Le nom de Martinus


En dehors de ces villas, de nombreux souvenirs gallo-romains ont été découverts dans notre région de la Saône supérieure. Sur le territoire de Martinvelle même, deux pièces de monnaie ont été ramassées au début du siècle dernier : une médaille d’argent à l’effigie de l’empereur Vespasien (69-79) et un bronze de l’empereur Trajan (98-117). D’autres pièces romaines ont été trouvées près de la villa de Monthureux-sur-Saône : des monnaies à l’effigie d’Antonin (138-161) et de Faustine la Jeune ; d’autres à Bleurville, à l’effigie de Nerva (96-98) et de Trajan (98-117) ; d’autres encore à Attigny, à Belmont, à Senonges, à Escles. Toutes font remonter l’antiquité de ces établissements au IIᵉ siècle et même au Iᵉʳ siècle de notre ère.

Ailleurs, on a découvert des tombeaux, presque toujours situés à proximité d’une route, selon la coutume romaine. Certains d’entre eux ont disparu, comme la « tombe du Grand Pacha » à Dombasle-devant-Darney ou le tombeau de la Houdrie, près d’Hennezel. En revanche, on conserve les stèles funéraires mises au jour sur le territoire de Monthureux-sur-Saône, les unes à la Perche, les autres au Moblot. Aujourd’hui, six ou sept de ces monuments sont exposés dans l’entrée de l’hôtel de ville de Monthureux. Ils représentent des personnages debout, drapés dans de larges tuniques, mais dont les têtes ont presque toutes disparu.

Le groupe le plus important figure un homme et une femme qui se font face dans une niche, sous laquelle on déchiffre l’inscription : D. SACIROBNA MARTINVS. M que l’on peut lire de la façon suivante : Diis Manibus Sacirobenae Martinus, c’est-à-dire :
« Martinus (a élevé ce monument) aux dieux Mâles de Sacirobena ».

Cette dernière inscription est d’une importance capitale pour notre propos, car elle nous apprend que, dès l’époque gallo-romaine, le nom de Martinus (Martin) est connu dans notre région. Ce nom est un diminutif de Mars, le dieu de la guerre, et désignait probablement, à l’origine, une personne consacrée au métier des armes.

Dès cette époque, nous savons qu’il est déjà porté par des personnages plus ou moins illustres. Sur un vase originaire du groupe de Lezoux et provenant de Langres se trouve gravé le nom du potier : Martini M. Mais surtout, une inscription trouvée à Lyon, capitale des Gaules, nous informe qu’un personnage originaire de la Séquanie, nommé Quintus Adgennius Martinus, fils d’Urbicus, a été fait grand prêtre du temple que les soixante cités gauloises ont élevé au confluent de la Saône et du Rhône, quelques années avant l’ère chrétienne, à la gloire de Rome et de l’empereur Auguste. Or, un tel sacerdoce n’était conféré qu’aux hommes les plus distingués de leur province. Pour y parvenir, ce Séquane du nom de Martinus avait déjà dû remplir les fonctions les plus élevées et les premières magistratures municipales de sa cité.

Comment ne pas songer à quelque lien de parenté entre ce Quintus Adgennius Martinus, notable de Séquanie, et cet autre Martinus, lui aussi habitant de la Séquanie septentrionale, qui serait à l’origine du nom même de notre village de Martinvelle : Martini-villa ?