Le château de Sablonnières n'existe malheureusement plus et les documents le concernant sont extrêmement peu nombreux. Il ne s'en trouve d'ailleurs aucune représentation qui pourrait nous donner un aperçu visuel de ce que fut la demeure des seigneurs locaux.
Son origine reste obscure, car on ne sait par qui ni quand exactement il fut établi. Probablement le fut-il à cette époque de violence et de désordre qui vit la féodalité naître et se développer de manière aléatoire, au fur et à mesure que se construisaient des châteaux-forts plus ou moins importants. La seule certitude, que l'on acquiert grâce à quelques sources écrites médiévales, c'est qu'un ouvrage fortifié existait à la fin du troisième quart du XIIe siècle (1) et qu'il était accompagné au début du siècle suivant d'une hostise, c'est-à-dire une chaumière donnée en location à un paysan. (2)
Pour le reste, ces textes nous renseignent seulement sur la nature juridique du fief qu'il constituait : il s'agissait d'un fief lige dont le détenteur était lié envers son suzerain par une obligation exclusive qui l’engageait à servir ce dernier envers et contre tous, excepté contre son père (3) ; de plus, la « domus de Sabloneriis » (maison forte de Sablonnières) dont il est question dans une liste des Castella jurabilia et reddibilia établie vers 1201 (4) était un fief jurable et rendable, c’est-à-dire détenu en vertu d’un serment de fidélité au suzerain, à la disposition duquel il devait être mis en cas de guerre.
Ainsi, alors que Sablonnières dépendait encore du comté de Champagne (donc avant 1361), il s'agissait d'une maison forte que le comte pouvait, en temps de guerre, mettre à la disposition de ses chevaliers sous les ordres desquels se trouvaient alors placés les villageois.
A cette époque, où la présence d'un château était déterminante de la qualification du fief, on déduit de la description de celui de Sablonnières qu'il ne conférait pas à son détenteur un rang important dans la hiérarchie féodale (ce qui ne s'oppose pas à ce que ce seigneur eût une place plus élevée du chef d'autres fiefs).
A la fin du XIVe siècle, il était question de la motte de Sablonnières, forteresse protégée par des fossés et des murs : un acte de 1391, rapporté par Alexandre Bazin, décrivait et délimitait la seigneurie de Sablonnières tenue en fief des châtelains de Coulommiers, de la manière suivante : « la motte et forteresse, les fossés d'alentour, la chenevière depuis les Sauvonniers scis au jardin aux porcs, jusqu'à la rivière du Morin, scis entre les fossés de ladite motte et les murs qui vont selon la voye qui va de la ville au pont de la rivière du Morin, jusqu'au coing des murs, vers le Jarriel en venant en ligne droite au coing des fossés de ladite motte, vers le Jarriel, la rivière depuis le pont de Morin en allant au coing des murs de ladite chenevière ». La motte et ses dépendances formaient une seigneurie qui ne comprenait pas le village ni les terres plus éloignées, constitutifs d'un autre fief dépendant de la châtellenie de La Ferté-Gaucher.
Le château fut donc peut-être, à l'origine, une motte castrale - c'est-à-dire un ouvrage de défense édifié sur une butte de terre généralement artificielle et entourée de fossés - à moins que l'appellation motte ait été employée abusivement. On en ignore en effet la taille, la consistance et l'apparence exactes. On a d'ailleurs des difficultés à imaginer aujourd'hui une forteresse en cet endroit mais il ne faut pas perdre de vue qu'un château était destiné avant tout à protéger le domaine seigneurial, s'il ne répondait pas à un intérêt stratégique. A cet égard, l'implantation à proximité de la rivière ne fut peut-être pas fortuite s'il y avait à cette époque un pont ou un passage à gué qu'il fallait contrôler.
Toujours est-il que la motte de Sablonnières est connue pour avoir été l’une des rares places de la région restées aux mains des Français pendant l'occupation anglo-navarraise de 1356 à 1364. (5)
Au début du XVe siècle, il était question de l'« hostel de la motte des Sablonnières », dénomination qui indique l'existence d'un manoir seigneurial tout en mentionnant la motte qui, peut-être, n'existait plus à cette époque (6). Probablement, l'ancien « chastel et motte de Sablonnières » était complètement ruiné à l'issue de la guerre de Cent Ans et réduit à ce manoir. Même s'il fut reconstruit par Jean de Brie, il était devenu insuffisant pour assurer la défense de la seigneurie puisque, au siècle suivant, sous les Ravenel, les Sablonniérois subissant les épreuves des guerres de religion et les exactions commises par des troupes congédiées transformées en bandes de pillards furent autorisés par le roi à dresser des fortifications pour protéger le bourg. Ils construisirent alors des murs d'enceinte qui partaient du ru d'Avaleau (vers le carrefour du Pont Bleu), longeaient d'ouest en est l’ancien chemin d’Orly à Villeneuve-sur-Bellot, puis la rue descendant vers la route des Brodards, pour rejoindre le Petit-Morin (7). Cette muraille était certainement comparable par sa hauteur et son épaisseur aux remparts de Rebais dont on peut encore voir les vestiges et de facture similaire à celle du mur d'un ancien enclos qui se dresse toujours à l'entrée du bourg un peu après le carrefour du Pont Bleu. Elle était percée de plusieurs portes. L'une d'elles, dénommée Porte Nitot, se trouvait vers le croisement de la rue du Montcel et du chemin d'Orly à Villeneuve : elle se trouve mentionnée dans un acte de 1770 décrivant la propriété qui existe toujours au n° 1 de la rue du Montcel (8). On peut supposer que la rivière et les murs du château complétaient le dispositif au sud.
Pour en revenir au château, celui-ci ne ressemblait certainement plus au XVIIe siècle à l'ouvrage défensif qu'il avait été au Moyen-âge. Les fortifications avaient disparu car, comme souvent à cette époque, la fonction défensive s'était complètement effacée au profit d'une destination résidentielle. L'unification du royaume et l'apaisement de la région ne justifiant plus de présence armée, le domaine de Sablonnières, tout en conservant son caractère féodal, est devenu une résidence secondaire de propriétaires nobles habitant la plupart du temps à Paris, en raison de leurs charges (René-Théophile de Maupeou résidait ordinairement dans son hôtel de la rue Vieille du Temple). Les remaniements dont le château a fait l'objet ont précisément consisté à le rendre habitable et plus agréable à vivre, si bien que lorsque Théophile de Catelan le transforma à la fin des années 1690, il avait perdu toute vocation militaire. Selon un état des lieux dressé à la Révolution en vue de la vente des biens seigneuriaux, qui constitue le seul descriptif historique du château, celui-ci comprenait « un corps de bâtiment isolé, de trois étages, aux deux angles duquel, sur le jardin, sont deux tourelles et deux autres petites tourelles détachées sur le devant, le tout couvert en ardoises, entourés de larges fossés revêtus en pierres plein d'eau vive de la rivière du Petit Morin bien empoissonnés » (9). D'après ses représentations sur le plan terrier (vers 1776) et sur le plan d'intendance (1786) qui le figurent de dessus, le bâtiment de forme rectangulaire présentait une façade d'environ 17 mètres pour 10 mètres de côté. Les tourelles d'angle, du côté du jardin, sont visibles sur les deux plans. Selon le document précité, les deux autres tourelles étaient détachées, ce qui peut signifier qu'elles étaient séparées du château. Cette hypothèse paraît confortée par le plan de 1786 qui, contrairement au plan terrier, figure deux petites constructions de part et d'autre de la petite cour attenante au bâtiment, face à la grande cour d'entrée. Il pourrait bien s'agir des deux autres tourelles qui auraient peut-être été construites entre 1776 et 1786.
Le château se situait au sud-ouest du bourg, entre la place de l'église et le Petit-Morin, au cœur d'une vaste propriété comprenant divers bâtiments et dépendances dont le document en question donne une idée assez précise : « Au devant dudit château est une grande cour carrée ayant son entrée en face d'icelui par une porte donnant sur la place devant l'église. Au-dessus de cette porte est un pavillon couvert en ardoise dans lequel est un appartement de maître très commode. Sur la droite est un bâtiment couvert en tuile composé d'une grange, une menuiserie et bûcher par bas ; au-dessus plusieurs chambres de domestiques donnant dans un corridor. Sur la gauche est un autre bâtiment couvert en tuile composé par bas d'un fournil, laiterie, vacherie et autres lieux sur lesquels est une grande chambre à blé et au-dessus un grenier à avoine. Sur la droite en retour est un autre bâtiment composé par bas d'une cuisine voûtée dans laquelle coule une fontaine de très bonne eau de source, conduite par des tuyaux qui se décharge dans les fossés, un garde-manger à côté aussi voûté, un cellier ou foulerie ensuite avec grenier sur le tout couvert en tuile. Dans l'angle est une porte de communication à une petite cour qui a une issue au-dehors devant le presbytère et dans laquelle il y a un pavillon couvert en ardoise servant d'écurie par bas et plusieurs chambres au-dessus servant de logement au garde. A la gauche de ladite grande cour en retour sur les fossés est un autre bâtiment composé de quatre remises et finats au-dessus pour resserrer les foins ; aux deux bouts duquel bâtiment sont deux colombiers de pied bien peuplés de pigeons. Derrière ledit bâtiment est une grande basse-cour au fond de laquelle est une grande écurie à deux rangs pour chevaux couverte en tuile au bout de laquelle est un petit bâtiment où loge le jardinier. Derrière la cuisine est un grand jardin potager enclos de murs, bien planté d'arbres fruitiers en espaliers et buissons de toutes sortes de bonnes espèces et dont le terrain produit de très bons légumes », étant ajouté plus loin qu'une glacière se trouvait de l'autre côté du château.
Le pavillon d'entrée et les bâtiments situés de part et d'autre ont vraisemblablement été construits à l'emplacement de l'ancienne enceinte de la motte féodale, dont subsistent d'ailleurs les salles basses de deux anciennes tours aux extrémités de ces dépendances. D'autres actes complètent le tableau : on apprend, à la lecture d'un mémoire évoquant un bail de 1750, qu'il existait un « colombier en forme de tour, non couvert, dans les fossés du château » (10) ; une délibération de 1807 rappelle la présence d'une vacherie mais mentionne aussi l'audience, c'est-à-dire une salle dans laquelle se rendait la justice seigneuriale (11). Quand au pavillon d'entrée, l'annonce de sa vente par adjudication, qui eut lieu le 2 août 1914, donne d'intéressantes précisions sur la contenance du bâtiment qui n'avait certainement guère changé depuis la fin du XVIIIe siècle : il comprenait, au rez-de-chaussée, un vestibule voûté, deux salles également voûtées, une pièce pouvant servir de cuisine, un cellier et une remise sur le côté ; au premier étage, se trouvaient une grande salle éclairée par quatre fenêtres, une autre pièce et des WC ; le deuxième étage comportait quatre pièces et un grenier perdu se situait au-dessus.
On ignore ce qui mit fin à ce projet ; toujours est-il que Maupeou conserva ses seigneuries. Tranchard quant à lui, s'étant lancé dans des opérations périlleuses, ne parvint pas à reverser les sommes dues au marquis et fut poursuivi en justice. Il s'était semble-t-il installé au château du Fourcheret, puisque l'huissier de la connétablie Delahaye, muni d'une ordonnance du juge de Bellot, vint y saisir ses meubles le 22 janvier 1759. A la suite de ses contestations, l'affaire fut portée devant le parlement de Paris. (4)
(4) DELAUNAY (avocat), Mémoire pour Messire René-Théophile de Maupeou, chevalier, marquis de Maupeou, colonel du Régiment de Bigorre Infanterie, Seigneur de Sablonnières, Bellot, & autres lieux, Défendeur et Demandeur ; contre Georges Tranchard, marchand à Bellot en Brie, ci-devant Receveur & Fermier général desdites Terres & Seigneuries de Sablonnières & Bellot, Demandeur et Défendeur, Paris, Brunet, 1760 – Archives départementales de Seine-et-Marne, AZ 12573.Habité en permanence à la fin du XVIIIe siècle par le marquis de Maupeou et fréquenté par ses proches, ce château de taille modeste offrait certainement un certain confort dans le style du temps, nécessaire à cette fréquentation. Extérieurement, la bâtisse rectangulaire munie de ses tourelles devait présenter une apparence massive mais non dénuée de charme, semblable à celle du château du Fourcheret (en moins grand), sans aucune fioriture architecturale. Le seul luxe - éphémère - résidait dans l'aménagement et dans l'ornementation des jardins à la française, selon les canons de l'époque. Ces jardins étaient particulièrement remarquables si l'on en croit les descriptions qui en ont été données.
Le vicomte Jacques de Maupeou écrivait : « Devant le château (1), une terrasse de vastes proportions (2) est plantée de marronniers et de charmilles enfermant un bassin orné d'un jet d'eau (3). Au pied de la terrasse, un canal fourni par une déviation du Petit Morin ferme les jardins (4). A l'une de ses extrémités, une cascade à deux degrés fait pendant à une belle nappe d'eau qu'à l'autre bout de la terrasse l'on peut faire jouer à plus de huit pieds de haut » (12). Bazin détaillait davantage : « Les jardins à la française étaient parfaitement entretenus, il s'y trouvait une belle et longue terrasse (2) plantée d'une allée de marronniers et des charmilles très hautes ; une demi-lune (5) ménagée dans cette terrasse en face le château contenait un bassin avec jet d'eau (6), qui jouait continuellement. Ce bassin était alimenté par un réservoir situé à mi-côte de la montagne, qui recevait les eaux provenant des sources du Vautron. De chaque côté du parterre, il existait des plantations de marronniers et des charmilles formant des allées et des salles dont les pleins étaient en bosquets et carrés de gazon (7), au milieu desquels se trouvaient deux bassins avec jet d'eau (8), également alimentés par le réservoir dont nous venons de parler plus haut. La rivière formait un canal (4), dont les bords étaient revêtus de pierres et sur lequel, ainsi que sur les fossés était établi un pont de bois (9). Elle fermait ainsi le jardin du côté du château. En tête dudit canal, à l'extrémité de la grande terrasse, avait été établie une jetée cascade, formée par trois arches du pont de la chaussée (10) qui existait au-dehors. Cette cascade représentait une toilette avec deux nappes, une de chaque côté, qui jouaient continuellement. A l'autre extrémité de la terrasse il existait aussi une belle nappe d'eau de 34 pieds de large et de plus de 8 pieds de hauteur, que l'on faisait jouer en baissant une vanne située tout à côté (11). » (13)
Ces deux auteurs ont emprunté à la même source, qui n'est autre que la suite du descriptif conservé aux Archives départementales de Seine-et-Marne :
« Au derrière du château est un grand jardin dont le milieu est en parterre avec carrés de gazon, une belle et longue terrasse qui traverse au bout plantée dans toute sa longueur en allées de marronniers et charmilles de hauteur ; sur laquelle et en face du château est une demi-lune et fer-à-cheval au-dessus plantée de charmille et dans laquelle est un bassin et jet d'eau au milieu qui joue continuellement au moyen d'un réservoir à mi-côté de la montagne entretenu par plusieurs sources d'eau vive. Les deux côtés du parterre sont plantés en quinconce de marronniers et charmilles hauteur d'apuye formant des allées et salles dont les pleins sont en bosquets et carrés de gazon au milieu desquels sont deux bassins avec jets d'eau entretenus par le même réservoir et conduite de tuyaux. La rivière du Petit-Morin forme un canal revêtu en pierres qui ferme le jardin du côté du château où il y a un pont de bois de même que sur les fossés et par les deux bouts. L'autre coté est fermé de murs. En tête dudit canal au bout de la grande terrasse est une jolie cascade formée par trois arches du pont de la chaussée qui est au-dehors représentant une toilette avec deux nappes, une de chaque côté qui jouent continuellement et sans frais. A l'autre extrémité deladite terrasse, un peu plus loin est une très belle nappe d'eau de 54 pieds de large et de plus de 8 pieds de haut que l'on fait jouer si longtemps que l'on veut en baissant une vanne à côté. »
Maurice Couteau précisera dans ses notes historiques qu'une source alimentant les bassins d'agrément du château se situait à proximité de la rue Dunot (aujourd'hui rue du Not).
Les espaces plantés et les différents ornements ont été détruits depuis bien longtemps. Les deux bassins qui se trouvent sur le terrain dépendant de l'ancienne conciergerie en sont peut-être les seuls vestiges. Quoi qu'il en soit, en raison du morcellement de la propriété et de la construction de murs séparatifs, il est très difficile de se faire sur place une idée de ce qui a pu exister.
De plus, comme pour le château, il semble n'exister aucune représentation des jardins hormis celles que l'on peut voir sur le plan terrier et sur le plan d'intendance.
Ces deux plans présentent quelques différences. Sur le second, moins détaillé, la bâtisse occupe une emprise au sol plus grande et les jardins, représentés plus grossièrement, paraissent plus étendus. Toutefois, le plan terrier semble plus fidèle à la réalité. On le constate tout particulièrement au niveau des parterres dont les allées formant un quadrillage - (7) sur le plan ci-dessus - apparaissent aujourd'hui encore sur une vue par satellite :
Après la Révolution, le château faillit être vendu comme bien national mais fut finalement mis sous séquestre. Le marquis étant mort en 1792 et ses héritiers ayant été déclarés émigrés (14), le mobilier fut lui aussi mis sous séquestre. Dix-huit jours plus tard, le Comité de Législation leva le séquestre sur l’ensemble des biens de la succession et permit à la veuve et aux enfants, sous réserve toutefois de compléter la preuve de leur non-émigration encore imparfaitement établie, d'être réintégrés dans leurs possessions (15). En application de cette décision, l'Assemblée directoriale du département leva le séquestre à l'égard d’Auguste René, d’Adélaïde Renée et d’Amicie qui avaient produit la totalité des certificats de résidence établissant leur non émigration. La veuve dut payer non seulement les contributions foncières de l’année en cours et les arriérés, mais aussi une indemnité égale au double de la contribution foncière. Les portions des autres héritiers furent mises entre les mains d’un commissaire, l’administrateur du département Corbilly résidant à Rebais. (16)
Il fut alors procédé à l'adjudication des meubles et effets dépendant de la communauté conjugale. L'inventaire du mobilier, dressé au château le 17 mai 1793 par un huissier-priseur parisien à la réquisition du fondé de pouvoir de la veuve Maupeou, montre que le couple seigneurial possédait ici quelques biens de valeur mais sans vivre dans un luxe outrageux (de nombreux objets vendus étaient décrits comme vieux, en mauvais état voire cassés), mais la publicité qui en fut faite était alléchante :
La vente attira tant de Sablonniérois et d'acheteurs venant des communes voisines, que le délégué du district de Rozay qui supervisait les opérations dut les interrompre et requérir la présence de trois gendarmes de Coulommiers ainsi que la brigade de La Ferté-Gaucher pour maintenir l'ordre en cas de besoin (17). Finalement, tout se passa bien les premiers jours, avec un montant d'adjudications de 21 012 livres et 13 sols. Pourtant, certains enchérisseurs ne tardèrent pas à exprimer leur colère lorsqu'ils comprirent ou apprirent que plusieurs des biens annoncés avaient été distraits de la vente.
En effet, le procureur du district avait ordonné au profit de la République le retrait des chevaux, grains, pailles et foins. Pour éviter les violences et le pillage, l'Assemblée directoriale de Melun ordonna la suspension de la vente, qui fut effective le 22 mai. Le mobilier fut remis sous scellés et y resta pendant plus de sept mois, jusqu'à ce que les autorités du département, alertés sur son dépérissement, décide le 26 août 1794 la reprise de la vente. (18)
La succession n'était pas pour autant réglée, notamment parce que la portion de la fille Élisabeth Renée, toujours considérée comme émigrée, restait bloquée entre les mains de la République. En 1795, les fondés de pouvoir de la veuve et des héritiers invoquèrent la loi autorisant les autres héritiers à en avoir jouissance provisoire en cas d'indivision (19) et obtinrent gain de cause. Il fut ordonné que les meubles retenus dans les magasins et dépôts publics leur soient remis, ainsi que les sommes leur revenant qui avaient été versées dans les caisses du receveur de Rebais. (20)
Élisabeth Renée ne fut radiée de la liste des émigrés qu'en juin 1801 et put, après avoir juré fidélité à la Constitution le 7 juillet à la préfecture de la Seine, obtenir la levée du séquestre de ses biens non vendus. (21)
La succession de René Théophile II de Maupeou donna finalement lieu à un partage et le château revint au fils aîné, Auguste René de Maupeou-Sablonnières (22). Celui-ci s'était établi à Beauvais mais revint à Sablonnières où naquit en 1796 son fils Auguste René II.
D’après Louis Fontaine, Auguste René de Maupeou aurait vendu le château et la terre de Sablonnières en 1801 à M. De Brun, pour se retirer définitivement dans la résidence familiale de Parisis-Fontaine (23). En réalité, la cession est postérieure et lorsqu'elle intervint, le château avait déjà disparu.
C'est en effet par acte du 5 germinal an XII (26 mars 1804), qu'Auguste-René de Maupeou vendit le domaine de Sablonnières à Ferdinand Guillaume De Baran (24) - et non De Brun - et son épouse Geneviève Jeanne Le Roux. L’acte passé devant Maître Jean-Front Herbelin, notaire à Paris, portait notamment sur « l'emplacement du ci-devant château » - ce qui signifie que ce dernier n’existait plus - mais aussi sur ses dépendances, à savoir les fossés, les cours et basses cours, une grange, une étable, une écurie, une laiterie, une soue à porcs, le logement du fermier d’une ferme dite « la Basse-cour », une chambre dite « l’audience » (probablement le lieu où siégeait le prévôt), les jardins des Queues, les nappes de Tressan, de Tranchard et de Volmar (pièces d’eau du jardin baptisées du nom de familiers du marquis René-Théophile II de Maupeou) (25), les parterres et terrasses, un terrain dit le pré Moutier, le bois des Carrières, la demi-lune, le cours d’eau et ses îles, un pont en pierre et en bois (26). Ce même acte indique qu'Auguste-René de Maupeou avait vendu auparavant les matériaux de démolition et que des murs restaient à abattre. (27)
On sait que le château avait été détruit par un incendie mais on ignore la date de ce sinistre. On peut seulement inférer de la naissance à Sablonnières d'un fils Maupeou qu'il se produisit après 1797 et des mentions de l'acte de vente qu'il eut lieu avant 1804.
Les matériaux en question furent réutilisés pour la construction d'une maison de campagne (28) qui devait sans doute être imposante puisqu'elle était à son tour qualifiée de château : d'une part, dans son testament en date du 20 juin 1830, Ferdinand Guillaume De Baran s'intitulait « propriétaire en mon château de Sablonnières » et léguait à son neveu De Baran « les terres dite de Sablonnières et toutes ses dépendances, composée d’un château, de bâtiment de maître séparé, bâtiment de ferme, potager, parc, terre labourable...» ; d'autre part, l'acte de vente de cette bâtisse, du 18 juin 1838, précisait qu'Auguste-René de Maupeou avait été propriétaire « de l'emplacement du ci-devant château de Sablonnières où est maintenant celui qui existe ». D'ailleurs, vers 1830, le « domaine de Sablonnières » avait son régisseur, Louis François Antoine Rémy, qui fut partie à plusieurs actes notariés. (29)
Comme pour son prédécesseur, on ne connaît aucune représentation du nouveau château qui, au demeurant, ne figure pas sur le plan cadastral de 1817 (probablement donc a-t-il été édifié postérieurement), ni sur le suivant.
En 1832, un acte mentionnait « un château, cour, jardin, basse-cour, accin et autres dépendances de la contenance de 14 hectares 40 ares 63 centiares (30 arpents mesure locale) ». (30)
Le 20 janvier 1838, le domaine était donné à bail au député et magistrat Laurent Pierre de Jussieu. Il comprenait : « 1° Le château de Sablonnières consistant en bâtiments de maître et d’exploitation, cour, basse-cour, grenier, écuries, remises et généralement tous les bâtiments compris dans l’enclos, à l’exception du logement du fermier, basse-cour, écuries, remises et granges qui se trouvaient autrefois séparés des bâtiments présentement loués, par un mur qui a été détruit lequel mur qui sera rétabli aux frais des bailleurs (…) commençait à moitié de l’ancien colombier, allait rejoindre le poulailler, tournait autour du trou à fumier de la vacherie du château et se terminait à la porte cochère de la ferme (…) 2° Toutes les pièces de prés, bois, cours d’eau, rivières, canaux, vergers, jardin potager, composant ledit enclos de Sablonnières, à l’exception du jardin des Queues qui restera attaché à la ferme, le tout d’une contenance de 11 hectares 46 ares 74 centiares (27 arpents 16 perches 83 centièmes) 3° le pré de la Garenne (…) 4° le pré du Petit Gordet de la contenance de 1 hectare 54 ares 50 centiares (3 arpents 61 perches 21 centièmes) 5° le pré du Grand Gordet de la contenance de 2 hectares 97 ares 70 centiares (7 arpents 5 perches 37 centièmes) 6° le clos dit (…) où se trouve la fontaine qui alimente les bassins du château 7° le jeu de paume de la contenance de 24 ares (56 perches 88 centièmes) (...) 8° et le pressoir à cidre et vin situé dans le centre du village ». (31)
De 1832 à 1837, les époux Migeot de Baran vendirent en détail diverses parcelles de terre, pré, bois et friches (32) avant de céder le 18 juin 1838, à un nommé Jubin à qui ils devaient une forte somme d'argent, « un château, cour, basse-cour, jardin et autres dépendances, corps de ferme consistant en bâtiment d’exploitation et d’habitation, le tout d’une contenance d’environ 11 hectares 33 ares 86 centiares (26 arpents mesure locale) (33). L'année suivante, ils se séparèrent d'autres parcelles, du pressoir et de la cour commune y attenant (34) ainsi que, vraisemblablement, d'une partie du parc du château. (35)
Jubin ne conserva pas la totalité de ses acquisitions. Après avoir fait morceler sa propriété en plusieurs lots par un géomètre de Coulommiers, il vendit successivement, en 1841 : un bâtiment servant de colombier et un bâtiment servant de hangar et un terrain (36), un bâtiment servant d’étable et de grenier avec terrain derrière et une portion de canal, ainsi qu'un bâtiment servant d’étable et de grenier (37), un bâtiment d’habitation appelé « l’audience » donnant sur la place et comprenant par le bas trois chambres, deux chambres et grenier au-dessus, écurie à côté, et une place à bâtir sur laquelle existe un bâtiment (38), 37 ares 68 centiares de pré (39), un bâtiment avec un hangar et un clos, un autre bâtiment et un clos, un colombier avec remise attenante et cour particulière. (40)
En 1845, au décès de Jubin, il était question, outre diverses parcelles, d'« un château et ses dépendances avec corps de ferme et accessoire le tout d’une contenance de 11 hectares 33 ares 86 centiares ». (41)
D'après Bazin, le château passa ensuite à un nommé Gillet (42) avant d'être définitivement rasé en 1845. Cette affirmation paraît erronée car Gillet fut le mandataire que Jubin chargea de vendre, en bloc ou en détail, le château et ses dépendances. (43)
Progressivement, toutes traces du château et de ses jardins ont disparu. Seuls quelques vestiges témoignent de la présence passée de la propriété des Maupeou.
La conciergerie : Situé au n° 7 de la place de l'Eglise, l'ancien pavillon d'entrée est parfaitement reconnaissable à ses tourelles et à sa couverture en ardoise. Il a depuis longtemps été transformé en habitation, même s'il servit provisoirement d'école de filles à partir de 1873 et si des propriétaires tentèrent il y a une vingtaine d'années d'y tenir un restaurant. Depuis la Révolution, ce bâtiment est passé entre différentes mains.
Le 19 octobre 1870, Eugéne Baillet, résident parisien, décédait et le laissait à sa fille Eugénie épouse Béguin, demeurant également dans le capitale. Celle-ci le vendit le 13 janvier 1872 aux époux Albert Ponsot, imprimeur à Coulommiers, et son épouse Marie Zélie Moussin au prix de 3 500 francs (44). La commune en devint locataire en 1873 et l'acheta le 6 septembre 1876 au prix de 7 000 francs payable en sept ans. Autorisée par arrêté préfectoral du 15 juillet 1876, la vente portait sur : « 1° - Une maison couverte en ardoises composée d’un rez-de-chaussée et de deux étages ; 2° - Le jardin servant actuellement de cour de récréation pour les filles, situé au couchant, attenant à la maison, ayant la forme d’un rectangle à peu près régulier, et contenant en superficie, trois ares vingt six centiares. Cabinets dans le jardin, où il existe des arbres fruitiers et d’agrément ; 3° - Toute la partie du cours d’eau, au bout du terrain dont il vient d’être question, jusqu’au terrain dont on parlera sous l’article 4 ; 4° - Et au même lieu, un autre terrain également planté d’arbres fruitiers, contenant huit ares quatre-vingt un centiares en y comprenant la surface du canal ; il existe un pont en bois reliant les deux portions du jardin... » (45). Après avoir été mis une première fois aux enchères en 1914, il fut adjugé le 25 mars 1920 pour 3 000 francs à Maurice Couteau (1889-1975), un des conseillers municipaux. Celui-ci le légua trois jours avant son décès à la veuve Ameline, une couturière du village qui le vendit l'année suivante au dessinateur d'art Renaud Archambault de Beaune et son épouse. Ces derniers durent s'en séparer et la propriété fut acquise en mars 1995 par un marchand de biens qui la revendit trois mois après à un couple parisien, les époux Moreau. A cette époque, elle comprenait : un rez-de-chaussée composé d'une entrée dont le sol était cimenté et le plafond voûté en berceau, à droite une petite pièce avec bar, un débarras puis l'escalier d'accès à l'étage, et à gauche une « grande pièce époque 13e siècle, plafond de style gothique, sol tomettes, murs pierres apparentes et cheminée d'époque » donnant sur un office avec sol cimenté et murs en pierres apparentes puis une cuisine avec sol carrelé et poutres apparentes ; un premier étage comprenant un palier avec sol carrelé genre mosaïque, un WC, une salle de bains au sol également carrelé genre mosaïque (avec baignoire et lavabo), un dégagement dont le sol était en partie carrelé et en partie parqueté, avec du côté gauche une lingerie au sol carrelé et dotée d'un évier puis une chambre parquetée avec cheminée de marbre et, au fond, une chambre avec moquette, lavabo et placard mural, et du côté droit une chambre parqueté avec cheminée en marbre et lavabo, puis une autre chambre aussi parquetée avec cheminée de marbre et salle de bains attenante (baignoire, lavabo, ballon d'eau chaude), enfin, escalier en bois permettant d'accéder au niveau supérieur ; un deuxième étage constitué d'un palier parqueté, d'une chambre carrelé, d'une grande pièce avec sol en tomettes et poutres apparentes, une chambre avec sol en tomettes et au fond une dernière chambre parquetée ; au dessus, un grenier aménageable. Cette habitation disposant de l'eau courante et de l'électricité était dépourvue de chauffage. A l'arrière, se trouvait un jardin clos de murs de chaque côté, traversé par un petit canal surmonté d'un pont et donnant sur la rivière avec berge et quai.
Lors de sa revente en 2001, il s'agissait d'une « maison en partie du XIIIe siècle à usage d'habitation élevée sur terre-plain » comprenant : au rez-de-chaussée, entrée, séjour-salon avec cheminée foyer ouvert, cuisine aménagée et équipée, buanderie, atelier, chaufferie, une pièce pour cabinet de toilette ; au premier étage, trois chambres avec cheminée, salle de bains, une pièce pour salle de bains, bureau, wc ; au second étage, une grande pièce et deux petites pièces ; jardin derrière traversé par l'ancien canal du château. L'aspect extérieur du bâtiment n'avait pas changé.
A l'intérieur, le vestibule voûté en berceau, qui correspond probablement à l'ancien passage des attelages, existe toujours. Mais le bâtiment reste surtout remarquable, hormis sa couverture en ardoises qui tranche avec celles des maisons voisines (elle a subi de sérieux dégâts lors d'une tempête en 1990 et a dû être réparée), par les croisées d'ogives présentes au rez-de-chaussée de l'aile gauche.
Les piliers du parc : Le parc du château était doté (à l'époque seigneuriale ou postérieurement), du côté des Avônes, d'un portail d'entrée comportant deux piliers en pierres de taille surmontés chacun d'un chapeau de gendarme. L'un d'eux s'est malheureusement effondré en 2009.
« Là aussi des fastes historiques, s'il y en eut, ont été ensevelis sous les décombres » (Histoire des environs de Paris, à propos du château de Sablonnières).
Autres dépendances : Les anciennes dépendances alignées sur la place de part et d'autre de la conciergerie ont elles aussi été transformées depuis longtemps en habitations. Il en est de même pour le pavillon du garde, manifestement agrandi au n° 6 de la rue Maurice Mesle et, de l'autre côté, pour les anciennes écuries situées perpendiculairement avec entrée au n° 2 de la route des Brodards. Les restes d'un autre pigeonnier, dont l'étage a été transformé en habitation vers 2016, se dressent toujours à proximité.
Pigeonnier Conciergerie Autres dépendances Ecuries
(Photo D. L. 2021)La glacière : Il existe à proximité du Haras des Ambres, en contrebas du chemin de la Forge et sous une épaisse couche de terre, deux salles voûtées semi-enterrées dont on ignorait l'origine. Certains affirment qu'il s'y trouvait autrefois l'entrée d'une galerie souterraine, aujourd'hui effondrée, qui se dirigeait vers le village.
Sachant que la zone se situait aux abords immédiats du château, il est apparu intéressant de rechercher la présence de ces caves dans la documentation relative au domaine seigneurial. Or, le descriptif de la consistance de la seigneurie telle qu'elle existait à la Révolution, ne mentionne aucune cave. En revanche, il y est indiqué : « Au dessus de la d. terrasse est un petit jardin fruitier et potager, a côté duquel est le clos appelé de la carrière ou jardin des figuiers au dessus duquel est une glaciere ». Par chance, nous disposons des précieuses planches du terrier réalisées vers 1776, sur l'une desquelles est effectivement représenté le terrain dénommé La Carrière. De là, un simple assemblage des planches permet de le localiser par rapport au château : il est avéré que le clos en question n'est autre que le terrain au-dessus duquel se trouvent les mystérieuses caves, qui sont donc les restes de la glacière du château, où l'on conservait jadis les aliments au frais grâce à la glace naturelle récupérée sur les étangs et tassée à l'intérieur.
L'ensemble se compose de deux salles voûtées adjacentes dont les parois extérieures ont une épaisseur d'environ 1 mètre et le mur séparatif d'un peu plus de 20 centimètres. La première, de forme rectangulaire, mesure 4 mètres de large sur 6 mètres de long et 4,60 mètres de hauteur (dimensions intérieures). Elle est percée dans sa largeur d'une petite ouverture arrondie de 1 mètre de large pour 1,25 mètre de haut et voit le jour, au somme de la voûte, par une petite ouverture carrée d'environ 50 centimètres de côté. Il s'agissait de la partie supérieure de la réserve de glace qui devait consister un en puits profond depuis comblé. On y entassait la glace naturelle récoltée sur les étangs gelés, en décembre et en février, pour l'utiliser à la conservation des denrées périssables mais peut-être aussi pour préparer les desserts glacés très prisés dans les réceptions à partir du dernier quart du XVIIe siècle.
Un passage de 1,50 mètre de large pour autant de haut communique avec la salle voisine. Celle-ci est entièrement ouverte sur le devant. Sa largeur est de 4 mètres, sa longueur de 10 mètres et sa hauteur de 2,3 mètres. Il s'agit probablement de l'atelier où la glace était conditionnée.
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(1) LONGNON (Auguste), Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie 1172-1361, tome 1, Paris, Impr. Nat. 1901, p. 48, n° 1225 : « Rericus de Corteno, ligius propter dominium Feritatis. Fortitudo de Sablonières ».(2) LONGNON (Auguste), Op. cit., p. 141, n° 3765 : « De Columbariis : Petrus de Sablonieres, homo ligius propter dominum Firmitatis Galcheri. Feodum est fortericia de Sablonieres et una hostisia ».(3) LONGNON (Auguste), Op. cit., p. 48, n° 1225 et p. 141, n° 3765 ; p. 232, n° 5712 à propos d'Henri Britaut : « chevaliers, liges de Hondrivillers et de tout ce qu’il a, si com l’on dit, à Sablonieres ».(4) LONGNON (Auguste), Op. cit., p. 103, n° 2726.(5) Siméon LUCE (Histoire de Bertrand Du Guesclin et de son époque, Paris, Hachette et Cie, 1876, p. 501) signale au nombre des places restées aux Français durant l’occupation anglo-navarraise de 1356 à 1364, la « motte de Sablonnières ». L'auteur se réfère au registre n° 326 de la série JJ des Archives nationales.(6) Archives nationales, S 3776 A dossier 1, n° 2.(7) Notice historique sur Sablonnières-en-Brie, p. 6. Une déclaration à terrier de 1774, que citait Bazin, mentionnait « la rue qui conduit de Villeneuve à Orly, où était autrefois la fermeture de l'enceinte du bourg de Sablonnières » (Archives départementales de Seine-et-Marne, E 1575).(8) « Trois bouges de logis appelé la maison du trésor attenant de la porte Nitot, servant de cuisine chambre basse, cave dessous, chambre haute et grenier dessus, grange attenant avec deux autres petites bouges de logis à côté de la rue, servant d'étable et de bergerie et deux autres bouges de l'autre coté de la cour servant de boutique le tout de fond en comble couvert de tuile et chaume, cour devant, jardin derrière contenant trois perches ou environ, y compris une laiterie en appentis sur ladite grange, tenant le total d'un coté a la rue qui conduit de Villeneuve a Orly... » (Déclaration à terrier, n° 170 du 8 mars 1770, pour le n° 16 de la planche A du plan terrier – Archives départementales de Seine-et-Marne, E 740). Cette porte empruntait son nom à la famille Nitot dont était issue l'épouse et mère des propriétaires de la « maison du trésor ».(9) Consistance des terres et seigneuries de Sablonnières et Bellot avec les fiefs en dépendant y enclavés ou contigus (Archives départementales de Seine-et-Marne, E 740). Cette description a été reprise par Bazin (op. cit., p. 42) et par le vicomte Jacques de Maupeou (Histoire des Maupeou, Fontenay-le-Comte, Lussaud, 1959).(10) Archives départementales de Seine-et-Marne, AZ 12573.(11) Le compte rendu d'une réunion du conseil municipal du mois d'avril 1807 et un procès-verbal de visite des lieux du 19 du même mois, faisant suite à une demande d'alignement de M. Debaran, propriétaire des restes de l'ancien château, mentionnent le projet d'un mur proche de la place de l'église, « en ligne droite de l'audience au mur de la vacherie ». (12) Op.cit. ; FONTAINE (Louis), En Brie champenoise, p. 179.(13) Op. cit., p. 43.(14) Un arrêté de l’Assemblée directoriale du département du 1er février 1793 visait sa veuve Marie Stanislas de la Vergne de Tressan, leur fille mineure Amicie Élisabeth Louise Renée Théophile de Maupeou, deux filles nés de son premier mariage : Victoire Jacqueline de Maupeou et Élisabeth Renée de Maupeou ainsi que l'époux de cette dernière, Louis Charles de Maupeou. Le fils aîné Auguste René et sa soeur Adélaïde Renée, aussi enfants du premier mariage du défunt, étaient considérés comme renonçant à la succession : Archives Départementales de Seine-et-Marne, 1Q2129.(15) Archives Départementales de Seine-et-Marne, 1Q2129.(16) Arrêté du 13 mars 1793 : Archives Départementales de Seine-et-Marne, 1Q2129. La levée du séquestre fut confirmée le 9 septembre suivant à l'égard d'Auguste-René et d'Adélaïde Renée, enfants du premier mariage de leur père, déclarés hors du cas des peines prononcées contre les émigrés.(17) Au sujet de la présence des forces de l'ordre, Bazin mentionne une lettre que le délégué Vacheron adressa aux administrateurs du district (p. 17). Pour le détail des biens meubles, cliquer ici.(18) Pour plus de détails, cliquer ici .(19) Pétition du 3 thermidor de l'an III (31 juillet 1795) : Archives Départementales de Seine-et-Marne, 1Q2129.(20) Arrêté de l'Assemblée directoriale de Melun du 5 thermidor de l'an III (23 juillet 1795) : Archives Départementales de Seine-et-Marne, 1Q2129.(21) Arrête du Ministre de la Police du 28 prairial de l'an IX : Archives Départementales de Seine-et-Marne, 1Q2129.(22) Aux termes d'un partage après inventaire dressé le 23 mai 1792 à Paris, Auguste René de Maupeou reçut les vestiges du château et ses dépendances, ainsi qu'une part de la ferme du Domaine. Sa sœur Adélaïde Renée reçut quant à elle la ferme de Fontaine-Parée et l'autre partie de celle du Domaine, selon le procès-verbal de tirage des lots dressé par l'administration municipale de Rebais le 19 frimaire de l'an V de la République (9 décembre 1796), homologué par arrêté de l'administration du département le 1er thermidor de l'an VI (19 juillet 1798). Par acte du 11 nivôse de la même année (31 décembre 1797) passé devant Maître Gilles, notaire à Rebais, Adélaïde Renée céda à son frère l'ensemble de ses droits héréditaires. L'arrêté du 1er thermidor lui attribua aussi la propriété du pré du Moutier, de la pièce des Noyers, d'un pressoir à vin et à cidre et d'une cave, dont le sort n'avait pas été tranché lors du partage.(23) Op. cit., p. 182.(24) Issu d'une famille bourgeoise de merciers parisiens (voir ici la généalogie), Ferdinand-Guillaume de Baran mourut sans descendance à Sablonnières le 4 décembre 1830. Sa sœur Rosalie avait épousé Joannès Migeot, un marchand de fer établi dans la capitale (Migeot Frères). Leurs enfants furent les premiers à porter le nom de Migeot-de Baran, en particulier Pierre-Vincent (1793-1855) qui fut employé aux finances à Paris.(25) Son beau-père Louis-Élisabeth de la Vergne, comte de Tressan (1705-1783), son receveur Georges Tranchard et le précepteur de ses enfants Jean-Baptiste Wohlmacher.(26) Cet acte est conservé aux minutier des notaires parisiens (Archives nationales, Etude LXXXII, répertoire n° 15, liasse n° 273 - base ETAREP, RE/LXXXII/15). Nous en donnons en annexe la transcription aimablement communiquée par Monsieur Placide Migeot-de-Baran, descendant direct de Pierre-Vincent Migeot-de Baran. La vente fut consentie pour le prix de 66 000 francs et à charge, pour l'acquéreur, de souffrir l'usufruit de Stanislas-Marie de la Vergne-Tressan, veuve Maupeou. Cet usufruit greva le bien jusqu'au décès de cette dernière, en 1827.(27) Minutier central – LXXXII, 723.(28) TOUCHARD-LAFOSSE (Georges), Histoire des environs de Paris, tome 4, Paris, Philippe, 1837, p. 211.(29) Archives départementales de Seine-et-Marne, 221 E 131 (Me Gallot).(30) Obligation du 18 mai 1832 : Minutier central - XXI 912. (31) Me Lessous, notaire à Paris : Minutier central – XXXII, 933.(32) PV d’adjudication du 25 mars 1832 (Me Gallot, notaire à Villeneuve-sur-Bellot ; PV d’adjudication du 3 mars 1833 (Me Blavot, notaire à Rebais) ; vente des 12 et 14 mars 1833 (Me Blavot à Rebais) ; PV d’adjudication du 12 octobre 1834 (Me Blavot à rebais) ; PV d’adjudication du 17 septembre 1837 (Me Geraudet, notaire à Rebais) – actes cités dans un acte de transport et décharge du 1er mars 1839 (Minutier central - XXI 941).(33) La nièce de Ferdinand Guillaume De Baran, Alexandrine Migeot-de Baran, avait épousé en 1808 le nommé Charles Jubin, fils d'un premier lit de Geneviève Leroux, femme de Ferdinand Guillaume. Ce dernier, par testament olographe rédigé à Sablonnières le 20 juin 1830 (déposé chez Maître Gallot notaire à Villeneuve-sur-Bellot et enregistré à Rebais les 18 décembre suivant - cf. annexe), institua pour son légataire universel son neveu Pierre-Vincent Migeot-de Baran qui recueillit ainsi le domaine de Sablonnières. Ce legs explique la présence, dans l'église Saint Martin, d'une stèle portant l'inscription : « A LA MEMOIRE DE FERDINAND GUILLAUME DEBARAN, DECEDE LE 4 Xbre 1830. SES NEVEU ET PETITS NEVEUX RECONNAISSANS » (photo sous la généalogie). Il avait toutefois été consenti à charge, pour Pierre-Vincent Migeot-de Baran, de constituer une rente foncière perpétuelle de 8 000 francs en faveur de Charles Jubin. De la sorte, en 1838, le nouveau propriétaire se trouva devoir à M. Jubin la coquette somme de 202 246 francs au titre de la rente. C'est pour se libérer qu'il lui céda la propriété du domaine de Sablonnières (vente reçue par Me Constant Grulé, notaire à Paris : Minutier central - XXI, 938). Dans son testament, Fernand Guillaume de Baran avait aussi légué aux pauvres de la commune une somme 50 francs par an, aussi longtemps que sa propriété de Sablonnières appartiendrait à ses héritiers ; cette somme devait être payée pour moitié le jour anniversaire du décès de son épouse et pour autre moitié le jour anniversaire de sa propre mort. Son neveu et légataire, Pierre-Vincent Migeot de Baran, consentit à l’envoi en possession de ce legs, que le bureau de bienfaisance de la commune accepta le 31 mars 1834. Le legs fut autorisé par une ordonnance du 22 juillet 1834 (Bull. O. 2e section, n° 6310 et citée par J. B. DUVERGIER dans sa Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements et avis du Conseil d'Etat, Paris, Guyot, 1835, tome 34, p. 477) et les titres de la rente furent déposés chez Maître Noël, huissier à Rebais. Pierre-Vincent Migeot de Baran quitta Sablonnières en janvier 1838 pour s’établir à Grenelle mais servit la rente jusqu’en 1840. Un litige s’éleva alors entre le nouveau propriétaire, qui estimait détenir la propriété en qualité d’acheteur et ne plus devoir la rente, et le bureau de bienfaisance prétendant qu’il devait continuer de la payer et acquitter les arrérages en tant que parent et héritier du donateur (Délibération du 16 février 1847).(34) Procuration donnée à un clerc de notaire le 1er mars 1839 (XXI, 941)(35) D'après le titre de Mme Deletrez, propriétaire en 1969.(36) Vente Jubin/Perrotin enregistrée à Rebais le 1er novembre 1841, fol. 123.(37) Vente Jubin/Bourguignon des 9 et 19 novembre 1841.(38) Vente Jubin/Houdin du 15 novembre 1841 enregistrée à Rebais le même jour.(39) Vente Jubin/Delétain du 15 novembre 1841.(40) Vente Jubin/Gonthier du 20 décembre 1841.(41) Inventaire du 11 mars 1845 : Minutier central - XCIX, 937.(42) Op. cit., p. 46. (43) Gillet vendit ainsi, les 30 novembre 1841 et 7 janvier 1942 aux époux Jean André Beaudoin, garde particulier, et Rosalie Gergonne « 1° un bâtiment servant d'habitation de 9 mètres de large composé par bas d'un cellier, au 1er des chambres et cabinets, d'un grenier dessus, couvert en tuiles ; 2° au couchant du bâtiment, un terrain faisant partie de la cour du château de la même largeur que le bâtiment ci-dessus, tenant du levant à la place de l'église, du couchant au canal dont partie est comprise dans la présente vente », au prix de 1 000 francs (rapporté dans un titre de propriété de 1969). Cette propriété, revendue au même prix le 28 avril 1856 aux époux Rose Voirin, charretier, et Constance Victoire Beaudoin, ne concerne vraisemblablement pas le château lui-même.(44) Acte reçu par Me Dehors, notaire à Rebais.(45) Acte du 6 septembre 1876 passé chez Me Deshors à Rebais . D'après l'annonce publiée dans la presse locale en vue de la purge légale des hypothèques, les propriétaires antérieurs étaient Angélique-Eugénie Baillet épouse Béguin ; Eugène Baillet ; Pierre-Nicolas Renard et son épouse Marie-Françoise Lagrange ; Charles-Ferdinand Jubin ; Pierre-Vincent Migeot de Baran et son épouse Marie-Madeleine Lang (L’Eclaireur de l’arrondissement de Coulommiers, 7 oct. 1876).Outre le château et ses dépendances immédiates, la seigneurie de Sablonnières englobait divers biens fonciers. Elle comprenait d'une part une multitude de parcelles de terre, de pré ou de bois qui constituaient des censives, c'est-à-dire des fonds dont le seigneur avait concédé à titre héréditaire et perpétuel la propriété utile (qui comprenait notamment le droit d'exploiter en propre, celui de louer et celui de vendre) à des particuliers (censitaires) moyennant paiement d'une redevance annuelle (le cens). D'autres biens ruraux appartenaient en propre au seigneur qui les donnait le plus souvent en location.
L'aveu et dénombrement fourni par Edmond de Revenel aux châtelains de La Ferté-Gaucher vers 1655 (1) mentionnait :
La Basse-Cour (maison, grange, étable et autres bâtiments sur 2 arpents), située entre le Pré du Moutier, la rue qui conduit au pont, les fossés du château, la rivière du Petit-Morin, le cimetière et la cour de l'église et qui, avec le Pré du Moutier (6 arpents* 1 quartier* y compris une chènevière, entre le chemin de Sablonnières à Orly et le ru d'Avaleau), le Pré du Gordet (7 arpents compris entre le chemin de la Chenée à Bellot, la rivière et la rue du pont), le Pré des Rigolles (19 arpents 1 quartier frontaliers avec la seigneurie de Bellot), une maison avec grange et étable située entre la rue conduisant à la Garenne et celle du moulin, une garenne de 2 arpents et 97 arpents et demi de terres et de prés sis en différents lieux (notamment le Champ de la Masure, le Chaufour, le Glainé, la Ronce, les Terres Blanches, le Champ Colin, l'Epinette...), pouvait rapporter par an 4 boisseaux* de blé et 2 d'avoine par arpent soit 528 boisseaux ¾ de blé et un peu plus de 264 d'avoine ;
la ferme de Montchevrel, comprenant une maison « manable » - un acte du 22 mars 1642 fut reçu par le notaire Troche « en l'hostel de Pierre Chappelain à Montchevrel » (2) et Louis Fontaine parle « du manoir et de la ferme de Montchevrel » (3) - avec grange, étable, cour, jardin, cave, masure, colombier et chambre haute au-dessus du portail, le tout enclos de murailles et situé le long du chemin conduisant à la Lièvrerie et à la Noue et procurant, avec 45 arpents* de terre, 30 arpents et demi de pré ainsi que le clos et pâture de Montchevrel (10 arpents et demi) où se trouvait une petite fosse à poisson nommée la « Fosse de Montchevrel », un revenu annuel de 228,76 boisseaux* de blé et 114,38 d'avoine ;
une tuilerie, qu'Edmond de Ravenel avait fait construire à l'emplacement d'un ancien bois et pouvant rapporter 30 livres* par an ;
le moulin de Sablonnières, dont le meunier en rendait par an 360 livres* ;
la Maison de la Cave, comprenant trois bouges* couverts de tuiles, sous lesquels y avait une cave et renfermant un pressoir à vin et à cidre, avec cour, jardin et accin* contenant le tout un demi-arpent* ou environ, valant 15 livres* de revenu annuel ;
une maison couverte de chaume à Fontaine-Parée, couverte de chaume avec cour, jardin et accin*, ainsi que diverses terres, prés, vignes, haies et buissons aux envions, le tout contenant 29 arpents* et 1 quartier* de terre valant par an 2 boisseaux* de blé et 1 d'avoine l'arpent, soit 58 boisseaux et demi de blé 29 boisseaux un quart d'avoine ;
la forcière* de Montchevrel (4 arpents) et 2 arpents* et demi de pré sis entre Hondevilliers, le chemin d'Hondevilliers à Montchevrel et le Bois Hébert, rapportant annuellement 15 livres* ;
217 arpents* de bois, dont plus de 40 se trouvaient mis en pâture, valant par an 60 sols* l'arpent de bois taillis et 10 sols l'arpent de pâture, soit au total 551 livres* ;
un pré où il y avait anciennement un petit étang appelé Crèvecœur, depuis rempli, pouvant rapporter par an 60 sols* ;
l'île des Brodards et 28 perches* de pré situés à proximité, rapportant annuellement 1,68 livres* ;
une partie du Petit-Morin depuis entre la frontière des seigneuries de Bellot et de Sablonnières, jusque devant le château de Sablonnières à l'emplacement d'une grange faisant la séparation de la rivière entre les seigneuries de Sablonnières et du Jariel, qui rapportait 60 sols* par an. (4)
Dans les années 1770, il s'agissait à la fois de bois (bois du Chevret pour 180 arpents*, haies du Four à Chaux pour 10 arpents, bois de la Tuilerie pour 80 arpents, bois Braillé pour un arpent, bois des Simonets pour un quartier* et demi) et d'étangs (celui du Flageol et celui de Crèvecœur, loué à un particulier), de vergers (pommiers de la Normandie), de la pâture des Hacots dont l'usage avait été concédé par Théophile de Catelan aux habitants du hameau du même nom, de menus bâtiments (une petite maison avec jardin à Sablonnières et une grange dans la cour des Parrots, louées), un pressoir à vin et à cidre, un moulin (dit de Sablonnières), une tuilerie et, surtout, les fermes du Domaine, de la Basse-Cour (attenante), de Fontaine-Parée et du Chevret. La contenance de certaines de ces exploitations est connue grâce à des actes qui en donnent le descriptif.
La ferme du Domaine se composait de bâtiments, de 51 arpents* de terre labourables et de 6 arpents de pré ; elle était affermée moyennant 300 boisseaux* de blé et 300 d'avoine par an (revenu évalué à 450 livres*) (5) ;
La ferme de Fontaine-Parée, qui comprenait des bâtiments, 90 arpents* de terres labourables, 6 arpents de pré et 9 arpents de bois taillis, avait été acquise par Théophile de Catelan le 13 mars 1720 au prix de 5 200 livres* et était affermée pour 100 boisseaux* de blé, 200 boisseaux d'avoine, un quarteron* de paille et 259 livres 10 sols* en argent (revenu évalué à 464 livres 10 sols). (6)
A la fin du XVIIIe siècle, le marquis de Maupeou tirait aussi des revenus de la ferme de Marlande, de celle de La Chenée et du moulin de Sablonnières (moulin Rayer ou encore moulin d'Avalot) qui lui appartenaient mais qui étaient situés dans la mouvance de la seigneurie du Jariel (voir plus bas). Il possédait aussi diverses parcelles de terre, de bois et de pré dont une centaine se trouve listée dans un Etat des changements et rectifications à faire pour l'année 1792 à la matrice du rôle de la contribution foncière de 1791 de la communauté de Sablonnières conservé dans les archives communales :
Ce document daté de 1793 fait état de trois ventes successives effectuées au lendemain de la Révolution, l'une ayant porté sur environ 80 parcelles réparties en lots, l'autre ayant eu lieu le 14 juillet et concernant une vingtaine de parcelles, la dernière en date du 23 juillet ayant eu pour objet 5 parcelles. Il précise le nom des acquéreurs ainsi que les références des parcelles sur le plan. On y trouve aussi la mention de la vente de la « ferme de Merlande » (Marlande).
La vente des terres et des bois se poursuivit durant les années qui suivirent. Ainsi, 15 arpents* 77 perches* et 1/6e de perche labourables à Fontaine-Parée, au Closeau, à Champ-Brisson, au Champ du Château Régnault, à l'Avonne, au Bois de la Bourbière, au chemin du Jariel, au ru du Moulin et au chemin pavé furent adjugées en 1794 à un marchand de Bellot par les administrateurs du district de Rozoy (7). L'année suivante, Corbilly, Commissaire du département pour les intérêts de la République, fit vendre le tiers-franc de 27 à 30 arpents d'emblavure de blé et de seigle, qui revenait à l'État à cause de l'émigration de l'un des héritiers (8). Le 8 pluviôse de l'an IV (28 janvier 1796), furent mis aux enchères publiques la coupe des bois taillis et les peupliers d'Italie plantés le long de ces taillis en limite du parterre du château en contrebas et face à la Chenée (9). Le Bois de la Tuilerie fut vendu le 18 octobre 1797, pour le prix de 3 886 livres* (10) ; ceux du Chevrel (44 arpents et 76 perches) furent adjugés à Melun le 7 prairial an VII (26 mai 1799) (11). Vingt ans plus tard, cependant, la marquise de Maupeou était toujours l'une des principales propriétaire de bois de la vallée. (12)
En 1798, la citoyenne Maupeou demeurait propriétaire des fermes de Montchevrel, de Marlande et de Fontaine Parée, ainsi qu'en attestent cette quittance donnée à un huissier pour actes de procédure à l'encontre de ses fermiers la veuve Barbier, Pierre Gutel et François Généreux Gutel :
Hormis ses biens immobiliers, le seigneur de Sablonnières était titulaire de différents droits liés à sa seigneurie (1). Ces prérogatives avaient d'importantes incidences sur la vie quotidienne des villageois, tant au niveau de leurs droits et devoirs, qu'en ce qui concerne la gestion de leur patrimoine puisqu'ils touchaient aux transmissions des biens. Pour le seigneur, certains de ces droits représentaient une source de revenus dont l'importance était loin d'être négligeable. En 1768, le marquis de Sablonnières percevait 514 livres* de cens*, 200 livres au titre des lods et ventes*, 50 livres d'amendes et confiscations*, 30 livres de droits de greffe* et 30 livres au titre de son droit de pêche, soit un total de 824 livres, autrement dit près de 13 % de ses revenus dont la plus grosse partie provenait de l'exploitation des bois (1 658 livres), des récoltes (près de 1 100 livres), de la location des fermes (1 885 livres) ou d'autres biens. Droits réels attachés à la seigneurie, ces droits se distinguaient de ceux que le seigneur pouvait acquérir occasionnellement, tel le droit de chasse que le prieur de Notre-Dame en l'Isle accorda en 1665 au marquis de Sablonnières sur les terres du prieuré. (2)
Les livres terriers successifs de la seigneurie contenaient le détail des droits dus par chaque censitaire sur les biens qui lui étaient donnés à bail. Le plus récent, rénové aux frais du marquis en vertu de lettres patentes du 26 novembre 1768 et rédigé par Étienne Bocquillon de 1769 à 1776 (nous avons à plusieurs reprise parlé du plan qui l'accompagne), donne ainsi de détail des droits payables en argent et des droits en nature :
Les cens* se payaient toujours en argent, le jour de Saint-Rémy (1er octobre).
Les rentes* et le sur-cens* se payaient également en argent, le jour de Saint-Martin d’hiver.
Les droits en nature (les coutumes*) en grains et volaille, étaient payés le jour de Saint-Étienne (le lendemain de Noël), à peine de 7 sols et 6 deniers d’amende. En réalité, ces droits étaient généralement payés en équivalent monétaire. Les coutumes en volailles correspondaient à un nombre de poules ou de chapons, la poule ayant une valeur de dix sols et le chapon de quinze sols. Les grains se livraient en nature la dernière année mais en argent les années précédentes sur la base du prix au marché le plus proche de la Saint-Martin et à la mesure de Villeneuve-sur-Bellot, les subdivisions de la mesure étant appréciées sur une base ordinaire de 30 sols de boisseau* pour le blé et de 12 sols pour l'avoine.
Comme souvent à cette époque, les droits étaient affermés, c'est-à-dire que leur recouvrement était concédé à un fermier général moyennant redevance. Ainsi, le seigneur était assuré de percevoir un revenu fixe payé par le fermier qui faisait ensuite son affaire de la perception des droits auprès des redevables, en prenant bien entendu sa marge en sus, au moyen de contrats de bail. On sait que, le 13 avril 1750, les tuteurs de René Théophile II de Maupeou affermèrent à Georges Tranchard, marchand à Bellot, les terres et seigneuries de Sablonnières et de Bellot pour une durée de neuf années à compter de la Saint-Martin d'hiver et au prix annuel de 6 800 livres payable pour moitié à la Saint Martin d'hiver et autre moitié à Pâques. Ce bail, reçu par Maître Desplasses, notaire à Paris, fut complété par plusieurs actes d'affermage concernant diverses dépendances de la seigneurie de Sablonnières (le 11 décembre 1750 : dépouille de 75 pommiers plantés sur une parcelle au lieu-dit La Normandie dépendant de la ferme du Domaine et colombier du château ; en 1758 : étang de Crèvecœur ; bail des marnes de la ferme de Marlande) et de celle de Bellot (le 27 juin 1752 : maison et dépendances au Fourcheret avec 14 perches de chenevière), le jeune marquis s'étant seulement réservé la jouissance du château de Sablonnières et d'une place pour un ou plusieurs chevaux dans les écuries. Tranchard avait à son tour conclu divers baux avec des particuliers dont il percevait le cens et le sur-cens.
Ce mode de gestion foncière n'était toutefois pas sans risque et les redevances ne rapportaient parfois pas autant que le seigneur pouvait l'espérer. C'est peut-être ce qui poussa Maupeou à mettre en vente ses domaines de Sablonnières et de Bellot, ainsi qu'en témoigne une publication dans les Annonces, Affiches, et Avis divers du 20 juillet 1757 :
On ignore ce qui mit fin à ce projet ; toujours est-il que Maupeou conserva ses seigneuries. Tranchard quant à lui, s'étant lancé dans des opérations périlleuses, ne parvint pas à reverser les sommes dues au marquis et fut poursuivi en justice. Il s'était semble-t-il installé au château du Fourcheret, puisque l'huissier de la connétablie Delahaye, muni d'une ordonnance du juge de Bellot, vint y saisir ses meubles le 22 janvier 1759. A la suite de ses contestations, l'affaire fut portée devant le parlement de Paris. (3)
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(1) Cliquer ici pour plus de détail sur ces droits seigneuriaux.(2) Archives départementales de l'Aube, 5 G 199.(4) DELAUNAY (avocat), Mémoire pour Messire René-Théophile de Maupeou, chevalier, marquis de Maupeou, colonel du Régiment de Bigorre Infanterie, Seigneur de Sablonnières, Bellot, & autres lieux, Défendeur et Demandeur ; contre Georges Tranchard, marchand à Bellot en Brie, ci-devant Receveur & Fermier général desdites Terres & Seigneuries de Sablonnières & Bellot, Demandeur et Défendeur, Paris, Brunet, 1760 – Archives départementales de Seine-et-Marne, AZ 12573.Au milieu du XVIIe siècle, plusieurs fiefs mouvaient de la seigneurie de Sablonnières. Témoin, le même adveu* et desnombrement* d'Edmond de Ravenel qui mentionnait :
un fief sis à Busserolles, tenu par la famille de Culant, aussi seigneurs de Saint-Cyr, de Saint-Ouen et de la Brosse-Courgivost, dont la consistance était méconnue faute pour son possesseur d'en avoir fourni aveu et dénombrement au marquis de Sablonnières ; (1)
dans la paroisse de Chartronges, un fief assis aux Trois Maisons autrefois occupé par les seigneurs de ce lieu et un fief nommé La Hautière, des revenus desquels le marquis de Sablonnières affirmait n'avoir aucune connaissance ;
plusieurs fiefs dans la paroisse de Montdauphin, également tombés ans l'oubli.
En réalité, la terre et seigneurie de Busserolles (qui comprenait Les Hameaux) était un fief dépendant de celui de Montchevrel : Au mois de septembre 1578, Philippe de Ravenel, seigneur de Sablonnières, le fit saisir féodalement Busserolles pour droits et devoirs non faits par Charles de Culant, « laquelle terre et seigneurie est de nous mouvant à cause de nostre terre et seigneurie dudit Montchevrel ». Puis, vingt-deux ans plus tard, son héritier Robert de Ravenel donnait quittance à Louis de Culant, sieur de la Brosse, des droits de quint et requint que celui-ci lui devait à cause de l'acquisition de la seigneurie de Busserolles « laquelle est mouvante de nous à cause de notre dicte seigneurie de Montchevrel ». (2)
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(1) Déjà au siècle précédent, Philippe de Ravenel donnait quittances à Louis de Culant pour droits de quint et de requint (Archives départementales de Seine-et-Marne, E 786). Le sieur de Culant rendait hommage au marquis de Sablonnières pour la terre de Busserolles (Archives départementales de Seine-et-Marne, E. 816).(2) Acquits du 23 novembre 1582 et 27 janvier 1604 : Archives départementales de Seine-et-Marne, E 786.Les seigneurs de Sablonnières possédaient une partie de la seigneurie du Jariel qui leur avait été concédée moyennant redevance par les Célestins, seigneurs du Jariel (voir plus bas), à une date inconnue. Rien n'établit cependant qu'ils la tenaient en fief, contrairement à Montflageol et à Montchevrel.
Les seigneurs de Sablonnières détenaient la seigneurie de Montflageol, ou du Flajot, située sur le territoire de Villeneuve-sur-Bellot. L'existence de ce fief, qui dépendait à l'origine des comtes de Champagne, était fort ancienne puisqu'au moins deux sources du XIIIe siècle citent des personnages portant son nom. La plus ancienne est le Rôle des fiefs du comté de Champagne sous le règne de Thibaud le Chansonnier (1249-1252) (1), dans lequel est mentionné Robin de Montflaguel, localité expressément identifiée par l'auteur au hameau de l'actuelle commune de Villeneuve-sur-Bellot (2). La deuxième est un obituaire de l'Hôtel-Dieu de Provins (vers 1270) auquel a été ajouté, en 1332, le seigneur Girardus de Monte Flaioti « jadis maître de cette maison qui servit les pauvres pendant trente ans » et qui légua à cet établissement avec ses deux sœurs une rente de 40 sols* (3). Plus de deux siècles plus tard, François de Brie, membre de la famille seigneuriale de Boissy-le-Châtel et de Sablonnières (peut-être un troisième fils de Louis de Brie) mort en 1520, était titré « écuyer, seigneur de Montflajot ».
C'est probablement la famille de Brie qui réunit le fief de Montflageol à la seigneurie de Sablonnières. On sait qu'il mouvait de la châtellenie de La Ferté-Gaucher puisqu'aveu* et dénombrement* lui en furent rendus par le seigneur de Sablonnières le 19 janvier 1658. (4)
En ce temps-là, ce fief comprenait deux bouges* de logis couverts de chaume avec cour et fosse, situés au carrefour du hameau des Fans et à l'intérieur desquels se trouvait un pressoir à vin et à cidre rapportant annuellement 100 sols* ; l'étang de Montflageol contenant 14 arpents* ou environ, chaussée comprise, d'une valeur de 28 livres* par an. Le cens*, payable par moitié à la Saint-Rémy d'octobre et autre moitié à la Saint-Étienne lendemain de Noël, rapportait 69 livres 19 sols. Le sur-cens et rente* représentait 10 setiers* 6 boisseaux* et un quart de picotin* de blé froment, chargés le jour de Saint-Étienne dans les greniers du château de Sablonnières. Sur les logis, jardins et accins*, le seigneur percevait 4 setiers et 11 boisseaux d'avoine livrés dans les mêmes conditions. On lui devait encore chaque année 12 chapons et la cinquième partie d'un chapon ainsi que 22 poules et demie. Il prenait en outre 8 livres par an sur le moulin d'Avaleau. Les droits de lots et ventes*, saisine* et dessaisine* dus par les acquéreurs des héritages rapportaient 40 livres l'an. Le droit de relief* était tarifé à 12 deniers par héritier et pouvait rapporter 10 sols par an. Une amende de 7 sols 6 deniers était due à défaut de le payer sous huitaine, portée à 60 sols faute de le payer dans l'année (5). Le seigneur avait enfin des droits de confiscation* et d'aubaine*. Le droit de haute, moyenne et basse justice était exercé par les officiers du seigneur de Sablonnières mais les plaids* se tenaient sur place, dans une cour appelée la « Cour de Monflajol ».
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(1) Publié par Auguste Longnon d'après les minutes conservées au Trésor des chartes, Paris, Menu, 1877, 335.(3) MOLINIER (Auguste) ss. dir. LONGNON (Auguste), Obituaires de la province de Sens, tome I, Diocèses de Sens et de Paris, 2è partie, Paris, Impr. Nationale, 1902, p. 928 et 93.(2) Ce personnage est cité comme tenant du roi diverses terres dans la Marne : « Robins de Montflaguel debet tenere de rege terras altaris apud Marignis supra Orbascum, C arpenta terre, XVIII arpenta prati, IX solides census. Negavit esse de feodo régis. Injunximus preposito Castri Theodorici ut saisiat. Prepositus recepit censum istius anni », autrement dit « Robin de Montflageol doit tenir du roi les terres ... pres de Margny sur Orbais, 100 arpents de terre, 18 arpents de pré, 9 sous de cens. Il nia qu'ils fussent [tenus] en fiefs du roi. Avons enjoint au prévôt de Chateau-Thierry de les saisir. Le prévôt reçut le cens cette année.»)(4) Archives départementales de Seine-et-Marne, E 740. Nous avons aussi un cahier papier renfermant vraisemblablement le projet de dénombrement, rédigé en décembre 1653 mais dont la date a été corrigée en janvier 1654 avec renvoi marginal de novembre 1657 (archives privées).(5) Ces amendes, dont le montant n'avait pas évolué depuis le Moyen Âge, n'était plus aussi dissuasives qu'au commencement car la monnaie s'était fortement dépréciée au cours des crises et de l'usure des monnaies. Ainsi la livre (équivalente à 20 sols ou à 240 deniers), qui correspondait initialement au poids d'une livre d'argent métallique, valait en 1790 un dix-huitième seulement de sa valeur de 1266. Le muid de blé, qui coûtait 60 sols à la fin du XIIIe siècle, valait environ 180 livres vers 1780 (DOYEN, Recherches et Observations sur les lois féodales, p. 212).Le fief de « Monchevreil » existait déjà à la fin du XIVe siècle (1). L'identité de ses détenteurs est toutefois inconnue jusqu'au XVIIIe. A cette époque où il n'avait pas encore été rattaché à la seigneurie de Sablonnières, ils étaient qualifiés de seigneurs « de Sablonnières en partie », puisque leur terre se trouvait comprise dans la paroisse. Ce fut le cas de Michel Clergeon, gentilhomme servant de Mademoiselle de Montpensier, « seigneur de Chouchereuil et de Sablonnières en partie » (2). Membre de la petite noblesse, ce personnage qui avait épousé la sœur d'un commissaire ordinaire des guerres et d'un marchand parisien résidait à Paris, rue d'Orléans. Par le mariage de leur fille Marie-Louise en 1655, ce fief passa à une famille de la noblesse d'armes originaire de l'Aisne, plus titrée que fortunée : les Lempereur de Morfontaine. Dénombrement en fut en conséquence rendu le 19 janvier 1658 au seigneur de La Ferté-Gaucher dont il mouvait (3). Vers 1730, il appartenait aux deux frères Michel et François Lempereur de Morfontaine, « seigneurs de Montchevrel et Sablonnières en partie ». Le premier, qui portait le titre d'écuyer, était militaire comme son père et son grand-père (4). Il servit jusqu'en 1735 dans la compagnie des chevau-légers de la garde ordinaire du roi où il avait été reçu le 30 juillet 1723 après avoir justifié sa noblesse, confirmée par sentence de l'Election de Meaux du 10 octobre 1739 et par ordonnance de l'Intendant de Paris du 1er février 1740. Etabli à La Ferté-au-Col (La Ferté-sous-Jouarre), il jouissait dans la région d'une certaine influence. Le second, qui avait embrassé l'état ecclésiastique, était curé de Saint Pierre-Aigle lorsqu'il maria sa sœur Marie Marguerite à Crécy en 1718, puis eut en charge la paroisse de Bassevelle de 1724 à sa mort, survenue en 1737 (5). En sa mémoire, Michel fit apposer dans l'église de cette paroisse une stèle en pierre noire toujours visible.
Les frères Lempereur conservèrent le fief de Montchevrel jusqu'à son rachat par le marquis de Maupeou qui parvint ainsi à le réunir entre ses mains à la seigneurie de Sablonnières. En partie boisé, il s'étendait alors sur 279 arpents* au nord-est de la paroisse et comprenait essentiellement la ferme du Chevret ou Chevrel. A la fin du XVIIIe siècle, cette ferme était constituée de bâtiments (6), d'un jardin, d'une chenevière, de 90 arpents de terres labourables, 4 arpents de pré, 2 arpents de pâture et 9 arpents de bois taillis, haies et buissons (7) ; elle rapportait 230 boisseaux* de blé et 296 livres* en argent. A la même époque, le fief de Busserolles et d' « autres beaux droits et domaines » en dépendaient.
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(1) Il est ainsi dénommé dans le dénombrement de la seigneurie du Jariel rendu le 3 décembre 1397 (Archives nationales, S 3776 A dossier 1, n° 5). Des lettres du 21 octobre 1401 mentionnent, dans l'énumération des biens composant cette même seigneurie, des bois « tenant au seigneur de Montchevrel » (dossier 1, n° 2). (2) Cf. DE LA CHENAYE-DESBOIS, Dictionnaire de la noblesse, tome VI, Paris, Boudet, 1773 et tome 7, Paris, Schlesinger, 1865.(3) Archives départementales de Seine-et-Marne, E 740.(4) Michel Lempereur (1656-1715), écuyer et seigneur de Morfontaine avait, depuis sa première campagne en 1672 qu'il fit en qualité de commissaire de l'Artillerie, pris part à diverses batailles (DE LA CHENAYE-DESBOIS, Dictionnaire de la noblesse, tome VI, p. 20, Paris, Boudet, 1773). Servant dans la compagnie des gardes du corps du roi commandée par le duc de Quintin, il obtint, en raison de sa bonne conduite, de son expérience des armes et de sa fidélité, des provisions de sous-brigadier le 20 mars 1693, puis une charge de brigadier le 28 janvier 1700 (Archives départementales de Seine-et-Marne, 1 F 255) avant d'achever sa carrière militaire en 1704. Il était fils de Nicolas Lempereur (1635-1656), garde du corps du roi en la compagnie du duc de Trèmes, qui avait épousé Marie-Louise Clergeon. (5) Les deux frères Lempereur sont cités dans le Cueilleret contenant coppye de toutes les déclarations des particuliers qui possèdent des héritages sur la seignerie de Bussières (Médiathèque Meaux, MS 71), « François Lempereur, de Morfontaine, prêtre, curé de Bassevelle, se portant fort pour le sieur Michel Lempereur, son frère, écuyer, seigneur du fief de Courchevreuil et Sablonnières, en partie, l'un des deux-cent chevau-légers de la garde du Roi, alors présent en quartier ».(6) Les constructions ont été entièrement démolies vers 1850, les pierres ayant été vendues et réutilisées à la construction de la route des Fans à La Noue. L'instituteur Lecamus (Monographie communale, 1888, Archives départementales de Seine-et-Marne, 30Z354) indiquait qu'à cette occasion, on découvrit les vestiges d'une chapelle. Une lettre du président de la section columérienne de la Société d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts du département de Seine-et-Marne, datée du 14 janvier 1868 et répondant au signalement de cette découverte, indique qu'il s'agissait de fragments de moulures et de sculptures (archives de la famille Parichault). Nous ignorons ce que ces vestiges sont devenus et aucune publication ne leur fut consacrée dans le bulletin de la société savante.(7) Archives départementales de Seine-et-Marne, E 740. Une planche détachée de l'Athlas des differentes planches et cartons composant les cartes generales des terres et seigneuries de Sablonnieres (Archives communales) et conservée par les archives départementales (E 741) représente ce fief.(8) Archives départementales de Seine-et-Marne, E 740.Généalogie des Clergeon :
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Blason des Lempereur de Morfontaine :
« d'azur à un aigle bicéphale d'argent, les ailes étendues, traversé par le milieu dune fasce de gueules, et accompagné en pointe d'une croix d'or à six pointes, suspendue par son anneau au bout d'un cordon de gueules »
Généalogie des Lempereur de Morfontaine :
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La Révolution de 1789 ayant mis fin à l'existence des seigneuries et des fiefs, la plupart des biens qui les composaient furent vendus dans les années qui ont suivi. La ferme de la Basse-cour (corps de ferme et terres), la moitié indivise de la ferme du Domaine et la nue-propriété indivise de la ferme de Fontaine Parée dont Adélaïde-Renée de Maupeou avait hérité furent vendues le 5 germinal XII (26 mars 1804) en même temps que la propriété seigneuriale. (1)
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(1) Archives nationales, Etude LXXXII, répertoire n° 15, liasse n° 273 - base ETAREP, RE/LXXXII/15, dont transcription en annexe.D'aucuns prétendent que deux positions fortifiées auraient existé sur les hauteurs de la seigneurie. La première, située à La Chenée, aurait consisté en une maison forte datée de la fin du XVIe siècle ou du début du siècle suivant qui était autrefois munie de meurtrières et d’un souterrain. La seconde, connue sous le nom de « Château-Morin » a été signalée à la fois pour ses caves voûtées communiquant avec un souterrain et pour la base d'une échauguette « attestant la vocation militaire première du Montcel » (1). Cette affirmation paraît totalement fantaisiste - tout autant que la légende qui fait remonter l'origine du « Château-Morin » aux Templiers - car aucun témoignage historique, ni aucun document d'archive ne permet d'affirmer que ces deux bâtiments ont eu à une époque ou à une autre un rôle défensif. Si tel avait été le cas, ils auraient fort probablement été rattachés au domaine seigneurial ou auraient été érigés en fiefs. Or, il n'en a jamais été question dans les documents concernant la consistance et l'étendue de la seigneurie de Sablonnières, ni dans les rôles des fiefs. D'après Henri-Pol Haint, il y avait à cet endroit, en 1786, un « moulin détruit » (2) et la présence d'un moulin à proximité de l'ancien étang de Moquetonne n'est pas surprenante. Selon le recensement de 1816, il s'agissait d'un bâtiment inhabité, probablement la bâtisse visible sur le Plan du terrier de 1776 mais qui n'apparaît pas sur le Plan topographique conservé par les Archives départementales. Une délibération du conseil municipal du 3 avril 1843 nous apprend que le propriétaire d' « une maison connue sous le nom de Château Morin, située au hameau du Montcel » souhaitait la céder à la commune, mais sans en dire plus sur sa contenance et son histoire. On sait avec certitude que ce bâtiment a été rénové dans les années 1970 par ses propriétaires actuels. Une vue de 1971 le montre dans son état de l'époque :
Une simple comparaison avec son apparence actuelle révèle un remaniement de la façade par ajout d'encadrements de fenêtres en pierre taillée avec meneaux de style Renaissance. Les bases d'échauguettes, visibles aux angles d'une construction plus basse qui formait autrefois un appentis, est elle aussi une adjonction récente.
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(1) FLOHIC (Jean-Luc) (sous la direction de), Le patrimoine des communes de Seine-et-Marne, tome 2, Paris, Flohic Editions, 2000, p. 1293.(2) Notre Département : la Seine-et-Marne, n° 34, Lys Editions Presse, Le Mée-sur-Seine, 1994, pp. 20-21.S'il possédait de nombreux biens et prérogatives, le seigneur des lieux n'en assurait pas en personne l'administration. A Sablonnières comme ailleurs, l'exercice des droits seigneuriaux était confié à divers officiers qui constituaient le personnel administratif de la seigneurie en matière de justice, de police et de fiscalité.
Le pouvoir juridictionnel appartenait au seigneur local sur toute l'étendue de son domaine. Celui de Sablonnières jouissait du droit de haute, moyenne et basse justice : il était compétent pour juger des affaires civiles dont l'enjeu pécuniaire était modique (1), pouvait prononcer des amendes, des peines corporelles voire la peine de mort. Les peines corporelles pouvaient être infligées au pilori installé sur la place du village et des fourches patibulaires (sorte de potence à laquelle étaient suspendus les cadavres des condamnés à mort) s'élevaient au-dessus des Mirats, en un lieu qui porte toujours le nom de La Justice, mais n'existaient vraisemblablement plus au XVIIIe siècle. Les sentences étaient rendues au château, suivant la coutume de Meaux alors applicable (jusqu'en 1361, c'est la coutume de Champagne qui régissait la terre de Sablonnières).
Le seigneur ne jugeait pas en personne mais déléguait son pouvoir à un prévôt qu'il nommait : Pierre Lorrain (ou Lorrin, Le Lorrain) cité dans les registres paroissiaux de 1642, 1643, 1655 et 1657, Denis Rayer (v. 1641-1710) cité dans un acte paroissial de février 1669, Claude Tranchard (v. 1670-1729) cité dans plusieurs actes de 1711 à 1724 (2). Ce juge était assisté par un lieutenant : Pierre Grancher né à Sablonnières le 15 novembre 1588 et cité en 1625, Pierre Lorrain vers 1640 (3), Pierre Legrand cité en 1675 et en 1678, Joseph Troche dont les nom et qualité sont mentionnés dans les registres de 1682 à 1714 (4). La juridiction seigneuriale employait aussi un greffier (Pierre Lorrain cité dans des actes de baptême en 1626 et 1627, Robert Dechambly cité en 1649, en 1652 et mort le 24 juillet 1670), Pierre Rayer (témoin à un testament en 1657), François Gaulier mentionné dans des actes de 1674 et 1675, Louis Nolin décédé en 1680, Pierre Dechambly cité en 1683, François Rayer vers 1700, l'ancien clerc paroissial Masson en 1720, le clerc paroissial Antoine Demarle (v. 1723-1798) et un sergent chargé des assignations et exécutions forcées (Pierre Régnault cité dans un testament en 1657, Claude Couesme en 1724 et en 1752, René Barré en 1776). Le ministère public était représenté par un procureur fiscal (5) : Nicolas Rayer cité dans deux actes de baptême en 1627, Robert Dechambly mort le 21 septembre 1640, Denis Janvier cité dans plusieurs actes de baptême de 1639 à 1644 et dans plusieurs actes du notaire Troche en 1642 (6), Sanson Re(g)nau(l)t cité en 1640 et en 1643, Enoch Dechambly (fils de Robert Dechambly, né le 31 octobre 1606) cité en 1643, 1644, 1646, 1647 et 1654, Pierre Camus (7) mort le 29 décembre 1679, Sanson Régnault (fils ?) cité dans un acte de 1674 et mort en 1691 (8), Jean Troche cité de 1668 à 1679 (9), Jean-Louis Dassenois cité en 1682, Salomon Lauridan marié en 1685, Pierre de Chambly ou Dechambly cité de 1688 à 1698 et décédé en 1702, Antoine Rayer (1671-1717) qui prit sa suite et que l'on trouve cité de 1703 à sa mort en 1717, Augustin Lamy mentionné de 1713 à 1718 (10), Nicolas Regnier cité de 1720 à 1727, Jean-François Desgatines (décédé le 6 avril 1758), Gabriel Drouet avant 1775, Etienne Bocquillon cité en 1776 (11), Jean Pierre Louis Le Guerry en 1791. Le dispositif judiciaire était complété par un geôlier-receveur des amendes.
Certains de ces officiers, on le voit, exercèrent des charges de plus en plus importantes (Pierre Lorrain fut successivement greffier, lieutenant et prévôt) qui restaient souvent au sein de mêmes familles.
La police générale relevait du lieutenant et du prévôt. Celle de la chasse était assurée par les gardes particuliers du marquis, tels Jean Lefebvre cité en 1679, Nicolas Dupuis déjà en fonctions en 1738 et toujours lors de son décès en 1776, Jean Poulet mort en 1771, Claude Théodore Yves Delalot cité de 1773 à 1781, Jacques Fahy en 1783 et en 1784, Louis Henry en 1787.
La fiscalité au sens strict, c'est-à-dire l'ensemble des impositions et droits dus au seigneur, relevait jusqu'en 1789 d'un receveur (12). Les registres paroissiaux permettent d'en identifier plusieurs : Sanson Bruneau cité en 1588 comme « receveur de Sablonnières », Guillaume Chevalier cité en 1639 et en 1646, Gabriel B(edel) mentionné en 1648, Claude Genée cité en 1669, en 1670 comme « receveur de la seigneurie de Sablonnières » et en 1672 et qui avait le titre de secrétaire ordinaire de la chambre du roi, Claude Tranchard cité de 1704 à 1710, Georges Tranchard « receveur des terres de Sablonnières et Bellot » une cinquantaine d'années plus tard (13), Toussaint Huilliot cité comme receveur de la terre et seigneurie de Sablonnières. (14)
Ces officiers, honorés du titre de maître et dont certains exercèrent successivement des fonctions différentes, faisaient partie des notables et souvent de familles de juristes implantées dans plusieurs seigneuries de la région.
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(1) Les Archives départementales de Seine-et-Marne conservent une unique sentence rendue au nom du marquis de Sablonnières, le 14 juillet 1721, dans un litige opposant les héritiers Perrot et les héritiers Regnier au sujet d'une rente de 53 sols convenue par leurs ascendants en 1632 (970F31).(2) Not. Archives départementales de Seine-et-Marne, 221 E 231, acte n° 51 du 10 juin 1720. Cet officier seigneurial né vers 1671 était fils d'un lieutenant du bailliage de Nitry et avait pour cousins germains un bourgeois de Paris et un officier des chasses et plaisirs du roi. Il épousa le 17 mai 1701 Jeanne Archin, fille et sœur de receveurs de la terre et seigneurie de Nanteuil-Haudoin. Lui aussi fut receveur de Sablonnières avant d'en devenir prévôt. Il fut ensuite receveur de La Ferté-Gaucher où il mourut le 12 juillet 1729. Un de ses fils, Georges, né à Sablonnières le 31 mars 1703, fut à son tour receveur de cette seigneurie puis marchand à Bellot. Un autre, Pierre né à Sablonnières le 23 avril 1704, fut receveur des aides à Chef-Boutonne et un troisième, Claude, était en 1730 lieutenant au régiment de Bigorre appartenant au marquis de Sablonnières.(3) « Pierre Lorrin, lieutenant des justices de Sablonnières et de Montflaguel », demeurant à Sablonnières, était aussi procureur fiscal de la terre et seigneurie de Verdelot (contrat de mariage avec Marguerite Arroux, veuve de François Charpentier, du 14 mai 1639 – Archives nationales, Y/178-Y/180 - fol. 31 V°).(4) Né à Sablonnières le 17 avril 1650, il y remplit les offices de notaire (jusqu'en 1711) et de lieutenant de la prévôté (v.1680-v.1713). Il fut aussi greffier de la justice d'Hondevilliers (1675) et prévôt de la seigneurie de Bellot. Dans les années 1660-70, il est cité comme parrain ou témoin dans de nombreux actes paroissiaux qui portent parfois sa signature. On sait qu'il alla ensuite habiter à Viels-Maisons et que sa présence à Sablonnières devint rare. Vers 1718, il était bailli de Rozay.(5) Cet officier se distinguait du procureur particulier qui pouvait être désigné par le seigneur pour le représenter dans les actes privés (par exemple, Protais de Chambly, prieur de Notre-Dame de Verdelot, étudiant en l'Université et demeurant à Paris au collège des Dix-Huit, qui passa devant Maître Lamiral, le 18 mars 1578, un bail comme procureur de Philippe de Ravenel seigneur de Sablonnières : Archives nationales, MC/ET/XXXIII/190, 193, 200).(6) Archives départementales de Seine-et-Marne, 221 E 217.(7) Né vers 1623, Pierre Camus épousa à Sablonnières, le 26 janvier 1673, Marie Anne Marguerite Troche, sœur du notaire et lieutenant seigneurial Joseph Thoche. Il fut aussi huissier royal.(8) Sanson Régnault, né et mort à Sablonnière (3 déc. 1614-2 févr. 1691), s'y était marié le 16 mai 1645 avec Marie Charpentier. Son père Sanson, né le 7 juillet 1589 et époux de Marie Dautin, était fils de Denis Régnault, né le 9 janvier 1563 et aussi procureur fiscal.(9) Cité dans la généalogie de la famille Bierry : http://www.diazheinecke.de/Genealogie%20der%20Familie%20Diaz-Heinecke-Dateien/Bierry/dat9.htm#0. Né en 1616 et mort en 1679, il était père de Joseph Troche qui fut notaire et prévôt de Bellot.(10) Né vers 1686 à Crouy, il épousa à Viels-Maisons le 19 avril 1712, Marie Troche, fille de Jean Troche et sœur de Joseph Troche. Il devint alors notaire et exerça son ministère jusqu'à sa mort, d'apoplexie, en 1736 à Sablonnières.(11) Il était aussi procureur fiscal de Bellot et Monflageol et cumulait les fonctions de notaire à Villeneuve (où il résidait), de procureur et de lieutenant à Verdelot (cf. Manuel des champs, logis et héritages appartenant à Étienne Boquillon... et Marie-Jeanne Proffit, sa femme, tant à cause de leurs propres que des acquêts faits pendant leur communauté, Médiathèque de l’agglomération troyenne, n° 286).(12) L'impôt dû au clergé était quant à lui l'affaire d'un dîmeur (Nicolas Rousselet cité en 1754).(13) On trouve un dépôt de pièces concernant sa succession le 2 juillet 1761 chez Jean Andrieu notaire de Paris (Archives nationales, MC/ET/IV/635).(14) Bail à rente (Archives départementales de Seine-et-Marne, B. 68).Accin : enclos.
Amortir (une rente) : l'éteindre en dédommageant le créancier ; (une terre) : en éteindre les droits et revenus (notamment une rente dont elle sert d'assiette) en obtenant du roi, moyennant finance, des lettres d'amortissement ayant pour effet de la concéder à des gens de main-morte (notamment à une communauté religieuse) pour la placer hors du commerce.
Arpent : unité de surface.
Arrière-ban : service militaire dû au suzerain par ses vassaux.
Aubaine (droit d') : droit du seigneur de recueillir les biens d'un étranger (aubain) mort dans l'étendue de sa seigneurie*.
Aveu et dénombrement : déclaration écrite inventoriant et décrivant les terres constituant un fief, faite par le titulaire de ce fief à son suzerain lors de chaque mutation.
Bailli : officier de justice en charge d'un bailliage*.
Bailliage : juridiction connaissant en première instance de certaines affaires criminelles ou dans lesquelles des membres de la noblesse étaient en cause (à charge d'appel devant le parlement), et en appel des sentences des juridictions inférieures.
Ban : service militaire dû au roi par ses vassaux immédiats.
Banlieue : territoire soumis au pouvoir d'un seigneur autour d'une ville.
Boisseau : douzième de setier*.
Bouge : pièce.
Cens : redevance annuelle en argent ou en grains, due par tout propriétaire de biens fonciers (censive) situés dans l'étendue de la seigneurie*.
Censitaire : tenancier d'un bien foncier assujetti au cens.*
Censive : ensemble de biens fonciers tenus à cens*.
Châtellenie : circonscription développée autour d'un château-fort et contrôlée par un châtelain.
Confiscation (droit de) : droit pour le seigneur de réunir à sa seigneurie les biens des condamnés à mort.
Coutume (droit de) : droit en nature perçu annuellement par le seigneur sur certains propriétaires.
Denier : douzième de sol*.
Desssaisine (droit de-): droit payé au seigneur par le cédant d'un bien foncier dépendant de sa seigneurie*.
Douaire : portion de biens dont le mari réserve l'usufruit à son épouse dans le cas où celle-ci lui survivrait.
Fief : bien ou ensemble de biens immobiliers ou de revenus (très souvent une seigneurie*) concédés moyennant un service en vertu d'un contrat entre un suzerain (concédant) et un vassal (concessionnaire).
Foi : serment de fidélité du vassal envers son suzerain, généralement couplé avec l'hommage*.
Fondation de messes : contrat en vertu duquel un établissement religieux (église, monastère...) s'engageait à perpétuité à célébrer ou faire célébrer une ou plusieurs messes, à dates fixes, en la mémoire d'une personne en contrepartie d'un don.
Forcière : petite réserve d'eau utilisée comme vivier à poisson (avec les étangs et les fosses, elle garantissait l'approvisionnement en poisson les jours d'abstinence imposés par la religion).
Formariage : droit dû à son seigneur par son serf en cas de mariage avec une serve étrangère à la seigneurie*.
Fosse : petite retenue d'eau où l'on élevait du poisson (avec les étangs et les forcières*, elle garantissait l'approvisionnement en poisson les jours d'abstinence imposés par la religion).
Fouage : droit dû au seigneur, par foyer, sur les biens roturiers.
Greffe (droits de) : droits perçus sur les actes de la justice seigneuriale.
Hommage : conclusion ou renouvellement du lien vassalique unissant un seigneur à son suzerain.
Hostise : chaumière habitée par un serf (oste), moyennant redevance.
Lige (homme-) : vassal tenu envers son suzerain de l'assister en ses conseils, de le servir militairement sans limite de temps et de se soumettre à sa justice.
Livre : unité monétaire royale (à partir du XIIIe siècle, la livre tournois a progressivement remplacé la livre parisis avec laquelle elle coexistait, pour devenir l'unique monnaie de compte jusqu'en 1795).
Lods et ventes : droit perçu par le seigneur sur la mutation de biens fonciers situés dans sa seigneurie*.
Maille : petite monnaie.
Mine : demi-setier*.
Morte-main (ou mainmorte) : incapacité pour un serf de disposer de ses biens ; droit reconnu au seigneur de prendre les biens d'un serf décédé sans enfant, puis droit perçu par le seigneur sur ces biens.
Mouvance : dépendance, pour un fief.
Muid : unité de capacité utilisée pour les grains, de valeur variable selon les espèces, les époques et les lieux. Le muid de blé correspondait environ à 1,8 hectolitre et celui d'avoine à 3,7 hectolitres.
Perche : centième d'arpent*.
Picotin : mesure de capacité utilisée pour l'avoine donné aux chevaux et valant environ 2,5 litres.
Plaids : assemblée où se tenaient les audiences judiciaires.
Pourpri(n)s : enclos.
Quarteron (de paille) : vingt-cinq gerbes.
Quartier : quart d'arpent*.
Rachat ou Relief : droit de succession dû au seigneur par les héritiers de tout censitaire* décédé dans sa seigneurie*.
Saisine (droit de-) : droit payé au seigneur par l'acquéreur d'un bien foncier dépendant de sa seigneurie*.
Seigneurie : ensemble de biens fonciers, droits et redevances sur lesquels une personne (le seigneur) exerce un pouvoir économique et judiciaire.
Setier : unité de capacité utilisée pour les grains, de valeur variable selon les espèces, les époques et les lieux.
Sol : vingtième de livre*.
Sur-cens et rente : majoration du cens*.
Terrier (ou papier-) : registre du dénombrement et des déclarations des particuliers relevant d'une seigneurie, avec le détail des droits, cens * et rentes dus au seigneur pour chacune de leurs possessions foncières.
Tonlieu : droit perçu par le seigneur sur l'exposition des marchandises ou leur passage des rivières.