Dans notre langage quotidien, les mots « philosophie », « philosophe », « philosopher » ont pris différents sens : « prendre les choses avec philosophie », c'est-à-dire avec calme ; « être philosophe », c'est avoir une certaine vision des choses ; « avoir une certaine philosophie de vie », synonyme d'une idéologie, etc. Mais littéralement, le mot « philosophie » signifie l'amour de la sagesse. Étymologiquement, il vient du grec philosophia. Il se décompose en philo- (verbe philein : aimer, chercher) d'une part et, d'autre part, -sophie (de sophia : connaissance, savoir, sagesse).
On raconte que le mot « philosophie » a été créé par le mathématicien grec Pythagore qui au VIème siècle avant Jésus-Christ, refusant le nom de sage qu'on voulait lui attribuer préféra celui plus modeste d' « amoureux de la sagesse ». Le sage est en effet celui qui sait, le philosophe lui, sait qu'il ne possède pas encore cette sagesse, mais il s'efforce de tendre vers celle-ci. Cette nuance est décisive.
Philosopher consiste donc simplement à chercher à comprendre et à connaître la réalité qui nous entoure.
Attention : La philosophie n'est pas une science de « perchés ». Elle s’intéresse à de vraies questions ! « Ceux qui se posent la question de savoir s'il faut ou non aimer ses parents n'ont besoin que d'une bonne correction et que ceux qui se demandent si la neige est blanche ou non n'ont qu'à ouvrir leurs yeux », Aristote, Topiques.
Contrairement à une idée reçue, si la philosophie peut prendre une forme littéraire, elle n’est pas à confondre avec la littérature. La philosophie c’est surtout, et avant tout, de la logique. D’ailleurs philosopher peut prendre cette forme:
Denis Vernant, Introduction à la logique standard, exercice 4,1,18 – Traduisez et évaluez par la méthode de résolution le raisonnement contre le mariage attribué au sage grec Bias.
Si vous vous mariez, votre femme sera belle ou laide ;
Si elle est belle, vous serez en proie à la jalousie,
Si elle est laide,vous ne le supporterez pas
Il ne faut pas se marier
Ce qui se traduit ainsi:
p → (q v ┐q)
q → r
┐q → s
┐p
On obtient le raisonnement suivant :
{[p → (q v ┐q)]◦(q → r)◦(┐q → s)} →┐p
Que l’on peut alors évaluer :
1. ┐<{[p → (q v ┐q)]◦(q → r)◦(┐q → s)} →┐p>
2. [p → (q v ┐q)]◦(q → r)◦(┐q → s) ◦ ┐┐p
3. [p → (q v ┐q)]◦(q → r)◦(┐q → s)◦p
4. (┐p v q v ┐q)◦(┐q v r)◦(┐┐q v s)◦p
5. ….
Cependant philosopher ne consiste pas à penser (logiquement) seul dans son coin . L'une des formes courantes de la philosophie est le dialogue, celui-ci en est un élément prédominant. La discussion permet la confrontation des idées et favorise la progression du cheminement intellectuel.
Pourquoi alors autant lire en philosophie?
Parce que lire c’est dialoguer, dialoguer avec un auteur. Une grande partie du travail philosophique que vous aurez à faire cette année va d’ailleurs consister à faire “parler” des auteurs, et pour cela vous allez devoir “interroger” leurs textes.
La philosophie ne s’intéresse pas à un domaine particulier, mais elle est présente dès l'instant où il y a raisonnement. Elle est considérée comme la mère de toutes les sciences.
Descartes (philosophe, mathématicien et physicien français, 1596-1650), dans Les Principes de la philosophie (1644), compare d’ailleurs la philosophie à « un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, et les branches toutes les autres sciences, les principales étant la mécanique, la médecine et la morale… ».
Indissociable de la lecture de textes philosophiques, l’enseignement de la philosophie ne vise pourtant pas la connaissance des doctrines philosophiques ni celle de l’histoire des systèmes philosophiques. Cet enseignement exclut la visée encyclopédique et la recherche de l’exhaustivité : il ne s’agit ni de parcourir toutes les étapes de la construction historique de la philosophie ni d’envisager tous les problèmes philosophiques que l’on peut légitimement poser. L’enseignement de la philosophie vise à développer chez l’élève le souci de l’interrogation et de la vérité, ainsi que son aptitude à l’analyse, afin de rendre sa pensée autonome, sans quoi il ne saurait appréhender correctement la complexité du réel.
Il ne s'agit donc pas d’apprendre la « philosophie » mais d’apprendre à « philosopher »., c’est-à-dire à s’interroger et à acquérir une certaine autonomie intellectuelle (« L’élève ne doit pas apprendre des pensées, mais apprendre à penser. » Kant). Celle-ci nécessite toutefois la maîtrise de connaissances et une culture générale solide.
L'idéal philosophique est donc de penser par soi-même. Et penser par soi-même, c'est prendre des risques (risque de voir ses croyances détruites par exemple, risque de se tromper), c'est faire un (gros) effort !
L’élève doit apprendre pour cela à analyser des notions, à les interroger, à les distinguer les unes des autres, à les articuler de manière pertinente, à s’exercer à exposer clairement ses idées, à l’oral comme à l’écrit, à les formuler avec précision et exactitude. L’élève doit s’appliquer à les soumettre au doute (attitude importante en philosophie), à examiner les objections possibles, à y répondre sur la base de justifications raisonnées, à rester ouvert à d’autres arguments que les siens.
Dans ses travaux, l’élève doit donc examiner ses idées et ses connaissances pour en éprouver le bien-fondé ; circonscrire le problème auquel il doit répondre et les questions auxquelles il doit préalablement répondre pour y parvenir; confronter différents points de vue sur un problème avant d’y apporter une solution appropriée ; justifier ce qu’il affirme et ce qu’il nie en formulant des propositions construites et des arguments ; et pour cela, mobiliser de manière opportune les connaissances qu’il a acquises.
Chaque chapitre correspond à l’étude d’un sujet de type BAC.
Sujet auquel nous répondrons sous forme de dissertation.
Dissertation qui s'appuiera elle-même sur des textes que nous expliquerons ensemble.
Chaque chapitre se clôture systématiquement par un contrôle de connaissance et/ou un exercice noté.
Différentes notions vont être abordées tout le long de l’année: L’art - Le bonheur - La conscience - Le devoir - L’État - L’inconscient - La justice - Le langage - La liberté - La nature - La raison - La religion - La science - La technique - Le temps - Le travail - La vérité
Toutes ces notions ne seront pas étudiées individuellement, peu d'entre elles auront d’ailleurs un chapitre dédié. Elles s’articulent entre elles. L'une des difficultés majeures de cette année va d’ailleurs être pour vous de lier toutes ses notions entre elles.
L'épreuve finale de philosophie est une épreuve écrite de 4 heures. Elle se compose de trois sujets, deux sujets de dissertation et un sujet d’explication de texte.
L’explication de texte s’attache à dégager les enjeux philosophiques d’un texte philosophique et la démarche suivie par l’auteur (étymologiquement “expliquer” signifie “déplier”). L’élève doit expliciter le problème posé ainsi que le rôle et le sens des propositions présentes et des concepts à l’œuvre dans le texte pour en dégager l’organisation raisonnée, les différents moments de l’argumentation (le “plan” du texte).
La dissertation est l’étude méthodique et progressive d’un problème que l’analyse d’une question permet de construire. L’élève doit travailler à sa formulation explicite. Il doit développer, en vue de l’élaboration d’une réponse, une réflexion étayée par des analyses conceptuelles, des références et des exemples pertinents, tout en mettant en œuvre une pensée propre, déployée en un discours cohérent et convaincant.
Explication de texte et dissertation sont deux exercices complets qui reposent toutefois sur des exigences et des compétences similaires : exprimer ses idées de manière simple et nuancée, faire un usage pertinent et justifié des termes qui ne sont pas couramment usités, indiquer les sens d’un mot et préciser celui que l’on retient pour construire un raisonnement, etc. Cependant, composer une explication de texte ou une dissertation ne consiste pas à se soumettre à des règles purement formelles. Il s’agit avant tout de développer un travail philosophique personnel porté par des connaissances acquises par l’étude. Il s’agit donc de faire preuve d’une réflexion personnelle.
Vous avez à lire une œuvre complète. Mon choix cette année se porte sur "La vie, les amours et les aventures de Diogène le Cynique, surnommé le Socrate-fou / écrites par lui-même" ; trad. du grec par Wieland, et de l'allemand par le baron de H***, histoire de rire un peu.
Vous trouverez ce livre en libre service en suivant le lien suivant:
Dictionnaire de référence: https://www.cnrtl.fr/definition/
Pour s’instruire: https://www.persee.fr/
Dans le texte qui suit, le philosophe Karl Jasper (psychiatre et philosophe germano-suisse, 1883-1969) présente ce qui semble essentiel dans l’exercice de la philosophie. Celle-ci n’est pas une futile distraction, une simple occupation de l’esprit, mais traduit un indispensable “besoin de sens”.
L’homme ne peut se passer de philosophie. Aussi est-elle présente, partout et toujours, sous une forme publique, dans les proverbes traditionnels, dans les formules de la sagesse courante, dans les opinions admises, comme par exemple dans le langage des encyclopédistes, dans les conceptions politiques, et surtout, dès le début de l’histoire, dans les mythes. On n’échappe pas à la philosophie. La seule question qui se pose est de savoir si elle est consciente ou non, bonne ou mauvaise, confuse ou claire. Quiconque la rejette affirme par là-même une philosophie, sans en avoir conscience.
Qu’est-ce que cette philosophie, si universelle et qui se manifeste sous des formes si étranges ?
Le mot grec « philosophe » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui, possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd’hui : l’essence de la philosophie, c’est la recherche de la vérité, non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu’à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, définitif, complet, transmissible par l’enseignement. Faire de la philosophie, c’est être en route. Les questions, en philosophie, sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question. [...]
Toute philosophie se définit elle-même par sa réalisation. Ce qu’elle est, on ne peut le savoir que par l’expérience ; alors on voit qu’elle est à la fois l’accomplissement de la pensée vivante et la réflexion sur cette pensée, ou l’action et le commentaire de l’action. Seule l’expérience personnelle permet de percevoir ce qu’on peut trouver de philosophie dans le monde.
Nous pouvons recourir à d’autres formules pour exprimer la signification de la philosophie. Aucune n'épuise cette signification et aucune ne s‘avère la seule. Dans l’Antiquité, définissant la philosophie d‘après son objet. 0n a dit qu‘elle était connaissance des choses divines et humaines ou de l‘être en tant qu'être ; la définissant d’après son but, on a dit qu‘elle était apprendre à mourir, ou qu‘elle était la conquête, par la pensée, du bonheur, ou de la ressemblance divine ; la définissant enfin parce qu‘elle embrasse, on a dit qu‘elle était le savoir de tout savoir, l‘art de tous les arts, la science en général, qui ne se limite plus à tel ou tel domaine particulier.
Aujourd‘hui, si l’on essaie de parler du sens de la philosophie, on pourrait peut-être recourir aux formules suivantes : elle tend à apercevoir la réalité originelle ; à saisir la réalité par la manière dont je me comporte envers moi-même quand je pense, par mon comportement intérieur [...] ; à assumer le risque de la communication d’homme à homme, par une vérité quelle qu‘elle soit, en un combat fraternel ; à garder sa raison patiemment et inlassablement en éveil, même devant l’être le plus étranger, qui se ferme et se refuse. [...]
La philosophie [...] peut atteindre tout homme, et même un enfant, sous la forme de quelques pensées simples et efficaces. Cependant, son élaboration est une tâche sans fin et sans cesse recommencée qui s’accomplit toujours sous la forme d‘un tout actualisé. C’est ainsi qu’elle apparaît dans les œuvres des grands philosophes, et, sous forme d‘écho, dans celles des philosophes mineurs. Aussi longtemps que les hommes seront des hommes, la conscience de cette tâche, sous quelque forme que ce soit, ne s’éteindra pas.
Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, 1950, trad. J. Hersch, Plon, 1951.