L’article présente le processus de conception d’un Environnement Numérique d’Aide à la Compréhension et à la Transformation des Situations (ENACTS) développé dans le cadre du programme NéopassSup. Ce dispositif vise à accompagner les enseignants du supérieur dans l’analyse et l’amélioration de leurs pratiques professionnelles, en s’appuyant sur des situations réelles issues de la pédagogie universitaire. Les auteurs insistent sur la nécessité d’outiller les enseignants-chercheurs dont la formation pédagogique est souvent implicite et peu formalisée.
Dans l’enseignement supérieur, la pédagogie reste un champ en évolution, caractérisé par une grande diversité des pratiques et une absence relative de formation initiale à l’enseignement. Les enseignants apprennent majoritairement « sur le tas », ce qui crée un besoin d’accompagnement structuré. Le programme NéopassSup répond à ces enjeux en proposant un environnement numérique fondé sur l’observation, la réflexivité et l’analyse de l’activité réelle.
Le dispositif s’appuie sur le cadre de l’analyse de l’activité, issu de l’ergonomie et de la psychologie du travail. L’objectif est de comprendre le travail réel dans sa complexité afin d’aider les enseignants à se reconnaître dans des situations authentiques. Les vidéos ne sont pas utilisées comme de simples ressources ; elles sont intégrées dans un dispositif médiatique scénarisé qui accompagne la prise de recul, l’interprétation et la transformation des pratiques.
Les auteurs détaillent également les composantes de la scénarisation médiatique utilisées pour concevoir l’environnement. Les vidéos de cours filmées servent de ressources de base, mais elles sont enrichies d’outils d’analyse, de témoignages et de commentaires issus de la recherche, favorisant une réflexion guidée et progressive. Cette approche permet le passage de simples ressources audiovisuelles à un véritable environnement numérique d’apprentissage professionnel, capable de provoquer la réflexion, d’accompagner la transformation des pratiques et de favoriser la construction de nouvelles compétences pédagogiques.
Dans la dernière partie, Heurtebize et Ria discutent des conditions de développement professionnel que ce type de dispositif peut favoriser. Ils insistent sur l’importance de la réflexivité, de la collaboration entre pairs et de l’accompagnement institutionnel pour que l’usage de l’environnement soit réellement formateur. Les auteurs soulignent également les questions liées à la reproductibilité du dispositif : comment adapter un tel environnement à d’autres contextes universitaires, à d’autres disciplines, ou à des publics d’enseignants aux besoins variés.
En conclusion, l’article met en avant l’intérêt du programme NéopassSup comme modèle de formation hybride, combinant ressources numériques, observation de pratiques réelles et analyse réflexive. Il démontre que les environnements numériques bien conçus peuvent devenir des outils puissants de professionnalisation, favorisant la compréhension des situations d’enseignement et la transformation progressive des pratiques. Ce travail contribue ainsi à enrichir la réflexion sur la pédagogie universitaire et sur le rôle des technologies numériques dans la formation des enseignants du supérieur.