Comme nous l'avons vu précédemment, la construction du lycée jusqu'à la place qu'il occupe aujourd'hui s'est faite en différentes étapes.
La première étape: le collège Bourbon.
C'est le cardinal Charles de Bourbon qui fait don aux jésuites d'un hôtel acheté par lui-même.
Sa volonté était avant tout de maintenir la piété et la religion catholique à Rouen. Il fallait donc instruire la jeunesse "dans la crainte de dieu".
le manoir du grand Maulévrier est acheté par le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen auprès de Jean de Lieuvremont, gentilhomme de la chambre du roi pour 400 écus d'or sol. (monnaie créée par Louis XI : écu d'or au soleil)
A cette époque, l'espace de la cité est plutôt caractérisée par de grands jardins ou même des espaces vacants. C'est entre 1580 et 1660 que la réforme catholique va modifier le territoire urbain.
"l'immense élan religieux transforme la zone verte qui bordait les remparts à l'intérieur de la ville en une pieuse cité-jardin" comme le souligne Jean- Pierre Bardet*
C'est donc ainsi que l'hôtel de Bourbon est devenu le collège de Bourbon. Première partie du lycée Corneille.
On voit ici que la construction est totalement uniforme. Le bâtiment est construit dans une pierre très blanche : le calcaire de Caumont. Cette roche est réputée pour sa solidité, la structure cristalline très compacte permet de réaliser les fondations des bâtiments. Ici, l'ensemble du bâtiment est construit avec ce matériaux, ce qui n'est pas courant.
Plus de précisions sur le calcaire de Caumont
Il peut aussi être appelé : calcaire de Vernon, mais attention il ne s'agit pas exactement de la même roche, bien que son extraction puisse se faire au même endroit.
La roche de Caumont était plus facile à extraire car plus proche de la surface.
Le calcaire de Vernon se trouvait plus en profondeur ( environ 60 m) Ces deux calcaires, bien que très proches en composition ne sont pas utilisés de la même façon.
Le calcaire de Caumont était très utilisé pour réaliser les sous-bassements, les bases des bâtiments, tandis que la calcaire de Vernon plus fin et dépourvu de silex était réservé aux structurex fine et sculptées des édifices.**
*d'après B. Duthion " du collège royal au lycée Corneille"
**données architectes des bâtiments de France, les pierres de la vallée de la seine
On retrouve ci dessous une fiche récapitulant les possibilités offertes grâce à l'exploitation de cette roche :
Ces grottes sont le résultat de l'extraction du calcaire. Un calcaire du bord de seine à banc franc composé de grains fins et de structure non gélive (grâce à une structure dite de double calcite imbriquée rendant la roche très compacte.), ce qui le rend particulièrement intéressant pour la construction.
Ces carrières ont connu leur apogée au début du XIXième siècle. En effet, 14 carrières étaient ouvertes en 1808 et faisaient travailler environ 600 personnes. Il n'en restait plus qu'une en 1905.
On a pu voir que ces bâtiments ont été construits à partir des années 1730.
On voit ici clairement que les roches utilisées sont différentes.
Le sous bassement est un calcaire clair où l'on devine des traces noires. Les traces noires sont des moellons de silex. Il s'agit là du calcaire dit de Caumont.
La partie supérieure à partir du premier étage est construite dans un calcaire plus jaune et dépourvu de moellons de silex. Il s'agit là du calcaire dit de St Leu.
On retrouve cette struture sur la chapelle Corneille, mais également sur la tour de beurre de la cathédrale de Rouen.
On dit souvent que se promener dans une ville est une première étape de l'étude de la géologie de la région . Les matériaux utilisés sont exclusivement des matériaux régionaux.
Ces sites sont toujours en activité et continuent à fournir de la pierre de construction. C'est particulièrement vrai pour le site de St Vaast les melos. C'est ici qu'on extrait le calcaire dit de St Leu, mais pas seulement.
Voici par exemple un site de carrière proposant les différents calcaire à l'extraction :
On voit clairement la méthode d'extraction par blocs géométriques
Toujours sur le même site, on voit les différents tunnels creusés en fonction des périodes d'extraction.
Là encore, on voit un sous bassement en calcaire blanchâtre. Pour ceux qui en auront la curiosité, si vous vous approchez, vous verrez des moellons de silex dans cette partie basse.
On voit ensuite une partie supérieure réalisée dans un calcaire plus jaune : le calcaire de St Leu d'esserent.
Là encore, le même type de construction :
Une partie basse dans un calcaire capable de soutenir la structure, une partie supérieure plus ouvragée avec un calcaire plus fin.
Les sites d'extraction des roches calcaires de construction ont connu leur plein essor au début du XXième siècle. Depuis, même si l'exploitation existe encore, de nombreux sites sont à l'abandon. C'est le cas du site "les gachoires" qui maintenant abandonné est désormais exploité comme site d'escalade au même titre que la forêt de Fontainebleau.
lien vers les sites d'escalades : les glachoirs
Ce sont les derniers sites en France à avoir été maintenus en activité jusqu'en 2014, pour la production d'ardoise.
Les entreprises qui fabriquaient les ardoises dans la région d' Angers étaient réputées pour leur qualité de production et le respect des méthodes de fabrication, garantie d'une ardoise haut de gamme. C'est l'épuisement du gisement qui a forcé les ardoisières Angevines à fermer. Bien qu'il existe en France d'autres gisements de production d'ardoises, c'est désormais l'ardoise produite en Espagne qui se vend majoritairement en France. (98%). La richesse en monuments historiques de la France permet cependant de pérenniser la production d'ardoise Françaises.
Le toit du bâtiment Corneille a été refait intégralement dans les années 2000 avec des ardoises de Trélazé.
L'architecture originale du bâtiment Corneille est abandonnée pour une architecture plus en phase avec l'époque, mais toujours avec des matériaux régionaux.
Dans les régions où l'on dispose de roches ou d'arbres, ces éléments sont largement utilisés pour la construction des maisons. Le granite, par exemple, est très utilisé en Bretagne ou dans le nord de la manche (cotentin).
Dans les embouchures de fleuve comme la seine, c'est plutôt l'argile que l'on va exploiter. C'est à partir de l'argile que l'on va fabriquer les briques.