que connu comme Sieur de Sablonnières (16) ou comme Marquis de Sablonnières, Seigneur de Montflageol, le Jariel en partie et autres lieux (17) et désigné par le nom de Catelan de Sablonnières (18) ou par le titre de chevalier, seigneur de La Sablonnière (19), il résida principalement à Paris. Il séjourna toutefois à Sablonnières et y fut le témoin de plusieurs baptêmes et mariages comme en atteste sa signature au bas des actes, ce qui dénote une certaine proximité avec les villageois. C'est d'ailleurs à lui que la communauté des habitants de La Noue et des Hacots doivent encore aujourd'hui la jouissance commune d'un terrain d'environ 5 hectares connu sous le nom de Pâture des Hacots, qu'il concéda à leurs prédécesseurs, le 26 mars 1696, pour leur permettre de faire paître leurs bovins moyennant une redevance annuelle de 20 sols par tête de bétail et d'une paire de poulets gras par ménage.
Le marquis s'éteignit à Paris le 21 juillet 1721, à l'âge de 78 ans. Son corps, transporté à Sablonnières, fut inhumé le 24 à l'intérieur de l'église, dans la chapelle de la Vierge, « où on l'a conduit avec les cérémonies ordinaires suivant son intention ». Non remarié, il ne laissait aucun descendant.
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(1) On peut dater cette acquisition non seulement grâce à la date de la mise en vente de la seigneurie, mais aussi en observant que Catelan fit partie des gentilshommes du bailliage de Meaux prétendant être déchargés du service à l’arrière-ban de 1689 (LHUILLIER, L’arrière-ban du bailliage de Meaux, in Revue historique, nobiliaire et biographique, tome 6, 1871, p. 494).(2) Edouard Fournier (Enigmes des rues de Paris, Paris, Dentu, 1860, p. 139) écrivait que François Catelan (le père de Théophile) avait acquis des terres sur la lisière du bois de Boulogne et ajoutait : « Ses terres touchaient à la plaine des Sablons, il en prit le titre de Sieur de Sablonnière, et il se fit faire tout exprès de belles armoiries sur champ de sable ». Ce prétendu titre ne présente aucun lien avec la seigneurie de Sablonnières, qui fut acquise par son fils.(3) Archives nationales, Y 238, f° 456.(4) Archives nationales, O/1/22, f° 59.(5) Archives nationales, O/1/22, f° 247. Le bailli ou capitaine de la Varenne du Louvre connaissait de tous procès en matière de braconnage et autres contraventions constatées par les gardes-chasse. Par délégation du Grand Veneur, il jugeait aussi les manquements à la réglementation de la chasse au cerf, à la biche et au chevreuil et pouvait délivrer des autorisations administratives de chasse, d’ouverture et d’exploitation de carrières, de pose de clôture ou de construction de bâtiments dans l'étendue de son ressort. Il siégeait dans une des chambres du château du Vieux-Louvre. Soucieux de préserver ses prérogatives juridictionnelles, Catelan se plaignit de l'habitude qu'avait pris le Grand Conseil (formation judiciaire du Conseil du Roi) de recevoir les appels interjetés contre ses sentences, alors qu'une déclaration du 9 mai 1656 réservait la connaissance de ces appels au Conseil Privé. Par édit du mois de mai 1689, Louis XIV réaffirma la compétence judiciaire du capitaine des chasses en matière civile et criminelle et fit expressément défenses à toutes juridictions de recevoir les appels formés contre ses sentences, sous réserve des appels prévus par la déclaration de 1656 : « Et sur ce qui nous a été représenté par le Sieur Catelan de Sablonnières, bailli et Capitaine de ladite Varenne du Louvre...»(6) Par ce brevet, propre aux charges non héréditaires, le roi consentait à restituer à son titulaire la somme en question lorsqu'il revendrait sa charge.(7) Archives nationales, O/1/41, f° 122 v° ; O/1/42 , f° 9 et 10.(8) L'Etat de la France de l'époque (Paris, Loyson, 1702) énumérait ses titres : « M. de Catelan, Sr de Sablonnières, Capitaine des Chasses, Capitaine et Gouverneur des Châteaux et Maisons Roïales de Madrid, la Meute [la Muette] Parc de Boulogne, Forêt de Rouvray, Pont de Saint Cloud, Plaine de Saint Denis et dépendances, et Gruyer desdits lieux ».(9) Journal du marquis de Dageneau, tome 9, Paris, Firmin Didot, 1857.(10) Archives nationales, O/1/60, f° 110-111.(11) Archives nationales, O/1/49 , f° 144 v°.(12) Autre capitainerie royale des chasses, ayant son siège à Paris.(13) Archives nationales, O/1/50 , f° 100. Le 19, il obtint un brevet d'assurance de 1 200 livres sur cette charge (Arch. nat., O/1/50, f° 104 v°). (14) Archives nationales, O/1/61, f° 17 v°.(15) Ces charges successives ont été récapitulées par Arthur de Boislisle (Mémoires de Saint Simon, tome 13, Paris, Hachette, 1897, pp. 130 et 602).(16) V. not. les Historiettes de Tallemant des Réaux et les Mémoires du marquis de Dageneau.(17) Acte de concession de la pâture des Hacots, 1er sept. 1776, Archives départementales de Seine-et-Marne, 3-Q-S.(18) C'est ainsi qu'il signait, comme en attestent le contre-seing qu'il apposa au verso d'un plan conservé dans les archives de l'Hôtel-Dieu de Paris dont il était administrateur (Arch. de l'AP-HP, CND/126) et un registre paroissial de Sablonnières (cf. ci-dessous).(19) Cette appellation apparaît dans une quittance de 1688 citée dans les Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome 20, 1892.Signature de Théophile de Catelan (Archives communales - Photo D.L. 2014).
Blason des Catelan :
« d'or à trois porcs-épics passants d'azur » (1)
Généalogie des Catelan de Sablonnières :
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La seigneurie revint par héritage à un neveu : René de Maupeou (1663-1734) fils d'Antoinette de Catelan (v. 1644-1720), l'une des sœurs de Théophile, et de Louis de Maupeou (1631-1669). Issu par la branche paternelle d'une famille de robe anoblie en 1587 et provenant d'un notaire au Châtelet de Paris duquel descendait également par sa mère le surintendant des finances Fouquet, le nouveau seigneur de Sablonnières avait comme son père choisi la carrière militaire. Entré au régiment des Gardes françaises comme enseigne le 22 avril 1679, il fut promu sous-lieutenant le 18 juin 1682 et se trouva à ce titre au siège de Luxembourg en 1684. Sous aide-major le 24 février 1689, il prit part à l'attaque de Valcourt et obtint le 4 janvier 1690 le grade de capitaine par brevet, sans passer par celui de lieutenant, grâce à un passe-droit consenti par Louis XIV en reconnaissance des services rendus par sa famille. Il commanda sa compagnie à la bataille de Fleurus, au siège de Mons en 1691, à celui de Namur, au combat de Steenkerque où il fut blessé à une cuisse (3 août 1692), au siège de Huy, à la bataille de Neerwinden (29 juillet 1693) et au siège de Charleroi (1693). Il se trouva ensuite au bombardement de Bruxelles en août 1695 et au camp de Compiègne en 1698. Sa valeur reconnue lui valut d'être fait chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis en 1703 et nommé Inspecteur général de l'Infanterie le 1er décembre de la même année. Il devint ensuite brigadier d'infanterie par brevet du 10 février 1704, resta un temps à l'armée de Flandres avant de rejoindre celle du Rhin le 4 avril 1705 comme major-général, puis celle de Moselle en 1706, à nouveau celle de Flandres en 1707 et de revenir à l'armée du Rhin la même année. En 1708, il se trouva au combat d'Oudenarde. Le 20 mars 1709, il obtint un brevet de maréchal de camp et resta à l'armée du Rhin : en 1713, il fut aux sièges de Landau et de Fribourg.
Après s'être démis de sa compagnie aux Gardes en mars 1716, il devint lieutenant-général des armées du roi en vertu de lettres-patentes du 8 mars 1718, puis directeur général de l'Infanterie par commission du 4 juillet 1719 et se démit alors de l'inspection. Lorsqu'au mois de février 1723, il se démit de sa direction, celle-ci fut réduite en inspection en faveur de son fils. Ainsi prit fin une carrière militaire de 44 années.
A cette époque, René de Maupeou habitait à Paris, rue des Postes puis rue Sainte-Anne. Il se rendait occasionnellement en son château de Sablonnières pour s'occuper de ses affaires foncières locales, comme le montrent plusieurs actes notariés auxquels il fut partie (2). C'est en ce lieu que décéda en 1724 son épouse Marie Jamin, fille d'un trésorier général du sceau qu'il avait épousée en 1691. Désormais retiré des affaires militaires et veuf, René de Maupeou s'y retira et fit l'acquisition de la seigneurie voisine de Bellot. Le 26 décembre 1732, il rendit hommage au châtelain de Coulommiers pour celle de Sablonnières. Il y mourut à son tour deux ans plus tard et fut enterré à l'intérieur de l'église, ainsi que le rapporte son acte de sépulture : « L'an de grâce mil sept cent trente quatre le premier décembre est mort après avoir reçu le sacrement et l'extrême onction Messire René de Maupeou Lieutenant général des armées du Roy directeur général d'infanterie seigneur de la paroisse de Sablonniere, du mont flageol, du mon chevret et en partie du jariel agé de soixante dix ans vivant homme de defunte Dame Margueritte jamin. Son corps a eté le lendemain enterré dans la chapelle de la verge de l'église du dit Sablonniere en presence de toute sa maison, officiers et domestiques et de plusieurs curés du voisinage qui ont signé le present acte, par moy curé soussigné ». La tombe fut couverte d'une dalle funéraire en marbre noir, aujourd'hui visible dans le chœur de l'église où elle a été déplacée. Malgré le burinage des inscriptions par des profanateurs sous la Révolution, on peut encore y lire, en latin : « HIC JACET RENATUS DE MAUPEOU » (ci-gît René de Maupeou) et, plus bas, la date de sa mort : « DIE PRIMO DECEMBRIS ANNO SALUTIS 1734 » ainsi que son âge de 71 ans.
La Seigneurie de Sablonnières échut à René Théophile I de Maupeou, fils de René, qui était lui aussi chevalier de Saint-Louis (3) et brigadier au régiment de Bigorre Infanterie. Cet officier avait entamé sa carrière militaire en 1714 chez les mousquetaires à l'âge de seize ans, était devenu lieutenant au Régiment de Toulouse l'année suivante, puis capitaine dans ce même régiment le 22 octobre 1716 et capitaine en second lors du doublement des compagnies le 6 avril 1718 (4). L'année suivante, il avait acheté le Régiment d'Infanterie de Bigorre dont il était devenu colonel par commission du 6 mars. Le 10 février 1723, il avait reçut des lettres de commission d'Inspecteur général de l'Infanterie, à la suite de son père et avait comme lui servi à l'armée du Rhin, notamment à l'attaque des lignes d'Ettlingen et à la prise de Philipsbourg où il resta après avoir été fait brigadier (1er août 1734). En 1735, il servait encore à l'armée du Rhin. Maréchal de camp par brevet du 1er janvier 1740, il se démit du régiment de Bigorre le 21 février de la même année et passa à l'armée du Bas-Rhin. Le 3 septembre 1741, il marcha à la tête de la quatrième division de l'armée du roi qui quitta Givet pour la Westphalie. Il eut ensuite le commandement de la troisième division qui quitta Dusseldorf le 13 août 1742 pour secourir les troupes françaises en Bohème. Après plusieurs escarmouches sur la frontière, il passa l'hiver en Bavière. Il revint en France avec la première division en juillet de même année et termina la campagne en Haute-Alsace. Il se trouva à l'attaque de Rhinvillers et commanda à Strasbourg durant l'hiver. Passé à nouveau à l'armée du Rhin (lettres du 1er avril 1744), il demeura à Strasbourg. De retour à l'armée du Rhin, il fut promu lieutenant général des armées du Roi par lettres-patentes du 1er mai 1745. Il resta alors à Strasbourg, où il mourut le 14 mai 1746 âgé de 49 ans, et y fut inhumé le lendemain dans la chapelle Saint-Antoine de l'église Saint-Etienne. (5)
La seigneurie passa à son fils René-Théophile II de Maupeou, né le 17 juin 1730 en Bretagne, au château de Diarnelez qui appartenait à ses parents (6). Durant sa minorité, le jeune marquis fut placé sous la tutelle honoraire de son oncle René Charles de Maupeou, premier président du parlement de Paris, et sous la tutelle onéraire d'un bourgeois de Paris nommé Fasse, qui géra provisoirement les affaires de la seigneurie.
Comme son père, il embrassa la carrière militaire. D'abord capitaine au régiment Dauphin-Cavalerie le 25 février 1747, il devint à son tour colonel au régiment de Bigorre au mois de mai 1748. Il était encore colonel en 1755 lors de son mariage avec Marie Julie de Caqueray célébré au château de Parisis-Fontaine (aujourd'hui commune de Berthecourt, dans l'Oise) :
l ne monta pas davantage en grade puisqu'il quitta l'armée en 1764 à la mort de sa femme, pour se retirer à Sablonnières avec ses enfants. Il fut admis aux honneurs de la cour sous le nom de « Marquis de Maupeou » en 1772 et se remaria l'année suivante à Sablonnières avec Marie Stanislas de la Vergne de Tressan. Cette seconde épouse lui donna deux filles : Renée morte à l'âge d'un an en 1777 et Amicie Elisabeth née à Paris en 1779. Le marquis se consacra alors à son domaine, notamment en faisant rénover le terrier de Sablonnières et Montflageol, précieux atlas composé de plusieurs planches qui, établi à des fins fiscales, préfigure le plan cadastral de la commune. On sait aussi qu'il s'était entouré d'une petite société d'intellectuels et de personnages importants qui fréquentaient le château. Probablement trop occupé par ses affaires et ses relations, Maupeou en oublia ses devoirs féodaux et reçut, le 20 avril 1780, la visite de Maître François Banse, huissier à cheval de la résidence de Coulommiers : Anne-Pierre de Montesquiou-Fézensac, en sa qualité de seigneur châtelain de Coulommiers, faisait saisir féodalement « le château, motte, fossés et jardins de Sablonnières avec ses circonstances et dépendances » sur messire René-Théophile de Maupeou, seigneur de Sablonnières, faute d'avoir fait sa foi et hommage et fourni son aveu et dénombrement, quoique dûment averti que le marquis de Montesquiou était subrogé aux droits et à la poursuite de l'exécution des lettres à terrier de la châtellenie-pairie de Coulommiers, obtenues par monseigneur Louis-Joseph-Charles-Amable d'Albert, duc de Luynes et de Chevreuse. (7)
René-Théophile de Maupeou fut le dernier seigneur de Sablonnières, qualifié à la veille de la Révolution de 1789, comme l'avait été avant lui son père, de « haut et puissant seigneur » (8). Emigré en 1791 avec son épouse et leur fille Amicie, il mourut le 20 février de l'année suivante à Tournai, où il était arrivé le 6. (9)
Ses dernières volontés, rédigées au château de Sablonnières le 8 mars 1788 et complétées par un codicille daté du 20 novembre 1791, étaient celles d'un homme hanté par le souvenir de sa première épouse et par la disparition en mer d'un de ses fils dont il espérait vainement le retour. Elles exprimaient aussi la gratitude d'un bon père de famille envers ceux et celles qui l'avaient soutenu dans les moments difficiles et envers les domestiques, garde-chasse et cocher qui l'avaient fidèlement servi. (10)
Son fils aîné Auguste-René, resté en France à la Révolution, fut arrêté, incarcéré à Chantilly, puis libéré.
La veuve du marquis rentra en France fin 1792 avec Amicie, fut arrêtée comme noble à Melun le 8 vendémiaire de l'an II (29 septembre 1793). Incarcérée dans un premier temps, elle adressa au Comité de Sûreté générale, le 10 germinal de l'an II (30 mars 1794), une supplique dans laquelle elle rappelait que « sa santé totalement détruite et son caractère avait décidé le Comité de surveillance à lui accorder de se faire soigner chez elle avec un gardien » mais que les circonstances du moment avaient fait qu'elle n'avait pas été libérée. Sa demande mentionne également qu'elle partageait une très modique fortune avec une mère de 70 ans et trois tantes non nobles, qu'elle avait obtenu de la commune de Sablonnières un certificat de bon citoyen et de prestation du serment de la Liberté et de l’Égalité, un autre certificat lui ayant aussi été délivré par la commune de Melun où elle résidait depuis plus d'un an (11). Cette démarche ne fut pas vaine puisque le 8 brumaire suivant (29 octobre 1794), le Comité de Sûreté générale de la Convention nationale arrêta qu'elle serait remise en liberté. L'ordre de la libérer sur le champ fut transmis au Comité révolutionnaire de Melun le 14 (4 novembre 1794) par l’Agent national près le District de Rozay.
Elle fut alors assignée à résidence rue de la Commune, proche la Salpétrière, et c'est de là qu'elle put continuer de gérer ses affaires par l'intermédiaire de son fondé de pouvoirs, Jean Joseph Debourges, ancien notaire de Villeneuve-sur-Bellot. La correspondance qu'ils entretinrent pendant cette période concernait principalement l'entretien des bois, du château de Bellot (au Fourcheret) et des biens de Sablonnières : Le 13 fructidor de l'an III de la République (30 août 1795), l'homme de confiance annonçait que les travaux entrepris à la ferme du Domaine et au moulin de Sablonnières, confiés à un jeune maçon de Villeneuve, étaient en voie d'achèvement. Le 25 fructidor (15 septembre) de la même année, il informait la veuve Maupeou qu'il venait de se faire remettre à Rozay-en-Brie, par le bibliothécaire et le garde-magasin du district, les glaces, les parquets de glaces, les tableaux d'histoire naturelle, la pharmacie, dix matelas, huit traversins, deux couvertures, vingt-cinq paires de draps, quatre douzaines de tabliers de cuisine, sept nappes et douze essuie-mains, que des voitures iraient chercher la semaine suivante pour les acheminer sous escorte à Sablonnières. Il lui écrivait aussi que sa musique, également restituée, lui serait amenée à Melun (12). Le 12 thermidor de l'an V (30 juillet 1797), les livres lui appartenant en propre lui furent rendus. (13)
Finalement, la mère et la fille purent quitter Melun en 1797. Au mois d'août, Marie de Maupeou se trouvait au château de Vandoeuvre (commune du Fay, dans la Sarthe) chez sa fille récemment mariée (14). Le 10 octobre, Auguste-René était à Sablonnières. Dans une lettre qu'il écrivit à Debourges, il évoquait la récupération de la bibliothèque du défunt marquis. (15)
La veuve Maupeou, qui résida ensuite un temps à Villeneuve-sur-Bellot où habitait sa mère (avant 1799), puis au château de Montrichard (Loir-et-Cher) et à Paris, rencontra des difficultés à faire valoir ses droits dans la succession de son époux, dès lors qu'elle vit son douaire contesté par une parente (16) et que ses créances sur la succession de son époux n'avaient pas été mentionnées lors de la cession des biens de Sablonnières vendus en 1804 par son beau-fils Auguste-René. (17)
Elle mourut en 1825 au château de la Davière (commune de Courcemont, dans la Sarthe) où elle s'était finalement retirée. La descendance du marquis de Maupeou s'est quant-à elle éteinte à la fin du XIXe siècle en la personne de François Eugène René de Maupeou, né le 3 décembre 1824 au château de Parisis-Fontaine et mort le 28 mai 1892 au même lieu, dernier membre de la famille à avoir porté le titre de marquis de Sablonnières.
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(1) Cette description a été donnée successivement par Marc de Vulson (Science héroïque traitant de la noblesse et de l'origine des armes, Paris, Mabre-Chamoisy, 1669), Charles Grandmaison (Dictionnaire héraldique, Petit-Montrouge, Migne, 1852), Jean-Baptiste de Courcelles (l'Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, Paris, chez l'auteur et Arthus Bertrand, 1822-1824) et plus récemment par Jacques de Maupeou (Histoire des Maupeou, Fontenay-le-Comte, Lussaud, 1959). Etrangement, d'Hozier (Armorial général, vol. XXIII, p. 853) attribue à Théophile de Catelan, seigneur de Sablonnières, un écu d'argent à trois sangliers de sable.(2) Cf. les minutes du notaire Lamy, Archives départementales de Seine-et-Marne, 221 E 231.(3) Il fut nommé en 1715 : D’HOZIER (Jean-François-Louis), Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis. Recueil de tous les membres, Paris, 1817, vol. II, p. 53.(4) La position de son père, qui était alors inspecteur général de l'infanterie, ne fut peut-être pas étrangère à cette nomination. C'est du moins ce que pensait un certain Le Tellier, ancien capitaine au régiment de Toulouse. Celui-ci ayant rencontré René de Maupeou à Paris le 2 janvier 1721, devant les écuries du duc d'Orléans, tira l'épée contre lui et le blessa. Aussitôt arrêté, et interrogé l'agresseur justifia son geste : il reprochait à Maupeou de l'avoir fait casser trois ans auparavant pour donner sa compagnie à son fils. Cet accès de colère, fondé ou non, lui valut d'être embastillé (Gazette d'Utrecht, 13 janvier 1721 ; DE LESCURE, Journal et mémoires de Mathieu Marais, tome 2, Paris, Firmin Didot, 1864, p. 58). (5) Sur sa carrière militaire : PINARD, Chronologie historique-militaire, tome 5, Paris, Hérissant, 1762, p. 326.(6) René-Théophile de Maupeou et son épouse Renée-Blanche de Banneville possédaient plusieurs seigneuries en Bretagne : En 1728, d'après leurs aveux à Hercule-Mériadec de Rohan, prince de Guéméné, ils détenaient une partie de celle du Cosquer (qui provenait de Renée Huby, dame du Diarnelez, grand-mère de Renée-Blanche de Banneville morte en 1726), mais également celle de Villeneuve (Lanvénéguen) en 1733 et celle du Diarnelez (Le Faouët). Le partage fut établi le 13 avril 1749 chez Maître Henri Boulard, notaire à Paris.(7) Archives départementales de Seine-et-Marne, E 749. La saisie féodale consistait, pour le suzerain, à mettre symboliquement la main sur un fief dépendant de lui, afin de contraindre son vassal à lui porter foi et hommage, à lui fournir aveu et dénombrement, ou à lui payer les droits qui lui étaient dus. Par l'effet de la saisie, le vassal était privé des revenus de son fief. Cette procédure supposait une ordonnance du juge et l'intervention d'un huissier.(8) Acte de mariage de son fils Auguste-René (Sens, Sainte-Colombe, 9 octobre 1788).(9) Arrêté de l'Assemblée directoriale du département de Seine-et-MArne du 1er février 1993: Archives Départementales de Seine-et-Marne, 1Q2129.(10) Archives départementales de Seine-et-Marne, E 742. Une transcription intégrale est donnée en annexe.(11) Supplique du 10 germinal an II (30 mars 1794) : Archives départementales de Seine-et-Marne, L 205.(12) Archives départementales de Seine-et-Marne, J 940.(13) BAZIN, Op. cit., p. 46.(14) et (15) Archives départementales de Seine-et-Marne, J 940.(16) Une parente, Madame de Maupeou-Beauvais, prétendait que le douaire auquel Marie de Maupeou pouvait prétendre devait se régler non pas selon la coutume de Meaux mais suivant celle de Paris, moins favorable. Un avocat fut consulté à ce sujet et conclut à l'application de la coutume de Meaux. Debourges rassura la veuve en lui certifiant que la loi était la même pour tous et qu'elle ne pouvait pas être moins bien traitée que les autres femmes de Sablonnières (Archives départementales de Seine-et-Marne, J 940). (17) Marie de Maupeou se trouva ainsi confrontée à l'acquéreur, Ferdinand Guillaume De Baran (voir ici) vis-à-vis de qui elle dut faire valoir les créances qu'elle avait sur la succession. Par pli du 22 germinal an XIII (12 avril 1805), Debourges lui fit à ce sujet le rapport des ses négociations et d'un désaccord avec l'acquéreur quant au paiement d'une avance de 12 000 livres que ce dernier entendait verser à titre de prêt à intérêt en cas de perte du procès relatif au douaire. Debourges concluait en conseillant à la veuve de refuser cette « proposition des plus absurdes » car ayant, en cas de besoin, d'autres ressources que celle de De Baran, elle passerait pour une imbécile en l'acceptant (archives privées D. L.). Une transcription intégrale est donnée en annexe.Blason des Maupeou de Sablonnières :
« d'azur au porc-épic d'or »
(René de Maupeou ayant modifié les armes traditionnelles « d'argent au porc-épic passant de sable » pour distinguer la branche de Sablonnières).
Suite des Maupeou, marquis de Sablonnières :
René (1663-1734), lieutenant général des armées du roi, marquis de Sablonnières (époux de Marie Marguerite JAMIN).
René-Théophile I (1697-1746), marquis de Maupeou, sgr de Sablonnières, lieutenant général des armées du roi (époux de Jeanne BLANCHARD DE BANNEVILLE).
René-Théophile II (1730-1792), sgr. de Sablonnières, colonel au régiment de Bigorre (époux de Marie-Julie de CAQUERAY, puis de Marie-Stanislas DE LA VERGNE DE TRESSAN).
Auguste-René I (1761-v. 1808), victe de Maupeou, sgr. de Paris-Fontaine, marquis de Sablonnières, chev. de St. Jean de Jérusalem, lieut. de vaisseau (époux de Adélaïde BIENCOURT, puis de Antoinette DE TRYE).
Auguste-René II (1797-1875), victe de Maupeou, sgr. de Paris-Fontaine, marquis de Sablonnières, TPG du Jura (ép. de Marie DE CROUTELLE DE LIGNEMARRE, puis de Marie DANZEL DE BOISMONT).
François Eugène René (1824-1892), marquis de Sablonnières (époux d'Adèle DE FERRIERE).
Généalogie des Maupeou :
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D'autres propriétaires de fiefs situés sur le territoire de la paroisse ont porté le titre de seigneurs « de Sablonnières en partie », notamment pour le fief de Montchevrel (voir plus bas). Bazin mentionnait aussi un nommé Jacques Michel Pinseau : « En 1746, le 21 avril, Jacques-Michel Pinseau, conseiller du Roi, est pourvu d'un office de de contrôleur ordinaire des guerres ; il est qualifié seigneur de Planoy et Sablonnières » (1). Nous avons bien identifié, à Planoy, un nommé Jacques Michel Pinseau « receveur des tailles de l'élection de Paris » dans l'acte de mariage d'une de ses domestiques en date du 6 octobre 1744. On trouve aussi plusieurs actes le concernant chez divers notaires parisiens, notamment la vente de sa seigneurie de Planoy-près-Rozoy-en-Brie le 7 janvier 1751 et la cession de son office de receveur des tailles deux jours plus tard (2). On sait aussi que ce personnage, titré d'écuyer dans plusieurs actes, mourut en 1761 ou en 1762 (3). Toutefois, rien en l'état de nos recherches ne permet de le rattacher à notre commune. (4)
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(1) Op. cit., p. 47.(2) Actes chez Maître Charles Marchand (Archives nationales, MC/ET/C/603) et Maître Philippe Brochant (MC/ET/XCVIII/513).(3) L'inventaire de ses biens après décès fut dressé le 16 février 1762 par Maître Pierre Claude Richer, notaire à Paris (MC/RE/XLIII/5).(4) Pinseau tenait probablement la seigneurie de Planoy de son épouse Marguetite Elisabeth Chevallier veuve Nugues, dont la fille Catherine Nugues était mariée à Charles François de Venault de la Lande, seigneur de Planoy. Les Venault de la Lande étaient aussi seigneurs de La Bonnière, d'où une possible confusion avec Sablonnières.