Le mot “humanité” vient du latin humanitas, et fait référence à ce qui est propre à l'homme. Le terme “humanité” ne désigne pas dans un premier temps “l’humanité” au sens de “l’ensemble des êtres humains”, il exprime surtout et avant tout une disposition manifestant les caractères de l’humain, c’est-à-dire pour les Romains, les caractéristiques d’un être sociable, éduqué et cultivé, bref, civilisé. Faire preuve d’humanité, c’est donc à l’origine, faire preuve de civilité.
L’humanitas est en effet ce que les Romains appellent un mos, c’est-à-dire à la fois un comportement et l’adoption de ce comportement. Ce mos se définit par rapport à son contraire, l’inhumanitas. Pour les Romains, les premiers hommes ne sont pas à proprement parler humains. Ils sont certes hommes, mais pas humains. Ils sont sauvages. Ils vivent proches de la nature, dans un état de dispersion, se nourrissent de cueillettes et de chasses, leurs relations et leurs échanges ne sont déterminés que par la force physique, bref, les premiers hommes vivent comme des animaux.
Progressivement ces homines inhumani (hommes inhumains) vont accéder à l’humanitas (l’humanité) par un certain nombre de techniques (le feu, l’habillement, l’agriculture, le langage, etc.) et d'institutions (le mariage, la cité, le droit, etc.). Ils vont se sédentariser, s’associer les uns aux autres, restreindre leurs rapports de force, bref, ils vont petit à petit passer de la sauvagerie primitive à la civilisation, de la nature à la culture, ils vont “s'adoucir”, et de fait, devenir plus humains (les Romains emploient plusieurs mots pour décrire ce processus: “erudire” qui a donné érudition, qui consiste à accumuler des connaissances, qui littéralement signifie enlever ce qu’il y a de rudis, c’est-à-dire de grossier; “perpolire” c’est-à-dire polir, ou encore “manusuefacere”, c’est-à-dire adoucir).
Les Romains à leur origine étaient eux-mêmes sauvages (en témoigne la sauvagerie même des fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, nés de Mars, dieu sauvage, élevés par une louve, le premier n'hésitant pas une seconde à tuer le dernier quand celui-ci franchit le sillon que venait de tracer son frère pour délimiter son terrain). Ces Romains sauvages vont, petit à petit, au cours de leur histoire, se civiliser (ou être civilisés) par leurs différents contacts avec les autres cultures. Et pour les Romains, les pourvoyeurs d’humanitas par excellence sont les Grecs.
Ce que nous isolons aujourd’hui, lettres, sciences, arts, constituaient un ensemble pour les Grecs, que les Romains vont appeler les artes humanitatis, c’est-à-dire les savoirs, les techniques qui font accéder à l’humanitas, c’est-à-dire à l’humanité. C'est la raison pour laquelle les enfants Romains vont être confiés à des professionnels des savoirs grecs (des rhéteurs, des grammairiens, des philosophes) qui vont se charger de les former, de les “façonner” de manière à en faire des hommes humanin (c’est-à-dire pourvus d’humanité, civilisé). Sans cette éducation les hommes sont condamnés à rester des sauvages. Les Romains ne font pas exception. Cette éducation repose sur des disciplines littéraires, scientifiques et artistiques qui constituent indissolublement les artes humanitatis. Les Humanités désignent alors déjà un projet éducatif qui se fait une certaine idée de ce que doit être l’homme.
Aux XVe et XVIe siècles, les érudits redécouvrent les langues et les littératures anciennes. Ils s’en nourrissent afin de porter un regard critique sur le monde médiéval et conservateur qui les entoure. Ils veulent relever la dignité de l’esprit humain et le mettre en valeur, en liant la culture moderne et la culture antique, en cultivant l’esprit d’examen et le goût de la recherche critique. Pour désigner l’objet de leur quête, ils retiennent alors l'expression litterae humaniores (les “lettres plus humaines”). Les Humanités reviennent sur le devant de la scène.
Notons au passages qu’à la Renaissance l’umanista, c’est-à-dire celui qui s’occupe d’enseigner les humanités (studia humanitatis) est souvent un maître de rhétorique, de poésie, de latin ou de grec, on dirait aujourd’hui un “littéraire”. Les humanités sont désormais coupées des “sciences”.
Au XVIIIe siècle, des philosophes, des hommes de Lettres, des artistes souhaitent que l’humanité soit éclairée par le savoir, c’est le siècle des Lumières. L’objectif des Lumières est de diffuser le savoir afin de permettre l’épanouissement de tout homme. C’est aussi à cette époque que le mot “humanisme” prend un des sens qu’on lui connaît aujourd’hui pour désigner une position philosophique qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus des autres valeurs.
Ce mouvement émancipateur s'institutionnalise au fil du XIXe siècle et du XXe siècle à travers l’enseignement public pour assurer une vaste démocratisation des savoirs. Faire “ses humanités” consiste alors à former son esprit par les lettres, d’abord par l’apprentissage des textes importants de la littérature grecque et romaine, mais aussi, de façon plus générale, par la culture littéraire et scientifique.
Aujourd’hui, la notion d’ ”Humanités” tend à désigner un champ disciplinaire recouvrant tout autant les lettres, la philosophie que les sciences humaines et sociales (géographie, psychologie, linguistique, histoire, anthropologie, sociologie…).
L’enseignement de spécialité “Humanités, littérature et philosophie” vise donc à procurer aux élèves une solide formation générale dans le domaine des lettres, de la philosophie et des sciences humaines.
Comme tous les enseignements, cette spécialité contribue au développement des compétences écrites et orales à travers notamment la pratique de l’argumentation. Celle-ci conduit à préciser sa pensée et à expliciter son raisonnement de manière à convaincre. Elle permet à chacun de faire évoluer sa pensée, jusqu’à la remettre en cause si nécessaire, pour accéder progressivement à la vérité.
Cette formation s’adresse à tous les élèves désireux d’acquérir une culture humaniste. Cette formation constitue un précieux apport pour des études axées sur les sciences humaines, les arts et les lettres, la philosophie, le droit et les sciences politiques. Elle est particulièrement recommandée aux élèves souhaitant s’engager dans les carrières de l’enseignement, de la recherche en lettres et sciences humaines, de la culture, de la communication et du droit.
Les contenus d’enseignement se répartissent en quatre semestres:
la parole, ses pouvoirs, ses fonctions et ses usages ;
les diverses manières de se représenter le monde et de comprendre les sociétés humaines ;
la relation des êtres humains à eux-mêmes et la question du moi ;
l’interrogation de l’Humanité sur son histoire, sur ses expériences caractéristiques et sur son devenir.
L’approche de ces questions s’effectue, pour chaque semestre, en relation privilégiée avec une période distincte dans l’histoire. Mais cet ancrage historique n'exclut pas pour autant d’autres approches:
de l’Antiquité à l’Âge classique ;
Renaissance, Âge classique, Lumières ;
du romantisme au XXe siècle ;
époque contemporaine (XXe – XXIe siècles).
La première partie de l’enseignement a pour objet le rôle du langage et de la parole dans les sociétés humaines. Elle porte sur les arts et les techniques qui visent à la maîtrise de la parole publique dans des contextes variés, notamment judiciaires et politiques, artistiques et intellectuels ; les formes de pouvoir et d’autorité associées à la parole sous ses formes diverses ; et la variété de ses effets (persuader, plaire et émouvoir).
L’enseignement se distribue ainsi selon trois axes, portant respectivement sur l’art de la parole, l’autorité de la parole et les séductions de la parole.
La seconde partie du programme de première est articulée à la période qui s’étend de la Renaissance aux Lumières (du XVe siècle au XVIIIe siècle). Cette période commence avec le développement des idées humanistes et la découverte de “nouveaux mondes”. Elle est aussi marquée par une série de révolutions. Ces bouleversements sont inséparables de mutations dans l’économie, dans les sociétés politiques, dans les formes artistiques et littéraires, dans les esprits et dans les mœurs. C’est à la variation et à la transformation des représentations du monde que cette partie est consacrée. Elle est abordée par trois entrées: Découverte du monde et pluralité des cultures ; Décrire, figurer, imaginer ; L’homme et l’animal.
Au cours de cette année, vous allez commencer à vous initier à deux exercices: l'interprétation de texte philosophique et l'essai philosophique.
L'interprétation philosophique consiste à expliquer le texte, c-est-à-dire le rendre compréhensible en dévoilant notamment la thèse que l’auteur défend (ou réfute), et la manière dont il s'y prend. Pour cette interprétation de texte, vous serez guidé par une question, question à laquelle vous devrez explicitement répondre en expliquant justement le texte.
Le second exercice est l'essai philosophique. Cet exercice vous invite à rédiger une réponse étayée à une question. Il s'agit de rédiger une courte dissertation.
Vous vous exercerez à ces exercices tout au long de l'année.
Au commencement de la philosophie était l'étonnement...
« S'étonner, la philosophie n'a pas d'autre origine», Platon, Théétète.
Dans notre langage quotidien, les mots « philosophie », « philosophe », « philosopher » ont pris différents sens : « prendre les choses avec philosophie », c'est-à-dire avec calme ; « être philosophe », c'est avoir une certaine vision des choses ; « avoir une certaine philosophie de vie », synonyme d'une idéologie, etc. Mais littéralement, le mot « philosophie » signifie l'amour de la sagesse. Étymologiquement, il vient du grec philosophia. Il se décompose en philo- (de philein : aimer, chercher) d'une part et, d'autre part, -sophie (de sophia : connaissance, savoir, sagesse).
On raconte que le mot « philosophie » a été créé par le mathématicien grec Pythagore qui au VIème siècle avant Jésus-Christ, refusant le nom de sage qu'on voulait lui attribuer préféra celui plus modeste d' “amoureux de la sagesse”. Le sage est en effet celui qui sait, le philosophe lui, sait qu'il ne possède pas encore cette sagesse, mais il s'efforce de tendre vers celle-ci. Cette nuance est décisive.
Philosopher consiste donc simplement à chercher à comprendre et à connaître la réalité qui nous entoure.
Philosopher ce n’est pas apprendre la “philosophie” (ce qui serait faire un cours d’histoire de la philosophie, ce qui est une toute autre discipline). Philosopher, c’est apprendre à philosopher, c’est-à-dire à penser par soi-même (“L’élève ne doit pas apprendre des pensées, mais apprendre à penser.” Kant ). Ce qui demande un gros effort.
Mais si l'idéal philosophique est de penser par soi-même, philosopher ne consiste pas à penser seul dans son coin (bien que cette étape peut être nécessaire). Philosopher, c’est aussi et avant tout dialoguer. L'une des formes courantes de la philosophie est en effet le dialogue, celui-ci en est un élément prédominant, la discussion permettant la confrontation des idées et favorisant ainsi la progression du cheminement intellectuel. D’où l’importance de savoir bien parler, et paradoxalement de lire et de savoir lire des textes. Lire un texte, c’est entrer en dialogue avec son auteur, découvrir ce qu’il a “à dire” sur tel ou tel sujet, comparer sa réflexion avec la sienne propre ou celle d’un autre, c’est progresser dans sa réflexion, c’est s'instruire, se civiliser en fin de compte.
Chaque chapitre est une question que nous traiterons ensemble.
À chaque fin de chapitre il y aura systématiquement un petit contrôle de connaissance et/ou un exercice noté.