Athlas des differentes planches et cartons composant les cartes generales des terres et seigneuries de Sablonnieres, v . 1770 (Photo D. L.)
Athlas des differentes planches et cartons composant les cartes generales des terres et seigneuries de Sablonnieres, v . 1770 (Photo D. L.)
« Terrier de Sablonnières commencé le 24 juin 1769 et finy le 20 juillet 1776
« A Monsieur le Marquis de Maupeou chevalier de l’ordre royal et militaire de St Louis, ancien colonel d’infanterie seigneur marquis de Sablonnières, Bellot, Montflageol, Montchevrel, la Fontaine aux Fées, le Le Jarien en partie, etc.
« Monsieur
« Le livre que j’ai l’honneur de vous présenter n’est par rapport à vous qu’un assemblage de vos droits réunis dans leur ordre naturel, tant pour vos interests, que pour ceux de tous vos vassaux et censitaires ; mais par rapport à moi, s’il est digne de votre satisfaction, et de votre approbation, il est l’ouvrage le plus glorieux qui puisse rester à la postérité : occupé par état depuis plusieurs années à connoitre les principes des droits seigneuriaux, leur origine, leur etablissement, et leur juste application, toujours difficiles et épineux dans leur rénovation,
« J’ai eu l’occasion de les mettre en pratique par la confiance dont vous m’avez honoré, en me chargeant du renouvellement de vos terriers : si le zèle et l’attachement avec lesquels j’ay travaillé à ces ouvrages m’en ont rendu la pratique et les maximes plus familières, c’est votre maison, Monsieur, à qui j’en devray toute ma vie les lumières et les connaissances ; quoique tant pas l’agrément que j’ay toûjours trouvé à vous servir, que par le bénéfice que ces travaux m’ont procurés, j’en sois bien récompensé, cependant je ne seray suffisamment satistait qu’après que vous m’en aurez reçus, comme un faible hommage de ma reconnaissance, moins pour m’en attirer la gloire, que pour laisser à cette maison et sous un nom aussi illustre que le vôtre, un monument durable de mon service, et du très profond respect avec lequel j’ay l’honneur d’estre, Monsieur, votre tres humble et tres obeissant serviteur »
Boquillon
« Le terrier d’une seigneurie est un titre commun entre le Seigneur et son vassal ou censitaire. Il doit contenir une description exacte de tous les héritages tant féodaux que roturiers qui sont de la mouvance du seigneur, et dans la censive avec tous les devoirs qui luy sont dus, et tous ses droits tant honorifiques qu’utiles et domaniaux, comme dixmes terrages, cens, surcens, coutumes, rentes seigneuriales et inféodées.
« Il n’y a rien de plus commun que les terriers commencés et imparfaits, tous les seigneurs en font commencer, mais peu ont la satisfaction de les posséder parfaits dans leurs archives.
« Celuy-cy fait en même temps que celui de Montflageol a été commencé le vingt quatre juin 1769 par la déclaration de Jacques Legouge n° 214 et finy par celle du notaire-commissaire le vingt de juillet 1776 n° 21. Il contient quatre mille cinq cent quatre vingt seize articles, ou pièces d’héritages en censives, en 327 déclarations outre ce qui dépend du domaine de la dite seigneurie en 225 articles. Chaque déclaration contient les charges de chaque pièce d’héritage en particulier et en total ; en cens, surcens, rentes et coûtumes en grains, et volailles, relatées autant qu’il a été possible sur les anciennes déclarations dont on a cité presque partout l’article de la pièce d’héritage qui doit la charge et où elle ne se trouve pas citée, c’est que les anciens terriers ayant aussi restés informes et imparfaits on n’y a pas trouvé toutes les pièces d’héritages portées en celuy-cy, et alors on a eû recours aux charges des pièces voisines et tenancières de chaque côté.
« Les cens se payant toujours en argent le jour de St Rémy premier octobre
« Les rentes et surcens le jour de St Martin d’hiver
« Et les coûtumes en grains et volaille, le jour de St Etienne lendemain de Noël, a peine de sept sols six deniers d’amande par chaque cotte partie au Cueilleret qui contient les mêmes droits qu’en chaque déclaration, sous le même nom et sous le même numéro.
« Le bled et l’avoine se livrent en nature, ou en argent, c’est à dire, en nature pour la dernière année, et en argent pour les précédentes, suivant l’apréciation au tems de leurs echeances, sur le pied du prix des marchés plus près de la St Martin, le tout à la mesure de Villeneuve sur Bellot, plus prochain marché tenant.
« Pour réduire en argent les portions de la mesure, qui ne peuvent pas se livrer et se percevoir en nature, le bled a été aprécié année commune sur le pied de trente sols et l’avoine sur le pied de douze sols le boisseau, parce que cela ne peut pas varier chaque année comme le prix du grain, cette apréciation estant fixée et portée au terrier et comprise dans le cens en argent.
« Le chapon aprécié à quinze sols et la poule à dix sols.
« Chaque article du terrier est encore relatif et exactement conforme à la pièce d’héritage qu’il contient portée sur la carte génerale, et indiquée en marge par la lettre alphabétique de la planche ou canton avec le numero. Et on ne trouvera pas dans le terrier un seul article qui n’ait sa figure, indiquée sur la carte et sur la planche.
« Il serait à souhaiter que tous les Seigneurs prissent les mêmes précautions de faire lever les plans de leurs terres, avant que de commencer leurs terriers, parce que sans cela il est aussi impossible d’y parvenir, qu’à un cordonnier de faire un soulier sans aleine, c’est l’expression (quoique basse) que s’est servy un habile commissaire, respectable par sa probité et sa science, pour le faire mieux sentir.
« Il faut observer que toutes les quantités de terrein de chaque pièces d’héritages portées au présent terrier, sont les vrayes continences, tirées des anciens terriers, que si quelques censitaires raportent des titres contraires pour exiger plus de terrein, ils ne doivent pas etre écoutés, ayant déjà étés rebutés, attendu qu’on a eû soin d’augmenter a leurs titres, comme d’y diminuer, quand l’encien terrier l’exigeoit, et que souvent ces titres sont faits sur des lots de partages, et d’après des mesurages informes, ce qui les rend dissemblables aux terriers qui doivent toujours faire le titre commun d’entre le seigneur et le censitaire, et sur lesquels plutôt encore que sur les titres, on doit régler toutes les contestations de cette nature, de même qu’il faut consulter le plan, et s’y en reporter, pour la situation, emplacement, et distribution de chaque pièce, rayages, cantons et limites, et particulièrement dans les procès. »
Étienne Boquillon (ou Boquillion, Bocquillon) était né à Nogent-l'Artaud le 6 janvier 1731 d'une famille de maîtres menuisiers et mourut au même lieu le 17 frimaire an II. Il devint notaire au bailliage et châtellenie de Coulommiers, branche de Villeneuve-sur-Bellot, Sablonnières et autres lieux, et en la prévôté de Bellot, Maré, La Fontaine aux Fées. Il occupa aussi un office de procureur fiscal. En tant que notaire, sa résidence était à Villeneuve, où il exerça de 1758 à 1793.
Les fonctions de commissaire à terrier supposaient la connaissance et l'expérience des droits seigneuriaux, de savoir comprendre les anciens actes et lever des plans. Outre la référence au cordonnier, qui montre que Boquillon avait lu Edme de La Poix de Fréminville, auteur de La Pratique universelle pour la rénovation des terriers (Paris, 1746), la clarté et la précision de ses propos liminaires révèlent un homme parfaitement instruit des principes de la fiscalité seigneuriale et de toute la technique nécessaire à la réalisation des terriers, fort non seulement d'un solide savoir, mais encore d'une capacité à justifier l'utilité de son ouvrage et d'un amour sans équivoque du travail bien fait.
La réfection du terrier de Sablonnières a été autorisée par lettres patentes du roi Louis XV en date du 26 novembre 1768. Elle a consisté, pour le commissaire Boquillon, à recueillir les déclarations de chaque censitaire, bien par bien et, au besoin, à actualiser leur situation. Pour chaque fonds baillé à cens sont indiqués sa consistance, sa localisation ainsi que la nature et le montant des droits dus en contre partie de sa détention. Pour une meilleure connaissance du domaine seigneurial, le livre terrier est accompagné d'un plan où chaque héritage (on dirait aujourd'hui parcelle) est numéroté en correspondance.
Le plan des seigneuries de Sablonnières et de Montflageol a eu un destin un peu particulier puisqu'il aurait été remis à la commune en 1857 par un nommé Defruit, géomètre à Coulommiers. Bien des années plus tard, on le retrouva dans le grenier de la mairie. La commune le fit restaurer et le conserve précieusement depuis.
(Les déclarations à terrier des censitaires sont conservées aux Archives départementales de Seine-et-Marne, E 1574 et E 1575)