À l'examen du baccalauréat, le troisième sujet proposé est toujours une explication de texte. Le but de l’explication de texte est de lire philosophiquement un texte, c’est-à-dire d’y lire une thèse philosophique et de l’expliquer. Une explication de texte consiste alors à montrer que l’on comprend la thèse de l’auteur et la façon dont celui-ci l’a construite. L’élève est, pour ce faire, amener à expliciter le problème posé ainsi que le rôle et le sens des propositions présentes et des concepts à l’œuvre dans le texte pour en dégager l’organisation raisonnée.
Du Latin explicare, expliquer signifie "déplier". Expliquer, c'est faire comprendre en déterminant ou en cherchant le pourquoi, les causes ou principes d'une chose ou d'un phénomène. La question du "pourquoi" est déterminante. Elle doit être omniprésente dans votre esprit. Questionnez-vous sans cesse: "Pourquoi l'auteur dit cela?", "Pourquoi l'auteur utilise tel mot, tel concept, etc?", "Pourquoi ce connecteur logique?", etc. En effet, expliquer un texte consiste surtout et avant tout à l'interroger.
Il faut d’abord s’attacher à lire le texte attentivement en prêtant attention aux mots de liaison (mais, pourtant, néanmoins, toutefois…) afin de repérer sa construction et les différentes étapes de l’argumentation de l’auteur (les parties). N’hésitez pas à souligner les mots et les expressions essentielles. Prenez votre temps, ne vous précipitez pas, car souvent on croit comprendre alors qu’il n’en est rien. Méfiez-vous des textes en apparence simples car en réalité ils contiennent souvent des pièges redoutables générateurs de contresens.
Rapidement, prêtez attention à la ponctuation, repérez les connecteurs logiques, les exemples, les termes qui signalent une progression dans le texte. Repérez les expressions, termes opposés ou parallèles qui font la structure logique du texte. Commencez éventuellement à distinguer les différents moments du texte. N'hésitez pas à annoter le texte, à utiliser des couleurs, des signes, bref, travaillez le texte, ne restez pas passif, votre lecture doit être active.
Imprégnez vous du texte, et pour cela il va vous falloir le lire attentivement, le relire, et encore le relire, et surtout ne pas vous décourager si vous ne le comprenez pas à la première lecture (ni même à la deuxième lecture, ni même à la troisième lecture, etc.).
Examiner le sens et la fonction de chaque phrase ou groupe de phrases par rapport à ce qui précède et à ce qui suit. Séparer les moments principaux des sous-parties, pour visualiser la répartition des idées. Chercher à formuler le contenu et la fonction de chaque moment du texte, ce qui est dit et pourquoi cela est dit là.
Cherchez à dégager la thèse, le thème et le problème soulevé par le texte.
Votre copie doit comprendre une introduction, un développement en deux ou trois parties, et une conclusion. Chaque partie doit correspondre à un moment du texte.
L’introduction et la conclusion fournissent le premier contact et la dernière impression que votre copie laissera au correcteur. Il est important de les soigner. Votre introduction devra se composer des différents éléments mis en avant lors de votre travail préparatoire, à savoir:
La présentation du texte
Présentez l'œuvre, l'auteur, précisez qu'il ne s'agit que d'un extrait.
Le thème
La première étape consiste à mettre en avant le thème dont il est question dans le texte proposé à l'étude. Il faut l'évoquer sous sa forme générale (thème du désir, du langage, etc.), mais également sous un angle précis. Il s’agit de définir de quoi parle exactement l’auteur. Les généralités sont à exclure et il importe de se pencher sur le texte dans sa configuration précise pour bien circonscrire le thème. Attention, ce dernier ne se confond nullement avec la thèse, c’est-à-dire ce que le penseur veut démontrer dans l’extrait.
La problématique
La détermination du problème soulevé par le texte représente l’élément décisif de la démarche à l'œuvre dans l’explication. Le problème désigne la difficulté centrale soulevée par un texte. En de rares occasions, cette problématique peut être explicite, et donnée par l'auteur lui-même, mais dans la plupart des cas, ce problème doit être dégagé par vos soins et il n’est pas nécessairement décelable immédiatement. Il s’agit de faire apparaître la question fondamentale que le philosophe a implicitement posée, et à laquelle il s'efforce de répondre dans ce texte. Déterminer la thèse de l'auteur, c'est-à-dire la réponse qu'il apporte à la question qu'il se pose, est fort utile pour circonscrire cette question.
La thèse de l’auteur
Il s’agit de déterminer la position du philosophe par rapport à la problématique qu'il soulève dans le texte, c'est-à-dire ce qu’il cherche à démontrer, quelle est sa réponse.
Le plan du texte
L’introduction se clôt par l’énoncé du plan du texte, qui consiste dans la mise à jour du nombre de parties qu’il contient et du contenu (à la fois précis, mais bref) de chacune d’elles (les différentes parties de celui-ci sont à énoncer de façon explicite, indiquez à quelles lignes correspond chaque partie, ce n'est pas au correcteur de "découper" le texte, c'est à vous de le faire).
Après avoir expliqué le propos général du texte et indiquer la forme de son développement dans l'introduction, il vous faut procéder à l’analyse détaillée du texte, à l'explication du texte à proprement parler. Celle-ci doit être linéaire, et aborder l’intégralité du texte.
Votre développement doit mettre en avant la structure logique du texte (celle-là même que vous avez mise en avant dans votre travail préparatoire). Pour cela il vous faut expliciter la démarche organique du texte, découvrir son articulation. Votre explication de texte ne doit pas morceler le texte, le diviser, mais au contraire expliciter un enchaînement et une progression, le cheminement que suit l'auteur. Tout ce que vous allez expliquer doit être mis en relation avec ce que vous avez dit précédemment, et ce que vous vous apprêtez à dire par la suite. L'auteur a nécessairement suivi un cheminement logique, ne l'oubliez pas, explicitez le, expliquez le. Vous devez soumettre votre développement à la structure même du texte. Pour cela, il vous suffit de suivre l’ordre du texte, et de construire vos différentes parties du développement en fonction des parties du texte.
Mettre au jour la démarche organique du texte, c’est d’abord définir les concepts fondamentaux présidant à cette organisation. La finalité de l’explication de texte philosophique est donc dépourvue d’ambiguïté : il s’agit de dégager et d’expliciter les concepts fondamentaux du texte, commandant son mouvement et son organisation. Il faut dégager ces concepts possédant une signification particulière et détenant une fonction précise dans le texte. Bien évidemment, il ne suffit pas d’affirmer ce rôle majeur de tel ou tel concept, mais de souligner l’enchaînement de tel concept avec tel autre. Votre travail d'explication consiste à dégager l’articulation des concepts ou idées les uns par rapport aux autres.
L’explication n’est vraiment réussie que quand elle produit en même temps un effort critique, signe d'une maturité réflexive. Il faut toutefois bien s’entendre sur le sens du mot « critique ». La critique d’un texte ne saurait être sa réfutation, comme trop d’élèves le croient. Il ne s'agit pas de chercher à prouver que l'auteur à tort. Critiquer, ce n’est pas détruire, mais comprendre, c’est s'ouvrir à l'esprit de l'autre (l'auteur) pour mettre en avant ce qu'il y a de vrai de ses propos.
La conclusion a pour but de faire un bref bilan, en indiquant l'intérêt de la démonstration du penseur. Il ne faut pas sous-estimer son importance, c'est le dernier élément que va lire le correcteur, et une conclusion bâclée laisse une mauvaise impression. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la conclusion.
Voici quelques conseils qui permettent, s’ils sont strictement appliqués, d’éviter les fautes les plus récurrentes dans ce type d’exercice.
Ne s’occuper que d’une partie du texte
Première maladresse : procéder en s’occupant seulement d’un passage du texte sur lequel portera toute l’attention. Expliquer un texte, c’est en déterminer le sens global. Par conséquent, l’approche d’un seul élément ne convient pas. L’étude analytique ou partielle est proscrit. Le travail du candidat doit porter sur le texte tout entier.
Oublier le texte et faire une dissertation
Ne mettez pas non plus le texte entre parenthèses, comme s’il représentait quelque chose de tout à fait accessoire et accidentel ! Un certain nombre de candidats procèdent ainsi, aussi étrange que cela puisse paraître. Ils oublient le texte et font autre chose, par exemple une dissertation. Cette méthode est défectueuse. C’est le texte qui prime et vous n’avez pas à rédiger une dissertation à proprement parler. La référence au texte est donc primordiale.
Considérer les exemples contenus dans le texte comme secondaires
Il faut toujours accorder une place privilégiée aux exemples contenus dans un texte dans la mesure où c’est souvent en eux que réside la clé d’une bonne interprétation.
La paraphrase
Attention ! La paraphrase est à éviter absolument ! Ce piège vous menace constamment ! Alors qu’il s’agit d’expliciter les concepts, de souligner leur organisation interne, leur articulation, leur signification réelle et dynamique dans la logique du raisonnement, la paraphrase se contente de reformuler le texte, de le répéter dans des termes différents sans en dégager le sens, sans l’expliquer. C'est une sorte de traduction du texte avec vos propres mots. Ce n'est en aucun cas une explication. Cette démarche est stérile. Elle n'apporte rien.
Entre 0 et 5
Copie “indigne”: inintelligible, non structurée, dont la brièveté est excessive, dont le refus de faire l’exercice est manifeste.
De 06 à 09
Copie intelligible mais qui ne répond pas à l’exercice, au “cahier des charges” de l’épreuve: bavardage, juxtaposition d’exemples sommaires ou anecdotiques, accumulation de lieux communs, paraphrase et répétition du texte, récitation du cours sans traitement du sujet, copie qui aurait pu être rédigée sans aucun cours de philosophie.
Ce qui est valorisé: une détermination du problème du texte, une explication de ses éléments signifiants, une explication des articulations du texte, une caractérisation de la position philosophique élaborée par l’auteur dans le texte.
Pas moins de 10
Copie faisant l’effort de réaliser l’exercice, même si l’explication demeure maladroite et inaboutie: explication commençante, pas de contresens majeur sur le propos et la démarche de l’auteur.
Pas moins de 12
Si, en plus, le texte est interrogé avec un effort d’attention au détail du propos, ainsi qu’à sa structure logique.
Pas moins de 14
Si, en plus, les éléments du texte sont mis en perspective avec des éléments de connaissance (notamment philosophiques) permettant de traiter le problème.
Pas moins de 16
Si, en plus, l’explication est développée avec amplitude (l’ensemble du texte est examiné) et justesse.