L’article intitulé « Utilisation pédagogique de l’IA à l’université : trois récits de pratique en orthodidactique du français, en psychologie et en histoire », publié dans la Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire (RITPU), présente trois démarches concrètes d’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans l’enseignement supérieur. Les auteurs s’intéressent à la manière dont des enseignants universitaires ont expérimenté l’utilisation des outils ChatGPT et Transkribus dans trois disciplines différentes : l’orthodidactique du français, la psychologie et l’histoire. L’objectif de ces initiatives était de mettre les technologies d’IA au service de l’enseignement et d’encourager les apprentissages des étudiants à travers des approches innovantes et réflexives.
Dans la première expérience, l’outil ChatGPT est utilisé pour accompagner les étudiants dans l’amélioration de leurs productions écrites. Les apprenants interagissent avec le modèle pour analyser, corriger et reformuler des textes. Le dispositif vise à renforcer l’autonomie, l’autoévaluation linguistique et le développement de l’esprit critique face aux propositions de l’IA. Les étudiants identifient les limites, erreurs ou imprécisions de ChatGPT et apprennent à les corriger, tout en documentant leurs interactions sur un support collaboratif (babillard numérique).
La deuxième expérience mobilise ChatGPT dans un contexte de formation en psychologie. Les enseignants conçoivent une capsule vidéo interactive où un avatar contrôlé par ChatGPT répond à des questions professionnelles au même titre que des experts humains. Les étudiants évaluent les réponses selon des critères tels que la justesse, la nuance ou l’empathie, puis participent à une table ronde critique. Cette démarche montre que l’IA peut fournir des informations pertinentes, mais reste limitée dans l’expression émotionnelle ou la compréhension des nuances relationnelles. Elle permet également de sensibiliser les étudiants aux biais, aux enjeux éthiques et aux limites du recours à l’IA dans des contextes professionnels.
La troisième expérience utilise Transkribus, un outil de reconnaissance automatique de l’écriture manuscrite, pour initier les étudiants à la transcription de documents historiques anciens. Les apprenants utilisent l’IA pour obtenir une première transcription, qu’ils corrigent ensuite en mobilisant plusieurs compétences disciplinaires (paléographie, contextualisation, protocole diplomatique). Cette approche rend la manipulation de sources primaires plus accessible et dynamique. Les corrections réalisées par les étudiants contribuent également à l’amélioration des modèles de transcription, créant une boucle vertueuse entre apprentissage, recherche et valorisation des archives.
Chaque récit de pratique est suivi d’un retour réflexif portant sur les résultats obtenus, les défis rencontrés et les apprentissages tirés de l’expérience. Globalement, les enseignants ont observé un accroissement de la motivation et de l’engagement des étudiants, ainsi qu’une amélioration de leurs compétences transversales, notamment en matière de pensée critique, d’analyse et de collaboration. Cependant, les auteurs soulignent également la nécessité d’un encadrement rigoureux et d’une formation préalable des enseignants pour garantir un usage pédagogique pertinent et éthique de ces outils.
L’article propose des lignes directrices pour intégrer l’IA de manière responsable dans l’enseignement supérieur : adopter une démarche progressive, expliciter les objectifs et les limites des outils, impliquer les étudiants dans la co-construction du savoir, et maintenir une posture critique face aux résultats produits par l’IA.
Les auteurs concluent que l’IA peut jouer un rôle pédagogique significatif lorsqu’elle est employée de façon réfléchie et contextualisée. Ces expériences démontrent son potentiel pour enrichir les apprentissages, développer l’autonomie et rendre accessibles des tâches complexes, tout en rappelant l’importance d’une réflexion éthique permanente.